| Année: |
1913 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Osaka |
| Rédacteur: | Mgr Chatron |
III. — Osaka
Population catholique 4.019
Baptêmes d’adultes 397
Baptêmes d’enfants de païens 940
Conversions d’hérétiques 4
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« Durant l’exercice 1912-1913, écrit Mgr Chatron, les missionnaires ont travaillé avec zèle et persévérance à cultiver la vigne qui leur est confiée. Ils ont donné de nombreuses conférences dans leurs districts, et ces réunions ont attiré une foule d’auditeurs. Dans ces circonstances, les orateurs sont écoutés partout avec attention et sympathie ; et l’assistance ne leur ménage pas ses applaudissements.
« Les confrères ont aussi distribué de nombreuses brochures, destinées à faire connaître la doctrine catholique et à réfuter les calomnies répandues contre elle. Déjà bien des préjugés tendent à disparaître et un certain nombre de Japonais disent à qui veut l’entendre, que le catholique est honnête, « chaste et consciencieux. Parfois j’ai entendu tenir ce propos. « De « toutes les religions prêchées au Japon, je n’en vois qu’une qui soit sérieuse, le « catholicisme ; et si jamais j’en adopte une, ce sera sûrement celle-là. »
« Néanmoins, il faut bien l’avouer, la masse du peuple nous reste hostile. On rencontre ça et là des hommes instruits, qui ne cachent pas leur admiration pour le dogme et la morale du christianisme ; « mais qui s’empressent d’ajouter : « Cela peut être bon pour l’Europe, mais « cela ne cadre pas avec « notre mentalité ; il faudrait trouver moyen de « japoniser » ce « dogme et cette morale, et de les « accommoder à nos us et coutumes. »
« Nous rencontrons aussi des obstacles d’un genre plus spécial, qui nous créent une foule de difficultés ; ce sont : l’enrôlement des familles par secte, avec promesse de ne pas embrasser le christianisme sous peine d’être mis en quarantaine ; les superstitions traditionnelles, qui doivent se faire à certains jours, sous peine de ne pas réussir dans les affaires, les mariages et les entreprises ; la coopération à l’entretien des temples et des pagodes, sous peine d’être chassé du village ; et, par-dessus tout, la gêne qu’il faut s’imposer pour observer les commandements de Dieu et de l’Eglise... Tout cela est de nature à entraver les conversions ; et il faut vraiment du courage à un païen pour se dire chrétien et entrer résolument dans la voie qui mène au ciel. La grâce divine, qui a produit tant de merveilles ailleurs, en produira de semblables au Japon, nous en avons la confiance ; et c’est cet espoir qui donne aux missionnaires la force de prêcher, de semer, de travailler avec une inlassable persévérance : Deus incrementum dabit. A Osaka, comme dans les autres diocèses du Japon, chacun fait son possible. Le succès ne vient pas souvent couronner nos efforts ; mais la bonne providence nous ménage, chaque année, des consolations qui soutiennent notre zèle et nous dédommagent largement des peines que nous nous donnons. il suffit de parcourir les rapports des missionnaires pour s’en convaincre. »
Nous les avons lus, ces rapports de nos chers confrères d’Osaka ; les faits édifiants y abondent, et nous voudrions pouvoir les citer tous ; mais nous sommes obligés de nous borner à en reproduire quelques-uns. Ils prouveront qu’il se fait de bonne besogne à Osaka, que les élus de Dieu n’y sont pas rares et que ces âmes de néophytes sont parfois bien belles.
« Cette année, raconte M. Luneau, vicaire général, chargé du district de Kawaguchi, j’ai « admis au catéchuménat une famille de dix personnes, dont huit ont déjà reçu le baptême. « Cette famille, originaire de la province de Kishu, fut chargée de la garde d’un « chrétien déporté de Nagasaki, qui se nommait Kyusuke et dont la conduite était « absolument exemplaire. Degrand matin, il récitait ses prières et son chapelet ; puis, il « faisait consciencieusement tout le travail qui lui était imposé pour sa subsistance. Quoi qu’il « eût à souffrir, il ne s’impatientait jamais ; c’était un vrai modèle de douceur. Un jour, pour « éprouver sa foi, des païens lui disent qu’on va le faire mourir, s’il ne renonce au « christianisme ; Kyusuke se déclare prêt à mourir, et son courage est admiré de tous, « même de ses persécuteurs.
« Kawashima, le chef de notre nouvelle famille chrétienne, et sa femme étaient jeunes « alors ; ils virent et connurent intimement le confesseur de la foi, et sa conduite « irréprochable fit sur eux une impression profonde. Ils n’oublièrent jamais Kyusuke. « Kawashima entendit prêcher la religion catholique à Wakayama et à Kishiwada ; mais c’est « cette année seulement qu’il est arrivé à la grâce de la conversion. A Osaka, où il habitait « depuis 4 ans, il ne manquait pas de faire un salut, quand il passait devant notre église de « Kawaguchi, il y entrait même quelquefois pour prier.
« Cependant son fils aîné s’était laissé enrôler dans l’Armée du Salut, où il se distingua par sa « ferveur et remplit l’office de trésorier. Or, un de nos livres de religion lui étant tombé sous la main, il « le lut et communiqua ses impressions à son père. Tout cela, joint au souvenir du chrétien persécuté « de Nagasaki, décida la famille entière à se convertir. La résolution en fut prise d’un commun accord, « et, peu après, mise à exécution.
« Quand je vois Kawashima et son fils prier avec une piété si vive à l’église, et recevoir les « sacrements avec tant de foi, ma pensée se reporte à Kyusuke, le généreux confesseur de la foi. »
« Il y a dix-huit mois, dit M. Puissant, titulaire de Kishiwada, deux petits païens des « environs ont osé se présenter, bien timidement, je vous assure, à la mission. Leur but était « de voir ce qu’était l’européen qui habitait là. Ils avaient grand’peur, mais on fit vite « connaissance ; et, au bout de quelques jours, quand ils eurent compris que je leur « portais beaucoup d’intérêt, ils amenèrent plusieurs de leurs camarades. Pendant un certain « temps, je les laissai s’amuser tout à leur aise ; puis peu à peu on causa, la question religieuse « vint sur le tapis. Je leur donnai un petit livre contenant les principales prières qu’ils « apprirent par cœur. Ils se mirent ensuite à l’étude du catéchisme. Le nombre de mes élèves « s’éleva bientôt jusqu’à 15 ; mais, comme il fallait s’y attendre, il y eut du déchet. « Néanmoins, il en reste une dizaine qui viennent à la mission régulièrement, chaque après-« midi, à la sortie de l’école. A l’arrivée, chacun se lave les pieds avant d’entrer à la chapelle « pour y prier quelques instants. Il faut les voir, l’un après l’autre, faire le signe de la croix, « faire la génuflexion, se mettre à genoux, se recueillir devant Dieu et réciter leur petite « formule à voix basse. On les prendrait pour des enfants chrétiens, et ce ne sont encore que « des païens. Une fois sorti de la chapelle, chaque enfant s’amuse et étudie comme il « l’entend ; je me tiens constamment à leur disposition pour faire réciter la leçon, qui consiste, « tous les jours, en un simple verset de catéchisme ou d’Ecriture Sainte. C’est peu sans doute ; « mais comme les gouttes d’eau font les rivières, avec ce système-là j’en ai six qui ont appris « et même répété plusieurs fois tout le catéchisme. Ils le savent à la perfection. Deux des plus « avancés apprennent maintenant le sermon sur la montagne, dont ils savent par cœur une « bonne partie, avec plusieurs autres passages des saints Evangiles. Chacun possède un carnet « sur lequel j’inscris une note pour le travail, une autre pour la conduite et enfin une note « pour l’assistance à la messe les dimanches ou même les jours ordinaires. La leçon une fois « apprise et convenablement récitée, les enfants s’amusent ensemble jusqu’à 5 heures. Alors, « pour entrer tous ensemble à la chapelle, ils se lavent les mains et les pieds, et on récite deux « dizaines de chapelet : la première pour les agonisants et les âmes du Purgatoire ; la seconde « pour obtenir la conversion du Japon et la grâce d’une bonne mort. La prière terminée, je « marque sur le carnet une note pour la conduite, et tout le monde s’en va souper. A peu près « chaque soir, vers 6 heures et demie, ils reviennent ; mais, cette fois-ci exclusivement pour « s’amuser jusqu’à 8 heures et demie. Grâce à l’installation du gaz, ils peuvent prendre leurs « ébats comme en plein jour ; et, si je les écoutais, ils s’amuseraient jusqu’à 9 heures et même « au delà. Le moment du départ venu, tout le monde vient se mettre à genoux au fond de la « chapelle sans monter sur les nattes : on récite en commun un Pater, trois Ave et l’acte de « contrition. Puis, bonsoir la compagnie...
« Je n’aurais jamais cru que mes petits païens persévérassent si longtemps ! Je ne pense « pas encore à les baptiser ; ce serait imprudent, à cause du milieu dans lequel ils vivent. Mais « la semence est jetée dans leur cœur ; elle germera plus tard, quand il plaira au bon Dieu. En « tout cas, je suis persuadé qu’un jour, ne serait-ce qu’au moment de la mort, mes élèves « auront au moins le baptême de désir qui leur ouvrira le paradis, ce qui est déjà énorme à « mon point de vue.
« De plus, n’est-il pas consolant de voir ce petit monde-là faire, chaque jour, ses prières « matin et soir, et réciter au moins deux dizaines de chapelet, sinon le chapelet tout entier ? « Six d’entre eux me répondent fort bien la messe à tour de rôle Pour des païens, en vérité, ce « n’est déjà pas mal !
« Ah ! pourquoi faut-il, s’écrie M. Aurientis, que l’étude de la langue française ne soit pas « plus répandue au Japon ! Le français est la langue catholique par excellence. Même les « livres rédigés par des incroyants sont imprégnés de catholicisme. Cette réflexion n’est pas « un coq-à-l’âne je veux dire que, dans mon cours de français au lycée, j’ai souvent besoin « d’expliquer le texte d’un auteur, Xavier de Maistre, par exemple. Or, les explications que je « donne ne sont autre chose que le développement d’une pensée religieuse. Et dans ces cas-là, « quand, afin d’être clair et intéressant, j’ouvre le casier de mon meilleur japonais pour dire à « mes élèves, par exemple, ce que c’est que le « signe de la « croix », toutes les têtes se « relèvent, tous les yeux se fixent sur moi. Il est clair que l’explication les « intéresse, « non seulement au point de vue scientifique », mais somme idée religieuse. Presque toute la « religion est ainsi expliquée à un auditoire intelligent, qu’ou aurait de la peine à réunir « ailleurs. Les mots de « Pâques » d’ « Ascension », de « Pentecôte », se trouvent dans « presque tous les livres. C’est là mon triomphe, et je bénis Dieu de me procurer ainsi « 1’occasion de prêcher la foi « opportune, importune ». Mes jeunes gens ne sont pas encore « fatigués par le poids du jour et « de la chaleur ; leur cerveau est malléable, Beaucoup ne « cachent pas leur étonnement de voir que « notre religion catholique n’est pas ce qu’ils « s’étaient figuré, et ils ont des velleités de se convertir. De ces velléités, il reste sur l’âme une « impression salutaire, qui se manifestera plus tard sous une forme ou sous une autre. »
« Le mois dernier, écrit M. Cettour, missionnaire de Yamaguchi, des raisons indépendantes « de ma volonté m’ont conduit à Koyasan, la citadelle quelque peu démantelée, mais encore « puissante et forte, de la secte bouddhiste du Shingon. Là, j’ai touché du doigt le progrès réel « qu’a fait l’idée chrétienne au Japon. Et ce n’est pas sans émotion, que j’ai constaté le besoin « non moins réel qu’éprouvent certaines âmes, profondément religieuses, d’une révélation, « d’un magistère infaillible, pour éclairer leurs doutes, apaiser leur conscience et appuyer leur « croyance. Je suis heureux de pouvoir affirmer qu’il existe des âmes sincèrement éprises de « vérité, des esprits droits, des cœurs sympathiques, dans un milieu que nous étions habitués à « regarder comme hostile. Et le jour où nous « pourrons entrer en relation avec ces bonzes, « nous serons surpris des bonnes dispositions d’un certain nombre d’entre eux .
« A mon retour de ce long et pénible voyage, j’avais juste le temps de préparer mon petit « troupeau à célébrer dignement l’Assomption de notre bonne Mère, la Vierge Marie. Deux « catéchumènes devaient recevoir le baptême et cinq néophytes faire leur première « communion. La fête réunit presque tous mes chrétiens, heureux de témoigner leur piété « filiale à Marie. La fête à peine terminée arrive une lettre de notre infatigable doyen M. « Villion qui me dit : « Bien cher Père, vous savez qu’à l’époque de la fête du « Bon », tout le « monde chôme à la campagne : c’est une occasion unique. Voulez-vous accepter de donner « avec mon catéchiste une semaine de conférences dans les principaux villages de mon « district ? Il fait chaud ; on cuira dans son jus ; mais c’est pour la gloire de Dieu et vous n’en « aurez que plus de mérite. »
« Ainsi présentée, l’invitation était agréée d’avance. Je pars donc, le 18 août, avant le jour ; « et le soir même, nous débutons à Jifuku, devant un auditoire de braves gens d’une admirable « simplicité. La salle est archicomble, et la sueur d’une journée de bicyclette sous un soleil de « canicule, est bientôt lavée par celle d’une soirée de travail fatigant, mais combien doux au « cœur du missionnaire ! Le 23, nous étions à Tsuwano, centre le plus important et station « terminus de notre programme. Le local pour la conférence est choisi, les sujets à traiter sont « affichés, et les invitations faites. L’après-midi est superbe et tout fait prévoir qu’il y aura « affluence de monde. Or, vers les 5 heures m’arrive un télégramme : « Rentrez au plus tôt ; « Seno mourant. » Seno est un de mes meilleurs chrétiens ; il s’est confessé et a communié à « l’Assomption : je puis être tranquille. Je recommande le cher malade à Marie, et nous « donnons notre conférence qui a un plein succès. A onze heures du soir, nous avons fini. A « minuit et demi, je célèbre la sainte messe ; et, à deux heures, je saute en bicyclette. A huit « heures du matin, j’ai franchi les 15 lieues qui me séparent de ma résidence, et je suis au « chevet du malade. Il est calme et a toute sa lucidité d’esprit. Mon arrivée lui donne cette « tranquillité d’esprit, que seule la présence du prêtre de Jésus-Christ peut inspirer aux « approches de la mort. Je me contente d’entendre sa confession et de lui donner l’extrême-« onction.
« Le lendemain et les jours suivants, il reçut la sainte communion avec des sentiments de « foi admirables. Il éprouvait beaucoup de joie à me sentir près de lui, à tenir ma main dans la « sienne. Il s’éteignit doucement le 3 septembre, à 1 heure du matin, en récitant avec moi les « prières des agonisants. L’enterrement eut lieu le 5. Une foule d’amis païens et toute la « communauté chrétienne eurent à cœur d’accompagner cet homme de bien jusqu’au « cimetière de la mission, où il repose en attendant la résurrection glorieuse. »
Mgr Chatron, à la fin de son compte rendu, expose l’état des œuvres :
« A la Sainte-Enfance, M. Marmonier est satisfait de la conduite des enfants et de leur application au travail. Beaucoup d’entre eux font la communion fréquente. Les plus jeunes reçoivent l’instruction primaire dans les écoles de la ville, et les plus intelligents suivent les cours de l’Ecole de Commerce tenue par les Frères de Marie : ils pourront occuper plus tard une place honorable dans le monde, grâce à l’instruction supérieure qui leur est donnée.
« L’imprimerie continue à publier des ouvrages destinés à développer l’instruction religieuse et la vraie piété chez nos chrétiens. Plusieurs livres importants sont déjà sortis de nos presses ; entre autres, les deux qui traitent de la Perfection chrétienne et le grand Catéchisme en images. Tous sont des modèles de style ; mais d’un style bien à la portée de ceux auxquels ces ouvrages s’adressent, adultes ou enfants, savants ou illettrés. Ce sont de petits chefs d’œuvres d’impression, d’illustration et de photogravure ; ils excitent la curiosité ; ils attirent les lecteurs et trouvent un écoulement facile dans les diverses missions du Japon.
« M. Marmonier a aussi organisé une petite clinique pour les enfants malades. Deux médecins y viennent, trois fois par semaine, donner gratis des consultations et des remèdes aux petits enfants qu’on apporte du voisinage... Cette année, 400 malades ont été soignés à la clinique et 3.000 consultations y ont été données. C’est ainsi que le missionnaire a pu administrer 92 baptêmes in articulo mortis.
« Nos baptiseuses de leur côté, font preuve de courage et de persévérance à la ville et à la campagne, pour chercher et envoyer au ciel le plus grand nombre possible de petits païens moribonds.
« L’Ecole des Frères de Marie est en pleine prospérité. Nos zélés collaborateurs ont plus de 600 élèves. Ils sont aimés de leurs enfants, estimés des familles ; et les directeurs du ministère de l’Instruction publique ne leur épargnent ni les éloges ni les félicitations, quand ils vont visiter leur Ecole.
« De par les règlements, il est interdit aux Frères de parler de religion en classe : mais en dehors des heures officielles qui doivent être consacrées à l’enseignement profane, les maîtres ont organisé des catéchismes pour les élèves de bonne volonté, et plusieurs centaines d’enfants se font un plaisir d’y assister. Ils vont même à la chapelle y récitent des prières et assistent à la messe ou à la bénédiction du très Saint Sacrement.
« D’aucuns ont demandé le baptême et, avec le consentement de leurs parents, l’ont reçu en d’excellentes dispositions. D’autres, après leur sortie de l’école, ont continué de s’instruire ; ils sont baptisés maintenant et font l’édification des chrétiens anciens et nouveaux.
« Les Religieuses travaillent toujours avec le zèle le plus louable dans nos écoles, nos orphelinats, nos ouvroirs et nos asiles. En outre, les soins qu’elles donnent aux malades leur procurent souvent l’occasion d’administrer le baptême à l’article de la mort. »
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