| Année: |
1903 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 4.643
Baptêmes d’adultes 206
Conversions d’hérétiques 4
Baptêmes d’enfants de païens 354
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« Les comptes rendus de mes chers confrères, écrit Mgr Berlioz, donnent à peu près tous la même note dominante : chez les chrétiens pratiquants, régularité, ferveur croissante ; chez les païens qui réfléchissent, estime plus prononcée de notre sainte religion, rapprochement sensible, mais manque de résolution pour faire le pas décisif. Il faut l’attribuer à l’influence du milieu, à la préoccupation des affaires, aux bruits de guerre et aussi à la misère.
« Mais à défaut d’une abondante moisson, la bonne Providence nous ménage parfois la joie bien douce de rencontrer, parmi les nouveaux convertis, des âmes droites, de belles intelligences, confessant loyalement le besoin de la foi et ayant bravé pour entrer dans le giron de l’Église les préjugés de la science et les vices de la multitude. De ces chrétiens on peut dire : Non numerantur sed ponderantur.
« Un mot maintenant sur chaque poste en commençant par le nord.
Otaru. « Grâce à nos bienfaiteurs, et à notre cher confrère M. Lafon, nous avons enfin une résidence à Otaru . Située sur une hauteur, elle est de modeste apparence, et ne se distingue pas des maisons ordinaires ; mais, espérons-le, l’oratoire qu’on y a improvisé dans une des chambres, se transformera bien un jour en gracieuse chapelle du Sacré-cœur. Otaru a pris un grand développement, depuis dix ans. La population de ce port de mer est déjà de plus de 70.000 habitants. Sur ce nombre, une soixantaine de chrétiens seulement, et quels chrétiens ! Des brebis sans pasteur et à la merci des loups, c’est tout dire. Cependant, dès qu’ils ont su qu’un missionnaire allait résider au milieu d’eux, plusieurs se sont décidés à se convertir et se sont mis déjà à l’étude du catéchisme. M. Cornier est le premier titulaire d’Otaru et de la province de Shiribeshi.
Sapporo. « Le zèle infatigable qu’ont déployé MM. Lafon et Billiet pour faire étudier le catéchisme, a été couronné, cette année, d’un nouveau et bien consolant succès. Le 3 mai dernier, fête du Patronage de saint Joseph, la petite chapelle de Sapporo était remplie : c’était le jour des confirmations et des baptêmes. Neuf baptêmes ! Un triduum préparatoire suivi même par les autres chrétiens, avait été prêché par le P. Araya et moi. Avec quelle ferveur, le jour venu, catéchumènes et confirmands reçurent la grâce du sacrement ! Dans l’après-midi, devant le Saint-Sacrement exposé, tout le monde récita les actes de rénovation des promesses du baptême et de consécration à la sainte Vierge. C’était vraiment touchant.
« La semaine suivante, nous donnions une autre mission aux chrétiens (douze famille) et aux païens de Hiroshima, village situé à 5 lieues de Sapporo. Afin de ne manquer aucun exercice, les chrétiens avaient suspendu leurs travaux : ils arrivaient de grand matin à leur chapelle pavoisée, apportant des vivres pour la journée, assistaient à la messe et aux instructions. Dans les intervalles de temps libre, tous, les vieux chrétiens aussi bien que les catéchumènes et les confirmands, assiègeaient M. Lafon et demandaient à être interrogés sur le catéchisme ; les mamans elles-mêmes avaient à cœur de faire constater au missionnaire que leurs petits enfants, sachant à peine bégayer, avaient appris une nouvelle prière depuis la dernière visite. Le soir, jusqu’après 10 heures, c’était le tour des païens. Ils venaient au nombre de 150 environ ; ils écoutaient deux longues conférences avec une attention soutenue, et plusieurs, avant de se retirer, passaient au parloir pour demander quelque explication.
« A Hiroshima comme à Sapporo plus qu’à Sapporo, dit M. Lafon la ferveur est grande et le niveau de l’instruction religieuse élevé. Que n’avons-nous beaucoup d’oasis semblables dans cet immense désert qu’est le Hokkaido !
Muroran. « M. Hutt caresse le projet de fonder une de ces oasis dans son district, lequel est formé par les provinces de la baie des Volcans et de Hidaka, avec Muroran pour centre. A Oruika, où il y a deux nombreuses familles formées sur le modèle de Hiroshima, il travaille à en installer d’autres qui sont éloignées de tout centre religieux. Déjà on y a préparé une chambre pour le missionnaire. Vue de l’extérieur, cette chaumière du colon de la forêt, assez spacieuse d’ailleurs, ne paraît guère confortable : on y doit, semble-t-il, souffrir terriblement pendant les six mois d’hiver. En réalité, il n’en est rien, et les habitants de cette hutte, quoique nés sous un ciel plus clément, s’y trouvent bien à l’aise, même à la saison froide. On se soucie peu du vent qui souffle ou de la neige qui tourbillonne, lorsqu’on est auprès d’un foyer de six pieds de long sur trois de large, où brûlent constamment des branches et même des troncs d’arbre qu’on ne s’est pas toujours donné la peine de fendre. Le feu est le luxe des colons du Yezo ; ils en jouissent plus que les rois dans leurs palais. C’est là, au coin du feu, que le missionnaire explique le Credo à ces gens simples et droits qui, a eux seuls, ont plus de bon sens, plus de sagesse que tous les philosophes réunis du grand Japon. O fortunatos nimium ! Oh oui ! il est à désirer que M. Hutt réussisse à augmenter le nombre de ces fortunés, en amenant les chrétiens éloignés à s’installer à Oruika.
Hakodaté. « Qu’elle est bien choisie la situation occupée dans cette ville par la mission catholique et les établissements des Sœurs de Saint-Paul ! MM. Mounicou et Armbruster en 1868, et M. Marin en 1878, ont vraiment été heureux en faisant l’acquisition d’un si bel endroit. A gauche, on domine la rade, qui est la Cannebière du Japon ; devant soi, à ses pieds, on a l’isthme tout couvert de constructions ; à droite, vue sur un quartier populeux, et plus loin, jusqu’à l’infini, le regard se perd sur l’Océan Pacifique.
« Mais... voilà un mais qui n’annonce rien de pacifique faudra-t-il qu’après trente-cinq ans de paisible possession, la croix qui domine tout le paysage de Hakodaté doive être abattue ? Ainsi l’avait déjà décidé l’autorité locale, non pas brutalement, mais sous les formes savantes, raffinées perfides aussi d’une jurisprudence, au nom de laquelle on imposait des conditions inacceptables pour le renouvellement de notre bail.
« Mis au pied du mur au mois de février, nous avons dû recourir au ministère de l’intérieur où, je m’empresse de le dire, on a daigné prendre en considération les réclamations formulées par nous. Mais le gouverneur généraI du Hokkaido, qui a un pouvoir très étendu, presque absolu, a jugé à propos de ne pas tenir compte des observations du chef de bureau du ministère de l’intérieur.
« Mis au pied du mur une seconde fois, au mois de mai, nous avons dû en appeler à M. le ministre de France. Avec le dévouement et la bienveillance qui le caractérisent, Son Excellence M. Harmand s’empressa de traiter de nos difficultés avec le baron Komura, ministre des Affaires étrangères. Sur ma demande, Leurs Excellences les ministres d’Allemagne et d’Angleterre ont bien voulu s’associer aux démarches de M. Harmand, en faveur de ceux de leurs nationaux qui fréquentent notre église de Hakodaté.
« Quelle sera maintenant la décision du gouvernement japonais ? Depuis la mi-juin, nous ne savons rien, sinon que l’examen de cette affaire a été confié à un secrétaire qui a fait son éducation en France. Nous aimons à croire cependant que le gouvernement justifiera la confiance du monde chrétien, qui reconnaît sa juridiction depuis 1899, et qu’il s’honorera en reconnaissant dans les établissements religieux autre chose que des baux à exploiter.
« M. Christmann m’écrit que les chrétiens de Hakodaté font sa consolation à tous les points de vue. Leur zèle et leur piété ne se sont pas démentis un seul instant.
« Chez nos excellentes Sœurs de Saint-Paul, tout va de mieux en mieux ; le nombre des baptêmes d’enfants moribonds s’est élevé au chiffre de 232 ; les classes sont fréquentées par environ 400 élèves: plusieurs pensionnaires païennes, jusqu’ici sur la réserve, se sentent vivement attirées vers la religion. Sans cesse en contact avec le bon exemple, la conscience la plus engourdie finit par se réveiller et par reconnaître le premier et le plus grand des devoirs. Vraiment, elle est bien efficace, bien éloquente, la prédication de nos chères Sœurs de Saint-Paul.
Kameda. « Cette petite chrétienté, située à une heure de la cathédrale de Hakodaté, à l’extrémité nord-est de la ville, a été fondée à titre de compensation du transfert de la résidence épiscopale. Elle est en bonne voie de prospérité. Pendant sept mois, M. Chambon s’y est dépensé avec zèle. Il a eu la joie de récolter ce qu’il avait semé. A noter parmi les conversions qu’il a obtenues, celle d’un protestant, vieilli dans l’hérésie, instruit et ayant beaucoup voyagé. Il semble avoir passé par toutes les étapes de la conversion. De sectaire que je l’ai connu, je l’ai retrouvé, après son abjuration, docile comme un enfant, et ce qui est rare chez les convertis du protestantisme soumis d’esprit et de cœur à l’autorité de l’Église. Aujourd’hui, il compte parmi les plus fervents chrétiens de Kameda.
« M. Corgier, le titulaire de cette chrétienté et du district du Ezo-Sud, s’applique à favoriser le bon mouvement, et il espère bien qu’il en sortira quelque chose.
Notre-Dame du Phare. « L’humble appel qui a été adressé aux chrétiens de la mission après l’incendie du monastère, a été entendu non seulement par eux, mais par les amis de tous rangs de nos chers religieux, au Japon, dans l’Extrême-Orient, aux Indes et en France. Et beaucoup d’entre eux ont accompagné leur offrande de témoignages de sympathie qui en décuplent le prix. A tous nous offrons l’expression de notre bien vive reconnaissance.
« Sans doute, les secours recueillis jusqu’ici sont loin de suffire ; ils ont permis néanmoins de faire face à bien des nécessités et de préparer une partie des matériaux de la future construction, qui, cette fois, sera définitive. Les attentions dont nous a déjà favorisés la bonne Providence, sont une garantie que cette entreprise pourra bientôt être menée a bonne fin.
« En attendant, nos chers religieux et nous aimons à leur associer la pieuse communauté de Notre-Dame des Anges continuent à étendre le règne de Dieu autour de leur monastère, et à appeler sur le Japon les bénédictions du Ciel.
Aomori. « Dans le sud de ce district, à Sambongi, un chrétien baptisé par M. Faurie depuis bien des années, se montre d’une fidélité vraiment exemplaire et qui mérite d’être signalée. Pour procurer à ses enfants l’éducation religieuse la plus soignée, il n’a reculé devant aucune dépense ; une de ses filles étant attirée vers la vie religieuse, c’est lui-même qui a sollicité la faveur de son admission au monastère des Trappistines ; désireux d’assurer l’avenir de la chrétienté de Sambongi, il a donné à la mission un terrain construit qui sert aujourd’hui de résidence à un catéchiste, mais c’est surtout l’Ég1ise spirituelle qui le préoccupe, et il a tellement bien exhorté les membres de sa parenté que seize d’entre eux se préparent actuellement au baptême. Ajouterai-je enfin qu’il supporte avec une résignation toute chrétienne une maladie incurable qui le mine. Il offre ses souffrances pour l’expiation de ses péchés et le salut de tous les siens. Au mois de juillet dernier, j’ai eu le bonheur de voir de près ce brave chrétien. Puissions-nous en avoir beaucoup comme lui !
Hirosaki. « M. Reynaud écrit : « J’ai un assez grand nombre de vrais catéchumènes, « qui viennent régulièrement le dimanche, mais parmi eux, il en est qui n’apprennent pas « suffisamment le catéchisme et qui mettent les autres en retard. Je préfère attendre et « donner le baptême à des gens instruits. Si tous avaient bien étudié, j’aurais pu en baptiser « une vingtaine de plus.
« Le principal événement de l’année, a été une petite mission de trois jours pour les « païens, que j’ai donnée avec le concours de M. Deffrennes et du P. Araya. Les résultats ont « été excellents, surtout pour les chrétiens et les catéchumènes.
« Je continue à enseigner le français aux officiers de la garnison ; mais on ne peut songer « à faire des chrétiens parmi eux. On dirait qu’ils sont sous le coup d’une consigne venue « d’en haut. C’est triste.
« Je suis plus heureux du côté des enfants, même païens. Tous les jours, sept ou huit se « joignent aux enfants chrétiens du catéchisme et étudient la religion. Le bon grain semé « dans ces jeunes cœurs germera un jour. Déjà leurs parents semblent se rapprocher de moi « tout doucement. »
Iwaté. M. Deffrennes a été remplacé à Morioka par M. Pouget, et il s’est installé à Ichinoseki pour développer le centre qu’il y a fondé. Il doit aussi visiter les nombreux chrétiens disséminés dans l’Iwaté, le département le plus étendu de l’empire, et aussi le plus difficile à desservir à cause des montagnes dont il est hérissé.
M. Deffrennes n’a perdu ni son temps ni sa peine. Dès les premiers voyages, il a retrouvé des retardataires qui ont mis ordre à leur conscience.
« Comme fait édifiant, écrit ce cher confrère, je crois pouvoir rapporter l’histoire d’une « jeune chrétienne qui, ayant passé son examen de maîtresse d’école avec un certain succès, « fut mise en demeure d’abandonner sa religion. Pour cette enfant, l’aînée d’une famille « pauvre, l’épreuve était dure. Grâce à Dieu , elle en est sortie victorieuse. Elle n’a pas hésité « un moment, et c’est avec beaucoup de courage qu’elle a répondu qu’elle était chrétienne et « qu’elle le resterait. Félicitations à cette généreuse enfant et aux Sœurs de Saint-Paul dont « elle est l’élève. »
Morioka. « L’œuvre des Sœurs continue à donner les plus belles espérances et déjà « d’appréciables résultats ont été obtenus. Sans doute, il est toujours difficile d’avoir une « action directe sur les externes, mais n’est-ce pas déjà un certain résultat qu’au contact de nos « religieuses, ces élèves perdent un bon nombre de leurs préjugés contre la religion et contre « les étrangers ? Elles emportent dans leurs familles leurs impressions favorables, qui peu à « peu seront partagées et produiront leurs fruits. Par contre, les pensionnaires, dont le nombre « augmente chaque année, se laissent déjà entamer. Quatre d’entre elles étudient le catéchisme « avec entrain et persévérance, après avoir obtenu de leurs familles toute liberté d’embrasser « le christianisme. Quelques-unes même ont profité de leurs vacances pour se faire apôtres à « leur tour. A la rentrée, la joie des élèves était grande, quand elles pouvaient demander des « livres de religion pour les envoyer à leurs parents. Inutile de dire que ces derniers, touchés « par la prédication de leurs enfants, avaient manifesté eux-mêmes le désir de les recevoir.
« Le dispensaire fonctionne toujours parfaitement et la religieuse infirmière nous a procuré « cette année 73 baptêmes in articulo mortis. Sans craindre la fatigue, elle se rend à tout « appel, et peu de malades entreprennent le grand voyage sans avoir été régénérés. Une bonne « vieille, baptisée dans ces conditions, est revenue à la santé contre toute prévision. Et « maintenant, elle se prépare avec soin à la réception des cérémonies supplémentaires. Malgré « son âge et la longueur du chemin, elle n’a garde de manquer à l’assistance aux offices. « Restée seule païenne au milieu d’une famille schismatique, elle s’estime heureuse d’être « parvenue du premier coup à la véritable Église. »
Sendai. « Chargé du séminaire et de la paroisse jusqu’au mois d’avril, puis désigné au « mois de juin pour administrer les chrétientés du département, il semble, écrit M. Jacquet, « que je devrais avoir bien des choses à raconter dans le compte rendu de cette année. « Cependant, chose curieuse, il me semble que je n’ai jamais été aussi à court qu’aujourd’hui. « Pierre qui roule n’amasse pas mousse !
« Puisque c’est au séminaire que j’ai passé la plus grande partie de l’année, c’est par lui « que je commencerai. Je suis heureux de pouvoir dire que j’ai été content des élèves. Ils ont « travaillé de leur mieux. Je me demande même si beaucoup d’étudiants en France feraient ce « que font tous les jours nos jeunes gens, obligés de suivre le cours du lycée tout en apprenant « le latin chez nous.
« Le bon esprit règne parmi les chrétiens, leur ferveur augmente sensiblement ; ils font « preuve d’un plus grand zèle pour la conversion de leurs compatriotes, quoique les résultats « soient loin de répondre à ce que nous aurions pu espérer. Mais nous ne devons pas oublier « que la conversion d’une âme est un miracle de la grâce, et, par conséquent, une chose très « difficile à obtenir. La misère qui sévit, cette année, particulièrement dans tout le nord du « Nippon, est, avec les préoccupations de la politique, une des principales causes du petit « nombre de nos baptêmes.
« Le P. Araya continue avec le zèle le plus louable à prêcher ses compatriotes. Il a même « publié plusieurs petits traités sur la religion, qui sont fort goûtés des chrétiens, voire même « des païens.
« Je dois louer le dévouement vraiment admirable de nos Sœurs de Saint-Paul. Les « nombreux baptêmes administrés in articulo mortis prouvent qu’elles travaillent « efficacement à étendre le royaume de Dieu.
« Leur école est à la tête de toutes les autres comme bonne réputation. Aussi plusieurs des « principaux habitants de la ville sont-ils heureux d’y envoyer leurs enfants. Mais il faudrait « bâtir pour répondre au nombre des demandes d’admission. Hélas ! les ressources « manquent...
« Les chrétiens de la campagne sont assez fidèles à leurs devoirs, malgré les difficultés « qu’ils ont à surmonter dans beaucoup d’occasions. J’ai toujours regretté, et je regrette plus « que jamais de voir que nous n’avons encore aucune œuvre pour l’instruction des enfants « chrétiens de la campagne. Sans doute, les parents ont le devoir d’élever leurs enfants « chrétiennement et de les instruire des vérités religieuses, mais ils ne s’acquittent pas « toujours de cette obligation.
« Notre école de Sendai compte 130 ou 140 enfants chrétiens et païens des deux sexes. Le « professeur en chef se montre d’un grand dévouement à leur égard. Il a eu le bonheur de se « faire baptiser cette année. Il y avait cinq amis qu’il étudiait la religion. Toute sa famille ne « tardera pas à le suivre : c’est du moins ce qu’il me disait il y a quelques jours. »
Yamagata. « L’opinion a bien changé et change un peu chaque année à Yamagata, dit « M. Dalibert. L’inspecteur, qui nous était hostile, a permis à sa femme de recevoir le « baptême et lui-même étudie la doctrine. Ses enfants seront chrétiens, un jour ; mais il leur a « défendu de le devenir sans sa permission.
« Beaucoup de fonctionnaires, qui, l’année dernière, ne m’avaient pas même rendu mes « politesses, sont venus me voir et m’assurer de leurs bons sentiments.
« Invité à une soirée à la caserne, le général de division et le général de brigade, à qui le « colonel me présenta, me choyèrent littéralement. Les invités civils, une trentaine environ, « voulurent tous m’être présentés. Ces messieurs de la préfecture, du tribunal, de la mairie, les « chefs d’écoles, etc., tinrent à échanger leurs cartes avec moi ; quelques-uns même « m’adressèrent la parole en français.
« Une maîtresse catholique de l’École normale m’a prié de donner des conférences aux « autres maîtresses et aux professeurs de l’établissement. Plusieurs de ces demoiselles et de « ces messieurs sont déjà ébranlés. Beaucoup croient maintenant qu’ils ont une âme, ce « qu’auparavant ils ne croyaient pas.
« Des officiers et médecins militaires, des ingénieurs, des fonctionnaires, des professeurs « de l’École normale et du lycée prennent des leçons de français chez moi. Je suis à la tête « d’un bon mouvement, mais tant que je n’aurai pas une résidence convenable, le bien qui « s’est fait déjà ne produira pas d’éclat à l’extérieur.
« Que la Vierge Marie m’envoie les ressources nécessaires pour établir la chrétienté de « Yamagata, Dieu donnant l’accroissement, le terrain que je défriche et que j’arrose produira « une moisson abondante. »
Tsurugaoka. « En vous adressant le compte rendu de 1902-1903, écrit M. Mathon, je « suis heureux de vous annoncer le complet achèvement de l’église élevée à Notre-Dame de la « Délivrande, dans la ville de Tsurugaoka.
« Les plans, que je dois à l’obligeance de MM. Drouart de Lezy et Papinot, ont été « fidèlement exécutés, et la nouvelle église est destinée à produire un grand bien dans tout le « pays de Shônai.
« Beaucoup de païens, parmi les plus influents de l’endroit, ne nous prenaient pas jusqu’ici « au sérieux ; ils prédisaient que nous abandonnerions la place au bout de quelques années, « comme l’avaient déjà fait les protestants. D’aucuns même se préparaient à acheter le terrain « de la mission.
« Quand ils ont vu notre jolie église s’élever lentement vers le ciel, ils ont compris que la « religion catholiqne était définitivement implantée dans le pays. Depuis lors, leur conduite à « notre égard a complètement changé. Ce n’est pas un simple rapprochement, mais une « véritable attraction qui se produit. La curiosité y est pour quelque chose ; il n’en est pas « moins vrai cependant que le respect humain, qui empêchait les païens de communiquer avec « nous, a disparu en grande partie. Avant la construction de l’église, lorsqu’un païen venait « nous faire visite dans notre maison toute délabrée, il regardait à droite et à gauche, pour « s’assurer qu’il n’était pas observé. Aujourd’hui, Dieu merci, cette préoccupation n’existe « plus : on vient chez nous sans rougir.
« Quand la magnifique statue de Notre-Dame, envoyée par le R. P. Le Monnier, trônera « dans son joli sanctuaire, beaucoup de païens, venus en curieux, s’en retourneront, je n’en « doute pas, avec un grain de foi dans le cœur. Notre-Dame de la Délivrande, choisie comme « patronne et protectrice du pays de Shônai, saura bien amener à son Fils de nombreux « adorateurs.
« La justice me fait un devoir de déclarer que, si j’ai présidé à la construction de la « nouvelle église, c’est M. Dalibert qui m’a fourni les ressources nécessaires, à l’exécution « des travaux. Que Notre-Dame lui rende, à Yamagata, tout ce qu’il a fait pour son ancien « poste de Tsurugaoka ! »
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