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Rapport annuel des évêques

Année: 1897
Pays: Japon
Mission: Tokio
Rédacteur:Mgr Osouf

III. — Tokio.


Population catholique 8.922
Baptêmes d’adultes 1.272
Conversions d’hérétiques 6
Baptêmes d’enfants de païens 505
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Malgré les circonstances défavorables à l’évangélisation, dues en général à l’état actuel des esprits au Japon, les travaux et le zèle de nos confrères de Tokio ne sont pas demeurés stériles. Dieu, comme le remarque Mgr Osouf, a daigné les bénir d’une manière bien consolante.
C’est ainsi qu’à Tsukiji, près de mille âmes parmi les adultes et les enfants de païens, ont été régénérées. M. Vigroux attribue une grande partie de ce succès au concours qu’il a trouvé dans les catéchistes et les jeunes filles de l’établissement des Dames de Saint-Maur.
« Il serait superflu, dit Mgr l’archevêque de Tokio, de rappeler ici ce qui a été dit, les années précédentes, de l’admirable dévouement de ces personnes pour procurer le salut des mourants. Je ne saurais toutefois omettre le passage suivant du rapport de M. Vigroux : il s’agit d’un de ses auxiliaires, au zèle et au désintéressement duquel le compte rendu de 1892 rendait déjà témoignage.
« Nous avons perdu un baptiseur bien précieux, François Xavier Makita. Depuis plusieurs « années, ce fervent chrétien se faisait un devoir et un bonheur d’aller, une fois ou deux par « semaine, dans les divers hôpitaux de la capitale, afin d’instruire et baptiser les moribonds. « Non seulement il n’a jamais voulu rien recevoir pour ces services ; mais, afin de se ménager « une plus grande facilité de les rendre en certains cas, il s’imposait même volontiers quelques « petits sacrifices.
« Certains employés qui craignaient de se compromettre vis-à-vis de leurs chefs, en lui « laissant trop de latitude, ont souvent gêné la liberté de Makita ; notre baptiseur a été « quelquefois victime de traitements peu courtois ; il ne s’est jamais découragé ; il a souffert « avec patience les humiliations et les mépris. N’aspirant qu’à sauver l’âme des malades, il a « fait des excuses, il est même allé jusqu’à offrir des présents à ceux qui lui avaient causé le « plus d’avanies. Aussi, grâce à cette façon de répondre aux procédés les plus injurieux, il lui « est arrivé, maintes fois, après avoir été chassé d’un hôpital, de pouvoir y rentrer et continuer « ses charitables fonctions. Finalement, une entière confiance lui avait été acquise, et, à sa « mort, chacun a fait son éloge. Malades, garde-malades, fonctionnaires eux-mêmes, tous ont « loué à l’envi son zèle et son dévouement et ont témoigné leur regret de sa perte.
« Le nombre des personnes baptisées par François-Xavier Makita, durant sa vie, s’élève à « plus de 3.000. C’est là, certes, une belle couronne pour lui dans l’éternité. »

« A Ogawamachi, M. Papinot a eu la grande consolation de mener à bonne fin la construction de l’église, dont le dernier compte rendu annonçait le commencement des travaux. C’est le 28 octobre 1896 que j’ai eu moi-même le bonheur d’en faire la bénédiction solennelle, entouré d’une vingtaine de missionnaires, et au milieu d’un concours de 1.200 chrétiens et de nombreux païens, attirés par cette cérémonie extraordinaire. Cette église, ainsi que plusieurs autres déjà construites au Japon et d’après les plans de M. Papinot, fait honneur à ses talents d’architecte. Dieu daigne la protéger contre les divers fléaux, qui viennent si souvent hélas ! causer tant de ruines dans ce pays !
« Une autre raveur accordée à la chrétienté d’Ogawamachi a été la retraite donnée pendant le Carême. « Les résultats visibles de cette retraite, écrit le missionnaire, ont été des plus « consolants. Puissent ses fruits dans les âmes n’avoir pas été moins réels et se conserver « longtemps ! »
M. Cadilhac, après avoir exposé quels ennuis lui sont survenus à la suite de l’incendie qui, l’an dernier, détruisit les divers établissements d’Utsunomiya, et combien son action près des païens souffre du déplorable état de santé de son meilleur catéchiste, est heureux de rapporter un fait, lequel, dit-il, lui a procuré une note plus gaie au milieu de ses déboires : « Dans mon dernier voyage à Mondori, la maîtresse de la maison où je reçois l’hospitalité, s’adressant à moi devant tous les chrétiens, à la réunion du soir : « Père, me dit-elle, que nous sommes « heureux, nous catholiques ! Ce matin, j’ai fait la sainte communion ; après avoir reçu le « corps sacré de Notre-Seigneur, j’ai pensé ceci : Notre voisin d’à côté est un richard ; il a du « riz plein ses greniers, de l’argent plein ses tiroirs ; rien ne lui manque et tout paraît lui « réussir. Eh bien, il aura beau faire, il ne pourra jamais manger d’une bouchée la valeur de « cent yen ; et moi, pauvre femme d’une caste honnie, oui, d’une bouchée, j’ai pu manger « mon Dieu, qui a fait le ciel et la terre ! » Cette manière d’apprécier la sainte Eucharistie est sans doute bien nouvelle, et le rapprochement fait a bien son côté choquant ; toutefois, on y sent, on y voit un grand sentiment de foi qui réjouit.
« Il y a environ un an que le Ken d’Ibaraki a été séparé du district d’Utsunomiya : M. Fournier a été chargé d’évangéliser ce département, avec résidence à Mito, qui en est le chef-lieu Son premier soin a été de se procurer un catéchiste ; il a choisi un jeune policeman intelligent, sur lequel son prédécesseur, M. Cadilhac, avait déjà porté les yeux et qu’il lui avait indiqué. M. Fournier a dû, naturellement, le préparer à sa nouvelle fonction ; pour cela, il l’a pris auprès de lui et l’a formé peu à peu par des instructions journalières. Actuellement, ce jeune ouvrier réunit à une grande bonne volonté un savoir-faire bien convenable.
« Tout en préparant son catéchiste, le missionnaire n’a pas négligé les chrétiens de son district, disséminés de tous côtés. La première visite n’a pas été facile, le cahier des âmes ayant disparu dans l’incendie d’Utsunomiya. Le recensement qui vient dêtre fait porte le nombre des fidèles à 103, dont une vingtaine seulement forme la chrétienté de Mito. La mission possédait déjà dans cette ville un petit terrain, avec une maison servant de lieu de réunion pour les chrétiens et de logement pour les missionnaires. Mais ce terrain, très bas, avait le grave inconvénient d’être ordinairement submergé, lors des grandes pluies. M. Fournier a été assez heureux pour en trouver un autre dans des conditions très avantageuses à tous les points de vue. C’est là, dans cette préfecture, une base excellente pour l’installation matérielle de la mission, selon les besoins que l’avenir peut lui réserver.

« M. Mayrand donne de Hachioji les douloureuses nouvelles qui suivent : « C’était avec « bonheur qu’au dernier exercice j’annonçais la construction d’une chapelle et d’une « résidence à Hachioji. Le 26 octobre 1896 elle fut bénite à la grande joie des chrétiens, « accourus nombreux de tous les points du district pour la cérémonie. Six mois à peine « s’étaient écoulés, que la chapelle et les autres bâtiments de la mission étaient réduits en « cendres, sans qu’il eût été possible de rien sauver, tant le feu, poussé par un vent violent, fut « prompt à tout dévorer.
« Près de 4.000 maisons furent consumées dans cet incendie, et autant de familles réduites « à la misère. Aujourd’hui Hachioji se relève péniblement de ses ruines ; la vie et l’animation « commencent à circuler de nouveau dans les rues.
« Pour moi, grâce aux premiers dons de personnes charitables, j’ai pu me construire une « étroite maison, où j’habite avec mon catéchiste. L’unique appartement à ma disposition « mesure à peine 12 pieds sur 9. Il sert à peu près à tous les usages. Mais j’aurais bien « mauvaise grâce à ne pas savoir m’en contenter, quand le Bon Dieu n’en a qu’un, à peine « plus grand, où il consent à descendre sur un autel fait de trois planches... Pour l’avenir, je « me confie entièrement à la Providence, persuadé qu’Elle me fournira en temps opportun de « quoi relever son sanctuaire et compensera, par des grâces de salut pour les âmes, les pertes « que j’ai éprouvées sous le rapport matériel. »

« Quand M. Fournier a été transféré au district de Mito, un jeune prêtre japonais, M. Tonooka, l’a remplacé à Numadzu, mais en qualité de vicaire de M. Mugabure, qui reste en même temps chargé d’administrer le district de Shidzuoka.
« Dans son compte rendu, M. Mugabure rend un excellent témoignage à son jeune vicaire. « Il a soigné con amore écrit-il, la partie du département qui lui est confiée. Malgré les « distances et les difficultés particulières de ce poste, il l’a parcouru au moins six fois pendant « l’année. Aussi la population semble reprendre courage, et beaucoup de païens accourent aux « instructions qui sont données. Il va sans dire que le P. Tonooka soigne surtout les villes de « Numadzu et de Mishima, où nous avons déjà un joli noyau de chrétiens. Dans cette dernière « ville, grâce à l’influence du chef de la police, l’excellent M. Fukuda, il y a en ce moment un « mouvement marqué en faveur du catholicisme. Pour seconder ce mouvement, j’ai installé « depuis quelques mois une classe de français pour les policemen et les jeunes gens qui « veulent y assister. Avant ou après la classe nous faisons le sekkyo, ce qui a déjà attiré « plusieurs catéchumènes.
« A Shidzuoka, continue M. Mugabure, les chrétiens sont enchantés de nous voir établis « dans la troisième enceinte du Shiro, où se trouvait anciennement le château de Yeyasu, un « des plus grands persécuteurs du christianisme. Comme les choses changent !
« La chrétienté de Fujiyeda continue à me donner beaucoup de consolations. Si elle « n’augmente pas, ce qui est fait est solide, et à certains jours j’ai presque l’illusion de me « croire dans une de ces bonnes paroisses du pays basque, où la foi est si vive.
« Hamamatsu est toujours la ville du mouvement et du combat que vous connaissez. J’y « suis très bien secondé par le catéchiste Sudzuki ; nous avons eu 20 baptêmes. Actuellement, « les élèves du Lycée viennent nous voir en nombre, et, sous prétexte de dire quelques mots « en français ou en anglais, ils assistent aux instructions et marquent le désir d’entrer en « relations plus intimes avec moi.
« En somme, nous plantons et nous arrosons ; le Maître incrementum dabit à l’heure qu’il « lui plaira. »

« M. Tulpin a encore obtenu un bon nombre de conversions à Nagoya, malgré les dispositions assez hostiles de la population. Il y a baptisé 65 adultes, dont 14 seulement en danger de mort. « Nos néophytes, écrit le missionnaire, ont souvent de véritables persécutions « à subir de la part de leur parents et de leurs amis. Il n’est pas improbable que la fiévreuse « agitation des protestants ne contribue à entretenir cette haine populaire. Un cas particulier « nous a montré dernièrement comment ils sont vus. Une de nos chrétiennes voulait se marier « avec un brave païen des environs. A cette nouvelle, les voisins de cet homme accourent « chez lui et débitent mille sottises contre la religion chrétienne. Mais quand ces mêmes « voisins ont appris que la future dame était des nôtres, ils sont accourus de nouveau pour se « rétracter et délivrer au catholicisme un certificat de complète satisfaction. »

« Dans la ville de Kofu, un mouvement extraordinaire s’est déclaré depuis quelques mois. Au commencement d’août, M. Drouart m’en donnait les premières nouvelles dans les lignes suivantes : « Un fait qui me frappe comme il m’a déjà frappé par le passé, c’est que souvent « un enterrement est la cause accidentelle de quelques conversions. Une femme baptisée à « l’article de la mort, et que j’ai enterrée il y a trois semaines, a occasionné un petit « mouvement dans la ville même de Kofu. Seize paiens ont commencé à étudier, et quelques-« uns paraissent le faire sérieusement. Ils doivent bientôt passer leur examen de catéchuménat. « Que le Dieu de toute miséricorde fasse que ces âmes puissent arriver sans encombre « jusqu’au baptême !
« A la fin du même mois d’août, M. Drouart m’écrivait encore : « Je ne veux pas trop « tarder à vous donner des nouvelles de ce mouvement si subit et si surprenant de conversion. « Il se dessine et s’accentue chaque jour de plus en plus. Jusqu’ici, j’ai fait passer l’examen de « catéchuménat à 28 Japonais, presque tous chefs de famille ; il y en a une dizaine d’autres qui « le passeront sous peu. Le chrétien, auteur après Dieu de ce beau mouvement, continue à « travailler avec ardeur. Hier encore, il m’a annoncé un nouvel aspirant, après m’en avoir « amené trois autres les jours précédents. Nous verrons plus tard ce que tout cela produira, car « tout dépend de Dieu. »
« Enfin, à l’époque de notre retraite, fin de septembre, M. Drouart me donnait de vive voix la bonne nouvelle que l’heureux mouvement continuait toujours, et qu’il embrassait alors 52 chefs de famille. Oh ! que Dieu daigne l’étendre de plus un plus et confirmer dans leurs bonnes dispositions tous ceux qu’il aura atteints !

« A Matsumoto aussi, la grâce a opéré depuis un an un changement très consolant. Outre la conversion de 23 adultes, progrès très sensible dans cette ville, M. J. Balet signale une notable amélioration dans l’esprit des chrétiens de la localité. L’union surtout manquait parmi eux, elle paraît maintenant sérieusement rétablie. Avec elle la ferveur a aussi augmenté chez les bons, et quelques-uns sont devenus de vrais modèles de régularité sous tous rapports. « Pour « m’en faire des aides dans l’apostolat, ajoute M. Balet, j’avais groupé les hommes et les « femmes en associations qui avaient leurs règles et leurs exercices particuliers. Je dois dire « que ces associations ne m’ont pas donné ce que j’en attendais au point de vue de « l’évangélisation ; mais je crois qu’elles ont bien contribué à l’amélioration produite chez les « chrétiens eux-mêmes. »

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* *

« Sur nos divers établissements d’instruction et d’éducation, j’ai peu de détails à ajouter à ceux que j’ai donnés l’an dernier. Chez les maîtres et les maîtresses, toujours même dévouement, même zèle. Les élèves se maintiennent aussi, à quelques légères différences près, aux mêmes chiffres respectifs.
« Au séminaire, deux théologiens ont reçu les ordres mineurs en juin dernier.
« Le collège des Marianites a gagné considérablement du côté matériel. Un très vaste et beau bâtiment vient d’être ajouté à ceux qui existaient déjà. Cette récente construction va leur permettre de recevoir un plus grand nombre d’élèves, et dans des conditions bien supérieures. Du côté religieux, entre autres consolations accordées à nos chers Marianites, ils ont eu celle de voir une douzaine de leurs élèves demander et recevoir le baptême.

« Outre les bienfaits de toute sorte que nos religieuses continuent de répandre dans l’intérieur de leurs maisons sur les centaines d’enfants qu’elles instruisent, elles continuent aussi de multiplier au dehors, soit par elles-mêmes, soit par les plus anciennes de leurs élèves, ces secours qui sont si précieux pour tant de malades païens en danger de mort. Le nombre de ces malades, soit enfants, soit adultes, auxquels elles ont procuré la grâce du baptême a été encore considérable cette année. Je relève des comptes rendus qui m’ont été remis les beaux chiffres suivants : Sœurs du Saint-Enfant Jésus, à Tsukiji, 603 baptisés, dont 391 adultes ; à Yokohama, 103 baptisés, dont 48 adultes ; Sœurs de Saint-Paul de Chartres, à Ogawamachi, 32 baptisés comprenant 12 adultes. Je ferai remarquer que les Sœurs de Tsukiji ont actuellement une vingtaine de jeunes filles de leur établissement employées comme garde-malades dans divers hôpitaux de Tokio. Ce sont autant d’instruments qui servent beaucoup à recueillir une belle moisson d’âmes parmi les païens de bonne volonté.
« L’hôpital de Gotemba compte présentement 80 lépreux, et celui de Nagoya, 35 vieillards. Un autre refuge, à l’instar de ce dernier, a été ouvert à Matsumoto par M. J. Balet, grâce à la charité de quelques amis d’Europe. Ce nouvel asile n’abrite ençore que trois bonnes vieilles, dont la plus jeune a 75 ans. La plus âgée, qui a 81 ans, est maintenant baptisée. C’est la fille d’un ancien bonze.

« L’œuvre si importante de la Presse est toujours loin de nous donner ce qui serait nécessaire dans ce pays. Cependant l’année n’a pas été stérile : M. Ligneul a publié plusieurs volumes très utiles et qui ont été fort appréciés par les Japonais. Que Dieu lui conserve la santé pour qu’il puisse continuer longtemps encore ses publications et ses autres travaux !
« Si la Providence veut bien empêcher qu’aucun obstacle ne vienne contrarier nos plans, nous avons d’ailleurs bon espoir que, dans le courant de l’année prochaine, d’autres confrères pourront joindre leurs efforts à ceux de M. Ligneul, et répondre ainsi, dans une mesure plus étendue, aux besoins urgents qui se font sentir de ce côté tout spécial. »


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