| Année: |
1898 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Osouf |
III. — Tokio.
Population catholique 9.114
Baptêmes d’adultes 932
Conversions d’hérétiques 7
Baptêmes d’enfants de païens 308
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Les chiffres qu’on vient de lire indiquent une diminution dans le nombre des baptêmes administrés, au cours de l’exercice, dans la mission de Tokio. En dehors des causes qui sont communes à tout le Japon et qui tiennent à l’état des esprits dans ce vaste empire, « cette diminution, écrit Mgr Osouf, est due à une épreuve particulière dont il a plu à Dieu de nous affliger. Depuis un an, la maladie a condamné M. Vigroux à un repos presque continu. Or, les précédents comptes rendus ont dit combien le Seigneur bénissait son zèle à rechercher et à convertir les pauvres malades. »
Sa Grandeur trace ensuite l’état général des diverses stations. « Les chrétientés des villes, déjà constituées à l’instar de véritables paroisses, donnent aux missionnaires des consolations qui sont de nature à les dédommager, en partie, de la peine de ne pouvoir faire un plus grand nombre de nouvelles conquêtes.
« Les confrères, chargés des districts de l’extérieur, se trouvent en face de plus de difficultés. La principale est celle de procurer l’instruction voulue aux néophytes dispersés çà et là, souvent à de grandes distances les uns des autres. Le missionnaire ne peut aller que rarement dans les différents endroits où ils habitent. Ce grave inconvénient joint à la pénurie des catéchistes, auxiliaires pourtant si nécessaires, fait que l’instruction religieuse de cette malheureuse catégorie de fidèles reste trop souvent bien incomplète, et leur formation spirituelle devient comme impossible. De là, pour un certain nombre, un grand danger de ne point persévérer. Le remède le plus efficace à cette déplorable situation serait de grouper davantage ces chrétiens isolés, et de placer au milieu d’eux un missionnaire, ou un bon catéchiste. Mais c’est là un moyen tout à fait impraticable, pour le moment du moins. »
A cet aperçu général, Mgr l’archevêque de Tokio ajoute quelques détails concernant plusieurs chrétientés. C’est, d’abord, la fête qui a eu lieu à Honjo, le dimanche de la sainte Trinité, pour la bénédiction solennelle de la jolie petite église construite par M. Balette en l’honneur des vingt-six martyrs japonais. La pluie a bien un peu contrarié la cérémonie ; mais celle-ci n’en a pas moins été douce et consolante, surtout pour le missionnaire à qui la construction de l’édifice avait coûté tant de peines et de soucis.
« A Kofu, le mouvement extraordinaire dont le compte rendu précédent faisait connaître l’origine et les débuts, a continué et a eu pour résultat, aux mois de novembre et de décembre, le baptême de 72 personnes. Mais le démon n’a pas tardé à se venger de ce succès remporté sur lui. Il s’est attaqué à celui-là même qui avait été l’instrument de la Providence pour provoquer toutes ces conversions. L’a-t-il pris au piège de l’orgueil, ou de la jalousie, ou de quelques vues d’intérêt ? Toujours est-il que le malheureux Japonais s’est mis à calomnier gravement le catéchiste de M. Drouart. Et sur le refus du missionnaire de renvoyer ce catéchiste, reconnu innocent, l’apôtre de la veille est devenu l’ennemi et le persécuteur du lendemain. Comme c’était trop à craindre en pareil cas, il a entraîné après lui un certain nombre des néophytes qu’il avait fait baptiser. Tous, d’ailleurs, ne l’ont pas suivi volontiers : plusieurs ont fait dire à M. Drouart qu’ils cédaient comme par force, mais qu’ils reviendraient à lui un peu plus tard.
« Le malheureux chef de cette désertion est passé chez les schismatiques russes qu’il a appelés à Kofu. Dieu daigne l’éclairer sur son odieuse apostasie et lui accorder la grâce d’un prompt et sincère retour ! »
M. Mugabure a constaté, dans son district de Shizuoka, quelques retours consolants parmi les chrétiens qui se négligeaient depuis plusieurs années, et un notable accroissement de piété parmi les fidèles pratiquants. A une dizaine de lieues de la petite ville de Fujiyeda, centre d’une paroisse exemplaire, se trouve un gros village où notre confrère a commencé à prêcher la sainte doctrine dans des réunions publiques. « La première assemblée, écrit-il, a été « superbe. Deux immenses salles étaient remplies d’une foule sympathique, et c’est aux « applaudissements de ces braves gens que le catéchiste et moi avons parlé pendant deux « heures. Il y a déjà des catéchumènes dans ce village, et nous espérons que l’année prochaine « nous y compterons quelques chrétiens.
« Je continue, ajoute M. Mugabure, d’aller une fois par semaine à Mishima, où je cumule « les fonctions de missionnaire et celles de professeur. C’est plaisir de voir les réunions qui « ont lieu au poste de police, où des gardiens de paix de tout âge s’acharnent à apprendre le « français. Plusieurs parmi eux sont déjà devenus chrétiens avec leurs familles, et d’autres se « préparent au baptême. Et voilà comme, à l’occasion, la langue française sert d’introduction « à la religion. »
Ici s’arrêtent les détails concernant les districts, la plupart des chefs de poste n’ayant rien signalé d’extraordinaire dans leurs chrétientés respectives. « Mais, écrit Mgr Osouf, je tiens à constater que tous ont continué à déployer le même zèle que par le passé pour les diverses œuvres dont ils sont chargés. Si le succès a été moindre quelquefois, cela ne doit être attribué qu’à des circonstances indépendantes de mes confrères. »
« C’est un égal hommage à leur entier dévouement aux œuvres qui leur sont confiées, continue Mgr de Tokio, que j’ai à rendre aux maîtres et maîtresses de toutes nos maisons d’éducation. Là aussi, sans regarder à sa peine, on vise à faire le plus de bien possible.
« Le collège des Marianites n’a pas vu, cette année, le nombre de ses élèves augmenter, comme les années précédentes. Il a même diminué d’environ une douzaine. Mais, vu la crise ressentie par toutes les écoles, une diminution si peu considérable équivaut présentement à une belle augmentation en temps ordinaire. La misère, en effet, qui règne dans le pays a fait retirer quantité d’élèves dont les familles ne pouvaient plus supporter les frais d’instruction. Nombre d’écoles à Tokio ont ainsi perdu la moitié de leurs élèves. En pareilles circonstances, c’est relativement un succès de n’en perdre qu’une douzaine sur 150. Et en cela, nous ne pouvons voir qu’un nouveau témoignage de la confiance des familles à l’égard du collège de nos chers Marianites.
« Les maisons des Religieuses, tant à Yokohama qu’à Tokio, ont échappé à cette fâcheuse conséquence de la misère, grâce sans doute à la situation particulière des familles de leurs élèves. Chacune des trois maisons compte même quelques pensionnaires de plus que l’an dernier. Leurs orphelinats se maintiennent aussi au grand complet.
« Je ne veux pas omettre de mentionner encore cette année les baptêmes que ces établissements ont procurés dans leurs paroisses respectives. Les Sœurs du Saint-Enfant-Jésus en ont obtenu à Tokio 388, dont 342 à l’article de la mort, et à Yokohama 91, dont 66 également in extremis. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres en ont recueilli 55, tous à l’article de la mort, moins trois.
« Il n’est pas possible de rapporter toujours les faits intéressants qui arrivent de temps en temps chez nos bonnes Religieuses ; je dirai toutefois celui que mentionne M. Lemaréchal, en parlant de la communauté de Yokohama.
« Dans le courant de décembre 1896, on vit un jour arriver à la communauté une jeune fille « qui paraissait avoir une vingtaine d’années. Sa physionomie était franche et ouverte ; sa « tournure et ses manières indiquaient une personne de la campagne. Elle se tenait, d’ailleurs, « fort modestement, et demanda avec timidité qu’on voulût bien la recevoir dans la maison « comme élève. — Mais, lui dit la Religieuse à qui elle s’adressait, vous paraissez déjà âgée « pour être admise à ce titre. De quel pays êtes-vous, et comment êtes-vous venue ici ? — Je « demeure à une trentaine de lieues, dans le ken d’Ibaraki. J’ai beaucoup entendu parler de « votre école ; vous y enseignez la vraie religion, que je désire vivement embrasser. Je suis « venue ici parce que je ne connais pas d’autre endroit où on l’enseigne. Je vous en prie, « recevez-moi chez vous, j’aimerais mieux mourir que de m’en retourner sans avoir obtenu « cette faveur. »
« Elle raconta ensuite comment elle avait fui la maison de son oncle et de sa tante, qui « l’avaient élevée ; elle leur avait laissé une lettre qui annonçait son départ, sans toutefois « indiquer le lieu où elle allait.
« La Rde Mère Supérieure ne pouvant pas s’en rapporter uniquement au récit de la jeune « personne, ni la recevoir sans le consentement de ses parents, fit immédiatement écrire à « ceux-ci pour les informer de ce qui s’était passé. Mais la lettre ne parvint à destination qu’au « bout de trois jours. Pendant ce temps, la tante ne demeurait pas inactive.
« Au comble de l’inquiétude et du chagrin, elle se rend à Tokio, et met à contribution le « téléphone et le télégraphe pour retrouver sa nièce, mais en vain. Elle vient alors à « Yokohama et s’adresse au bureau de police, où on lui dit que la jeune fille pourrait bien se « trouver à l’école des Religieuses françaises, nº 83, sur la colline.
« Pleine d’espoir, la pauvre tante accourt au numéro indiqué et trouve enfin la fugitive. On « s’imaginera facilement la scène qui eut lieu alors ! Enfin la paix fut conclue à des conditions « avantageuses pour les deux parties, la victoire définitive restant toutefois à la nièce.
« Il fut convenu que celle-ci retournerait avec sa tante et qu’elle resterait chez elle au « moins pendant trois mois ; après quoi elle serait libre de revenir chez les Sœurs. La « promesse fut tenue des deux côtés ; et au bout de trois mois, la jeune fille revint « accompagnée de sa tante, tout heureuse alors de remettre sa nièce en si bonnes mains.
« Aujourd’hui, cette jeune fille est baptisée et a fait sa première communion. Elle se « conduit d’une façon exemplaire et demande à rester toute sa vie dans la maison. »
« L’orphelinat des garçons se maintient au même niveau que les années précédentes, tant pour le nombre des enfants qu’il élève, que pour les différents métiers auxquels se forment les plus grands. Ceux qui montrent une véritable aptitude pour l’étude sont envoyés, autant que possible, dans des écoles supérieures. Plusieurs suivent comme externes les cours de l’École de l’Étoile du matin. Or, à la distribution des prix, chaque année, on a la satisfaction de les voir obtenir de très beaux succès.
« Des petites écoles ordinaires, entretenues par la Mission, une a dû être supprimée ; elle était située à une trop grande distance pour permettre au missionnaire du district de la surveiller et par suite ne donnait pas de résultats satisfaisants. Il devient, d’ailleurs, de plus en plus difficile de maintenir ces écoles, vu les exigences toujours croissantes du ministère de l’Instruction publique : il tend visiblement à faire tomber le plus possible les écoles privées.
« A Honjo, M. Balette a eu, jusqu’ici, la consolation de voir la sienne exceptionnellement exempte de tracasseries. Elle est située dans un quartier de Tokio où les écoles primaires du gouvernement sont assez rares, et, sans doute à cause de cela, elle a le privilège d’être bien vue. Aussi les élèves y viennent nombreux, et le besoin de bâtir une école spacieuse se faisait sentir depuis plusieurs années déjà ; elle vient enfin d’être terminée.
« L’hôpital des lépreux, à Gotemba, et les autres petits hôpitaux de Nagoya et de Tsukiji continuent, comme par le passé, d’être habituellement au complet et de produire les mêmes heureux fruits de salut pour ceux qui ont le bonheur d’y trouver un refuge.
*
* *
« Le compte rendu de l’année dernière disait l’espoir que nous avions de voir se développer l’œuvre spéciale de la presse, si importante au Japon. Un grand pas a été fait de ce côté. Depuis le mois de janvier paraît une Revue mensuelle, intitulée le Tenchijin, c’est-à-dire le Ciel, la terre, l’homme, ou autrement l’Univers. MM. Péri et Lemoine en ont la charge et la direction.
« Cette Revue, pour se faire accepter et lire par la classe à laquelle elle est spécialement destinée, n’a pas débuté, bien entendu, par des articles exclusivement religieux. Outre les questions et nouvelles politiques courantes dont elle ne peut se dispenser de parler, elle traite de matières philosophiques, scientifiques, littéraires, économiques ; etc. Mais, dès maintenant, les sujets religieux y occupent une place respectable.
« D’après divers renseignements, venant un peu de tous côtés, la Revue s’est déjà acquis une réputation excellente. Un des derniers comptes rendus mensuels fournis par un journal de Yokohama sur les différentes publications du pays rendait aussi au Tenchijin ce témoignage : qu’il est riche en articles d’une réelle valeur, ajoutant toutefois que sans doute, beaucoup de lecteurs ne sont pas en état de les apprécier comme ils le méritent.
« De son côté, M. Ligneul a encore ajouté, cette année, six volumes à ceux qu’il avait déjà publiés les années précédentes. C’est à établir les principales vérités religieuses et les principes catholiques, si combattus et si défigurés dans ce pays par des adversaires de toute sorte, et aussi à répondre aux objections de ces adversaires, que notre confrère vise surtout dans ses publications. Une dizaine sont consacrées à ces matières importantes. Dans trois brochures, il a reproduit, sous une autre forme, son livre arrêté, il y a cinq ans, par la censure, et dans lequel il répondait aux objections de M. Inoue Tetsujiro contre le Christianisme. Parmi ces objections se trouvait celle-ci entre autres : Le Christianisme est incompatible avec l’existence même de la société japonaise, telle qu’elle est constituée, puisque, par son principe d’un Dieu unique pour tous les peuples, il renverse directement la foi japonaise sur laquelle reposent l’autorité de l’empereur et l’ordre de l’empire.
« M. Ligneul a donné, en outre, au public un abrégé de philosophie, pris en grande partie de la philosophie du P. Marin de Boylesve. Ce petit ouvrage a été très recherché, dès qu’il a paru, et l’édition a été vite épuisée.
« Enfin nous devons à M. Ligneul deux petites brochures de circonstance : l’une sur les Trappistes à l’occasion de la fondation de Notre-Dame-du-Phare dans le Yeso ; l’autre sur les Dames noires ou Dames de Saint-Maur, histoire très abrégée de leur Institut, depuis ses glorieuses origines jusqu’à nos jours. Ces pages ont été écrites en vue de l’idéal à réaliser dans l’éducation chrétienne des jeunes filles au Japon.
« M. Steichen, qui, avec M. Péri, nous a donné récemment une traduction japonaise des saints Évangiles, a encore publié, cette année, une vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est très estimée au double point de vue du fond et de la forme.
« Toutes les publications ci-dessus sont en Japonais. Mais du côté des livres en langue française et anglaise surtout, plus ou moins répandus au Japon, il y avait à combler une regrettable lacune, au point de vue catholique. Dans les librairies, en effet, les Japonais qui ont étudié les langues étrangères, trouvaient peu d’ouvrages qui ne fussent écrits dans un esprit protestant ou matérialiste. Désireux de remédier à ce mal, autant qu’il était en son pouvoir, M. Lemaréchal a lui-même monté une petite librairie d’excellents livres, très variés d’ailleurs, qui a été installée au bureau du Tenchijin.
« Espérons que cet essai de réaction contre la diffusion de tant d’ouvrages opposés au catholicisme, sera couronné d’un heureux succès et prendra, dans la suite, un plus grand développement ! »
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