| Année: |
1911 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 4.490
Baptêmes d’adultes 220
Baptêmes d’enfants de païens 263
Conversions d’hérétiques 2
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Du rapport très circonstancié rédigé par Mgr Berlioz sur les événements et les incidents de l’administration de son diocèse nous extrayons les passages suivants :
« Inondations, maladies, mort, incendies, écrit Sa Grandeur après avoir rappelé les épreuves de l’année, voilà bien des tristesses accumulées dans l’espace de douze mois. Mais la grande, l’inconsolable tristesse nous vient de l’obstination des pauvres âmes qui se perdent. Sans doute, il y a chez nous tous la conviction que l’œuvre de Dieu se fait, que l’Eglise catholique est entourée d’une atmosphère d’estime et de respect dont ne jouissent pas au même degré le schisme et l’hérésie, que le progrès, latent dans ses détails, s’affirme dans l’ensemble, que les défaites partielles elles-mêmes ont pour résultat final le triomphe de telle ou telle vérité. Mais quel regret de ne pouvoir, dès maintenant, décupler, centupler le nombre des âmes arrachées à la servitude du démon !
«… Nous avons été grandement édifiés et encouragés, durant cet exercice, par les nouvelles fondations que nous devons à la charitable coopération de nos bienfaiteurs.
« Un généreux prêtre, M. l’abbé H. Bulteau, du diocèse de Cambrai, est venu s’exiler dans une humble ville de notre froid Hokkaidô, pour y créer une résidence et s’y dévouer au salut des infidèles. Pour cela, il s’est mis, à l’âge de 49 ans, à l’étude du japonais ; il s’est fait professeur de langues européennes. Grâce à son énergique persévérance, il est arrivé à former une petite chrétienté qui promet de se développer.
« M. Deffrennes, qui était allé chercher de nouvelles forces au Canada et en France, a rapporté un éloquent témoignage de son succès à faire apprécier l’œuvre des Missions. Le 11 juin dernier, à l’occasion de la Retraite annuelle, nous étions tous réunis pour la bénédiction d’une gracieuse chapelle dont ce cher Confrère a doté notre Collège ecclésiastique de Sendai.
« Aux catholiques de New-York, qui ont eu des preuves palpables de notre dénuement, nous devons cinq autres petites chapelles, dont trois déjà construites et deux en construction. Dieu veuille que, partout, on arrive à imiter la généreuse sympathie de nos amis de France qui restent nos bienfaiteurs les plus fidèles comme aussi les plus insignes !
« A ces faveurs encourageantes la bonne Providence a daigné ajouter une consolation de choix, par l’élévation au sacerdoce et le retour parmi nous d’un élève ecclésiastique qui suivait les cours du Collège Urbain depuis le mois de novembre 1905. Qu’il nous soit permis d’offrir l’hommage de notre profonde gratitude à S. E. le Cardinal Préfet de la Propagande qui a daigné suppléer à notre insuffisance matérielle et pourvoir à toutes les dépenses de voyages et de séjour. Nous partageons, avec notre jeune prêtre, la reconnaissance qu’il doit à Mgr Bonzano, Supérieur du Collège, et à ses professeurs émérites.
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« S’il y a quelqu’un dont la vie soit remplie de déceptions, écrit M. Jacquet, chargé du « poste de Sendai, c’est bien, me semble-t-il, le missionnaire du Japon. Quelle belle moisson « de baptêmes ne va-t-il pas faire pendant l’année ! Et, arrivé à la fin, il fait le compte et il est « obligé de se contenter de quelques unités. Il est parfois réduit à se demander si vraiment il « arrive à quelque résultat. Oui, malgré tous les déboires, le bien se fait, lentement, il est vrai, « mais avec constance... »
« Nos deux écoles primaires, ajoute-t-il, celle de Sendai et celle de Nanukanohava, « continuent leur marche régulière...
« L’école des Sœurs reste florissante. Elle est une des mieux notées de tout le « département. La construction d’un nouveau corps de bâtiment s’impose, afin de recevoir un « plus grand nombre d’élèves. »
« M. Ch. Cesselin écrit de son côté : « L’événement important du présent exercice a été la « bénédiction de la chapelle de Saint-Michel de Kesen-numa. La ville entière a pris part à « notre grande et mémorable fête. Au nom de la chrétienté de Kesen-numa, je suis heureux de « rendre hommage au zèle infatigable de M. le Vicaire Général, le bon M. Jacquet, qui a « versé longtemps sur les âmes choisies de ce district les trésors de son apostolique et « toujours juvénile ardeur...
« Dans les familles éloignées de ma résidence, de nombreux enfants sont privés d’instruction religieuse ; les parents ont le grand tort de ne pas s’en occuper. Pour remédier à ce triste état de choses, il faudrait multiplier les bons catéchistes qui ont plus facilement accès dans les maisons païennes. »
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« ... La fête du 15 août a été pour M. Corgier l’heureux couronnement, de ses travaux de l’année. Ses exhortations et ses démarches avaient réussi à grouper chez lui, à l’occasion des vacances, les enfants des familles chrétiennes dispersées sur le territoire de son district. Une Mission les a préparés à la première communion et à la confirmation.
« A la même époque, on creusait les fondations de la future chapelle de Wakamatsu. Les offices, célébrés dans une chambre depuis l’époque, déjà éloignée, du zélé et vénéré M. Vigroux, seront désormais solennisés avec plus d’éclat et de dignité. Les plans de la nouvelle église ont été dessinés par M. Auger, qui surveille aussi les travaux. L’achèvement de l’édifice est prévu pour le commencement de l’hiver.
« M. Mathon constate un progrès spirituel sensible parmi ses chrétiens, qui s’approchent plus fréquemment de la sainte Table. Tout en s’occupant de quelques familles que la grâce semble toucher, il donne le meilleur de son temps à l’instruction religieuse d’une vingtaine d’enfants...
« Le cher M. Montagu a trouvé le moyen, par sa charité personnelle poussée jusqu’aux privations et par ses multiples démarches, de quadrupler le montant d’un secours qui lui avait été confié pour l’érection d’une petite chapelle. A lieu de l’humble oratoire attendu, c’est un petit monument qui remplace, à Hirosaki, le za-shiki datant des temps héroïques où notre cher doyen, M. Faurie, administrait à lui seul tout le territoire situé entre le 40e et 46e degré de latitude boréale, et où sont aujourd’hui quinze résidences...
« Le 3 mai 1910, un désastreux incendie réduisait en cendres Aomori et détruisait la Mission catholique. Moins de trois mois après, le cher M. Breton était atteint de la maladie qui le retient encore loin de nous. Au moment où il s’alitait, M. Faurie revenait de son expédition scientifique de Hawaï, tout disposé à consacrer les revenus de ses collections de plantes au relèvement d’Aomori, de son vieil Aomori...
« L’église, élégante et solide, est terminée et sera livrée au culte dès que la nouvelle résidence du missionnaire sera habitable.
« Ce sera, sans doute, pour 1912, et, ainsi, l’inauguration de la nouvelle Mission d’Aomori coïncidera avec le cinquantenaire de la canonisation des XXVI Martyrs du Japon.
« De la petite chrétienté de Sambongi, où s’exerce le zèle de M. Biannic, il est permis de dire, comme de Bethléem : Nequaquam minima es ! Elle présente, en effet, l’édifiant spectacle de plusieurs âmes adonnées à la pratique de la perfection chrétienne. Leur ferveur se traduit par la communion quotidienne et par un genre de vie qui rappelle celui d’une communauté religieuse.
« Notre désir est d’établir une résidence à Hachinohe qui est la ville principale dans l’Est du département d’Aomori. Nos démarches n’ont pas encore abouti. La faveur désirée nous sera peut-être accordée en l’année jubilaire des XXVI Martyrs.
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« La profession de foi ingénue, toute spontanée, d’une petite chrétienne fréquentant l’école de la ville de Hakodaté, nous a fourni un curieux renseignement sur la mentalité de certains professeurs et employés relativement à l’usage de la liberté religieuse, qui est proclamée par l’article XXVIII de la Constitution, et admise dans la mesure où elle ne trouble pas l’ordre public.
« Un professeur d’une grande école primaire avertit un jour ses élèves que, le lendemain, tous devaient se rendre au temple shintoïste pour faire acte de religion, à l’occasion de la fête nationale et de l’évocation des âmes.
« — Sensei, cria tout à coup une petite voix enfantine, pour moi, je n’irai pas.
« — Pourquoi cela ? répondit le maître.
« — Sensei, je suis du Kyô-Kai, et, au Kyô-Kai, « on n’adore que le Souverain Maître du Ciel.
« — Ah ! sô desu-ka ? C’est bien. Je verrai ce que « j’ai à faire. »
« La fête passée, à la reprise des cours, le professeur, d’un ton mystérieux, dit aux élèves réunis : « Que tous ceux qui sont de la Religion de Jésus se lèvent ! » D’un seul mouvement, les enfants des protestants, des schismatiques russes, des catholiques, se levèrent. Le pédagogue ne s’attendait pas à en voir un si grand nombre : il fit semblant de les noter et tout se termina par un énigmatique « Cela suffit ».
« S’imagina-t-il que la patrie était en danger ? Le fait est que, d’accord avec le Directeur de l’école et ses collègues, influencés, sans doute, par le vote des conférenciers de Tôkiô qui avaient émis le vœu de remettre en honneur le shintoïsme pour développer l’esprit de fidélité à l’Empereur, il fut décidé qu’on dénoncerait au chef de la police de Hakodaté les élèves venant de la maison des Religieuses. L’accusation portait que ces élèves se faisaient remarquer par leur absence, lorsqu’il y avait lecture du Rescrit impérial et acte d’hommage à Sa Majesté.
« La police de Hakodaté est renommée, dans toute notre région du Nord, pour son zèle contre tout ce qui est suspect, ou pourrait l’être. Elle n’eut qu’à obéir à son inclination naturelle et transmit l’accusation, telle quelle, au Ministère de l’Intérieur, sans prendre la peine de vérifier si les griefs étaient le fait d’une pratique régulière ou d’un cas isolé.
« L’affaire vint à notre connaissance plusieurs mois plus tard, quand nous nous trouvâmes en présence d’un simulacre d’enquête, menée d’ailleurs avec autant de sympathie que de tact, ce qui nous prouva que le personnel du Ministère de l’Intérieur n’avait pas été fortement ému par l’accusation.
« La femme d’un agent politique avait été députée à cet effet ; elle était catholique, douée d’une intelligence et d’une énergie qui l’ont déjà rendue célèbre dans tout le Japon. Elle n’eut pas de peine à se convaincre que les Sœurs et leurs élèves rendaient à Sa Majesté et au Rescrit tout le respect dû à l’autorité impériale. Elle constata que, une seule fois, le 3 novembre 1910, les plus jeunes élèves avaient été retenues à la maison à cause d’une tempête qui faisait rage au dehors.
« Professeurs et agents de police exprimèrent leurs regrets et firent leurs excuses à cette dame, en l’assurant que l’incident était clos. Ainsi tous les nuages furent dissipés.
« Un journal de Hakodaté se fit l’avocat de la fillette qui n’avait pas craint d’affirmer sa foi : ex ore infantium perfecisti laudem !
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« Le pieux et zélé sous-Prieur des RR. Pères Trappistes, qui exerce l’apostolat auprès des familles établies sur la propriété du Monastère, de Notre-Dame du Phare et dans les environs, « a augmenté son troupeau de dix unités. « Suivant le désir de Notre Saint-Père le Pape, écrit-« il, et en nous conformant aux instructions de Votre Grandeur, nous avons poussé nos « chrétiens à la pratique de la communion hebdomadaire. Un grand nombre d’entre eux se font « un bonheur d’approcher de la sainte Table tous les dimanches. Nos enfants de l’orphelinat « communient presque tous les jours. Aussi, cette année, le nombre des communions de « dévotion a-t-il augmenté de près de 2.000. Nous espérons, l’année prochaine, offrir au Père « de famille une plus belle gerbe et atteindre chiffre de 12.000. »
« Une belle fête a marqué l’inauguration d’une grotte monumentale de Notre-Dame de Lourdes. Le lendemain, 11 mai, le R. Père Prieur célébrait les noces d’argent de son sacerdoce, entouré de l’affection et du filial respect de tous ses Religieux.
« Les RR. Pères Franciscains ont un personnel de 17 Religieux (11 prêtres et 6 Frères). La maison centrale, où réside le R. Père Supérieur est à Sapporo, capitale de la grande île du Nord. Des résidences ont été établies dans la ville de Muroran et dans un faubourg de Hakodaté. Deux autres fondations sont en voie de construction, l’une dans la nouvelle ville de Kutchan et l’autre en pays Aïno, dans le village de Shiraoï, qui renferme un groupe de 50 maisons de sauvages : c’est, dit-on, le plus important de la tribu. Nos dévoués auxiliaires y reprennent l’œuvre des Aïnos, interrompue depuis le départ du regretté M. Rousseau.
« Ils nous ont été aussi, cette année, d’un précieux secours pour l’administration de la partie annexée du Saghalien. M. Cornier se trouvant empêché par la construction de la chapelle d’Otaru, un Père, d’origine polonaise, a été envoyé dans le territoire annexé ; il a pu se rendre un compte exact de la situation de ses compatriotes exilés.
« Sous la direction active et intelligente du R. Père Supérieur, de nouveaux établissements se fondent avec rapidité et d’une manière régulière. Grâce à son efficace coopération, les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie viennent d’ouvrir un grand hôpital dans un faubourg de Sapporo. Notre Confrère, M. Lafon, qui leur est tout dévoué, avait préparé les voies, en trouvant, au prix de grandes peines, un magnifique terrain qui mesure deux hectares et demi.
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« La visite pastorale faite à Sapporo, où travaillent de concert MM. Lafon et Anchen, et à Asahigawa, résidence de MM. Hutt et Auger, a permis de constater qu’il y a progrès constant dans ces chrétientés. A Sapporo, en particulier, la ferveur des chrétiens s’affirme par l’assistance quotidienne à la messe, par le nombre des communions, par la fidélité au catéchisme, et par les généreuses offrandes des fidèles.
« M. Cornier fait remarquer que la population d’Otaru est instable et que les chrétiens émigrent facilement. Il a, du moins, la joie de constater qu’ils restent fidèles à leurs devoirs religieux dans les nouveaux centres où ils se transportent. Il a enregistré 3 baptêmes d’adultes et 36 d’enfants de païens.
« Grâce à la charité de généreux bienfaiteurs, ajoute ce Confrère, la ville d’Otaru a enfin « son église, dédiée au Sacré Cœur. Placée sur une éminence, à l’extrémité d’une avenue, elle « est une prédication continuelle. Que le Cœur Sacré du Sauveur veuille bien étendre son « règne d’amour sur cette grande ville, jusqu’ici exclusivement adonnée au lucre et aux « affaires matérielles. »
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