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Rapport annuel des évêques

Année: 1896
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Cousin

IV. ─ Nagasaki.

Population catholique 33.701
Baptêmes d’adultes 400
Baptêmes d’enfants de païens 260
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« Depuis que j’ai l’honneur de vous adresser le compte rendu de la Mission de Nagasaki, écrit Mgr Cousin, je ne crois pas m’être trouvé en présence d’une année si favorisée au point de vue des fléaux de toute sorte auxquels, d’ordinaire, nous payons la première et la plus large contribution. Nulle épidémie à signaler ; rien eu à souffrir des typhons, tremblements de terre et inondations qui ont désolé d’autres provinces ; partout des récoltes au-dessus de la moyenne : c’est une protection particulière de la Providence à laquelle nous devons de grandes actions de grâces.
« Je voudrais pouvoir ajouter que notre moisson spirituelle, s’est faite aussi dans des conditions meilleures que par le passé. Je n’aurai pas cette consolation, car si l’on ne considère que le chiffre des baptêmes d’adultes, il est inférieur à celui des années précédentes. A tout prendre, il est vrai, le nombre de nos catholiques a progressé dans les conditions normales et nous en comptons un peu plus d’un millier que l’an dernier.
« Malgré les défaillances inhérentes à la nature humaine, les missionnaires n’ont en général qu’à se louer de l’esprit de foi qui anime leurs fidèles, surtout dans les anciennes chrétientés. A mesure que le nombre des prêtres augmente, les centres d’action se multiplient, la sève religieuse circule abondante là où elle se faisait à peine sentir et se traduit par de pieuses exigences auxquelles les ouvriers apostoliques sont heureux de répondre.
« Dans les districts où le travail du missionnaire doit se consacrer presque exclusivement à la conversion des infidèles, on s’est heurté à peu près partout à une indifférence, à une antipathie même plus grandes que par le passé. Plus que jamais le pays travaille à se suffire à lui-même, à se passer des étrangers, à se créer une industrie, un commerce qui lui permettent de rivaliser avec les autres peuples et les obligent à compter avec lui, dans l’avenir, jusque sur les champs de bataille. C’est là que, pour le moment, sont toutes les préoccupations, et il ne reste plus aucune place pour les questions religieuses.
« Cela n’a pas êmpêché missionnaires et chrétiens de mettre à la portée de tous des preuves indéniables de l’existence et de la vitalité du catholicisme dans notre Mission. Jamais on n’avait vu s’élever à la fois tant d’églises. C’est une véritable floraison qui s’épanouit sur presque tous les points du diocèse.
« En somme, pendant l’année qui vient de s’écouler, l’œuvre de Dieu s’est faite au Japon méridional et nous devons à la divine Providence de grandes actions de grâces pour les bénédictions dont elle n’a point cessé de nous combler. Après Dieu, nous devons la consolation d’avoir pu faire un peu de bien, aux nombreux bienfaiteurs qui nous ont aidés par leurs prières et leurs aumônes. Nous ne saurions les oublier et il ne se passe pas un seul jour sans que le saint sacrifice soit offert à leur intention.
« Permettez-moi maintenant, pour donner une idée plus précise du travail et des œuvres des districts, de citer quelques extraits des comptes rendus particuliers qui m’ont été adressés.
« Voici en quels termes M. Salmon apprécie le ministère qu’il a eu à remplir auprès des catholiques étrangers qui forment sa paroisse de Nagasaki :
« L’état de la chrétienté dont je suis chargé est sensiblement le même, soit au point de vue « du nombre des fidèles, soit au point de vue de leurs dispositions spirituelles. La foi couve « toujours dans les cœurs et le secours des sacrements est réclamé en cas de besoin, mais une « foule de difficultés empêchent les âmes de développer leur vie surnaturelle. Il est certain « que Dieu de son côté veille toujours sur ses enfants et en plus d’une occasion se plaît à se « montrer, à se faire reconnaître à travers le voile.
« Un jour, je fus appelé pour donner l’extrême-onction à une pauvre Japonaise qui depuis « de longs mois ne pouvait se lever. Cette femme était mariée à un Européen qui, cédant au « désir de la malade, lui avait procuré une maison japonaise bien située à la vérité, mais au « milieu des païens. L’extrême-onction produisit une amélioration si rapide que le soir même « de la réception du sacrement, la malade se levait et marchait dans sa chambre au grand « étonnement de tous. Ce fait a frappé les voisins païens, ébranlé leurs préjugés et les a « favorablement disposés à notre égard. La pauvre femme vécut encore quinze jours après « avoir été administrée et mourut dans des sentiments de piété, demandant à baiser la croix et « invoquant les saints noms de Jésus et de Marie.
« J’avais dû soutenir à son sujet une petite lutte avec le bonze du quartier. La catéchiste « m’avertit au début du changement d’habitation, qu’on voyait des papiers superstitieux dans « la nouvelle chambre de la malade. Je m’y rendis et trouvai en effet, collés au beau milieu « des quatre murs de la chambre, des carrés de papier de diverses couleurs, sur lesquels « étaient inscrites des conjurations pour éloigner les mauvais esprits, c’est-à-dire la maladie. « Juste au-dessus de la natte où reposait la malade, un grand papier du même genre, collé au « plafond. ─ Qu’est-ce tout cela ? demandai-je à la pauvre créature. ─ Je n’en sais rien. ─ « Tout cela est superstitieux, as-tu donc regret d’être devenue chrétienne et d’avoir renoncé au « démon, à ses œuvres, à ses pompes ? ─ Non, je suis chrétienne, mais le bonze est venu et il « a fait ce qu’il a voulu. ─ Alors puisque tu es chrétienne, tu consens bien à ce que j’enlève « tous ces papiers du démon ? ─ Oui certainement. Je ne me le fais pas dire deux fois ; en « quelques instants j’arrache les papiers magiques des quatre murs et celui du plafond et les « mets dans ma poche. Au-dessus de la porte d’entrée de la maison était suspendue une « guirlande de paille ou Shimé destinée, elle aussi, à empêcher les mauvais esprits d’entrer. « Un coup sec tiré sur la corde rompit le charme, et depuis lors le bonze n’osa plus « revendiquer de juridiction sur la maison de ma paroissienne. »
« Le prêtre japonais, Pierre Fukahori, qui est chargé de la chrétienté indigène dépendant de la Cathédrale, en même temps que de l’école des catéchistes, compte une population catholique de 152 fidèles. J’ai dit l’an dernier les conditions difficiles d’un grand nombre d’entre eux et combien la pratique des devoirs religieux laisse à désirer. Néanmoins aux approches de la mort la foi se réveille et personne ne la laisse venir sans avoir reçu les derniers sacrements. Il y a eu 8 baptêmes d’adultes pendant l’année.
« Dans la ville même, le P. Shimauchi compte un total de 170 catholiques. La meilleure partie de son temps a été prise par la surveillance des travaux de l’église qui s’achève bien lentement. Espérons que la divine Providence, avec la protection de Notre-Dame des Martyrs, nous accordera la consolation d’en faire bientôt la solennelle inauguration.
« Comme étendue territoriale, le district de Urakami est un des plus petits ; comme population catholique, c’est un des mieux partagés. Celle-ci s’élève maintenant au chiffre de 5.605. Pour l’aider dans son ministère, M. Fraineau a près de lui deux prêtres japonais dont l’un est spécialement chargé de l’annexe de Kôba. Avec onze baptêmes d’adultes je trouve au tableau d’administration le beau chiffre de 121 baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis ; 2.823 fidèles ont été admis à la communion pascale et les communions de dévotion s’élèvent à plus de 11.000.
« Les chrétiens d’Iwojima, écrit M. Durand, délivrés des soucis causés par la disette, le « choléra et la guerre, ont pu, tous ou à peu près, observer bien fidèlement les prescriptions de « notre sainte Religion et recevoir, la joie et la paix au cœur, les sacrements si nécessaires à la « vie de la grâce. Cette faveur, la plus précieuse de toutes, n’est pourtant pas la seule dont « nous ayons à remercier Dieu.
« Sa bonté nous a permis d’entreprendre à la fois la reconstruction de trois églises. Deux « sont déjà terminées et la troisième pourra être inaugurée dans les premiers jours de l’année « prochaine.
« C’est bien le cas de répéter une fois de plus : Aide-toi, le Ciel t’aidera, car mes chrétiens, « pour entreprendre un pareil travail, avaient à peine entre les mains la moitié des sommes « nécessaires. Mais confiant en Dieu, chacun s’est mis de tout cœur à l’œuvre, et avec le « secours de deux personnes généreuses qui sont venues à notre aide, nous avons la joie de « pouvoir offrir à Notre-Seigneur trois nouveaux sanctuaires un peu moins indignes de sa « divine présence sous les voiles eucharistiques. »
« Les deux districts de Sotome sont toujours sous la direction : Shittsu, de M. de Rotz, et Kurosaki, du prêtre japonais, Paul Iwanaga. Le nombre des chrétiens n’y augmente pas sensiblement, parce que chaque année des émigrations emportent vers Hirado le trop-plein de la population en quête de terres à cultiver. C’est ainsi que, dans le courant du présent exercice, 34 fidèles sont partis de Shittsu, et 11 de Kurosaki. M. de Rotz a pu, avec l’aide de ses chrétiens, achever les constructions commencées depuis plusieurs années. Son église se trouvant agrandie de moitié suffira pendant longtemps aux besoins de sa paroisse.
« Le P. Iwanaga a fait une longue maladie qui, selon toutes les prévisions, devait être fatale. Le bon Dieu nous l’a conservé comme par miracle : qu’Il en soit béni, car cette mort nous aurait privé d’un prêtre vraiment pieux et zélé. Malgré son absence qui a duré six mois, il a eu le bonheur d’administrer 27 baptêmes d’adultes.
« Le nombre des fidèles de Hirado, à la clôture de l’exercice actuel, s’élevait au chiffre de 6.118. L’administration de tant de chrétiens dispersés en 18 postes différents, a pris tout le temps de M. Matrat et de ses collaborateurs. Ils ont eu 223 baptêmes d’enfants de chrétiens, 48 mariages, 62 extrêmes-onctions, 50 viatiques, 4.580 confessions annuelles, 4.010 communions pascales et environ 6.500 communions de dévotion.
« Le jour de la fête de l’Assomption, raconte le missionnaire, une belle fête qui a fait la « joie de tous, a eu lieu à Hibosashi : 140 enfants préparés par 7 catéchistes, et aussi par le « missionnaire, ont fait leur première communion. J’ai l’intention, autant que les travaux du « ministère le permettront de faire à ces enfants un catéchisme de persévérance et de les « confesser le plus souvent possible. L’expérience des années précédentes m’a appris que « c’est le seul moyen de conserver et de fortifier les bonnes dispositions de ce grand jour et de « préparer pour l’avenir des chrétiens fervents et zélés, capables de résister aux orages qui les « attendent. Les chrétiens déjà âgés ont pris leur pli, il est bien difficile de les réformer, une « fois que la première ferveur qui suit le baptême est éteinte ; mais, si l’on ne peut redresser « un grand arbre, on peut facilement faire monter tout droit vers le ciel un jeune arbrisseau qui « n’a pas encore dévié.
« Le temps que je n’ai pas consacré à l’administration des chrétiens, s’est passé à surveiller « les deux constructions commencées, en novembre 1895, à Hirado. L’une de ces « constructions est enfin achevée : c’est la nouvelle résidence de Hibosashi ; l’autre est « l’église de Hôki pour le service religieux des trois petites chrétientés de Hôki, Uso et « Kyozaki. Les intéressés se sont montrés pleins de générosité et de dévouement ; ils ont « donné leur travail et tout l’argent qu’ils ont pu. Malgré cela, j’ai dû prendre à ma charge la « plus grande partie des frais, et, tout en en espérant que l’église s’achèvera, je ne sais encore « comment je pourrai faire face à toutes les obligations que j’ai contractées. »
« Le district, formé par le groupe des îles Goto, écrit M. Pélu qui en a la direction, compte « actuellement 9.973 catholiques sur une population de 60.000 habitains environ. Pendant « l’exercice qui vient de se terminer, nous avons eu 541 baptêmes, dont 63 d’adultes païens et « 5 d’hérétiques, plus 60 d’enfants de païens et 413 d’enfants de chrétiens. Les confessions « annuelles ont atteint le chiffre de 5.600 avec 4.900 communions pascales et plus de 10.000 « communions de dévotion. En outre, 415 enfants ou adultes ont reçu la confirmation ; 3 « églises et 2 cimetières ont été bénits.
« Le Chemin de la Croix a été érigé dans 7 églises ou chapelles, et les habitants de 6 « chrétientés différentes s’ingénient à se procurer des fonds pour construire l’église de leur « village ; d’autres préparent le champ de repos à l’ombre de la croix. De toutes parts la vie « chrétienne, non seulement vivifie les âmes, mais s’épanouit de plus en plus au grand jour, et « prépare, espérons-le, une moisson plus abondante à ceux qui recueilleront le fruit de nos « labeurs.
« Il était bien nécessaire que notre sainte Religion en arrivât enfin à pouvoir affirmer ici « son droit de cité par des œuvres extérieures, en face de ceux qui, si longtemps, s’étaient cru « le droit de traiter en parias les descendants de nos martyrs. Or, chaque année nous faisons « quelques pas en avant, et la bonne Providence ne cesse point de nous y aider par les « bénédictions temporelles qu’elle répand ostensiblement sur nos chrétiens. En effet, tandis « que les païens, et surtout les séparés, qui résistent à la grâce, s’appauvrissent de plus en « plus, malgré toute la peine qu’ils se donnent, presque partout nos chrétiens sortent peu à peu « de la misère. On peut même dire que le bien-être relatif de chaque village est le « thermomètre exact de sa piété et de sa fidélité à remplir les devoirs religieux. Cela, j’en suis « persuadé, servira efficacement à faire revenir les païens de leurs anciens préjugés, et peut-« être le moment n’est-il pas éloigné où nous pourrons tenter de les aborder avec des chances « de succès. Je me demande même s’il ne serait pas déjà temps de songer à nous installer au « chef-lieu où nous n’avons pas encore mis le pied, mais où notre sainte Religion trouverait, « dès à présent, des âmes bien disposées en sa faveur. Du reste, n’y eût-il pas à espérer « immédiatement des conversions nombreuses, cette prise de possession d’un centre officiel « servirait à dissiper les dernières craintes des séparés, qui redoutent toujours plus ou moins le « retour de l’ère des persécutions. »
« Le district d’Amakusa, confié à M. Garnier, comprend actuellement 703 chrétiens divisés en trois groupes, avec deux églises et une maison servant de chapelle. Même parmi les descendants des anciens confesseurs de la foi qui sont encore nombreux dans le pays, on trouve actuellement bien peu de zèle pour les intérêts religieux, et le missionnaire se sent impuissant devant l’indifférence qu’il rencontre presque partout. Il s’applique surtout à rendre plus fervent son petit troupeau et il n’y réussit pas toujours autant qu’il le voudrait.
« Durant l’exercice qui vient de se terminer, dit-il, le district d’Amakusa a vécu de sa vie « normale. Peu de conversions d’adultes, 20 en tout ; quelques retours de séparés à l’article de « la mort ou pour raison de mariage ; voilà tout le bilan de l’année. Comme la religion ne « rapporte pas grand’chose en ce monde, on la relègue à l’arrière-plan des préoccupations de « la vie ; on se contente de ne pas la détester. Daigne Notre-Seigneur inspirer à tous ces « malheureux un peu plus de souci pour leurs intérêts spirituels ! »
« M. Roussel, qui est venu remplacer au séminaire M. Delmas, a quitté Imamura avec le regret de ne pas voir tous ses chrétiens arrivés à l’état de ferveur auquel il aurait voulu les amener. Il reconnaît pourtant qu’il y a quelques progrès, et je suis persuadé qu’aux yeux du divin Maître ils sont plus grands qu’à ceux du missionnaire. Voici, du reste, en quels termes il termine son rapport :
« Quoi qu’il en soit, je dois encore une fois rendre témoignage de la bonne volonté des « chrétiens ; s’il y a chez les parents inertie et paresse, chez plusieurs jeunes gens légèreté et « oubli du devoir, je n’ai trouvé nulle part de mauvaise volonté proprement dite. C’est déjà là « une qualité qui contribue beaucoup à faciliter le travail du missionnaire, bien que ce travail « paraisse souvent dénué de résultats sensibles.
« Le séminariste qui a été envoyé, cette année, passer à Imamura son temps de probation, a « fait preuve d’un zèle et d’une activité tout à fait dignes d’éloges. Il a rendu grand service à « la chrétienté surtout pour la direction des jeunes gens. Son passage a laissé ici mieux qu’un « souvenir ; j’ai tout lieu d’espérer que les effets de son zèle et de ses bons exemples seront « durables parmi la jeunesse. »
« En dehors de la ville de ce nom, le district de Kurume comprend encore celles de Saga, Yanagawa avec des postes secondaires à Tajiro, Omuta et Ogi. Le nombre total des chrétiens est de 369 et, dans la présente année, il y a eu 36 baptêmes d’adultes. Grâce à Dieu, la résidence de Kurume a pu sortir enfin du provisoire. Le terrain acheté est assez vaste pour répondre, pendant des années, aux besoins de l’avenir et les constructions, sans avoir une grande valeur en soi, suffisent pour le moment. Le mauvais effet produit l’an dernier par l’étourderie des étudiants disparaît peu à peu, et M. Sauret cite plusieurs traits qui prouvent qu’au fond, il y a dans bien des cœurs une véritable estime pour notre sainte Religion.
« Le procureur impérial de Yanagawa a reçu le baptême avant de mourir. Il avait « auparavant fait baptiser une de ses filles pour la rendre meilleure. Après un voyage qu’il « avait fait à Fukuoka, il fut pris de la maladie qui l’a emporté et dut s’aliter pour ne plusse « relever. J’allai le voir, et comme plusieurs médecins qui l’avaient déjà visité, je jugeai la « maladie sérieuse, mais le terme fatal assez éloigné. Neanmoins, je dis à un païen employé au « tribunal, dont la femme est chrétienne, de l’inviter à apprendre vite les ventés essentielles de « notre sainte doctrine. Le malade se conforma de suite à ce conseil. Au bout d’une dizaine de « jours, j’apprends que son état ne s’améliore pas et que son estomac ne peut toujours rien « supporter. Sans hésiter, j’envoie une catéchiste, amie de la maison. Le voyant à bout de « forces et très amaigri, elle lui propose le baptême. Il répond qu’il sera heureux de le « recevoir. Après avoir renvoyé ses amis du tribunal qui étaient venus prendre congé de lui, il « reçoit le sacrement de la régénération. Cinq heures après, il expire sans souffrances et en « causant avec ceux qui l’entourent.
« Il faut admirer les voies de la Providence, car si j’avais attendu d’être appelé, je ne serais « certainement pas arrivé à temps, et c’est elle qui m’a inspiré la pensée d’envoyer la « catéchiste dont le zèle a été couronné d’un succès complet.
« A Kurume, un jeune homme de vingt ans se mourait. Ce sont les parents païens qui « m’ont supplié d’administrer le baptême pour sauver au moins l’âme de leur enfant, s’ils ne « pouvaient obtenir la santé du corps. Depuis, ils disent qu’ils veulent eux-mêmes apprendre « la doctrine. »
« Secondé par MM. Lebel, Bouige et Brenguier, M. Raguet, administre le vaste district de Bungo-Hyuga-Sat-suma qui comprend trois départements. On n’y compte encore que 280 catholiques ; les baptêmes de l’année sont au nombre de 38, dont 28 d’adultes. Là, plus qu’ailleurs peut-être, les missionnaires ont été en butte à l’indifférence et à l’antipathie que l’on a rencontrées partout, comme en témoigne le compte rendu dont je prends la liberté de transcrire une grande partie.
« A Satsuma en particulier, il faut toujours compter avec l’antipathie des gens pour tout ce « qui n’est pas de leur pays. Elle se traduit par l’air dédaigneux que nous rencontrons partout, « par les cris des enfants, même par des pierres qu’ils nous lancent quand nous sortons, et « enfin par une grande indifférence pour notre sainte Religion. Les visites que j’ai essayées « chez les personnes influentes ont été bien des fois refusées, et, à défaut d’autres moyens de « propagande, j’ai fait des conférences publiques pour les païens. J’y ai eu quelquefois 20, « quelquefois 50 et jusqu’à 200 auditeurs. Peut-être la nouveauté les attirait-elle ; en tout cas, « l’auditoire a été plus nombreux et plus tranquille qu’à n’importe quelle conférence « chrétienne. J’espère continuer, car, malgré l’inutilité apparente, ces conférences ne laissent « pas de faire quelque bien aux païens et aux chrétiens.
« La salle d’asile que nous avons ouverte à Myazaki, est de jour en jour plus appréciée, « grâce surtout aux bons résultats constatés chez les enfants qui en sortent chaque année pour « entrer à l’école primaire. Nous avons compté jusqu’à 47 enfants, ce qui est considérable, vu « la rétribution exigée et la pauvreté de la ville. Si l’action directe de la religion sur ces « enfants, presque tous païens, est à peu près nulle à cause de l’indifférence de beaucoup de « parents pour la doctrine que nous prêchons, cette salle d’asile ne laisse pas de nous concilier « beaucoup de sympathie ; elle nous ouvre l’entrée chez beaucoup de familles, donne « l’occasion de faire des baptêmes in articulo mortis, et c’est à elle que nous devons d’avoir « vu les dames les plus recommandables de Myazaki assister avec nos chrétiens aux « cérémonies de la fête de Noël.
« A Oita et à Usuki, M. Lebel, malgré le manque de catéchistes, a fait tout son possible « pour augmenter la ferveur de ses chrétiens et attirer les païens. Sept baptêmes d’adultes et « deux d’enfants de païens ont récompensé son zèle. C’est peu, semble-t-il, mais il suffit de « connaître le milieu dans lequel il travaille et l’ennui résultant du manque d’auxiliaires « capables, pour apprécier combien le Père en a été heureux.
« A Myazaki, M. Bouige a obtenu 18 baptêmes parmi les païens, et il ne se passe pas un « soir où chrétiens et païens ne se réunissent chez lui pour parler de religion. »
« Mon principal travail dans le cours de cet exercice, écrit M. Claudius Ferrand, a consisté « à rechercher, dans les nombreuses mines du district de Buzen, les pauvres chrétiens qui, « depuis fort longtemps, vivaient abandonnés à eux-mêmes, sans aucun secours religieux. J’ai « eu le bonheur d’en découvrir 98 disséminés dans onze places différentes. La plupart d’entre « eux n’avaient pas vu de prêtre depuis bien des années et vivaient dans l’isolement complet « de l’âme, au milieu de païens corrompus. Un grand nombre de ces pauvres gens s’étaient « illégitimement unis à des païennes et restaient ainsi, appelant de tous leurs vœux le jour où « la rencontre d’un prêtre pourrait régulariser leur état et mettre leur conscience en paix. Je les « ai tous trouvés conservant intacte dans leur cœur la foi de leur baptême, la foi des vieilles « chrétientés de Nagasaki d’où ils sont sortis, et la plume est impuissante à exprimer le « bonheur qu’ils éprouvèrent quand ils me virent pour la première fois.
« Les consolations que mon cœur a trouvées au saint Tribunal de la Pénitence sont de « celles qu’une bouche humaine ne saurait fidèlement traduire ; la plus douce pour mon cœur « de prêtre a été de voir ces pauvres chrétiens se remettre fidèlement à la sainte pratique de la « prière du matin et du soir et à la récitation du chapelet. Trois d’entre eux sont morts purifiés « par les sacrements de l’Eglise et sont devenus, du haut du ciel, les protecteurs de leurs frères « exposés à tant de dangers.
« Et maintenant tous ces chrétiens sont tranquilles, parce qu’ils savent qu’un prêtre « s’occupe de leur âme et qu’au premier appel, en cas de maladie, il accourra vers eux. Dans « ces diverses mines, j’ai eu le bonheur d’administrer quatorze baptêmes d’adultes.
« Les feuilles de notre compte rendu de l’année, ainsi s’exprime M. Corre, portent 65 « baptêmes pour les trois postes de Kumamoto, Yatsu-shiro et Honmioji.
« L’esprit d’opposition a bien diminué et a fait place à l’indifférence. Les fidèles « continuent à pratiquer à Yatsushiro, moins à Kumamoto.
« L’œuvre naissante des incurables a adonné 31 baptêmes ; avec les 61 faits « précédemment, nous avons un total de 92. Nous entretenons encore, totalement ou en partie, « une trentaine de lépreux qui sont en général dans la disposition de recevoir le baptême. « Depuis le mois de janvier, j’ai fixé ma résidence à côté d’eux. J’ai à mon service pour ce « travail un catéchiste homme et deux catéchistes femmes. »
« Les chrétientés lointaines d’Oshima étaient, pendant le dernier exercice, divisées en trois districts parfaitement distincts. M. Ferrié, avec le concours de M. Richard, restait chargé de Naze, Urakami, Sekerube et de différentes autres petites chrétientés dépendant de ces trois postes principaux. Ce confrère obligé d’aller, à cause de la maladie, à Hong-kong, est parti en septembre l’an dernier et n’a pu rejoindre son troupeau qu’à la fin de février cette année. Il est revenu sans avoir obtenu les résultats désirables, et je ne sais s’il pourra tenir longtemps sans se voir condamné à un repos encore plus prolongé.
« Une autre chrétienté était confiée au zèle de M. Marmand et M. Halbout s’occupait de son petit poste de Chinaze. Les difficultés ont été et restent les mêmes partout et les deux extraits de comptes rendus que je vous présente vous diront, mieux que je ne pourrais le faire, les obstacles que nos confrères ont rencontrés sur leur chemin pendant le cours de cette année. Voici d’abord celui de M. Ferrié :
« A mon retour de Hong-kong, j’avais le projet de réunir tous nos aides catéchistes pour « leur prêcher une retraite dont j’espérais le plus grand bien. Les circonstances ne m’ont pas « permis de réaliser ce désir ou plutôt m’ont obligé de le renvoyer à plus tard.
« Une épidémie de petite vérole, qui s’est déclarée tout à coup dans le village de Naze, a « fait interrompre pendant plusieurs mois toute communication entre les villages de l’île. « Après l’épidémie sont arrivés les grands travaux de la campagne et il a fallu cesser tout « ministère. Mais si le bon Dieu a permis que nous n’ayons pas notre retraite de catéchistes, Il « nous a grandement compensés par la visite de notre Evêque qui paraissait à Oshima pour la « première fois. Cette visite a fait un grand bien à nos chrétiens, non seulement par les grâces « du sacrement de confirmation qu’elle a donné l’occasion de recevoir à un grand nombre « d’entre eux, mais aussi en montrant à ces chrétiens si pauvres et si éloignés du centre de la « Mission, que Sa Grandeur daignait s’occuper d’eux et leur portait le même intérêt qu’aux « chrétiens les plus rapprochés et les plus avancés dans la pratique des vertus chrétiennes. »
« En octobre dernier, écrit de son côté M. Halbout, un bonze, venu du continent, se mit à « circuler à travers Oshima sous la protection de l’administration de l’île. Il tint une réunion à « Chinaze, où, laissant de côté le bouddhisme que personne ici ne connaît, il déclama contre le « catholicisme, traitant mes fidèles de la plus inique façon, et se vantant de pouvoir tenir tête à « quiconque oserait le contredire. Comme chez nos insulaires c’est toujours une curiosité de « voir un homme du Yamato (Japon), les auditeurs ne manquèrent pas, mais bien petit fut le « nombre de ceux qui le comprirent et ajoutèrent foi à ses paroles. Cependant à la suite de ses « excitations, une scission fut sur le point de se produire entre chrétiens et païens. Ces « derniers avaient le projet de mettre les fidèles au ban du village, s’ils n’abandonnaient pas la « religion. Pour commencer les hostilités, quelques jeunes gens plus audacieux, excités « surtout par l’eau-de-vie qu’ils avaient absorbée pendant une danse nocturne, lancèrent « quelques pierres sur ma maison. Le lendemain matin, je fis prévenir le chef du village que « j’exigeais une réunion générale dans laquelle seraient blâmés les coupables, sinon, le jour « même, l’affaire serait remise aux mains de la police. Cette réunion eut lieu et produisit le « meilleur effet ; mais la crainte de voir des poursuites s’ensuivre, éloignait les païens de « nous.
« Désirant vivement détruire cette mauvaise impression je profitai de quelques aumônes « venues de France et les employai à réunir les bois d’une future église. Ce travail, auquel « furent occupées plus de 60 personnes, rompit la glace et le jour de Noël la plupart des chefs « de famille étaient réunis chez moi. L’instruction que je leur fis parut produire une profonde « impression. Il était donc possible d’espérer de meilleurs jours et de voir surgir un « mouvement de conversions.
« Effectivement je pus enregistrer quelques baptêmes d’adultes. Mais une autre épreuve « devait venir bientôt se jeter à la traverse et tout remettre en question. Je veux parler de la « petite vérole qui se déclara subitement à Naze et qui eut pour mon village, et surtout pour « mes chrétiens, de si funestes conséquences. »
Après cette revue des différents districts de sa mission, Mgr de Nagasaki termine son compte rendu par les lignes suivantes, consacrées aux divers établissements d’intérêt général, lesquels pour la plupart sont groupés au chef-lieu du diocèse.
Le Séminaire avait, depuis la dernière rentrée, le minimum des élèves qui, par le fait, devaient se trouver dans des conditions d’hygiène relativement meilleures. Cela n’a pas éloigné la maladie qui l’avait si cruellement éprouvé précédemment. Nous avons eu la douleur de perdre un des meilleurs séminaristes, jeune tonsuré qui est mort dans les sentiments d’une véritable piété ; plusieurs de ses condisciples ont dû interrompre momentanément leurs études pour échapper au terrible fléau. Tous ont été plus ou moins effrayés et ont fait partager à leurs familles et à bien d’autres leur découragement. Un moment, l’on s’est demandé si ce ne serait pas courir au-devant d’un échec, que de faire appel à de nouvelles recrues pour la prochaine rentrée. Grâce à Dieu, je puis dire aujourd’hui que nous n’avons plus aucune inquiétude à ce sujet.
« Rien à signaler à l’école des catéchistes. Des nécessités urgentes nous ont obligés de faire sortir avant l’achèvement de leurs cours, deux élèves qui ont été mis brusquement à la besogne. Pour répondre aux demandes toujours plus pressantes qui me viennent de tous côtés, il a été décidé qu’à la rentrée de cette année, le nombre des élèves sera porté de 12 à 18.
« L’école des religieux de la Société de Marie voit chaque jour augmenter peu à peu le nombre de ses élèves. Ils ont, on peut le dire, tous les enfants des étrangers, et les sympathies qu’ils avaient su s’acquérir dès le premier jour, augmentent à mesure qu’ils sont mieux connus. Dans le courant de l’année scolaire, qui s’est terminée par la distribution solennelle des prix au commencement de juillet, le nombre des élèves s’est élevé à la cinquantaine. Cette distribution, dont le gouverneur avait accepté la présidence, a été une fête véritable pour tous les étrangers et bon nombre de Japonais appartenant au mande officiel. Le gouverneur qui, au dernier moment, fut obligé de s’absenter, envoya sa femme pour bien montrer sa sympathie envers l’établissement. L’amiral de Beaumont était aussi présent avec bon nombre de ses officiers et son excellente musique.
« L’école des Sœurs, dit le P. Salmon, progresse toujours et la difficulté de faire droit à « toutes les demandes d’admission des pensionnaires est arrivée à l’extrême limite. Ce sont « les jeunes filles russes qui viennent à l’envi chercher l’instruction chez nos religieuses. Elles « sont 25 qui remplissent le dortoir réservé aux Européennes, et la supérieure est obligée de « songer à faire l’acquisition d’une nouvelle maison, pour ne pas répondre uniquement par des « refus aux demandes réitérées qui lui sont adressées. Et non seulement l’école étrangère est « prospère et remplie de Russes, de Protestantes, de Juives, mais l’école japonaise a pris aussi « une grande extension. Au lieu de 72 enfants de familles païennes qui fréquentaient l’école « des Sœurs l’an dernier, c’est 122 qui ont suivi les cours pendant le dernier exercice. »
« L’école communale que les religieuses ont au milieu de la chrétienté d’Urakami, attend toujours les constructions qui lui seraient nécessaires pour recevoir autant d’élèves qu’il s’en présenterait. Elles en ont eu cette année 146, dont 8 païennes.
« Comme vous le savez déjà, nos Œuvres de la Sainte-Enfance sont presque toutes confiées aux communautés européennes et indigènes. C’est toujours de leur part le même zèle et le même dévouement payés par le salut d’un grand nombre d’âmes. Que l’Enfant-Jésus daigne les en récompenser !


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