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Rapport annuel des évêques

Année: 1914
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Combaz

II. ─ Nagasaki

Population catholique 50.974
Baptêmes d’adultes 527
Baptêmes d’enfants de païens 920
Conversions d’hérétiques 2
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Les terribles événements qui se sont déroulés au Japon et en Europe, rendront l’année 1914 tristement célèbre, écrit Mgr Combaz. Elle semble bien mériter le nom que lui donnent les Japonais, dans leur calendrier : l’année du tigre. Le nord du Japon a beaucoup souffert de la famine, et le sud a été très éprouvé, au mois de janvier, par les éruptions successives du volcan de Sakurajima, qui ont causé d’énormes dégâts. En avril, est morte l’Impératrice douairière, qui, par sa bonté, avait beaucoup contribué à la gloire de son auguste époux et de l’ère Meiji. Plusieurs typhons, en juin et en août, ont exercé de grands ravages et sérieusement endommagé plusieurs résidences et églises de la mission. Enfin, pour faire déborder la coupe : déclaration de guerre à la France par l’Allemagne, et mobilisation de tous les Français dans l’univers entier. Cinq missionnaires de Nagasaki ont dû abandonner leurs chrétiens et leurs œuvres, pour aller au secours de la patrie.
« En mars 1915, nous aurons une belle fête de famille, car le Souverain Pontife, à l’occasion du 50e anniversaire de la découverte des descendants des anciens chrétiens dans l’église de Nagasaki, a daigné accorder, aux conditions ordinaires, une indulgence plénière à tous ceux qui visiteront cette église. En outre, Mgr l’archevêque de Tokio a eu la gracieuseté de désigner Nagasaki comme lieu de réunion du synode régional qui doit avoir lieu en 1915 ; mais, vu le malheur des temps, peut-être la réunion devra-t-elle être différée.
« Malgré le chiffre de 3.198 baptêmes, la population catholique ne s’élève encore qu’élève encore qu’à 50.974, à cause des décès et de l’exode d’un bon nombre de chrétiens, qui sont allés chercher fortune en Corée, au Brésil et même à la Nouvelle-Calédonie.
« A Nagasaki, le nouvel évêché n’est pas encore terminé, et je continue à habiter, dans le voisinage de l’église, avec le bon M. de Rotz, une vieille maison louée.
« Le séminaire a suivi sa marche régulière, et les élèves ont travaillé. Nos 4 sous-diacres, ordonnés successivement diacres et prêtres, se forment au ministère paroissial sous la direction de missionnaires expérimentés. Nos trois tonsurés, qui ont déjà deux ans de théologie sont tombés gravement malades à tour de rôle, et ont dû passer un certain temps à l’hôpital : ils sont bien guéris maintenant.
« M. Gracy, supérieur du séminaire, a consacré ses loisirs de vacances à écrire une plaquette, qui rappelle la découverte des chrétiens en 1865, les persécutions qu’ils eurent à subir et le développement de la religion catholique depuis cette époque.
« Nous avons deux paroisses japonaises à Nagasaki : celle de Nakamachi, qui compte 732 néophytes sous la direction du P. Shimanchi, et celle de Oura, confiée au zèle du P. Urakawa, qui, à l’exemple du divin Maître, aime beaucoup les petits enfants. C’est un charme de l’entendre chaque soir, après le catéchisme, réciter avec eux le chapelet et la prière, et leur donner quelques avis toujours très pratiques. Auteur de plusieurs petits livres de piété, le P. Urakawa écrit maintenant une histoire de l’Eglise du Japon, d’après l’ouvrage de M. le chanoine Marnas et les récits des vieux chrétiens. Son livre sera beaucoup lu, je n’en doute pas ; et il vient bien à propos, car sa publication coïncidera avec les fêtes du cinquantenaire de la découverte des anciens chrétiens.
« M. Salmon, mon cher vicaire général, s’occupe des catholiques étrangers, qui se font de plus en plus rares à Nagasaki, ce port de mer ayant perdu beaucoup de son importance commerciale. Il est chargé, en outre, des religieuses européennes et japonaises, des novices et postulantes, des orphelines de la Sainte-Enfance et des élèves des écoles des Sœurs. Une de ses joies de l’exercice a été de voir huit Sœurs du Saint-Enfant Jésus faire leurs vœux perpétuels, à l’issue de leur retraite, en juillet dernier.

« Aux portes de Nagasaki et au nord de la ville, se trouve la chrétienté d’Urakami, qui compte 6.850 âmes et est dirigée par M. Raguet. Sans négliger le saint ministère et tout en composant de nouveaux livres, notre infatigable confrère a mené à bonne fin la construction de l’église de la paroisse. « L’église d’Urakami, m’écrit-il, artistement conçue et commencée « par le regretté M. Fraineau, il y a près de vingt ans, au lieu même où la croix avait été si « longtemps foulée aux pieds ; est enfin presque terminée. Elle sera ouverte au culte à « l’Assomption, au moins pour les dimanches, afin d’abriter au plus tôt les centaines de « fidèles, que le pauvre hangar, qui nous sert d’église, ne peut contenir. La bénédiction « solennelle de l’édifice pourrait avoir lieu au printemps prochain, après les derniers « aménagements. C’est pour le pays un beau monument en briques et en pierres, de style « roman et en forme de croix latine. Il mesure 62 mètres de long, sur 19 de large et 28 au « transept : la hauteur de la voûte est de 17 mètres. Notre église est la plus grande du Japon, « comme la chrétienté d’Urakami en est la plus ancienne et la plus nombreuse. Presque tous « les fidèles âgés de plus de 40 ans, ont été condamnés à l’exil pour la foi, ou sont nés en « exil ; les autres descendent de confesseurs de la foi. Se souvient-on que 3.004 chrétiens « d’Urakami furent déportés dans 18 provinces de l’Empire et que leur exil dura trois longues « années ? Il ne prit fin qu’en 1874, sur la pressante intervention de l’ambassade japonaise, « qui visitait alors l’Europe et s’entendait reprocher partout cette persécution. »
« M. Raguet ayant manifesté le désir de trouver des auxiliaires qui pussent seconder les 70 catéchistes volontaires d’Urakami, que l’âge et les infirmités éliminent peu à peu, plus de 80 jeunes gens et jeunes filles se sont offerts généreusement et suivent avec assiduité un cours spécial, fait pour eux chaque dimanche. M. Raguet a composé à leur intention un manuel des « Catéchistes volontaires », et plusieurs brochures catéchistiques sur la religion, les commandements, etc.
« L’île de Hirado, avec ses 16 chrétientés, est placée sous la houlette de M. Matrat. J’y ai confirmé 640 néophytes. Partout j’ai admiré la propreté des églises et la bonne tenue des chrétiens. La communion fréquente des tout petits y est particulièrement en honneur. Là comme ailleurs, les fidèles ont subi quelques de la part des maîtres d’école qui conduisent les élèves au « miya », ou temple du village. En vain les enfants chrétiens sont sortis des rangs et ont cherché à fuir, protestant par leurs paroles et leurs larmes qu’ils ne voulaient pas se rendre au temple païen ; le directeur de l’école et les maîtres adjoints leur ont donné à entendre que ce n’était point pour adorer, mais pour assister à une conférence sur l’armée. C’était une simple duperie. Les parents apprenant ce qui s’était passé, se sont réunis pour protester énergiquement et ont défendu à leurs enfants de retourner à l’école. Après de longs pourparlers avec le maire et l’inspecteur primaire, l’affaire s’est terminée à avantage des chrétiens. Il a été décidé que, désormais, nos écoliers ne seraient plus conduits au temple des ancêtres, mais se rendraient à leur église. Je suis très content de cet heureux dénouement, qui sera connu dans les autres villages. Les catholiques, plus unis que jamais, se sentiront plus forts pour résister aux petits tyranneaux trop zélés.
« Grâce au dévouement des vierges japonaises, qui portent le nom d’Amantes de la Croix, il y a eu dans le district de Hirado 33 baptêmes d’adultes et 36 d’enfants de païens. M. Matrat ne tarit pas d’éloges sur les précieux services que lui rendent, pour l’instruction des enfants et la préparation à la première communion, ces dévouées auxiliaires. Il se lamente, à juste titre, sur le manque de catéchistes hommes.

« M. Pélu, l’archiprêtre vénéré de toutes les Goto, a sous sa direction 10 missionnaires et prêtres japonais : en petit comité on l’appelle « préfet apostolique ». Les îles Goto sont divisées en trois groupes : Goto nord, Goto central et Goto sud. La population chrétienne est de 14.962 âmes. Les catéchistes ambulantes ont ouvert la porte du ciel à 145 petits anges, qui seront autant d’intercesseurs pour le nouveau poste que M. Pélu vient de fonder à Fukue, l’ancienne demeure des « Daimyo », aujourd’hui résidence du sous-préfet. Grâce à de généreux bienfaiteurs, le missionnaire s’est procuré dans cette ville un assez vaste terrain bâti. Les maisons sont plus que suffisantes pour l’oratoire, la résidence du missionnaire et la salle de conférences. Au mois de juin dernier, plusieurs conférences ont été données et écoutées avec bienveillance par un auditoire nombreux : le sous-préfet et le maire ont tenu à y assister. Presque en même temps, les « baptistes » ont essayé de s’implanter dans la ville et d’y semer leurs erreurs ; mais ils ne semblent guère avoir réussi, à cause de la bonne réputation dont jouissent les catholiques du voisinage.
« Les 1.765 chrétiens d’Imamura, province de Chikugo, et leur pasteur sont fiers à juste titre de la belle église qu’ils ont construite en l’honneur de saint Michel. Les confrères des provinces avoisinantes ont tenu à assister à la bénédiction solennelle du nouvel édifice, pour montrer en quelle estime ils tiennent le doyen de nos prêtres japonais. Il y eut ce jour-là messe pontificale ; les autorités locales et tous les enfants de l’école, païens et chrétiens, conduits par leurs maîtres, étaient présents à la cérémonie. Les fidèles ne cessent de prier pour tous ceux qui les ont aidés à élever, dans une région presque entièrement païenne, ce superbe monument de leur foi.
«Les différentes chrétientés fondées dans la province de Higo par le regretté M. Corre, portent toutes le cachet de la plus grande vitalité. Les écoles et les hôpitaux dirigés par les Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, sont prospères et jouissent de la bienveillance des autorités.
« A Biwazaki, en l’absence de M. Lebel, M. l’abbé Hippolyte Bulteau, du diocèse de Cambrai, a bien voulu devenir l’aumônier des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et de la léproserie. Je ne saurais assez l’en remercier, et j’admire ses efforts persévérants pour se perfectionner dans l’étude du japonais.
« Grâce à la libéralité de leur nouvel aumônier, nos 48 lépreux ne tarder ont pas à une chapelle à eux.
« A Yatsushiro, M. Lemarié a obtenu, avec l’aide des Sœurs de Saint-Paul et des catéchistes ambulantes, une gerbe de 159 baptêmes.
« Grandement secondé par le zèle et les prières des Sœurs Franciscaines Missionnaires de « Marie, écrit tout joyeux M. Raoult, j’ai cueilli une gerbe de 51 baptêmes, chiffre qui n’avait « pas encore été atteint dans la jeune chrétienté de Hitoyoshi. Au nombre de ces néophytes « figure une famille qui a demandé le baptême à l’occasion d’un mariage. Le chef de cette « famille voulait épouser une catholique ; je lui exposai la loi de l’Eglise qui interdit ces « unions. Il comprit si bien qu’il se fit baptiser avec deux de ses enfants et sa vieille mère. » L’oratoire de Hitoyoshi était une salle ordinaire convertie en chapelle. M. Raoult l’a agrandi et lui a donné l’aspect d’une vraie chapelle, où tout porte à la piété. Il a établi aussi une école du dimanche, qui est fréquentée par une quarantaine d’élèves païens. Dans ses courses apostoliques, il aime à donner des conférences avec projections.
« M. Brenguier, titulaire d’Oita, a été occupé surtout à la construction de sa résidence. Délivré du souci matériel des bâtisses, il va se mettre sérieusement à prêcher l’Evangile aux habitants du Bungo, pays si cher au cœur de saint François-Xavier. Son extérieur et sa connaissance, beaucoup plus qu’ordinaire, de la langue et des us japonais le font souvent passer pour un vrai Japonais aux yeux des indigènes. Avec le secours d’enhaut, il fera refleurir la religion chrétienne dans la province du Bungo.
« Au sud du Bungo, faisant face à l’océan Pacifique, se trouve la préfecture de Miyazaki. M. Joly y a élevé une coquette et spacieuse résidence. Il espère avoir une église l’an prochain.

« Après avoir visité les districts de M. Joly, de M. Cavaignac et de M. Martin, je m’embarquai pour Oshima et arrivai à Naze, où m’attendaient M. Fressenon et ses chrétiens. J’ai passé plusieurs semaines à parcourir les différentes chrétientés, et j’ai administré plus de 550 confirmations. Je garderai longtemps le souvenir de cet agréable voyage, à la lettre par monts et par vaux, où l’on ne fait que monter et descendre, remonter et redescendre. Quand on est essoufflé, on s’arrête pour considérer le paysage et la mer, qui s’étend à perte de vue. Les voies de communication sont encore très primitives dans cette contrée, et les ruisseaux à traverser y sont si nombreux, que les missionnaires, pour n’avoir pas à se déchausser continuellement, se servent de sandales en paille. Au point de vue du bien-être, on est privé de beaucoup de commodités ; mais on n’y pense pas, tant on est charmé par les bonnes dispositions des habitants. Le souvenir du cher M. Ferrié y est toujours vivant ; à Oshima et partout l’on me demandait de ses nouvelles.
« M. Fressenon travaillait à réparer et à terminer l’église de Naze, quand l’ordre de mobilisation est venu le surprendre.
« M. Bonnet, qui a succédé au zélé M. Richard dans le district de Kado, a ouvert toute une série de postes nouveaux. Lui aussi a dû abandonner ses chrétiens pour voler au secours de la patrie menacée. Que Dieu garde nos chers mobilisés : MM. Cavaignac, Cotrel, Fressenon, Bonnet et Bois Frédéric.

« Je dois exprimer ma vive reconnaissance à toutes les Communautés religieuses qui travaillent avec tant de zèle et de dévouement dans mon diocèse. Le Collège des Marianistes n’a pas encore atteint son maximum de prospérité, mais son chiffre de 205 élèves montre que l’établissement est en très bonne voie : cette année, il a reçu plus de cent nouveaux élèves. Les maîtres sont dans les meilleurs termes avec les professeurs de la ville, et quelques-uns ont un emploi dans les écoles du gouvernement. L’Ecole apostolique compte 57 élèves, dont 8 font leur noviciat. Les Directeurs des deux maisons et plusieurs professeurs ont été mobilisés.
« Les écoles des Sœurs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, avec leurs 602 élèves, et celle des Sœurs de Saint-Paul, avec 136, ne laissent rien à désirer. Je tiens à le dire bien haut, le concours que nous prêtent toutes ces familles religieuses est inappréciable. »


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