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Rapport annuel des évêques

Année: 1912
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Combaz

II. — Nagasaki

Population catholique 48.891
Baptêmes d’adultes 528
Baptêmes d’enfants de païens 736
Conversions d’hérétiques 6
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Le 8 septembre 1912, dans l’église N.-D.- des-Martyrs de Nagasaki, Mgr Mutel conférait la consécration épiscopale au successeur de Mgr Cousin. Tous les Missionnaires et la plupart des prêtres japonais du diocèse s’étaient réunis, à cette occasion, autour de Mgr Combaz, heureux d’affirmer à l’égard de leur nouveau Pasteur leurs sentiments de vénération respectueuse et d’inébranlable attachement. La cérémonie fut grandiose : un immense concours de fidèles se pressait à l’intérieur et aux abords de l’église. Tous ont gardé de cette journée un agréable souvenir.
« En commençant ce compte rendu, écrit Mgr Combaz, ma pensée se porte naturellement sur Mgr Cousin, que nous avons eu la douleur de perdre au mois de septembre 1911. Si le diocèse a perdu un évêque pieux, zélé, prudent et habile, j’ai perdu un père bien-aimé, que je n’avais jamais quitté depuis mon arrivée en mission. Longtemps, espérant contre toute espérance, jamais à croire que Dieu n’exigerait pas de nous ce nouveau sacrifice et ne nous priverait pas aussi rapidement de Mgr Bonne et de Mgr Cousin. Les voies de la divine Providence sont impénétrables : que de deuils accumulés dans notre chère Mission de Nagasaki !
« Je ne m’étendrai pas sur la signification et les conséquences du fameux Congrès des Religions tenu à Tokyo, le 25 février 1912, sous la présidence du Vice-ministre de l’Intérieur, M. Tokonami. C’était un appel officiel fait au bouddhisme, au shintoïsme et au catholicisme, pour les amener à travailler de concert au relèvement moral du pays. Le Gouvernement, affolé par la découverte d’un complot anarchiste contre la vie de l’Empereur, a enfin compris qu’à l’instruction devait se joindre la religion. Le résultat pratique et immédiat de cet appel officiel, pour le diocèse de Nagasaki, éloigné du foyer des lumières, a été que beaucoup de gens du peuple en sont venus à penser que la Religion du Christ n’est point à mépriser, puisque, dans la classe dirigeante, elle est mise sur le même pied que les autres cultes du Japon : ainsi tombent une foule de préjugés.
« Les pauvres chrétiens de nos îles et les Missionnaires qui en sont chargés, ont tout d’abord éprouvé quelques craintes à propos des funérailles de l’Empereur. Les maîtres des écoles primaires de nos campagnes, redoutés de nos paysans, voulaient, par suite d’un zèle excessif, conduire tous les enfants chrétiens, au « Miya », pour y faire des offrandes aux Mânes de l’Empereur ; devant les objections des parents éclairés par les missionnaires, forts de l’appui du Rescrit impérial qui accorde à chacun le libre exercice de sa religion, on n’a pas insisté et tout s’est bien passé. Dans le diocèse, comme dans tout l’Empire, les catholiques, pour prendre part au deuil public et montrer leurs respectueuses sympathies envers la Maison Impériale, ont fait à l’église des prières pour rendre grâce à Dieu de ce que l’Empereur défunt avait daigné retirer les décrets prohibant la religion chrétienne, et rendre la liberté aux chrétiens exilés pour la foi, et aussi pour attirer sur l’Empire et le nouvel Empereur les bénédictions célestes.
« J’aurais été heureux d’avoir, pour le présent exercice, des résultats magnifiques à présenter, ou, au moins, de brillantes espérances à laisser entrevoir. Hélas ! la moisson des âmes n’a pas été plus riche que la moisson des champs ; partout la disette s’est fait sentir. Je n’ai à offrir qu’un total de 2.843 baptêmes pour toute l’année.
« Dans maints endroits, nos chrétiens, pressés par la misère, ont quitté leurs villages pour aller s’établir en Corée. Une colonie de 80 personnes, comprenant les femmes et les enfants, a quitté la chrétienté d’Imamura pour aller au Brésil.
« Tous mes Confrères, avec la grâce de Dieu, ont travaillé de leur mieux et peuvent se rendre le témoignage d’avoir rempli leur devoir, malgré les faibles ressources dont ils disposaient ; plusieurs même ont multiplié leurs efforts pour remplacer ceux qui étaient tombés sur la brèche, appelés à recevoir la récompense promise aux fidèles serviteurs. Partout, les Missionnaires se sont préoccupés, suivant les instructions du Souverain Pontife, et dans la mesure du possible, de hâter la première communion des enfants et d’établir la communion fréquente. Le chiffre des confessions répétées, 65.925, et celui des communions de dévotion, 186.018, sont éloquents par eux-mêmes.
« Le travail d’évangélisation ressemble beaucoup à celui des années précédentes », m’écrivent la plupart des Confrères. De partout, surtout des vieilles chrétientés, part le même cri de détresse : il faut trouver le moyen d’avoir des catéchistes plus instruits, sinon la génération qui se prépare va nous échapper. Mgr Cousin écrivait : « Dans un pays où toute la « jeunesse fréquente les écoles et en sort avec la suffisance et l’habitude de discuter sur tout, il « est nécessaire de donner aux catéchistes une instruction de beaucoup supérieure à celle « qu’ils recevaient autrefois. Les districts doivent donc avoir leurs écoles, où ils puissent être « formés. » Aux Goto, chez M. Pélu, on a mis la main à l’œuvre et les résultats sont satisfaisants. M. Matrat, à Hirado, veut aussi commencer à mettre à exécution le rêve qu’il caresse depuis longtemps, s’il continue à être secondé par ses bienfaiteurs. La question pécuniaire est toujours le grand obstacle.

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« Passons maintenant en revue les différentes chrétientés. Pans les îles lointaines d’Oshima, qui eurent M. Ferrié pour premier apôtre, et où l’on compte actuellement 3.354 néophytes sous la direction de quatre missionnaires et trois prêtres japonais, la population est toujours bien disposée. Il y a eu, il est vrai, moins de conversions que d’habitude. La raison en est que les confrères se sont appliqués surtout à instruire leurs nouveaux chrétiens, à les préparer à la première confession, à la première communion, ou à la confirmation, et à les former à la pratique de la vie chrétienne. Immense est la somme de travail, de patience et de zèle, nécessaires pour remplir ce devoir si important, d’où dépend la persévérance de toute la chrétienté.
« M. Bonnet se loue de la docilité et de la ferveur de ses néophytes. « Je n’ai pas passé une « semaine, écrit-il, sans visiter mes 4 postes. Si, parfois, le corps n’est pas à son aise, par « contre, le cœur est dans la jubilation. »
« M. Halbout, tout en s’occupant de sa besogne ordinaire, a fait de pénibles voyages pour surveiller les réparations de plusieurs églises que le typhon ou les fourmis blanches avaient endommagées. Tous les Missionnaires d’Oshima sont heureux de posséder au milieu d’eux un confrère toujours prêt à rendre service et versé dans l’art des constructions.
« Dans quelques postes, la lutte pour l’existence s’oppose à la réception fréquente des sacrements et à l’assistance assidue à la messe du dimanche. A Naze, l’observation de ce précepte est bien gardée. « Tous, écrit M. Fressenon, tiennent à montrer qu’ils sont heureux et « fiers d’être chrétiens. » Ce Confrère et ses chrétiens soupirent après le retour de M. Ferrié, pour qu’il puisse terminer l’église, bien ébranlée par le tremblement de terre et des typhons successifs. Il nous cite un cas de conversion qui fait toucher du doigt l’action providentielle de Dieu sur les âmes.
« M. Wada Sukegoro, marié, père d’une nombreuse famille, est professeur à l’Ecole « spéciale d’agriculture de Naze. Esprit droit, il avait été attiré, depuis plusieurs années déjà, « par la simplicité et la beauté de notre religion. Convaincu, enfin, qu’elle était la seule voie « de salut, il résolut de se faire chrétien avec toute sa famille. Mais il avait compté sans sa « femme, une païenne endurcie. Aux premiers mots d’un tel projet, elle menaça de quitter la « maison, si seulement son mari retournait à la Mission. Malgré les graves conséquences que « pouvaient avoir ces menaces, le courageux catéchumène ne s’émut pas outre mesure. Par « d’habiles stratagèmes, il put, à l’insu de sa femme, continuer à venir au presbytère et « compléter son instruction. Un jour, il laissa volontairement, bien ouvert sur son petit bureau, « un livre où était écrit le martyre des chrétiens japonais. A son retour, il fut surpris « d’entendre sa femme lui demander de lire, chaque soir, quelques-uns des beaux traits « racontés dans le livre. Le cœur plein de joie, il n’eut rien de plus pressé que de venir rendre « grâce aux saints Martyrs, dont l’intervention avait changé le cœur de sa femme. Elle ne « tarda pas à se faire instruire et, aujourd’hui, toute la famille est chrétienne. »
« Si maintenant nous prenons congé des chrétiens d’Oshima et de leurs zélés pasteurs, pour revenir sur le continent, nous abordons Kagoshima, le premier endroit évangélisé par saint François-Xavier. On y voit aujourd’hui une jolie chapelle, élevée en l’honneur de l’Apôtre du Japon par les soins de M. Raguet. Tout en conservant l’administration de Sendai, son ancien poste, M. Cavaignac y déploie son zèle et son activité. Il a succédé à M. Raguet qui a été appelé à administrer l’importante chrétienté d’Urakami, éprouvée par la mort soudaine du regretté M. Fraineau.
« Pour mettre plus de cohésion entre les catholiques, M. Cavaignac a établi trois petites associations, une pour les enfants, une pour les hommes et une autre pour les mères chrétiennes. Il a pu maintenir, à Sendai, l’école du dimanche et le Patronage des jeunes lycéens, et conserver l’influence déjà acquise. Invité à faire à Kagoshima une conférence sur la morale, devant les professeurs et les élèves du Lycée supérieur, il a su se faire applaudir à maintes reprises. Il a comme assistant M. Martin, toujours plein d’entrain et de bonne humeur.
« Dans la Préfecture de Miyazaki, M. Joly, seul, sans ressources, sans catéchiste, doit lutter contre une légion d’adversaires actifs et bien servis par l’argent. Mettant sa confiance dans Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie, il tient bon sur la brèche, et travaille sans relâche à augmenter son petit troupeau, qui ne lui donne que des consolations par sa régularité à assister à tous les exercices de la paroisse.
« En montant toujours vers le Nord, nous arrivons chez M. Brenguier, chargé de l’immense district du Bunga et de Nakatsu dans le Buzen. La population chrétienne, assez dispersée, est de 102 âmes seulement. En parcourant son vaste champ d’action, M.Brenguier a rencontré çà et là de douces consolations, telle, par exemple, celle que lui procura un brave homme de 40 ans qui se savait à peine chrétien et qui pleurait de joie en revoyant un missionnaire après 25 ans d’abandon. Un autre fut retrouvé, par hasard, après 18 ans d’égarement, le soir même du jour où le médecin le déclarait perdu. Une femme n’avait pas pu recevoir les sacrements depuis 9 ans, et n’avait pas omis un seul jour la récitation de son chapelet. M. Brenguier a repris l’idée de bâtir une petite église à Oita.
« Dans le district de Kokura-Moji, M. Bertrand a pu glaner 15 baptêmes. Cette région est l’une des plus commerçantes et des plus industrielles du Japon. Outre les mines de charbon, on y voit une foule d’usines appartenant à des particuliers ou au Gouvernement. C’est le rendez-vous de nombreux ouvriers, trop affairés pour s’occuper de religion. Les quelques chrétiens que la nécessité oblige à travailler dans ces usines, ne peuvent que rarement observer le dimanche.
« M. Bertrand a pu construire à Moji, entrepôt de tout le commerce entre le Japon, la Corée et la Mandchourie, une chapelle, un logement pour le gardien, et une chambre pour le missionnaire, le tout magnifiquement situé, avec vue sur la rade. Dans ses moments de loisir, il enseigne le français aux officiers de la garnison.
« M. Bœhrer a vu sa petite chrétienté de Fukuoka encore diminuée par l’émigration. Mais il est heureux de constater que son pusillus grex est fidèle à assister aux offices et à fréquenter la sainte Table. Il a établi la communion fréquente et a pu enregistrer, sur 44 communions pascales, 2.198 communions de dévotion. Cette ferveur des chrétiens et l’intercession de N.-D. des Victoires, patronne de cette belle église, attireront, nous aimons à l’espérer, les bénédictions célestes sur ce district.
« A Kurume, près de Fukuoka, M. Sauret a régénéré 27 adultes et 29 enfants de païens. Il est activement secondé par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, qui ont un dispensaire et ont commencé un hôpital. Il s’est surtout occupé du poste d’Omuta, où il a pu se procurer un terrain et construire une habitation pour le catéchiste. Un capitaine de l’armée japonaise, retraité avec 1.000 yen par an, lui a été d’un précieux secours. Baptisé à Tokyo, il y a une quinzaine d’années, il avait tout oublié ; mais rencontrant un jour M. Sauret, il lui promit de s’instruire sérieusement et d’engager sa famille à se convertir, si le Père voulait bien s’occuper d’Omuta. Ce bon capitaine a tenu parole. Il a fait baptiser sa femme et ses enfants et offre ses services gratis.
« A l’Est de Kurume, se trouve, noyée au milieu des païens, la chrétienté d’Imamura, avec ses 2.070 chrétiens. Quelques familles, métayères de riches païens, espérant trouver un sort plus doux, ont émigré, soit en Corée, soit même au Brésil. C’est le P. Honda, actuellement doyen du Clergé japonais, qui est chef du district. Ce prêtre, intelligent, zélé, animé du meilleur esprit et d’un jugement droit, est en train de construire une église plus vaste. Nous avons célébré, à la dernière retraite, ses noces d’argent et celles de deux de ses compagnons. Ils furent, avec deux autres déjà morts, les premiers prêtres ordonnés par Mgr Cousin et formés par Mgr Bonne. Les trois survivants furent, dans leur jeunesse, confesseurs de la foi ; que Dieu nous les conserve encore longtemps !
« A l’Ouest de Kurume se trouve la résidence de Saga, avec les résidences secondaires de Ogi et Karatsu, où le P. Yamaguchi, malgré une chétive santé, se dépense à visiter ses postes : 30 baptêmes ont couronné ses labeurs.

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« Saluons, maintenant, le grand district de Higo, fondé en 1889 par M. Corre. Il comprenait quatre chrétientés : Kumamoto, Biwazaki, Yatsushiro et Hitoyoshi, toutes sous sa haute administration. Les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie y ont deux établissements, l’un à Biwazaki, avec une léproserie, un dispensaire et un orphelinat ; l’autre à Hitoyoshi, avec un dispensaire. Les Sœurs : du Saint-Enfant-Jésus de Chauffailles habitent la ville de Kumamoto et dirigent une école supérieure de filles avec 133 élèves, dont 52 sont pensionnaires, un hôpital, un dispensaire, un orphelinat et un ouvroir. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont, à Yatsushiro, une école, un hôpital et un orphelinat. Chacune de ces communautés, grâce à une fondation de M. Corre, entretient une œuvre de catéchistes avec catéchuménat. Toutes ces œuvres de bienfaisance sont hautement estimées par les autorités et reçoivent même un petit subside du gouvernement.
« Aujourd’hui, chaque poste est devenu indépendant. L’ancien vicaire de M. Corre, le P. Fukahori, reste chargé, par les dernières volontés de son regretté curé, de continuer les quêtes et de subvenir aux besoins des œuvres déjà existantes. Outre son ministère ordinaire, il va, deux fois par mois, donner des conférences dans une léproserie établie à trois lieues de Kumamoto par le gouvernement, et où sont hospitalisés 200 lépreux. Ses conférences sont très goûtées par ces pauvres déshérités. Les quatre postes donnent une population chrétienne de 700 personnes ; ils ont fourni 130 baptêmes d’adultes.
« De cette même Préfecture de Kumamoto dépend l’île d’Amakusa, avec 1.061 chrétiens. Elle est administrée par M. Garnier, qui, chaque année, peut ajouter à sa gerbe quelques épis.
« Les vieilles chrétientés des Goto, sous la main ferme de leur infatigable pasteur, M. Pélu, toujours alerte malgré ses 64 ans, continuent à prospérer et à être un sujet de consolation par leur foi et la pratique sérieuse de leurs devoirs religieux. Aidé de deux Missionnaires et de six prêtres japonais, il a enregistré, outre 519 baptêmes d’enfants de chrétiens, le chiffre de 48 baptêmes d’adultes et de 15 d’enfants de païens. Les 14.173 chrétiens du district, disséminés en un grand nombre d’îles, ne permettent pas aux prêtres chargés du ministère de consacrer à la conversion des païens tout le temps qu’ils désireraient. Les Pères ne peuvent assumer seuls la charge complète de l’instruction et ne sont secondés que bien insuffisamment par les catéchistes, pleins de bonne volonté, il est vrai, mais pas assez instruits pour la génération actuelle. M. Pélu vient d’établir une école de catéchistes qui compte 16 élèves. Pendant cet été, une épidémie de dysenterie a sévi dans la partie du district qui est sous la direction immédiate du P. Ozaki ; il s’est fait tout à tous et a secouru chrétiens et païens.
« L’administration des 17 chrétientés du district de Hirado s’est faite régulièrement », écrit M. Matrat. Ce Confrère, aidé de MM. Breton et Bois et de deux prêtres Japonais, enregistre 15 baptêmes d’adultes et 22 d’enfants de païens. Il va terminer deux églises et il travaille à la construction d’une résidence et d’une école de catéchistes dans la ville même de Hirado, capitale de l’île du même nom. Dans le district existe déjà une petite communauté de vierges indigènes, les Amantes de la Croix. Plusieurs d’entre elles se dévouent à instruire les enfants et à visiter les malades ; les plus instruites s’adressent aux femmes païennes.
« Non loin de Hirado, se trouve l’île de Kuroshima, presque entièrement catholique (1.960 chrétiens). Elle est dans le deuil ; car elle vient de perdre son pasteur, le bon M. Marmand. Il a laissé pour perpétuer sa mémoire, outre le souvenir de ses vertus et de sa rare prudence, une magnifique église, la plus belle des nombreuses constructions qu’il a élevées en l’honneur du Divin Maître. M. Cartrel, qui était vicaire de M. Marmand, administre cette importante et intéressante paroisse ; toute l’île sera bientôt chrétienne.
« En face de Kuroshima, sur le continent, se trouve la Préfecture maritime de Sasebo, port militaire de premier ordre, construit sur les plans de M. Bertin, ingénieur des constructions navales. La population va sans cesse en augmentant et nombreux sont nos chrétiens, surtout parmi les jeunes gens, qui, séduits par des dehors trompeurs, se rendent à Sasebo dans l’espoir de gagner un peu d’argent, et n’y rencontrent que la misère physique et morale. Le poste compte 1.833 chrétiens.
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« Les missionnaires chargés des districts de Shitsu, Kurosaki, Iwojima, tout près de Nagasaki, font tous leurs efforts pour arrêter le flot qui entraîne la jeunesse vers les villes, ou sur les chalutiers qui commencent à se multiplier au Japon. Voici ce qu’écrit M. Durand, qui administre les îles situées à l’entrée du port de Nagasaki : « Plus de 500 de mes chrétiens, ne « pouvant trouver, dans leurs petites îles, ni de quoi payer leurs impôts, de plus en plus « exorbitants, ni de quoi vivre avec le maigre produit de leurs champs ou de leur pêche, et ne « voulant pas abandonner la vie plus aisée à laquelle ils se sont habitués depuis que le Japon a « été deux fois victorieux de ses adversaires, vont travailler au loin, mêlés aux païens, au « grand détriment de leurs âmes. Sans le zèle éclairé de mon cher vicaire, le P. Moriyama, les « huit paroisses de mon district, comptant 3.843 chrétiens, seraient devenues bien relâchées. »
« Chez M. Raguet, successeur du regretté M. Fraineau à Urakami, les émigrants sont nombreux. Là aussi se fait sentir le besoin de catéchistes plus jeunes et plus instruits. Pour obtenir ce résultat, M. Raguet travaille à composer un catéchisme plus développé à l’usage des catéchistes.
« Ce Confrère, doué d’une grande résistance à la fatigue, mène de front des œuvres nombreuses. Avec l’aide de deux vicaires , il administre une paroisse de 6.700 chrétiens. Tous les fidèles ont eu, au moins deux fois, l’occasion de s’approcher des sacrements, et la jeunesse des deux sexes, beaucoup plus souvent. Il a le souci d’une immense église à terminer dont il s’occupe courageusement. Il nous a déjà donné un très bon dictionnaire français-japonais et une excellente traduction de tout le Nouveau Testament.
« A Nagasaki, nous trouvons deux paroisses japonaises, d’environ 500 chrétiens chacune, ayant à leur tête deux prêtres japonais. Le saint ministère s’y exerce régulièrement. Chaque mois, deux conférences sont données, le soir, dans chaque poste, sur la Religion ; elles sont bien suivies. Grâce au zèle et aux pieuses industries du P. Urakawa, les paroissiens de l’église d’Oura, ou de la cathédrale, sont de plus en plus fervents. Dans ses moments de loisir, le Père fait de très bons livres, pratiques, à la portée des chrétiens ordinaires ; ils sont très goûtés : tels, par exemple, La Journée du Chrétien, les Visites du Saint-Sacrement, la Méditation sur les Sept Douleurs, etc.
« Le vénéré M. Salmon, vicaire général, est curé de la paroisse européenne et aumônier des Religieuses. Le jour de l’Assomption, il a eu le plaisir, rare au Japon, de donner le baptême à trois Chinois.
« Les Religieuses de Nagasaki ont compté 235 élèves japonaises dans leur école. Leur inlassable dévouement aux œuvres d’éducation et de bienfaisance, leur invincible amour de Dieu et des âmes, leur donnent, à toutes, le courage de remplir saintement leur tâche.
« Les dévoués Frères Marianistes ont droit à nos éloges et à nos remerciements. Au Collège, le nombre des élèves a un peu diminué : le prix exorbitant des denrées a obligé quelques pères de famille à retirer leurs enfants.
« L’Ecole apostolique d’Urakami est en progrès et attire de plus en plus l’attention et le concours des missionnaires ; 36 jeunes chrétiens y mènent une vie de piété et de travail. Comme elle n’est encore qu’à ses débuts, l’Ecole n’a pu, jusqu’à présent, mettre à l’œuvre ses futurs ouvriers apostoliques ; mais s’il est permis de juger des résultats par les apparences actuelles, les sacrifices de ses généreux bienfaiteurs n’auront vraiment pas été faits en vain.
« Le Séminaire continue sa marche régulière. M. Thiry est chargé du cours de Sciences et M. Drouet enseigne le latin aux plus jeunes. Puissent-ils nous donner beaucoup de saints et laborieux ouvriers ! »


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