| Année: |
1908 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
III. ― Hakodaté
Population catholique 4.427
Baptêmes d'adultes 342
Baptêmes d'enfants de païens 267
Conversion d’hérétique 1
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« Nous devons remercier Dieu, cette année, de trois nouvelles fondations de maisons religieuses : la première à Akita , où , par les soins du R. P. Weig , de la Société du Verbe-Divin, et avec le concours de M. Mathon, ont été installées cinq religieuses de Steyl, ayant pour but de se dévouer aux œuvres de bienfaisance et d’éducation ; la deuxième à Niigata, où le P. Weig doit inaugurer prochainement des cours de langues étrangères ; la troisième à Sapporo, capitale du Yéso, la grande île du Nord. Sept religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie sont venues prendre possession du terrain et du couvent, préparés par les soins de M. Lafon.
« Quelle joie pour les ferventes chrétientés de ces régions septentrionales ! Que Dieu daigne bénir tant de dévouement et de bonne volonté. Qu’il fasse fructifier au centuple de si précieuses semences !
« Hélas ! ces semences ont été jetées en terre dans les larmes. Un nouvel incendie a détruit tous les établissements de la mission et des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, dans la ville de Niigata. Suivant d’une année seulement notre désastre de Hakodaté, cette épreuve est particulièrement douloureuse. Et trois semaines après l’incendie, nous avons eu à pleurer la mort d’un de nos meilleurs ouvriers apostoliques, notre cher confrère M. Billiet. Il nous reste à adorer les desseins insondables de Dieu. Sicut Domino placuit, ita factum est : sit nomen Domini benedictum.
« Depuis moins de vingt ans, remarque M. Jacquet, vicaire général, chargé du district de « Sendaï , le mode d’évangélisation au Japon a bien changé . Autrefois , il suffisait de se « présenter dans une localité , et aussitôt les gens venaient trouver l’Européen pour causer « religion, mais aussi par curiosité, et pour passer le temps. A la résidence, il était rare de voir « s’écouler une journée et même une partie de la nuit, sans avoir quelques visites. C’était « l’âge d’or pour lier des relations avec nos Japonais et leur prêcher l’Évangile. Ils étaient « alors sans souci du lendemain , tant la vie se trouvait facile . Ils passaient volontiers leur « temps à deviser sur les nouvelles du jour . Le bon Dieu s’est servi de ces dispositions pour « faire entrer dans le chemin du salut bon nombre d’âmes privilégiées. »
« Aujourd’hui, il y a un grand changement. La vie est dure. Il faut de rudes labeurs pour gagner le riz quotidien. Tout est devenu si cher ! Même en travaillant du matin au soir, beaucoup ne peuvent arriver à suffire à leurs besoins essentiels.
« A cet obstacle aux préoccupations de l’autre vie, vient s’ajouter l’indifférence en matière de religion, qui semble s’affirmer de jour en jour.
« La chrétienté de Sendaï, malgré toutes ces difficultés, se maintient à son chiffre, et elle progresse sensiblement dans la pratique des devoirs religieux. La communion fréquente est de plus en plus en honneur. Le P. Araya, prêtre japonais zélé et instruit, est cause , pour une large part, de la piété et de la ferveur de ces chrétiens. Puissions-nous en avoir dix comme lui !
« Notre école primaire de Sendaï jouit toujours d’une bonne réputation. Pour nous conformer aux nouveaux règlements, nous avons été obligés d’y ajouter un cours. Il en faudra un second l’année prochaine. Les études primaires, au lieu de s’achever en quatre années, en demanderont six.
« L’œuvre des malades et des baptêmes in extremis est prospère, grâce au dévouement de nos bonnes Sœurs infirmières.
« Quant à l’école, tenue par les religieuses, elle fera ses frais, je le pense, dès l’année prochaine. Rien n’a été négligé pour la mettre à la hauteur des programmes. Elle ne le cède à aucune école de ce genre, soit pour les professeurs, tous diplômés, soit pour l’instruction. Elle leur est supérieure pour la bonne éducation donnée aux élèves. Aussi, toutes celles qui ont reçu leur brevet dans le courant de cette année, ont-elles été demandées comme maîtresses dans les écoles primaires.
« Dans le département de Miyagi, dont Sendaï est le chef-lieu, le mouvement de conversions, signalé par M. Jacquet dans le dernier compte rendu, continue de s’accentuer. Le dimanche de Quasimodo et les deux jours suivants, nous avons eu le bonheur de conférer le baptême à 105 adultes, dans trois villages de la même région. Actuellement, plus de 100 catéchumènes se préparent à le recevoir, mais il faut attendre la fin des grands travaux des champs, pour parfaire leur instruction. A cette époque, ils seront plus libres pour étudier le catéchisme. Que la bonne Providence daigne nous fournir le moyen de pourvoir à la persévérance de tous ces néophytes !
« La chrétienté de Furukawa, reprend M. Jacquet, a été visitée au printemps par le terrible « fléau de l’incendie , qui a réduit en cendres la moitié de la ville . Cette épreuve , ajoutée à « celle de la famine de 1906 , a contraint beaucoup d’habitants à émigrer . Dans leur « affolement , ces malheureux ne trouvent pas le temps de s’occuper de leur âme . Que ne se « souviennent-ils de la promesse de Notre-Seigneur : Cherchez d’abord le royaume de Dieu, « et tout le reste vous sera donné par surcroît ! »
Voici un fait qui nous montre comment le bon Dieu sait attirer à lui les âmes de bonne volonté.
« Il y a quelque temps, un pauvre ouvrier, malade de la poitrine, se faisait soigner par les Sœurs de Saint-Paul. Voyant son état désespéré, celles-ci lui parlent de notre sainte religion . Il consent à recevoir le baptême, mais à deux conditions : il veut le baptême catholique, et des mains du P. Araya. La Sœur infirmière lui donne l’assurance qu’il sera satisfait sur ces deux points. Mais elle désire connaître le motif de la seconde condition posée par le pauvre malade. Celui-ci lui raconte alors comment il avait fait la connaissance du P. Araya, il y a cinq ou six ans, à l’occasion d’une statue de saint Joseph, venue de France, un peu endommagée, et que le prêtre japonais lui avait donnée à réparer.
« Or, depuis ce temps, il avait toujours eu la pensée d’étudier la religion catholique. Mais, sans cesse aux prises avec la misère, il avait dû chercher du travail ailleurs, et remettre à plus tard l’accomplissement de son dessein.
« Mais le bon saint Joseph l’attendait à son lit de mort. Le P. Araya est appelé auprès du pauvre ouvrier et a la douce consolation de lui donner le baptême et de le voir mourir dans les meilleurs sentiments.
« M. Reynaud a dû interrompre l’administration du grand district d’Iwaté. La maladie l’a arrêté dans son travail, au moment où il se dépensait d’une manière toute spéciale à mettre l’étude du catéchisme en honneur parmi ses chrétiens. Les heureux résultats, constatés partout où il a pu exercer son zèle, témoignent de l’excellence de la méthode. M. Dossier a été désigné pour continuer cette bonne tradition.
« Le nombre des baptêmes à Morioka est le double de celui des années précédentes. M. Pouget a régénéré 44 personnes. Il attribue cet accroissement en grande partie au zèle d’une garde-malade , chrétienne, infirmière en chef de l’hôpital, Agatha Nakajima. Elle a baptisé 15 moribonds et préparé plusieurs conversions de malades, aujourd’hui en bonne voie de guérison et de salut.
« Pour attirer les enfants, M. Pouget a installé un jeu très simple et hygiénique dans la cour de son habitation. Quand le temps est beau, du matin au soir, les joueurs s’y réunissent en nombre . Quelques bonnes paroles leur sont adressées en passant. Ces enfants les redisent en rentrant chez eux. Ils apprennent ainsi avec leurs parents à connaître le missionnaire et le chemin de l’église.
« D’un autre côté, plusieurs jeunes gens, pieux et actifs, s’efforcent d’amener leurs amis à la mission. Les relations du missionnaire sont nombreuses en ville. Grâce à Dieu, les occasions de semer la vérité se multiplient. Le temps d’une moisson plus abondante viendra quand il plaira à Celui qui la fait mûrir.
« Parmi les baptisés de cette année, il convient de citer un nom, celui de M. Yokohama, le premier avocat de la ville, et le plus avantageusement connu. Depuis de longues années il était en rapport avec les missionnaires. Quand les Sœurs de Saint-Paul perdirent leur répondant, il y a douze ans, il voulut bien accepter la succession, et se porter garant pour elles devant la Préfecture.
« Après l’incendie de leur école en 1902, il réclama aussitôt, lui, simple païen, l’honneur de remplacer les tables et les bancs détruits par le feu : et sa femme, une semaine durant, se fit leur cuisinière. Depuis lors, son dévouement fut acquis aux religieuses, et il prit à cœur la prospérité de leur école.
« Cependant, M. Yokohama ne perdait aucune occasion de s’instruire de notre sainte religion. Il lisait la plupart des livres publiés par les missionnaires, à mesure qu’ils paraissaient. Au commencement de cette année, il se mit à envoyer ses enfants à la messe et au catéchisme. Un peu plus tard, on voyait sa femme à l’église chaque dimanche.
« Telles étaient ses dispositions, quand, le 24 avril dernier, il fut pris subitement d’un crachement de sang. Son état est désespéré. Un médecin de ses amis, quoique païen lui-même, avertit que si on veut le baptiser il n’y a pas de temps à perdre. A la nouvelle du danger, le missionnaire et les religieuses, qui ont tous des obligations à M. Yokohama, font une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes pour obtenir sa guérison. Le malade, trois fois par jour, au son de l’Angelus, récite trois Ave Maria. Dès le premier jour, il réclame de l’eau de Lourdes. Le soir même, la fièvre tombe de 40° à 37°. Le lendemain, après s’être servi de quelques gouttes d’eau de la Grotte pour se laver, il est guéri d’un autre mal qui le faisait beaucoup souffrir. Le médecin déclare que tout danger de mort prochaine est conjuré. Les frères du malade, accourus de Tokio pour assister à ses funérailles, s’en retournent.
« Le mieux s’est maintenu jusqu’aux grandes chaleurs. M. Yokohama, éprouvant alors un grand affaiblissement, le missionnaire l’exhorte prudemment à recevoir le baptême et à profiter pour cela de la prochaine venue à Morioka de M. Ligneul, dont il avait lu toutes les publications.
« Admirablement préparé comme il l’est, tout se passe pour le mieux. La cérémonie est des plus touchantes. Auprès de lui se tiennent sa femme et ses enfants , attentifs et profondément émus. Un des deux missionnaires le baptise, et l’autre lui sert de parrain.
« L’effet produit sur le malade est merveilleux : « Avant le baptême, dit-il, j’avais l’esprit « inquiet et le cœur rempli de soucis et de craintes. Depuis , tout a disparu. Il n’y a plus un « nuage dans mon âme. »
« De fait, tout son entourage le trouve complètement changé. Il est devenu patient et doux comme un agneau. Ayant reçu, en souvenir de son baptême, une belle gravure représentant Notre-Seigneur couronné d’épines, il la fait placer en face de lui pour l’avoir toujours devant les yeux. C’est dans ces sentiments de résignation et de foi qu’il voit tranquillement venir la mort. Inoubliable exemple pour sa famille, cette sainte mort a été pour toute la ville de Morioka, la meilleure des prédications.
« L’école des Sœurs de Saint-Paul de Chartres continue à se développer et vient de recevoir un nouveau gage de prospérité. Par un heureux concours de circonstances, un ancien Préfet, d’une réputation de savant, a été invité par la Supérieure à en prendre la direction officielle, et il y a consenti gracieusement. Son acceptation a pour résultat immédiat une augmentation sensible du nombre des élèves à la rentrée suivante. Leur chiffre s’élève à 250. »
Les religieuses ont reconstruit cette année une partie de l’aile du bâtiment détruit dans l’incendie de 1902. Il leur reste encore un désir à réaliser, celui de voir leur école reconnue officiellement. Il y aurait à cela de grands avantages. Mais cette reconnaissance exigerait des charges plus lourdes, des frais et un changement presque complet du personnel.
A Wakamatsu, les chrétiens s’approchent souvent des sacrements. Bon nombre d’entre eux sont solidement pieux. Les enfants suivent bien les catéchismes. Les jeunes gens ont leurs réunions régulières. Les païens sont évangélisés par le moyen de conférences et de visites à domicile. M. Corgier a continué à répandre en grand nombre les livres de religion.
Dans la nuit du 4 septembre dernier, la mission de Hakodaté a été soumise à une nouvelle épreuve. Le poste de Niigata, l’église, la résidence du missionnaire, l’école des Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont été détruits dans un grand incendie qui a dévoré plus de 2.000 maisons.
« La mission catholique de Niigata était, après celle de Hakodaté, la plus ancienne du diocèse. Elle avait été fondée en 1869 par M. Armbruster, devenu plus tard supérieur du séminaire de Paris. La communauté des Sœurs de Saint-Paul de Chartres y avait établi, depuis 1885, un dispensaire où d’innombrables malades reçurent le bienfait du baptême. Parmi les nombreuses orphelines élevées par les Sœurs, plusieurs ont embrassé la vie religieuse, soit dans l’Institut de Saint-Paul, soit au monastère cistercien de Notre-Dame des Anges, près de Hakodaté.
« La chrétienté de Niigata a passé par bien des phases de progrès et de diminution. Il faut l’attribuer, en partie, à la vie quasi nomade du peuple japonais. Mais cette fluctuation, cette inconstance ne leur font jamais oublier complètement leurs devoirs. Il semble, au contraire, que les brebis perdues reviennent au bercail aussi facilement qu’elles le quittent : on le voit bien aux fêtes solennelles et dans les circonstances un peu extraordinaires. Maintenant nous avons confiance que les œuvres de jeunesse, que vont entreprendre nos dévoués auxiliaires de la Société du Verbe-Divin, fourniront à la chrétienté de Niigata un renouveau de vie et de prospérité .
A Yamagata, M. Dalibert prépare au baptême onze catéchumènes, dont les dispositions sont excellentes. Neuf familles, d’un autre côté, viennent de lui demander à étudier notre sainte religion. Il espère les baptiser dans le courant de l’année prochaine. Le missionnaire ajoute à son rapport le récit d’une guérison obtenue par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes :
« Soit bénie , louée et aimée Notre-Dame de Lourdes ! Hier en rentrant, le catéchiste me « dit : « La sainte Vierge vient de faire un miracle ! Mon dernier baptisé avait une jambe « restée raide à la suite d’une cassure . Depuis vingt ans le genou ne fléchissait pas, et cet « homme n’avait point de force dans le pied . Il ne pouvait pas même soulever sa couverture « quand il était couché . Une chrétienne lui donna quelques gouttes d’eau de Lourdes. Il se « rend à l’église, prie de tout son cœur la sainte Vierge, puis se frotte le genou avec cette eau. « Il sort : son genou fonctionne comme l’autre et il marche.
« Ce matin , plein de joie , il est venu me raconter avant la messe comment la guérison « s’était opérée . Puis , il sort tout à coup pour rentrer quelques instants après. — Père, venez, « dit-il, je vais vous montrer comme mon pied est devenu fort. — Aussitôt, sous mes yeux, de « ce même pied, incapable jusque-là de soulever une couverture, joyeux et enthousiaste, il fait « rouler à plusieurs reprises une grosse pierre . Après la messe , il recommence cet exercice « devant les chrétiens , tout saisis en présence de cette manifestation de la puissante « intercession de Marie. Louange à la Vierge Immaculée ! Voilà un signe que Notre-Dame de « Lourdes a accepté Yamagata sous son patronage. Deo gratias. »
« M. Montagu a été arrêté six mois par la maladie. Grâce aux soins que M. de Noailles lui a prodigués à notre procure de Yokohama, il a pu rentrer pour les fêtes de Pâques dans son poste de Hirosaki.
« Son école du dimanche continue à être bien fréquentée. Une dizaine d’enfants apprennent le catéchisme.
« L’année dernière, à pareille époque, Hakodaté était dans une extrême désolation. Si nous repassons en revue les consolations qui nous sont venues depuis, à la suite de nos malheurs, nous avons bien des actions de grâces à rendre à Dieu. Les prières faites pour nous, les aumônes reçues de toutes les parties du monde, avec de si touchants témoignages de sympathie, notre chapelle provisoire construite in angustia temporum et terminée juste la veille de notre fête patronale de Hakodaté, le 7 décembre, la ferveur croissante de nos chrétiens qui s’est affirmée par la communion quotidienne, par les neuvaines publiques, par des souscriptions auxquelles prennent part les enfants eux-mêmes, et enfin l’espoir fondé de reconstruire prochainement notre humble cathédrale, toutes ces grâces nous remplissent le cœur de reconnaissance envers la Providence divine.
« Sans doute, notre résidence ne promet pas de se relever de si tôt. Nombre de chrétiens sont encore disséminés au loin, et nos œuvres ne fonctionnent pas , faute de local. Mais nous avons confiance que Notre-Dame de Lourdes saura mener à bonne fin ce qui a été heureusement commencé sous ses auspices. Les religieuses de Saint-Paul de Chartres ont repris leur œuvre des malades, peu de temps après l’incendie. Afin d’aller au plus court, la Supérieure acheta une maison à la campagne, la fit démonter, transporter et reconstruire sur l’emplacement du dispensaire. Ce n’était guère confortable ; néanmoins, les malades n’ont pas tardé à affluer auprès de l’excellente Sœur Onésime, si connue à Hakodaté, et à vingt lieues à la ronde. Malgré les malheurs des temps et les exigences de la bureaucratie, cent neuf baptêmes ont été administrés à l’article de la mort.
« Le monastère des RR. PP. Trappistes de Notre-Dame du Phare, incendié le 29 mars 1903, est reconstruit. Le nouveau couvent a été béni à la fin d’octobre. Il est en briques. Nos chers religieux seront plus à l’abri des éléments, et l’état sanitaire aura tout à y gagner. »
Cette année, il y a eu de nombreuses admissions chez les Cisterciennes de Notre-Dame des Anges. Les vocations se sont déclarées surtout parmi les descendants des anciens chrétiens du diocèse de Nagasaki. Ces nouvelles postulantes ont l’esprit profondément chrétien. Elles promettent de faire d’excellentes religieuses. Leur exemple sera suivi, si la Révérende Mère Prieure réussit à faire construire une nouvelle aile au couvent, car, élevé pour vingt-cinq personnes, il en contient déjà vingt-neuf. M. Dossier se félicite d’avoir un nouveau chrétien qui s’est consacré tout entier à la conversion de ses compatriotes de Mororan. Avec son concours, tout l’hiver dernier, et chaque dimanche, le missionnaire a donné des séances de lanterne magique. Par ce moyen, beaucoup de païens ont appris le chemin de la mission. « En « évaluant , dit M. Dossier , à deux cents le nombre des visites reçues , je ne crois pas être « au-dessus de la vérité . Je ne parle pas des visites faites par mon catéchiste , elles sont au « moins le double . Nous avons distribué une centaine de livres de religion , quelques-uns « même se voient à l’étalage des libraires , mais c’est la revue catholique Koé qui a gagné « surtout les faveurs de plusieurs païens. »
« La ville de Mororan vient de prendre une importance subite par l’établissement d’une aciérie, dirigée par la fameuse maison Armstrong. Sa population a passé de 6.000 à 20.000 habitants.
« M. Hutt est très satisfait de sa chrétienté d’Asahigawa. Les fidèles sont de plus en plus fervents. Le nombre des catéchumènes s’accroît et aux grandes fêtes on vient de loin pour s’approcher des sacrements. A l’Assomption, un jeune homme a fait onze heures de chemin de fer, pour recevoir la sainte Communion. »
Parmi les colons des environs d’Asahigawa, il y a plusieurs familles de descendants d’anciens chrétiens, venus de Nagasaki. Leur présence produit un excellent effet sur les néophytes et les catéchumènes. Afin de faciliter la réunion des chrétiens de la campagne, au moins pour les fêtes principales, M. Hutt a construit une grande salle, où tous trouvent un gîte pour la nuit. Ils sont ainsi dispensés des frais d’hôtel.
Dans le courant de l’été , MM. Faurie, Cornier et Cesselin sont partis visiter les catholiques de l’île Saghaline, japonais ou polonais, habitant la partie annexée à l’empire du Mikado. La présence des trois missionnaires a été un grand sujet de joie pour les pauvres exilés.
M. Faurie a acheté deux terrains à Korsakoff et à Vladimirofka pour avoir un pied-à-terre dans les principaux centres. Mais le climat de l’île est si rigoureux, que Japonais ou étrangers n’attendent qu’une occasion pour aller se fixer ailleurs. C’est ainsi que, dans le courant de l’année, plusieurs familles polonaises ont émigré. Celles qui restent sont profondément attachées à la foi, mais elles ne sont pas toutes admissibles aux sacrements à cause de l’irrégularité des mariages. Il faudrait établir dans le pays même une œuvre pour l’instruction des enfants. La Révérende Mère Prieure des Trappistines, qui a dans sa communauté une religieuse polonaise, veut bien offrir l’hospitalité à quelques jeunes filles et leur faire enseigner le catéchisme durant les longs mois d’hiver. Les garçons logeront à la mission de Hakodaté, et iront deux fois la semaine prendre leur leçon à Notre-Dame des Anges. Nous commencerons, dès cette année, par quatre enfants que M. Faurie doit amener tout prochainement.
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