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Rapport annuel des évêques

Année: 1897
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr Chatron

V. — Osaka.


Population catholique 4.492
Baptêmes d’adultes 412
Conversions d’hérétiques 49
Baptêmes d’enfants de païens 233
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Mgr Chatron consacre les premières lignes de son compte rendu à exposer comment, d’une part, l’excessive renchérissement de toutes choses depuis la guerre sino-japonaise, et d’autre part, la trop régulière et constante modicité de ses ressources, l’ont contraint de supprimer plusieurs catéchistes. Il dit ensuite, en termes émus, que, pour suppléer à ce manque d’auxiliaires si utiles les missionnaires ont redoublé de travail et de dévouement, et que, grâce à ce zèle opiniâtre, l’œuvre de l’évangélisation s’est assez bien maintenue. Puis, il nous montre ses collaborateurs à l’œuvre dans leurs postes respectifs.

« Commençons, dit Sa Grandeur, par le district de Tsu. Il est administré actuellement par M. Birraux, qui n’épargne pas sa peine pour semer partout la bonne nouvelle. Outre ce poste, sa résidence ordinaire, 3 autres chrétientés se partagent sa sollicitude. Il a pu y recueillir 32 baptêmes, dont 14 d’adultes. N’oublions pas que nous sommes ici en plein centre shintoïste ; les routes de la province d’Ise sont, à toutes les époques de l’année, couvertes de voyageurs se rendant au grand pèlerinage national de Yamada. On comprend que ce va-et-vient continuel influe sur l’esprit de la population, et que dans un pareil milieu, les conversions ne se fassent pas en masse. Félicitons donc M. Birraux de glaner en attendant la moisson. Il a, d’ailleurs, pour le consoler, la fidélité de ses chrétiens. Chez eux, pas de respect humain. Le missionnaire me cite un petit trait qui le montre assez.
« Dans une des écoles de la ville de Tsu, le maître se permet, un jour, une sortie virulente contre le christianisme, et comme péroraison, apostrophe ainsi ses élèves : « Y aurait-il parmi vous des chrétiens ? » A ces mots, un jeune enfant se lève et, de sa place, tranquillement : « Moi, maître, je suis chrétien ». L’instituteur avait pensé que sa question resterait sans réponse ; aussi, devant la tranquille et courageuse profession de foi de cet enfant, il resta abasourdi, et n’osant pousser la chose plus loin, passa immédiatement à un autre sujet.

« De Tsu, il nous faut faire un petit voyage d’une soixantaine de lieues, pour arriver chez M. Relave, à Myazu. Parmi les consolations que le bon Dieu lui envoie au milieu de ses travaux, il rapporte la conversion d’un jeune médecin, mort poitrinaire à l’âge de 33 ans.
« Veuf et vivant chez son père, Nomura Gembei avait eu quelques relations avec les « protestants, mais sans aller jusqu’au baptême. Parmi ses amis, se trouva un de nos chrétiens « qui lui parla du catholicisme. Ses paroles tombèrent dans une âme que la grâce de Dieu « avait déjà préparée. Nomura comprit, voulut et, en sa qualité de médecin, reçut au baptême « le nom de Luc. C’était au commencement de l’automne, la maladie faisait de rapides « progrès. J’allai le voir plusieurs fois ; à chaque visite, c’était avec effusion et les larmes aux « yeux, qu’il me remerciait. Le 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception, il reçut les « derniers sacrements et s’éteignit doucement le 2 janvier, ayant oublié ce monde et ne « pensant plus qu’au ciel. Luc avait fait promettre à son père de lui faire un enterrement « catholique, mais le reste de la famille et la population du village s’y refusaient. Il faut dire « que le frère cadet de Luc, l’unique héritier et le chef de la famille après la mort de ce « dernier, est bonze. La population fut surtout indignée à la vue de la grande croix de bois que « nous devions planter sur la tombe. C’est, qu’en effet, une croyance, reste des vieilles « calomnies d’il y a trois cents ans, et généralement répandue dans les populations arriérées « des campagnes, veut que les chrétiens crucifient leurs morts. On eut beau protester, il fallut, « pour les convaincre, inviter les plus incrédules à assister à la mise en bière. Alors tous les « doutes s’évanouirent. L’enterrement se fit et l’attitude recueillie des chrétiens, le respect « qu’ils ont pour leurs morts, édifièrent tout le monde. Peut-être qu’un jour, sur la tombe « glorieuse de ce prédestiné, une chrétienté surgira. »

« A Kyoto, M. Aurientis nous apporte une gerbe de 60 baptêmes, « un peu moins, dit-il, « que l’année dernière. C’est que, depuis la guerre sino-japonaise, l’argent abonde chez nos « indigènes ; il fait bon vivre, et l’idée que plusieurs avaient de se convertir en est restée là. Je « citerai entre autres un ingénieur-électricien dont la place est grassement rétribuée, un « heureux de ce monde, dont la famille est déjà convertie. Lui-même dit que son baptême « n’est qu’une question de temps.
« Quant à la chrétienté elle-même, elle continue de prospérer sous le rapport de la piété. Le missionnaire nous présente quelques fleurs de son parterre : « C’est d’abord un vieillard que « cette année tous les visiteurs de l’église de Kyoto ont aperçu. Nous pouvons parler de lui « sans craindre de lui donner de la vanité, car il est absolument sourd. Mon ami s’appelle « Nakagawa. Autrefois il fut riche ; aujourd’hui même il vit aisément, entretenu par son fils et « sa fille. Il a donc des loisirs, et il les consacre tout entiers, pour expier ses péchés, dit-il, à « entretenir la propreté autour de l’église. Il m’a demandé aussi, comme une grande faveur, la « permission d’en balayer et laver le plancher. Il est bien entendu que je ne lui donne aucune « sorte de rétribution et qu’il vit à ses propres frais. Sourd comme il est, il est séparé de ce « monde, et toute sa journée se passe avec son chapelet, son livre de prières, son balai ou sa « bêche. Et on voit qu’il rayonne de joie quand il passe devant l’église et que, par la porte « ouverte, il adore Notre-Seigneur au Saint-Sacrement ; on sent que le cœur du pauvre vieux « est jeune encore, que tout son être vibre de reconnaissance et d’amour. Il m’a raconté ainsi « la genèse de sa conversion : ─ Depuis plusieurs années, je demeurais dans le voisinage. « Souvent j’ai jeté un regard furtif dans l’église. Je voyais les fidèles, l’air recueilli, faire le « signe de la croix, joindre les mains, se prosterner et prier. Je voyais aussi la croix au haut de « l’édifice, je la voyais sur les lanternes en papier de l’hôpital. Ce signe était mystérieux pour « moi, il m’attirait. Je sentais que là était le salut, mais sourd comme je suis, et ne connaissant « personne, je n’osais pas venir directement demander des explications. Je souffrais beaucoup. « Enfin la Providence est venue à mon aide. Un chrétien dont j’ai fait la connaissance, m’a « conduit ici. Ah ! serait-il possible d’oublier jamais combien a été grande la miséricorde de « Dieu sur moi, humble et petit ! ─ Voilà ce que m’a dit le vieillard, et j’ai admiré les voies du « Père céleste attirant à Lui irrésistiblement cette âme par la vue même du signe que les païens « blasphèment.
« Vous dirai-je aussi un mot de ce jeune professeur de dessin à l’école primaire supérieure, « qui sait si bien, avec calme et sans forfanterie, imposer à tous le respect pour sa foi de « chrétien ? Seulement celui-ci n’est pas sourd, parlons bas pour ne pas troubler sa modestie. « A l’école, les maîtres, au nombre d’une trentaine, prennent leurs repas en commun. « Tranquillement, le chrétien récite son Benedicite et ses Grâces, et aucun ne songe à le « railler, parce que tous savent qu’il agit dans la simplicité de sa conscience. Le dimanche, « assez souvent, tous ces professeurs ont, sous un prétexte ou sous un autre, des réunions « d’amusement dans lesquelles on boit le saké, et l’on devise de choses et autres. Il ne s’y « rend jamais et leur a donné cette raison péremptoire : ─ La semaine a sept jours, je vous en « donne six ; le septième, je me le réserve pour aller à l’église et prier Dieu. ─ Et il le fait « comme il le dit, et tous l’approuvent. »

La ville d’Osaka comprend trois paroisses : la cathédrale, Uyemachi et Tamatsukuri. A la cathédrale, M. Luneau, qui n’a pris son poste qu’au mois de novembre 1896 et n’a pu guère que s’orienter, enregistre 14 baptêmes d’adultes. M. Vagner, qui, lui aussi, est nouveau dans la chrétienté d’Uyemachi, s’excuse de n’apporter qu’une glane de 11 païens baptisés. Enfin à Tamatsukuri, M. Marie a régénéré 31 adultes. Il raconte en ces termes une de ses consolations : « L’année a été marquée par une solennité qui a produit le meilleur effet sur les « païens, aussi bien que sur les chrétiens. Je veux parler de la fête du Saint-Sacrement que « nous avons célébrée avec procession en règle, grâce à la générosité d’une personne qui « cache son nom sous le voile de l’humilité. Non, je n’oublierai jamais l’impression de joie « que m’a donnée cette procession ; c’était pour la première fois que le Maître sortait de sa « prison, que Notre-Seigneur Jésus-Christ apparaissait ouvertement, officiellement, escorté de « ses fidèles. Nous avons gardé encore une certaine réserve, puisque nous sommes restés sur « une propriété privée, mais je vous le dis tout bas, j’espère que le jour n’est pas loin où nous « sortirons crânement, en pleine ville païenne, et serons respectés de tous. »
« M. Geley, qui est à Wakayama, depuis le commencement de cette année, n’y a pas trouvé que des roses, tant s’en faut ! Il a cependant recueilli 34 baptêmes.

« A Kobé, M. Fage, chargé de la procure, s’occupe aussi du soin spirituel des catholiques étrangers ; M. Perrin administre la chrétienté indigène. « Cette chrétienté, écrit-il, sans aller « vite, augmente pourtant et gagne aussi sous le rapport de la qualité. En voici les raisons : « Kobé, par son commerce toujours croissant, attire chaque année dans ses murs en moyenne « cinq à six mille personnes, qui y viennent chercher fortune. Parmi eux, j’aide temps à autre « le plaisir de rencontrer des chrétiens. Les missionnaires de l’intérieur aident donc à grossir « mon troupeau, et d’autre part la paroisse européenne contribue à le rendre meilleur. Dieu « merci, parmi les résidents étrangers, nous comptons plusieurs catholiques européens ou « américains fidèles à leurs devoirs religieux, et leur exemple ne manque pas de produire un « excellent effet sur nos Japonais. » M. Perrin a baptisé 24 adultes.

« Dans le district de Tottori, M. Faveyrial apporte, pour sa première gerbe, 15 conversions de païens. Dans celui d’Okayama, M. Daridon, qui a enregistré 50 baptêmes, constate un revirement de l’opinion en faveur de la religion catholique. « Le journal de la ville, dit-il, a « même consacré un de ses suppléments à traiter de la question religieuse. Passant en revue « les différentes branches du bouddhisme et du christianisme représentées dans la ville, il en « exposait les doctrines, les effets, mais surtout établissait une comparaison entre les paroles « et les actes des représentants de ces diverses branches. Il terminait ainsi : ─ Le catholicisme « est, dans notre ville, la seule religion vraiment digne de ce nom. Seule, elle porte avec elle « les marques de la vérité ; seuls, les catholiques mettent d’accord leurs paroles et leurs actes. « De vrais prêtres, vous n’en trouvez qu’à la mission catholique ; de véritables religieuses, « vous n’en trouverez aussi que là. Quiconque voudra entendre la vraie doctrine saura donc « désormais à qui il doit s’adresser.
« Ce témoignage, continue le missionnaire, venait d’autant plus à propos que nous avions « depuis quelque temps, à Okayama, l’Armée du Salut. Plusieurs Japonais, non par « conviction, mais par curiosité, ont donné leur nom à cette branche excentrique du « christianisme. Les danses, les chants attirent beaucoup de monde. Les Américains qui « propagent les idées salutistes s’habillent à la japonaise. Nous avons même une citoyenne de « la libre Amérique qui ne rougit pas d’aller aux bains publics, tout comme les indigènes et « dans le même costume, lequel consiste à n’en pas avoir. Cela a porté le coup de grâce à la « considération des salutistes, déjà fort ébréchée par des excentricités moins inconvenantes. « La question financière est venue couronner le tout. Les salutistes, très friands de musique, « s’étaient adressés à la fanfare de la ville. Après trois ou quatre séances, on promit de payer à « la fin du mois. Mais deux ou trois mois se passèrent, et d’argent point ! Le chef de la fanfare « se fâcha, menaça d’un procès ; alors les chefs salutistes partirent... sans tambour ni « trompette. Ils reviendront peut-être, mais leur crédit est ruiné pour toujours. »

« A l’ouest d’Okayama, nous trouvons Fukuyarna, où M. Prosper Ferrand travaille avec une ardeur que sa santé, souvent éprouvée, ne parvient pas à ralentir. « Ma première gerbe, « me dit-il, compte 48 épis dont quelques-uns ont déjà été transportés dans le ciel. Je vous « l’offre avec joie, après l’avoir déposée aux pieds de la Sainte Vierge. Je l’ai cueillie sur un « terrain qui promet beaucoup pour l’avenir. Celle de l’an prochain se prépare ; 14 « catéchumènes attendent l’heureux jour de leur baptême. Malgré mon inexpérience encore si « grande de la langue et des mœurs japonaises, malgré mon indignité, je sens que la récolte « prochaine sera encore plus abondante que celle-ci.
« A Fukayama, la meilleure conquêtede l’année a été celle d’un inspecteur des forêts, un « des gros bonnets de l’endroit. Intelligent et loyal, dès qu’il a connu la vérité, il l’a prise pour « son partage. Pendant ses fréquentes et longues tournées dans la montagne, il étudie sa « nouvelle religion à l’ombre des grands arbres, en face de la nature. Lui, sa femme et ses « deux charmantes fillettes sont des chrétiens exemplaires. Je voudrais avoir un bon noyau de « familles pareilles à celle-là. A Yebara, où j’ai eu le plus de consolations, nous avons pu « obtenir la conversion de quatre familles. C’est avec un bonheur toujours nouveau que j’y « vais le plus souvent possible. Les braves gens que je trouve là ! Mais vraiment l’installation « laisse beaucoup à désirer. »

« M. Cotin a pris possession du poste de Hiroshima, vers le milieu de l’année. Il y a recueilli 14 baptêmes d’adultes « Ici, dit-il, pour fonder une chrétienté stable, il faudrait « convertir des gens à l’aise et bien établis. Malheureusement la secte la plus puissante du « bouddhisme a perverti ce peuple. Depuis quelques années cependant, de nouvelles idées, « tant bonnesque mauvaises, commencent à se faire jour. Puisqu’on dit que ce sont les idées « qui, en définitive, mènent le monde, mon grand désir est de combattre les fausses en « répandant les vraies. Pour cela, j’ai distribué quelques livres composés par un confrère ; « deux journaux de la ville en ont fait l’éloge. J’ai l’intention de continuer cette propagande « par tous les moyens possibles.
« Mais si ma conviction intime est qu’au Japon, actuellement du moins, le grand effort doit « s’exercer dans le champ des idées, d’où la nécessité absolue de la presse catholique, je « n’oublie pas que les œuvres de la bienfaisance chrétienne sont une prédication pour ainsi « dire permanente. C’est pourquoi, dans cette ville païenne encore, je voudrais une œuvre qui « montrât comment les catholiques savent exercer la charité. Il y a ici un jeune médecin, « excellent chrétien, qui serait heureux de travailler dans ce sens. Il est disposé à faire tout ce « qu’il pourra pour commencer un hôpital. Nous avons recommandé notre projet à la sainte « Vierge et nous ferons nos efforts, chacun de son côté, pour réussir. Les circonstances sont « favorables. ─ Aide-toi , le ciel t’aidera. »

« De Hagi, M. Villion écrit : « Le nombre de 36 baptêmes que j’ai à offrir prouve que, « malgré toutes les entraves, on avance même en notre pays si arriéré de Choshu, et que le « nom du bon Dieu comnience à y être bien connu... La consolation de mon vaste district se « trouve au fond des montagnes de l’Iwami, à Tsuwano, où les prisonniers de Nagasaki « eurent tant à souffrir en 1870. Plusieurs sont morts en vrais martyrs. Je me disais toujours « qu’on aurait à recueillir là le fruit des mérites de ces confesseurs de la foi. Dieu soit loué ! « l’heure en paraît venue. C’est par le zèle d’un gendarme, Francisco Tawara, que cet élan « nouveau s’est produit.
« Francisco est un ressuscité. Blessé grièvement, l’an dernier, à Formose, il fut annoncé « comme perdu par des lettres privées. Tout à coup arrive la nouvelle de sa réapparition ; « après de longs mois d’hôpital il revenait en son pays natal. Il fallait l’entendre raconter « l’histoire de sa blessure ! Demi-mort, il avait été emporté au loin et caché aux rebelles. ─ « Ah ! Père, c’est la sainte Vierge qui m’a sauvé ! En égrenant mon chapelet, je me rappelais « que vous m’aviez promis de ne pas m’oublier à la messe, et chaque matin je m’unissais à « vous. Quand je me reporte par la pensée au moment de ma blessure, à cet instant où déjà je « sentais le froid de la mort... non, ce n’est plus seulement de la foi en Dieu qu’on a alors, on « le sent, on le voit comme si on était entre ses mains. Ceux qui ne croient pas en Dieu, maître « de notre vie, je voudrais bien les voir en de telles circonstances ! ─ Le brave garçon ne « connaît pas le respect humain, et ne cache pas ses larmes d’émotion quand il répète que la « sainte Vierge l’a sauvé. Aussi l’effet produit à Tsuwano fut électrique. Déjà quatre « nouvelles familles sont venues augmenter le petit troupeau où règne une ferveur qui fait du « bien à l’âme. »

« A Matsuyama, district de M. Rey, 50 baptêmes. Sans négliger les moyens ordinaires d’évangélisation, M. Rey a pris surtout comme idéal saint Vincent de Paul. Il va à la recherche des pauvres vieillards, des infirmes, des nécessiteux de toute sorte, et en soulageant le corps, il arrive souvent à faire pénétrer jusqu’à l’âme la parole de vie.
« Il y a quelque temps, dit-il, j’avais fait connaissance avec deux vieux que la misère avait « réunis sous le même toit. L’un, grand amateur de saké (vin), avait dépensé et dépensait « encore tout ce qu’il recevait à satisfaire son penchant. Encore assez robuste, et tout entier à « sa passion, il ne prêtait qu’une oreille distraite aux explications qu’on lui donnait sur la « religion. L’autre, honnête ouvrier, auquel l’âge et les infirmités ne permettaient plus de « gagner sa vie, écoutait avec avidité et se faisait un plaisir de répéter les prières qu’on lui « apprenait. Je comptais sur lui pour amener son compagnon à de meilleurs sentiments. Mais « bientôt, son état devenant plus alarmant, je me hâtai de le baptiser, et le lendemain, après « une nuit des plus froides, j’allai prendre de ses nouvelles. Ma surprise fut grande de trouver « deux cadavres. Mon baptisé de la veille, retiré dans un coin, semblait dormir, tant sa figure « respirait la paix et la sérénité. Mais quel contraste avec son compagnon ! La souffrance et la « stupeur étaient empreintes sur les traits de celui-ci, et les bouteilles vides, éparses autour de « lui, disaient assez quels avaient dû être ses derniers moments. Les voisins, témoins de ce « spectacle, ne pouvaient s’empêcher de faire remarquer cette différence si frappante. »

« A. Uwajima, M. Charron a pu administrer 25 baptêmes. Pour un district aussi récemment fondé ce chiffre est consolant. « Parmi mes conquêtes de l’année, dit-ij, est un médecin qui « habitait autrefois Kyoto, alors que Mgr Vasselon y était simple missionnaire. Il eut plusieurs « entretiens avec lui, et acquit la conviction que notre sainte religion est la seule vraie. Mais, « hélas ! un païen d’une classe élevée a tant de liens à rompre pour venir jusqu’à nous ! Il « n’eut pas le courage de se décider. Enfin Notre-Seigneur, qui le voulait, lui envoya une « maladie, excellente conseillère dans l’espèce. Il reçut le baptême avec une foi vive, un grand « regret de ses fautes, et après quelques mois de souffrances joyeusement supportées, alla « rejoindre au ciel Mgr Vasselon. »

« A Kochi, M. Duthu a obtenu 50 baptêmes, chiffre qu’on n’avait pu encore atteindre jusqu’ici dans ce district. Parmi ces conversions, il en est une dont il raconte ainsi les détails. « Le fils d’une femme veuve avait été envoyé par un homme influent du pays au Canada, pour « y faire ses études. Là, le jeune étudiant devint catholique, et mourut, quelque temps après, « d’une maladie de poitrine. Sur son lit de mort, il écrivit à sa mère, la conjurant d’entrer dans « la religion Roman Catholic, et lui envoya une image du Sacré-Cœur comme dernier « souvenir. La veuve, jusqu’ici païenne fanatique, se décide alors à embrasser la religion de « son fils, car elle veut à tout prix être avec lui dans l’autre monde. Sa résolution prise, elle se « rend dans les temples païens, se prosterne devant les dieux qu’elle a adorés jusque-là, les « remercie de tous les services qu’elle en a reçus, puis leur explique qu’elle se voit obligée de « cesser toute relation avec eux. Enfin, munie de son image du Sacré-Cœur, elle va à la « découverte de la religion dans laquelle est mort son fils. D’abord, chez les protestants, on lui « déclare ne pas pouvoir lui expliquer son image. Chez les Russes, même déconvenue. Mais « elle finit par arriver chez nous, où on lui donne toutes les explications qu’elle désire. Au « comble de la joie, elle se fait instruire et compte aujourd’hui parmi les bonnes catholiques et « les fidèles dévots au Sacré-Cœur.
« Le dernier poste, tout récemment fondé, est Matsuye. Jusqu’ici nous n’avions sur le versant nord de notre Japon central que deux postes : Myazu et Tottori. Depuis longtemps, on songeait à Matsuye, la ville la plus importante de toute cette contrée par sa population, sa position, son commerce et son avenir. M. Angles est allé s’y établir, au commencement de cette année, avec un catéchiste. Il y a trouvé les protestants et les Russes. Sans doute les résultats obtenus par eux ne sont pas merveilleux, surtout si l’on tient compte du personnel et des sommes dépensées ; mais ils ont sillonné le pays dans tous les sens, distribué des bibles et des tracts de toutes sortes, voire même des pamphlets contre l’Eglise catholique. On savait que celle-ci arriverait un jour et il fallait prémunir les esprits contre elle. Les obstacles sont donc nombreux et puissants. Mais M. Angles s’est mis à l’œuvre ; il n’est pas homme à se décourager. J’espère que, d’ici à quelque temps, il pourra former un noyau de néophytes. »

Mgr Chatron termine en parlant des établissements que possède sa mission et qu’il voudrait voir plus nombreux. Il est heureux d’annoncer qu’un de ses élèves au séminaire de Nagasaki a été, dans l’année, promu au sacerdoce. Puis, après avoir rendu témoignage à la bonne marche des écoles, des ouvroirs et des orphelinats, Sa Grandeur parle un peu plus longuement des infirmières formées par les Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles. « L’œuvre de ces infirmières produit des fruits très consolants. La réputation de ces jeunes filles est faite : les médecins et les directeurs des hôpitaux, qui apprécient leur vigilance et leurs attentions délicates près des malades, exaltent surtout leur modestie, leur honnêteté et les donnent pour modèles. Aussi est-il impossible de donner satisfaction à toutes les demandes. Grâce à cette bonne renommée et à leur conduite exemplaire, ces infirmières non seulement sont bien reçues partout, mais souvent elles arrivent à pouvoir instruire les malades et à leur procurer la grâce du salut à l’article de la mort. »


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