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Rapport annuel des évêques

Année: 1909
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Cousin

II. ─ Nagasaki

Population catholique 45.925
Conversions de païens 452
Baptêmes d’enfants de païens 832
Conversion d’hérétique 1
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« Le présent compte rendu, écrit Mgr Cousin, évêque de Nagasaki, aura la même physionomie que ses devanciers. Car, depuis plusieurs années, notre personnel n’ayant pas augmenté, et nos ressources allant plutôt en diminuant, nous ne pouvons que soutenir les œuvres existantes.
« Nos chiffres seront donc sensiblement les mêmes que ceux des rapports des dernières années. Si nous avons encore une fois la très grande consolation de constater que le bien s’est fait dans les proportions ordinaires, nons n’avons pas à enregistrer des conversions nombreuses qui indiqueraien un mouvemen d’ensemble en faveur du catholicisme.
« Nous comptons un millier de catholiques de plus que l’an dernier : cette augmentation vient en partie du nombre, toujours croissant, d’enfants de fidèles que Dieu nous a fait la grâce de baptiser. Illi soli honor et gloria !
« Dans les districts où l’élément chrétien n’existe pas encore, c’est au prix de peines sans nombre et de sacrifices répétés, que les ouvriers apostoliques ont glané quelques épis au milieu des ronces et des épines.
« M. Bonnet, qui se présente avec 17 baptêmes d’adultes, raconte comme il suit ses débuts dans l’évangélisation du village d’Agina (île d’Oshima), où il espère avoir bientôt une chrétienté florissante :
« Les 700 catéchumènes, déclarés dans l’exercice courant, attestent la légitimité de ma « satisfaction et sont un avant goût de la riche moisson qui s’annonce.
« Il n’est pas besoin de dire longuement les raisons pour lesquelles ma gerbe de cette année « est si peu fournie.
« C’est un refrain entendu bien souvent et, hélas ! il est toujours vrai! Je suis absolument « sans ressources, à ce point que je ne puis même me procurer d’aides catéchistes ; tous les « soirs, je vais, de maison en maison, enseigner, jusqu’à une heure avancée, les prières et le « catéchisme. D’autre part comme je ne puis trouver un local assez vaste pour réunir tous mes « catéchumènes, l’enseignement par groupes séparés me prend beaucoup de temps et devient « très pénible. Ici, dans la campagne, les plus grandes maisons peuvent à peine contenir une « cinquantaine de personnes.
« Dès lors, si la charité catholique ne me vient pas généreusement en aide, je me demande « avec anxiété comment je pourrai faire pour faciliter à mes futurs chrétiens « l’accomplissement de leurs devoirs religieux et principalement l’assistance à la messe. Ce « dénuement est une des grandes raisons pour lesquelles je n’ose encore faire enfants de Dieu « les nombreux païens qui s’instruisent, ou sont déjà instruits, car l’expérience enseigne que « les néophytes qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas la facilité, dès le début de « leur conversion d’accomplir tous les commandements de Dieu et de l’Eglise, courent grand « risque de ne jamais devenir de vrais chrétiens... »
« Dans la même île d’Oshima, le P. Nakamura emploie, sans se lasser, toutes les industries que le zèle peut lui suggérer pour augmenter son petit troupeau d’Akakina.
« Il écrit : « Dans un village tout païen, nous avons essayé deux fois pendant l’année de « donner des instructions à l’aide de projections. Là où les chrétiens sont mêlés aux païens, « nous avons, de temps en temps, recours au même moyen pour attirer les auditeurs.
« L’école du soir prospère et est fréquentée actuellement par plus de 130 élèves. Le local « ne pouvant en contenir davantage, nous sommes obligés d’en refuser un grand nombre. « Parmi ces élèves, il y a des fils d’employés, des bouddhistes, des shintoïtes et il n’est pas « rare d’en voir qui sont attirés vers l’Église et demandent à s’instruire. A. ceux-là sont « consacrées cinq soirées par semaine. Une sixième est réservée aux chrétiens et la septième « au repos.
« Un catéchiste circule chaque soir et instruit deux ou trois chrétiens ou païens. Pendant le « jour, jusqu’à midi, nous étudions ensemble les livres de religion, et, dans l’après-midi, on « fait la visite des malades et des païens qui sont libres de leur temps et disposés à nous « écouter.
« Par extraordinaire, cette année, un bonze s’est mis à parcourir les villages de la contrée et « à prêcher comme un énergumène, surtout dans les endroits où nous travaillons nous-mêmes. « Il y met une ardeur qui ne laisse pas de produire de l’impression sur les gens et nous est à « nous-mêmes une bonne leçon. Les résultats pourtant ne paraissent pas répondre aux efforts « du prédicant. Dès le début, il s’est permis d’annoncer une collecte parmi les auditeurs, cela a « visiblement refroidi leur zèle à accourir à ses sermons. Ils viennent encore jusqu’à la porte « et écoutent du dehors, mais ils sont rares ceux qui pénètrent à l’intérieur et s’assoient sur les « nattes... » Le P. Nakamura a enregistré 24 baptêmes d’adultes.
« A Miyazaki, ville nouvelle que le Gouvernement a créée tout d’une pièce, pour y établir la préfecture et l’administration dont il a voulu doter la province du Hyuga, M. Joly, après avoir énuméré les milieux très divers dans lesquels il a cueilli les épis de sa petite gerbe, ajoute :
« Voilà pour mon année 13 baptêmes. Miyazaki néanmoins ne voit pas sa population « catholique augmenter. Ces nouveaux venus ne font guère que combler les vides causés par « la mort et surtout par les départs. La plupart des gens de ce pays, en effet, les chrétiens y « compris, sont des gens d’humeur vagabonde. Originaires les uns d’un endroit, les autres « d’un autre, et venus à Miyazaki dans l’espoir de faire fortune, ils hésitent d’autant moins à « continuer leurs pérégrinations, qu’ils sont peu encombrés de biens meubles et immeubles. « Ces continuelles allées et venues et ces déménagements incessants ont été, jusque dans ces « dernières années, la cause principale du peu de consistance de la chrétienté. Quelques « familles semblent cependant vouloir prendre racine et je m’en réjouis de tout cœur : elles « me serviront de point d’appui pour rayonner et travailler aux alentours... »
« A Kumamoto, le P. Paul Fukahori, qui se tient en rapports constants avec la classe dirigeante et surtout avec le corps enseignant à tous les degrés, est effrayé des ravages causés parmi les professeurs par l’athéisme, le naturalisme, le darwinisme, le socialisme et autres doctrines de ce genre, Ils prétendent que l’homme n’a pas d’autres lois que ses instincts naturels et qu’il est impossible d’admettre un Dieu immatériel. « On y croyait, disent-ils, « quand l’humanité était plongée dans l’ignorance, mais depuis que la lumière de la science a « dissipé toutes les ténèbres, personne n’y croit plus. » Et voilà les maximes qui, par les écoles, se propagent jusqu’aux dernières classes de la société et les empoisonnient.
« Aussi malgré le grand nombre de ceux auxquels j’ai prêché opportune, importune les « vérités de la religion, un petit nombre seulement est arrivé jusqu’à la grâce du baptême, « selon la parole de l’Écriture : Beaucoup d’appelés, mais peu d’élus !
« Kumamoto passe pour être le rendez-vous des différentes sectes protestantes ; on en « compte huit. Chacune travaille à sa manière et emploie des moyens particuliers pour « propager sa doctrine.
« Les résultats ne semblent pas merveilleux, si j’en crois ce que m’a raconté le tenancier « d’une librairie protestante venu chez moi pour se faire renseigner sur notre religion. Notre « ministre, m’a-t-il dit, un Anglais, M. Painter, a dans la ville trois lieux de réunion, et, en « dehors de moi, trois catéchistes. Ses fidèles sont au nombre de 16 ou 17. ─ Mais alors, « repris-je, d’autres sectes doivent en avoir bien davantage. ─ Non, me répondit-il. ─ Ce « matin, ajoutai—je (c’était justement le jour de l’Assomption), il y avait à notre réunion plus « de 150 personnes. ─ Oh ! je le sais, dit-il, c’est toujours dans vos églises qu’il y a le plus de « fidèles, et je ne peux en comprendre la raison. ─ La grâce de Dieu est avec nous, lui dis-je, « et pas avec les autres. Voilà pourquoi ceux qui viennent, à nous sincèrement ne nous « quittent plus. ─ Il se retira tout songeur. »
« A quelques lieues de là, dans le district de Saga, c’est aussi la présence des protestants, « mieux outillés que lui, qui préoccupe le P. Yamaguchi.
« Ils sont, dit-il, représentés par deux sectes avec 4 pasteurs, dont un américain, et 3 « catéchistes, Ils se vantent d’avoir 200 fidèles.
« Pour moi, je suis seul avec un catéchiste ; deux femmes instruisent quelque peu les « personnes de leur sexe. Mes catholiques, au nombre de 170, sont répartis en quatre groupes « assez éloignés les uns des autres, dont l’un se trouve dans l’île, désormais célèbre, de « Tsushima. La mission ne possède aucune résidence et je suis obligé de louer des maisons « dans trois de mes postes, pour réunir les chrétiens, ce qui, avec les frais de mes voyages « d’un endroit à l’autre, dépasse de beaucoup les ressources de mon maigre budget.
« Une ou deux fois par semaine, je fais, ici où là, des instructions pour les fidèles et les « païens : plusieurs fois par an, autant que les ressources le permettent, nous organisons de « grandes réunions et des conférences pour les païens. » 18 baptêmes d’adultes ont « récompensé le zèle du missionnaire de Saga.
A Kurume, son voisin, M. Sauret, bien qu’il ait dû se priver des services de ses anciens catéchistes et s’occuper d’en former de nouveaux, enregistre 21 baptêmes : beau chiffre, vu les circonstances.
« C’est à regret que je passe à côté des autres postes païens sans citer quelques extraits des intéressantes relations que plusieurs m’ont adressées. Avec des nuances dans le ton et dans la forme, chacun gémit sur l’insuffisance de ses moyens d’action et plaide éloquemment sa cause en suppliant qu’on lui procure des catéchistes en nombre suffisant et qu’on établisse, dans les principaux centres, des lieux de réunion avec les ressources nécessaires pour les visiter fréquemment. Tous ces récits, inspirés par le zèle, édifieraient les lecteurs, sans jeter sur la situation un jour bien nouveau : aussi, sans m’y attarder davantage, je nie hâte de donner un coup d’œil sur les districts des vieux chrétiens toujours également dignes de notre intérêt et de nos sympathies.
« Il faut d’abord s’arrêter à Urakami où la bonne Providence a ménagé à M. Fraineau la consolation de baptiser 39 adultes.
« L’an dernier, dit-il, j’exprimnais l’espoir de voir revenir à nous une famille de séparés 1 « jouissant d’une grande influence sur les chrétiens du quartier de Jonokoshi. Elle avait, « jusqu’ici, usé de cette influence pour arrêter ceux qui auraient eu quelque désir de rentrer au « bercail.


1.Descendants des chrétiens du XVIIe siècle qui n’ont pas encore voulu se soumetre à la direction des missionnaires.


« Ces dernières années cependant, l’antipathie parut un peu tomber et on permit à deux « jeunes filles de la maison de s’instruire des vérités de la religion et de recevoir le baptême « pour se marier avec deux jeunes gens de bonnes familles catholiques. Le premier pas était « fait. Ces gens, dont le père et la mère, alors vivants, m’avaient refusé autrefois l’entrée de la « maison, vinrent me trouver d’eux-mêmes et nous eûmes, à plusieurs reprises, des « conversations qui me laissaient plein d’espérance. Je ne pouvais pas croire cependant que la « grâce agirait si promptement et d’une manière si complète. Je m’imaginais qu’ils se « borneraient à laisser baptiser leurs enfants et que, pour eux, ils trouveraient, à la dernière « heure, un prétexte quelconque pour différer encore. Mais non.. ils sont tous revenus sans « respect humain et d’un cœur vraiment sincère.
« Au mois d’octobre dernier, après avoir enlevé de leur maison les Kami-dana, I-hai et « tout ce qui avait un caractère superstitieux, ils me firent demander des images religieuses « pour remplacer les diablotins disparus. Ils se mirent alors sérieusement à l’étude du « catéchisme. Bien que je n’eusse aucun doute sur la sincérité de leur conversion, je les fis « attendre assez longtemps. Enfin, le 11 janvier, je les régénérai dans l’eau sainte du baptême. « Après une préparation sérieuse, tous ceux qui avaient l’âge ont fait leur première « communion le lundi de Pâques et, depuis lors, leur ferveur ne s’est pas ralentie ; ils n’ont « qu’un désir, celui de voir tous les membres de leur famille, suivre leur exemple et, secouant « les vieux préjugés, revenir à la vraie foi cie leurs ancêtres... »
« La paroisse de Shitsu est encore plus favorisée. M. de Rotz et son auxiliaire japonais ont eu la joie de voir 49 brebis égarées rentrer au bercail du seul et unique Pasteur. Sur l’invitation du missionnaire, je me suis fait un plaisir de les baptiser moi-même dans la semaine de. Pâques. La fête a été complétée par la bénédiction solennelle d’un vaste cimetière dans lequel une croix monumentale offre à la vénération de tous un beau Christ en bronze.
« Il faut mnentionner aussi en passant Amakusa où M. Garnier a cueilli dans le gazon céleste (c’est le sens littéral des deux caractères qui se lisent ama kusa) 27 fleurs parfumées, c’est-à-dire 27 baptêmes d’adultes.
« Les autres districts chrétiens ont fourni aussi leur contingent de conversions de séparés et de païens. Pour les missionnaires des îles Goto et Hirado, la grande préoccupation de l’année, a été la préparation à la visite pastorale au cours de laquelle plus de 1.010 confirmations ont été administrées.
« M. Pelu en se louant d’une manière générale de la ferveur de ses chrétiens donne une mention spéciale à ceux de la partie nord de son district. Les fidèles y manifestent un grand zèle, depuis plusieurs années, pour doter chaque chrétienté d’une église et d’un presbytère convenables, et remplacer les pauvres constructions dont on avait dû se contenter jusqu’à présent.
« Presque toutes les églises, bâties d’abord trop à la légère avec des murs en torchis de quelques pouces d’épaisseur, des fenêtres sans vitres et des matériaux de hasard, n’ont pas résisté longtemps aux typhons, aux pluies tropicales et aux fourmis blanches, fléaux de nos îles. Beaucoup menacent ruine et l’on ne songe même plus à les réparer. Il faut reconstruire et le faire plus solidement, c’est-à-dire en briques, afin d’être délivré, pour longtemps, du souci des réparations dispendieuses. Mais pour construire une église en briques au fond de ces îles lointaines où il est si difficile de trouver les ouvriers et les matériaux, il faut de l’argent, beaucoup d’argent ; nos chrétiens, qui vivent du produit de quelques champs et de leur pêche, pour lesquels le riz est un grand luxe, n’en ont pas ! Eh bien ! pour leur église, ils trouveront, coûte que coûte, le moyeu de s’en procurer.
« Aussitôt la construction décidée, dit M. Pelu, chaque chef de famille se voit selon sa « condition, taxé par les notables du village. De la somme à fournir il n’a souvent pas le « premier sou. Peu importe. C’est un impôt volontaire dont il frappera inexorablement tout ce « qui, dans la famille, peut rapporter quelque chose, la pêche, à laquelle sont employées « presque toutes les nuits, la culture, qui est le travail du jour.
« Après la cotisation principale du père de famille, il y a celle des mères de famille, dont « l’ingénieuse générosité trouvera le moyen de faire, chaque jour ou chaque semaine, la part à « Dieu sur les menues dépenses du ménage ; celle des jeunes gens, qui s’ingénieront à « exécuter de petits travaux supplémentaires dont le produit ira à l’église ; celle des jeunes « filles, qui apporteront, au moment voulu, la petite somme recueillie sou par sou pendant des « semaines, des mois et quelquefois plusieurs années.
« Ce ne sont pas les seuls sacrifices que la construction va demander à ces braves gens. « Leurs bateaux iront chercher au loin tous les matériaux et les déposeront sur le rivage. De là, « les jeunes gens, qui ont déjà fourni de nombreuses corvées pour couper la montagne et « aplanir le terrain, amèneront les plus lourds à pied d’œuvre. Aux femmes à transporter les « briques, le sable, la chaux, la terre, à gâcher le mortier et le porter aux ouvriers ».
« Tous travaillent, tous peinent, mais aussi quelle joie dans les cœurs et sur les fronts quand l’œuvre est enfin achevée ; avec quel sentiment de légitime fierté on invite alors toutes les paroisses environnantes à venir prendre part à la fête de la bénédiction !
« Ce spectacle, ajoute Mgr Cousin, il m’a été donné de le contempler souvent, et chaque fois il m’émeut profondément.
« Cette année encore j’ai le plaisir de constater que l’Œuvre de la Sainte-Enfance est, chaque jour, de mieux en mieux comprise par les ouvriers apostoliques et que chacun considère le baptême d’un petit moribond comme un moyen infaillible d’attirer sur le ministère le plus ingrat la rosée céleste qui finira par le rendre fécond. La corbeille que nous pouvons offrir à l’Enfant Jésus, à la fin de cet exercice, se compose de 832 fleurs cueillies un peu partout sur les sentiers de la misère et du vice.
« Le mérite principal, comme toujours, en revient à nos chères communautés religieuses étrangères et indigènes, dont le zèle, sans cesse en éveil, sait deviner et découvrir toutes les occasions et que nulle difficulté ne rebute C’est ainsi que les quatre communautés du district dont Kumamoto est le chef-lieu ont, à elles seules, régénéré 232 enfants à l’article de la mort ».
La communauté japonaise de Motobari, qui est chargée de l’orphelinat d’ Urakami, mérite également une mention spéciale pour les 27 baptêmes d’enfants qu’elle vient d’inscrire sur son livre d’or déjà très riche.
Aux îles Goto, les baptiseuses ambulantes ont dépassé les chiffres des années précédentes et comptent cette fois 111 baptêmes. Enfin à Kurume, M. Sauret, qui n’a pas de communauté à sa disposition pour ce ministère, a néanmoins maintenu la bonne tradition de son poste et envoyé au ciel 116 enfants de païens qui prieront là-haut pour leurs bienfaiteurs.
« Notre séminaire va prendre une nouvelle vie. Depuis dix ans, nous n’avions pas cherché à combler les vides qui se font peu à peu par la force des choses. La diminution progressive de nos ressources et la certitude de ne pouvoir plus longtemps suffire à l’entretien d’un clergé indigène aussi nombreux qu’il le serait bientôt, si on ouvrait toutes grandes les portes du séminaire devant les candidats qui se présentent, nous imposaient cette réserve pénible. Un jour pourtant est venu oà, sous peine de voir disparaître une œuvre nécessaire entre toutes, il a fallu abriter la prudence sous la confiance en Dieu et se décider à faire appel à quelques nouvelles recrues. Mes prétentions restaient timides et je croyais avoir fait tout mon devoir en n’autorisant pour cette fois qu’une douzaine d’admissions. Au 15 août, nous étions encore loin de la rentrée et l’on m’annonçait déjà, avec une satisfaction que l’on ne cherchait guère à déguiser, une vingtaine de demandes, en ajoutant qu’il serait bien difficile d’accepter les uns et de renvoyer les autres dès le commencement, avant d’avoir des données positives pour faire un choix sérieux. Que pouvais-je faire ? sinon fermer les yeux et confier le tout à la Providence ? Si c’est son œuvre, comme j’en ai la conviction, elle ne manquera pas d’y pourvoir elle-même et elle viendra à mon secours de la manière et au moment quelle aura choisis.
« Le séminaire, si réduit qu’il fût, nous a donné, cette année encore, deux prêtres. Par contre, pendant le présent exercice, la mort nous en a pris un, le P. Nikeda. Il nous a été enlevé subitement par une maladie qui sans gravité apparente au début, prit tout à coup une marche foudroyante. C’est une grande perte pour la paroisse d’Urakami où il s’est dépensé sans compter pendant toute sa vie sacerdotale. Il y avait été envoyé au lendemain de son ordination et c’est là que le Maître est venu le prendre, pour le couronner, après neuf ans seulement d’un ministère fructueux qui lui avait gagné l’affection et l’estime de cette belle chrétienté. Aussi ses funérailles, qui eurent lieu un dimanche, furent l’occasion d’une manifestation grandiose et les chrétiens d’Urakami, auxquels s’étaient joints ceux de la ville et des environs, ont donné à leur prêtre le plus beau témoignage de piété filiale qu’il soit possible d’imaginer.
« Si nos écoles n’ont pas fait de progrès, elles se sont maintenues : c’est déjà beaucoup, car, tout en continuant de se montrer plutôt bien veillante pour nos établissements scolaires, l’administration ne se fait cependant pas faute de leur appliquer les règlements universitaires dont les exigences augmentent des difficultés déjà bien grandes par ailleurs.
« A notre grand regret, les Marianistes ont dû renoncer à la fondation d’un collège à Kumamoto, œuvre qu’ils avaient entreprise il y a trois ans. Les charges nouvelles que leur impose l’école apostolique d’Urakami, dont les constructions sont achevées, et qui recevra, au mois d’avril prochain, ses premiers élèves, explique, samms nous consoler, cette regret table décision.
« Par contre, j’ai eu la joie d’apprendre que les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, à Yatsushiro, sur les instances de la sous-préfecture, ont ajouté à leurs établissements une construction destinée à devenir une école professionnelle. Elle doit s’ouvrir bientôt, si ce n’est déjà fait.
« Les œuvres de bienfaisance, léproserie, hôpitaux, dispensaires, visite des malades à domicile, sont presque toutes réunies dans le district de Higo et s’épanouissent à Kumamoto, Biwazaki, Yatsushiro, Hitoyoshi, etc. Il faut y ajouter Kurume. Je ne pourrais rien en dire sans répéter les bons témoignages que, j’ai donnés précédemment : je me borne à constater que c’est toujours le même esprit de dévouement et de sacrifice, et que le bien s’y fait comme par le passé. Je prie Notre-Seigneur de récompenser ceux et celles qui en ont le mérite. »




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