| Année: |
1904 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Cousin |
II. ─ Nagasaki
Population catholique 41.458
Baptêmes d’adultes 1.003
Conversion d’hérétique 1
Baptêmes d’enfants de païens 814
___
« Impossibilité, de jour en jour plus grande, d’intéresser, les esprits aux questions religieuses : telle est, écrit Mgr Cousin, la note dominante de presque tous les comptes rendus des districts, où les ouvriers apostoliques travaillent d’une manière plus directe sur l’élément païen. Chez certains fidèles qui ne sont pas assez groupés pour s’encourager mutuellement, on remarque même une sorte de malaise à l’endroit des pratiques extérieures de la vie chrétienne : on dirait qu’ils craignent de passer pour moins patriotes que les autres. Et ce n’est pas sans raison, car au Japon, qui dit catholique dit Français ; or les Français sont alliés des Russes : la conclusion se tire d’elle-même. D’ailleurs, les bonzes et les protestants sont toujours là pour indisposer les esprits.
« Dans nos centres chrétiens, la foi, grâce à Dieu, n’a pas faibli et la ferveur n’a pas diminué, mais les difficultés matérielles contre lesquelles nombre de familles ont à lutter, ne laissent pas que d’entraver considérablement l’exercice du saint ministère et le plein épanouissement de la vie chrétienne parmi ces populations foncièrement croyantes.
« Ce sont d’abord les impôts que l’on trouve déjà très lourds et dont on redoute l’augmentation indéfinie. Pour les payer, nos pauvres gens n’ont eu, cette année, qu’une récolte médiocre, là où elle n’a pas été mauvaise.
« A cette épreuve, il faut ajouter l’appel sous les drapeaux. C’est le gagne-pain des vieux parents qui disparaît, quand ce n’est pas le père d’une jeune famille, dont la douleur se devine, bien qu’elle doive se dissimuler de son mieux. Parmi nos catholiques, le nombre des familles éprouvées de ce côté se monte à plus de 600... et combien ne verront pas revenir celui dont l’absence va engendrer pour ceux qui restent la misère noire à bref délai !
« Malgré ces conditions désavantageuses, la miséricordieuse Providence nous réservait la joie de constater que notre ministère n’a été ni moins béni, ni moins fructueux que les années précédentes. Nous ne saurions jamais assez l’en remercier.
« Le tableau d’administration atteste que, partout, les devoirs religieux ont été remplis avec fidélité ; les sacrements reçus avec l’empressement auquel nos chrétiens nous ont accoutumés. En outre, les baptêmes d’adultes et d’enfants de païens ont été plus nombreux que jamais.
« Si cette gerbe, plus riche que les précédentes, se composait d’épis recueillis en nombre égal par tous les moissonneurs, elle indiquerail un progrès réel que je me hâterais d’enregistrer. Mais je suis obligé de constater que nos jeunes chrétientés de l’île d’Oshima ont fourni, à elles seules, plus de la moitié des baptêmes d’adultes et que les autres n’ont donné que le contingent habituel. Quoi qu’il en soit, le fait d’avoir maintenu leurs chiffres, en dépit des difficultés de l’heure présente, constitue un résultat qui n’est point à dédaigner.
« Kumamoto, avec ses trois succursales de Biwazaki, Yatsushiro et Hitoyoski, compte 175 baptêmes d’adultes, dont 132 in articulo mortis. A la cathédrale de Nagasaki, M. Salmon et le P. Pierre Fukahori en accusent 31 ; M. Sauret, 26 à Kurume, et M. Garnier, 27 à Amakusa.
« D’autres confrères ont été moins favorisés, mais ils n’en ont pas moins de mérite, devant Dieu. Du moment qu’ils peuvent se rendre le témoignage de n’avoir rien négligé pour étendre le royaume de Jésus-Christ, ils ont le droit d’attendre en paix l’heure de la grâce.
« Au prix de quels labeurs tous ces épis ont été glanés, ceux-là seuls pourraient le dire, qui ont supporté le poids du jour et de la chaleur. Les relations que j’ai entre les mains me laissent l’impression que chacun a voulu garder pour soi les détails qui, en nous intéressant, nous auraient édifiés. Je le regrette, car nous aurions vu les voies mystérieuses que la grâce se fraie à travers mille obstacles pour arriver aux âmes de bonne volonté. Témoin le fait suivant que M. Salmon raconte ainsi :
« Koïdé est âgée de dix-huit ans. Née dans la province de Sanuki (Shikoku), elle fut « placée, il y a trois ans, comme servante dans une famille d’Osaka, car, paraît-il, d’après la « coutume de son village, une jeune fille ne peut trouver à se marier qu’après avoir appris, « comme domestique, tout ce que doit savoir une mère de famille. Son épreuve terminée, « Koïdé, qui ne se sentait aucun goût pour le mariage, ayant entendu parler de femmes « européennes qui vivent en communauté, éprouva un vif désir de les connaître et d’embrasser « leur genre de vie. Sur ces entrefaites, une tante qu’elle avait à Sasebo étant tombée malade, « elle fut appelée pour la soigner. C’est alors qu’elle lia connaissance avec une ancienne élève « des Sœurs, garde-malade à l’hôpital maritime, et qu’elle apprit qu’il y avait des religieuses à « Nagasaki.
« Dès que sa tante fut guérie, Koïdé prit le vapeur qui devait l’amener à Nagasaki où elle « ne connaissait absolument personne. La Providence permit que, pour débarquer, elle montât « dans le canot d’un courtier chrétien, dont la femme lui donna l’adresse exacte des Sœurs. « Elle se dirigea immédiatement vers le couvent et demanda avec instance d’être reçue dans la « maison comme domestique. Admise à l’essai au mois d’avril, elle a fait preuve d’une bonne « volonté qui ne s’est pas démentie un seul instant, et les Sœurs n’ont qu’une voix pour louer « son obéissance et son activité. Elle a appris le catéchisme avec ardeur et a été baptisée le « jour de l’Assomption. La veille de la fête, Koïdé alla trouver secrètement la Supérieure et « lui demanda la faveur de passer la nuit en prière à la chapelle, pour se préparer au « baptême... »
« J’ai déjà dit un mot des angoisses que fait naître, dans nos grands centres chrétiens, l’appel des hommes sous les drapeaux ; il ne sera pas sans intérêt de montrer avec quel dévouement nos soldats servent la patrie.
« ... A Urakami, rapporte M. Fraineau, la Congrégation du Sacré-Cœur a une trentaine de « ses membres sur le théâtre de la guerre. J’espère qu’ils se montreront vaillants soldats « comme ils se montraient ici fervents chrétiens.
« L’un d’eux est tombé en brave à Mouo-tien-ling, le 18 juillet. Blessé à la tête dès le « commencement de la bataille, il étanche le sang qui coule de sa blessure et la bande lui-« même avec son mouchoir, puis, sans se préoccuper autrement de son mal, il marche de « nouveau à l’ennemi. Bientôt une seconde balle l’atteint en pleine poitrine : il tombe pour ne « plus se relever. La mort dut être instantanée, mais elle ne l’a point surpris, car il avait fait, « avant de partir, une bonne et sérieuse préparation. Nous avançons toujours, écrivait-il à sa « mère, le 2 juillet. Jusqu’ici, le bon Dieu et la bonne Vierge m’ont gardé au milieu des « dangers que j’ai courus, mais qui sait ce qui m’attend ?... Cette lettre est peut-être la « dernière que vous recevrez de moi ; chaque jour de combat est peut-être le dernier de ma « vie. A la garde et à la volonté de Dieu !... je vous envoie un « yen ». Faites célébrer une « messe pour moi, afin que, si je dois mourir, Dieu m’accorde la grâce de mourir en vaillant « soldat et en bon chrétien. Ici nous n’avons pas de prêtre pour nous confesser ; mais ne soyez « pas inquiète sur l’état de mon âme. Je vous assure qu’on n’a pas envie de pécher quand on « voit chaque jour la mort à côté de soi... » Cette lettre à sa famille devait être, en effet, la « dernière.
« Outre les 30 jeunes gens qui font partie de la Congrégation du Sacré-Cœur, Urakami « compte encore une quarantaine de chrétiens sur les champs de bataille. Ce sont pour la « plupart des hommes mariés, anciens soldats qui avaient achevé leurs trois ans de service « réglementaire et que la guerre a rappelés sous les drapeaux. Ils savaient que la patrie leur « demandait le sacrifice de leur vie et ils l’ont fait généreusement. Ils sont partis par groupes « dans le courant de février et de mars, et je suis fier de constater que leur foi a été à la « hauteur de leur patriotisme. Chaque groupe a demandé une messe de départ ; tous les soldats « se sont confessés et ont reçu la sainte communion, qui devait servir de viatique à plusieurs « d’entre eux. Ceux qui n’étaient pas encore de la confrérie du scapulaire du Mont-Carmel se « sont empressés de se faire inscrire. Les autres se munirent d’un scapulaire neuf, d’un « chapelet et du petit « koyomi » (calendrier) chrétien, indiquant les fêtes de chaque jour. »
« A tout soldat mort au champ d’honneur, sa commune natale doit faire des funérailles officielles. La municipalité, maire en tête, les écoles au grand complet, un représentant de la sous-préfecture et un représentant de l’armée, s’il s’en trouve dans les environs, sont tenus d’y assister. Les obsèques sont d’ailleurs religieuses et conformes au culte désigné par la famille. Toutes les fois que l’occasion s’en présente, missionnaires, prêtres japonais et chrétiens font de leur mieux pour s’entr’aider de paroisse à paroisse, et donner à ces cérémonies funèbres tout l’éclat possible. Les païens, et même les bonzes, qui tiennent toujours à faire acte de présence par patriotisme, sont frappés de la gravité des rites de l’Église catholique et du respect dont notre religion entoure les morts. C’est là une prédicationt muette qui portera de bons fruits et fera tomber bien des préjugés.
« Avant de quitter le continent pour passer à Oshima, permettez-moi de faire avec vous une petite excursion dans les montagnes du Higo. Nous ne nous arrêterons point à considérer les sites enchanteurs, qui se succèdent sans interruption à mesure qu’on avance, et nous arriverons de suite chez M. Brenguier, à Hitoyoshi.
« Grâce aux aumônes de quelques bienfaiteurs, un presbytère convenable a remplacé la vieille maison japonaise qui servait de résidence à notre confrère, et le Saint-Sacrement est conservé maintenant dans un oratoire approprié aux besoins de la chrétienté.
« M. Brenguier a baptisé 18 personnes, cette année, et 7 familles complètement chrétiennes forment actuellement un noyau solide à Hitoyoshi. Deux d’entre elles habitent à plusieurs lieues du poste ; les autres fournissent une moyenne de 20 à 25 personnes assistant régulièrement aux offices. De plus, les religieuses européennes ne tarderont pas à s’installer près de l’oratoire. Par leurs exemples, leurs prières et leur dévouement, elles contribueront à développer le mouvement de conversion des païens.
« Passons maintenant à Oshima et laissons M. Ferrié nous raconter l’histoire de la chrétienté de Kassari, fondée dans le courant du présent exercice et qui a déjà donné le beau chiffre de 434 baptêmes.
« ... Kassari, dit M. Ferrié, est un gros village situé à la pointe nord-est de l’île. Il y a une « dizaine d’années, un individu, originaire de cette localité, y rentrait après avoir passé trois « ou quatre ans à Tokio comme gardien de la paix. S’il n’avai pas fait fortune à la capitale, il « avait écouté souvent les sermons des protestants, s’était instruit et avait reçu le baptême. Il « revenait donc au pays natal avec une Bible qu’on lui avait recommandé de lire de temps en « temps, pour y chercher la vérité que l’Esprit ne manquerait pas de lui découvrir. On lui avait « dit aussi de se méfier des catholiques, qui ont altéré la doctrine du Christ.
« Notre homme prit la chose au sérieux, lut la Bible, le Nouveau Testament en particulier, « et l’Esprit ne tarda pas à lui montrer que, chez les protestants comme chez les catholiques, « les enseignements du Christ avaient été profondément altérés. Ainsi, par exemple : les « premiers chrétiens vendaient leurs biens, en déposaient le prix aux pieds des Apôtres et « vivaient en communauté. Aujourd’hui, tous ceux qui se disent chrétiens vivent à leur guise, « s’efforçant de gagner beaucoup d’argent pour mettre l’abondance dans leur famille... Plus il « lisait, plus il s’apercevait que l’Église établie par le Christ avait subi des modifications dans « ses pratiques et ses enseignements. Un jour enfin, l’Esprit lui fit entendre qu’il était appelé « de Dieu pour remettre toutes choses au point dans son Église, et indiquer aux hommes le « moyen de profiter de la Rédemption. Le voilà devenu apôtre.
« Il prêcha d’abord à Kassari avec une facilité de parole et une conviction qui entraînèrent « le monde. Sa doctrine n’était pas mauvaise d’ailleurs ; car il enseignait les vérités « fondamentales de la vraie religion. Les habitants de Kassari apprirent par lui l’existence « d’un Dieu unique ; l’origine et la fin de l’homme, la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et « l’œuvre de la Rédemption.
« Presque tous demandèrent le baptême ; mais l’apôtre ne voulait que des chrétiens « parfaits. Or, le Maître n’avait-il pas dit au jeune homme de l’Évangile qui avait accompli « tous les préceptes de la Loi : « Si vous voulez être parfait, vendez tous vos biens, distribuez-« en le prix aux pauvres et suivez-moi ! »
« Telle est la première condition que le nouveau ministre exigeait de ses catéchumènes « pour les admettre au baptême. Le découragement qui s’ensuivit ne l’arrêta pas. Poussé par le « même Esprit qui l’avait guidé jusque-là, il se crut ou, du moins, se fit prophète, et annonça « que dans trois ans, à tel mois, à tel jour, à telle heure, arriverait la fin du monde. A quoi bon « s’attacher aux biens de la terre pour trois années de jouissance !
« A part quinzaine une de familles qui consentirent à suivre l’apôtre jusqu’au bout, les « autres imitèrent le jeune homme de l’Évangile et se retirèrent.
« Comme il n’y avait pas assez d’eau dans le ruisseau voisin pour baptiser à la façon de « saint Jean-Baptiste, le prophète fit creuser un trou au milieu de ce ruisseau : ce fut là son « baptistère. Une cinquantaine de personnes, hommes, femmes et enfants, après avoir vendu « leurs biens, furent baptisées comme Notre-Seigneur, à grande eau, et non pas avec quelques « gouttes d’eau seulement.
« Le nouveau saint Jean-Baptiste, s’apercevant à la fin que nul n’est prophète dans son « pays, alla faire des prosélytes ailleurs. Il emporta le produit des ventes et, accompagné de « deux de ses fidèles, parcourut les villages de Oshima et des îles voisines, semant partout la « parole du Christ et faisant l’aumône aux pauvres. Quand il ne resta plus d’argent, il revint à « Kassari, où il trouva son troupeau réduit à la plus affreuse misère.
« Enfin arriva l’heure fatale où toute vie devait s’éteindre. Elle passa comme les autres « sans amener la fin du monde. Le prophète consulta son Esprit : il lui fut révélé que la fin du « monde avait été retardée et qu’il devait, au plus tôt, engager ses fidèles à confectionner du « tsumugi » (tissu du pays) et aller lui-même vendre les produits de leur travail dans les « grandes villes du Japon. L’apôtre prophète se fit donc commis voyageur, et il continue ce « métier, abandonnant prédications et prophéties, pour faire vivre ceux qu’il a trompés.
« Cette duperie avait laissé dans l’esprit des habitants de Kassari un sentiment de défiance « qui semblait devoir les éloigner à tout jamais de l’Évangile de la vérité, et cependant elle « n’avait pas éteint chez eux l’estime qu’ils avaient conçue d’abord pour le christianisme. Ce « fut leur salut, ce fut l’étoile qui les a conduits à la crèche de Bethléem.
« Un prêtre japonais, le P. Dominique Nakamura, avait établi une chrétienté tout près de « Kassari, dans le village d’Akakina. Pendant trois ans, les habitants de Kassari examinèrent « attentivement ce qu’on enseignait et ce qu’on pratiquait chez les nouveaux convertis « d’Akakina, et, au mois de décembre, ils vinrent trouver le prêtre et le prier d’aller chez eux « pour les instruire et les baptiser. Le P. Nakamura se rendit à leur invitation, leur donna des « instructions pendant quelques jours, et, après s’être rendu compte des bonnes dispositions de « ses auditeurs, il m’écrivit pour me demander du renfort. Malgré le mauvais état de ma santé, « je n’hésitai pas à me charger seul des postes de Chinaze, d’Urakami et de Daikuma pour « envoyer les PP. Jean et Pierre Kataoka travailler dans le nouveau champ qui promettait une « si belle moisson.
« Dès le mois de janvier, mes trois auxiliaires se mirent courageusement à l’œuvre. « Comme ils n’avaient pas de catéchistes à leur disposition, ils devaient faire tout par eux-« mêmes. Inutile de retracer ici le tableau des peines et des privations que l’on doit s’imposer « pour fonder un nouveau poste. Votre Grandeur sait combien les débuts sont durs. Nos « prêtres ont tout supporté avec un dévouement et une abnégation admirables ; ils étaient « d’ailleurs soutenus par la persévérance de leurs catéchumènes. Pendant le jour, ils « instruisaient les vieillards et les enfants ; le soir, de neuf heures à minuit, c’était le tour de « ceux qui avaient dû travailler. Un des prêtres m’écrivait, un jour, que la force dont ils « avaient besoin pour résister aux fatigues d’un tel ministère leur était communiquée par « ceux-là mêmes qui venaient s’instruire. « Impossible, me disait-il, de sentir la fatigue et de « se livrer au repos devant des gens si avides de la doctrine. » Enfin, après cinq ou six mois « d’instruction, c’est-à-dire dans le courant de mai et de juin, mes vaillants auxiliaires eurent « la consolation d’administrer 434 baptêmes.
« Les grands travaux de la campagne ayant commencé à ce moment-là, l’instruction des « néophytes fut interrompue ; elle va reprendre à la fin de septembre, et j’espère que l’an « prochain nous aurons encore à enregistrer un grand nombre de baptêmes. »
« En dehors de Kassari, les chrétientés qui dépendent de M. Ferrié ont donné 100 baptêmes d’adultes ; ce qui fait, pour tout le district, le magnifique total de 534 baptêmes.
« Je ne quitterai pas Oshima sans noter que M. Halbout accuse 11 baptêmes à Akaogi, M. Bouige 27 à Serikube, et M. Richard 53 à Kado et Ashikibu. C’est donc 625 baptêmes d’adultes que les missionnaires d’Oshima nous donnent cette année.
« Le zèle dont nos communautés religieuses, étrangères et indigènes, et les missionnaires, ont fait preuve au service de la Sainte-Enfance a été magnifiquement récompensé 814 baptêmes d’enfants moribonds ! Je n’avais pas encore eu la joie d’enregistrer pareil chiffre. Je suis d’autant plus heureux de ce résultat, que, toujours, j’ai vu la bénédiction divine descendre sur notre ministère, en proportion du nombre des petits anges que nous envoyions au ciel plaider notre cause aux pieds de l’Agneau. Le district de Kurume, sans aucun secours de l’Œuvre de la Sainte-Enfance, compte à lui seul 212 baptêmes.
« Notre séminaire a fait une grande perte en la personne du P. Michel Kataoka, que la mort nous a enlevé presque subitement. Nommé professeur, au lendemain de son ordination, il a passé au séminaire les dix-sept années de sa vie sacerdotale. C’était un modèle de piété discrète, de régularité et de bon esprit.
« Un autre de nos prêtres japonais, le plus jeune et le dernier ordonné, s’est, lui aussi, endormi pieusement dans le Seigneur, au mois de juillet, à la suite d’une maladie contractée au chevet d’un moribond. Il administrait plusieurs chrétientés dans le district de Goto. Doué d’une belle intelligence et d’une piété profonde, scrupuleux observateur de tous ses devoirs d’état, il s’était attiré l’estime et l’affection de ses chrétiens qui regretteront longtemps le P. Joseph Michida.
« Quant aux séminaristes destinés à remplacer les prêtres qui disparaissent, je me demande avec effroi si la guerre va nous en laisser. Nous en avons deux sur les champs de bataille ; un autre est mort, il y a quelques semaines, des suites d’une maladie contractée à la caserne. Un de nos chers sous-diacres de Noël, qui semblait libéré définitivement du service, fui rappelé sous les drapeaux dès le mois de février, et envoyé immédiatement aux avant-postes. Blessé le 31 juillet, il est revenu au Japon, mais s’attend à repartir bientôt. Enfin, deux de nos latinistes peuvent recevoir leur feuille de route d’un jour à l’autre. Da pacem, Domine !
« Le collège des Frères de Marie compte 257 élèves, les postulants compris. L’établis-sement a été reconnu officiellement comme école de commerce. Le gouvernement a manifesté l’estime qu’il fait de nos chers religieux en accordant le « Nin-tei » à leur école, ce qui permet aux élèves, comme à ceux des écoles officielles, de ne faire qu’un an de service militaire, les études achevées. Le succès de l’œuvre me semble assuré maintenant, et, comme j’apprécie de plus en plus les services qu’elle nous rend, je prie instamment Notre-Seigneur de permettre à la Société de Marie de remplir le plus tôt possible l’engagement qu’elle a pris de fonder un nouvel établissement à Kumamoto.
« Les œuvres de bienfaisance, qu’elles s’appellent dispensaire, léproserie, hôpital, etc., servies par les mêmes dévouements, ont donné les mêmes résultats que les années précédentes. Que les religieuses de Kumamoto, de Biwazaki et de Yatsushiro, qui en ont le principal mérite devant Dieu, veuillent bien me permettre de leur en exprimer ici ma respectueuse gratitude. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|