| Année: |
1915 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Nagasaki |
| Rédacteur: | Mgr Combaz |
II. – Nagasaki
Population catholique 51.545
Baptêmes d’adultes 409
Baptêmes d’enfants de païens 811
Conversions d’hérétiques 2
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« Deux événements, écrit Mgr Combaz, ont mis de l’animation et coupé la monotonie du labeur quotidien, au cours de l’exercice qui finit.
« Les fêtes du 50e anniversaire de la découverte des chrétiens dans l’église de Nagasaki le 17 mars 1865, que j’annonçais l’an dernier, n’ont eu ni la pompe ni l’éclat qu’auraient permis des temps meilleurs. Néanmoins, elles furent bien consolantes. La vue des longues théories de fidèles s’empressant de pénétrer dans l’église et, faute d’espace, formant aux alentours comme un vaste parterre de fleurs, rappelait le souvenir de l’ancien Nagasaki, tout chrétien et célèbre par ses processions à travers les rues de la ville.
« Le 16 mars fut une journée d’amende honorable pour les profanations auxquelles, pendant 250 ans, avaient été soumises la croix et les images catholiques. Chaque année, en effet, à des époques déterminées, les chefs de famille étaient obligés de paraître devant les autorités et de fouler aux pieds ces objets du culte catholique. Le 17, la fête proprement dite fut célébrée avec toute la solennité possible ; mais l’affluence était si grande que bon nombre de fidèles, qui voulaient comnunier, ne purent approcher de la sainte table. Le soir, il y eut une splendide illumination.
« Le 18, se fit la bénédiction solennelle de la nouvelle église d’Urakami, Mgr Chatron, ancien missionnaire de Nagasaki, assisté de M. Villion, officia pontificalement.
« C’est enfin la réalisation des souhaits ardents de près de vingt années, écrit M. Raguet. Si « les matériaux ne sont pas tout à fait ceux qu’avait rêvés le regretté M. Fraineau, le plan et « les proportions sont bien ceux qu’il avait inaugurés ; et, au ciel, il doit se réjour de voir ainsi « heureusement terminée l’œuvre de sa vie. Malgré les vastes proportions de l’édifice, il est « rempli plusieurs fois chaque dimanche. Avec le renouvellement de l’église matérielle, celui « de l’église spirituelle a commencé par une mission prêchée à quatre reprises différentes, et « tout fait espérer qu’il ne fera que s’accentuer avec l’instruction plus sérieuse des fidèles et la « fervente réception des sacrements. »
« Grâce à la puissante protection de Marie, et malgré les difficultés de l’heure présente, l’Ecole apostolique d’Urakami poursuit paisiblement sa marche, sans trop de heurts. Le nombre des élèves est de 62, y compris 7 novices. Une nouvelle section, celle des instituteurs chrétiens, a été inaugurée avec 3 élèves de l’Ecole, qui, ayant terminé les cours, continuent leurs études comme externes à l’Institut de l’« Etoile du Matin » pour être admis ensuite à l’Ecole normale.
« M. Drouet nous ayant été rendu après un mois de mobilisation à Tientsin, le séminaire a pu reprendre sa vie régulière, momentanément interrompue.
« Les résultats obtenus pendant cet exercice indiquent un fléchissement sur toute la ligne ; mais c’était à prévoir. Nous n’avons enregistré que 409 baptêmes d’adultes, 811 d’enfants de païens , et 2 conversions d’hérétiques.
« M. Salmon, mon cher vicaire général, malgré les ans et une santé chétive, fait toujours preuve de la plus grande énergie. Parmi les 11 adultes baptisés par lui, cette année, se trouve une jeune métisse de 15 ans, Françoise, qui désirait le baptême depuis assez longtemps. La mère de cette jeune fille refusait son consentement, sous prétexte qu’elle avait elle-même l’intention de se faire chrétienne, et qu’elles seraient baptisées ensemble. M. Salmon ne tarda pas à comprendre que la mère ne voulait le baptême ni pour sa fille ni pour elle, et donna ses instructions à l’enfant qui fut baptisée et fit sa première communion à l’insu de sa mère. Quand cette dernière apprit ce qui s’était passé, elle entra en fureur et roua de coups la pauvre enfant. « Je te ferai rendre l’Eucharistie que tu as mangée, » hurlait-elle. Mais Françoise répliqua tout doucement : « Eh bien, mère, vous n’avez qu’à m’ouvrir le ventre. » Depuis lors, la courageuse néophyte se confesse et communie tous les huit jours.
« Les difficultés matérielles de la vie forcent la plupart de nos jeunes gens à quitter leurs « îles une bonne partie de l’année, écrit M. Durand ; mais en quittant la maison paternelle, ils « emportent leur livre de prières et leur catéchisme, qu’ils lisent tous les dimanches. Le « missionnaire leur recommande de se confesser et de communier, quand ils ont le bonheur de « rencontrer un prêtre. De la sorte, ils arrivent à conserver la foi et restent fidèles aux « pratiques religieuses. »
« Chaque jour à Kuroshima, écrit M. Breton, qui dirige deux districts, le sien et celui de M. « Cotrel, mobilisé, on prie pour le missionnaire absent ; souvent on fait dire des messes à son « intention et le dimanche on supplie Notre-Dame des Sept-Douleurs de ramener sain et sauf « et sauf au Japon le pasteur de l’« île noire » (Kuroshima ). Si l’on juge de la ferveur des « chrétiens d’après la fréquentation des sacrements, les néophytes de Kuroshima sont des « modèles : en effet, si je les écontais, je devrais passer tout mon temps au confessionnal, et il « me serait impossible de visiter mes autres chrétientés, voire même de faire le catéchisme « aux enfants. »
« M. Matrat, dont la santé laissait à désirer, est resté éloigné, pendant 5 mois, de son beau district de Hirado, qui compte près de 8.000 néophytes.
« J’aime à constater, écrit M. Joseph Bois, son remplaçant, que l’esprit chrétien pénètre de « plus en plus dans les âmes de nos fidèles. Le précepte dominical est bien observé, et les « prières se font en commun, matin et soir, dans presque toutes les familles. Quant à la « jeunesse, elle ne laisse rien à désirer sous le rapport de l’instruction religieuse. »
« Sous l’habile direction de M. Pélu, toujours alerte et vigoureux malgré ses 68 ans, le district des îles Goto est justement fier de ses 15.000 chrétiens ; mais, lui aussi, est en souffrance depuis le départ de MM. Heuzet et Veillon. Néanmoins il a fourni 161 baptêmes d’adultes, 12.000 confessions et 35.000 communions de dévotion. Ses deux écoles de catéchistes sont prospères.
« Le fait saillant de l’année aux îles Goto a été l’inauguration officielle du poste de Fukue. La cérémonie eut lieu le 24 juin. Elle fut présidée par le vicomte Goto, assisté du sous-préfet et entouré des principaux notables de la ville.
« Le P. Honda s’occupe toujours avec zèle de l’instruction de ses néophytes d’Imamura et a baptisé quelques adultes. C’est grand dommage, en vérité, que ses chrétiens aient la manie de s’expatrier pour chercher fortune ailleurs. Ils ont fondé toute une colonie au Brésil ; et, parmi les fidèles de M. Ferrand, à Fusan, en Corée, on trouverait bon nombre de Japonais, originaires d’Imamura.
« A Oyé, M. Garnier a eu la joie de baptiser le maire du village et toute sa famille. Pourquoi faut-il que l’église soit trop petite et que les fourmis blanches y aient établi domicile !
« Grâce à son zèle et au dévouement de ses catéchistes, le P. Fukahori a enregistré 110 baptêmes à Kumamoto. De son côté, M. l’abbé Bulteau a construit à ses frais une chapelle pour les lépreux de Biwazaki. M. Lemaire, secondé par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, a batisé 89 adultes et 64 enfants de païens à Yatsushiro.
« La guerre européenne absorbe l’attention du peuple, écrit M. Raoult, titutaire de « Hitoyoshi, et l’on parle des leçons, du profit à en tirer ; mais il ne s’agit ni de leçons de « morale, ni de profit religieux. » Avec l’aide des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, M. Raoult a pu offrir à Notre-Seigneur 43 baptêmes. Les Sœurs ont établi un ouvroir et une salle d’asile. Elles ont eu, dès le premier jour, 42 enfants appartenant aux meilleures familles.
« Les œuvres de bienfaisance catholique sont florissantes dans le département de Kumamoto, grâce aux aumônes que notre regretté confrère, M. Corre, avait recueillies.
« En dehors de son ministère ordinaire à Kurumé et à Omuta, M. Sauret s’occupe de 458 Allemands catholiques, prisonniers de guerre, parmi lesquels se trouvent deux Frères Bénédictins de Sainte-Odile appartenant à la mission de Séoul.
« M. Bœhrer a pris d’assaut la petite ville de Fukuma, située à 8 lieues, nord-est de Fukuoka : « L’attaque était décidée depuis longtemps, écrit-il, mais je voulais d’abord parfaire « les travaux d’approche, afin de mieux assurer le succès. Les Méthodistes ayant fait leur « apparition soudaine dans le pays et menaçant de nous susciter mille obstacles, l’assaut « immédiat fut décidé. Mobilisant tout ce que je pus trouver d’orateurs, électrisant « ma « vieille carcasse » pour tâcher de lui rendre un peu de sa vigueur d’antan, je partis avec ma « petite armée pour Fukuma, où nous organisâmes des conférences publiques. L’attention que « prêtèrent à ces conférences tous les notables de la localité, fut frappante. Depuis lors, « chaque lundi, il y a explication de la doctrine à Fukuma, et un catéchiste est chargé de « garder les positions acquises. Il serait prématuré de crier victoire ; mais la victoire est bien « le but que nous nous proposons d’atteindre. Pendant combien de temps faudra-t-il lutter « pour l’obtenir ? C’est le secret du bon Dieu. »
« Il y a 16 ans, quand je suis venu à Kokura, dit M. F. Bertrand, une petite chambre de 6 « nattes (9 pieds sur 12) me servait de chapelle, et était encore trop grande pour les trois ou « quatre fidèles qui assistaient le dimanche à la messe. A plusieurs reprises, j’ai dû agrandir « mon oratoire et, aujourd’hui, c’est une belle et grande salle de 36 nattes (18 pieds sur 36) « qui suffit à la rigueur pour les dimanches ordinaires ; mais, aux grandes fêtes, quand les « fidèles éloignés viennent à Kokura, ils ont beau se serrer, la place leur manque. Je remercie « Dieu d’avoir fait germer et fructifier la semence jetée sur un terrain rocailleux et si peu « propice. Je me reproche mon manque de confiance en la miséricorde divine et mes « tendances à considérer l’évangélisation comme ne faisant que de maigres progrès. »
« M. Brenguier raconte la conversion d’une âme arrachée au démon à l’article de la mort :
« Shigematsu, dit-il, est un homme de 33 ans, immobilisé sur son lit depuis 4 ans par suite « de l’ablation de 2 côtes, à la place desquelles il reste une plaie qui suppure jour et nuit. « Abandonné des médecins, il raillait amèrement l’inefficacité des prières à Amida et à tous « les « Kami », qui se faisaient tour à tour auprès de lui. Ma catéchiste, qui lui prodigua ses « soins durant deux mois, priait-elle discrètement à son chevet, essayait-elle de l’exhorter au « repentir de ses fautes pour sauver son âme, il se bouchait les oreilles, se couvrait la tête ou « lui tournait le dos. Peu à peu cependant, touché par la grâce, il refusa d’entendre les « prières faites à Bouddha et autres divinités, et avoua qu’il était soulagé quand on récitait le « chapelet à ses côtés. Bientôt, on le surprit murmurant les saints noms de Jésus et de Marie et « les premiers mots du Pater, qu’il avait retenus. Une nuit, il déclare tout à coup à sa mère « qu’une belle dame lui est apparue, l’invitant à se faire chrétien pour venir bien vite auprès « d’elle. Le lendemain, il fait appeler la catéchiste et lui demande de le préparer au baptême. « Quinze jours après, instruit des vérités nécessaires au salut, il reçoit le sacrement dans « d’admirables sentiments de foi et de résignation, heureux, dit-il, d’avoir enfin compris le but « et l’utilité des souffrances. Il vécut encore trois jours et fit promettre à sa mère et à son frère « aîné de devenir chrétiens. »
« A côté de sa résidence à Miyazaki, M. Joly vient de construire une église assez vaste, et l’a dédiée à saint Joseph. Il y a dépensé toutes les ressources de son âme d’artiste et aussi tout son argent. L’église a été bénite solennellement par M. Raguet, qui naguère fonda le poste de Miyazaki.
« En l’absence de M. Cavaignac, mobilisé, M. Martin n’a rien négligé pour conserver leur ferveur première aux néophytes de Kagoshima ; mais il ne pouvait toujours résider au milieu d’eux. Le grand événement de l’année pour cette chrétienté est le baptême de M. Ono, professeur de hautes mathématiques au lycée supérieur de la ville et ancien collaborateur de M. Raguet dans la rédaction du dictionnaire français-japonais. Depuis longtemps sa famille était catholique ; mais lui, quoique persuadé de la vérité de notre sainte religion, renvoyait à plus tard la réception du baptême, se bornant à assister régulièrement à la messe. Les jours de fête, à la prière de M. Cavaignac, il voulait bien intéresser les chrétiens par d’aimables causeries, pleines d’enseignements ingénieusement déduits. Bien plus, il aimait à leur expliquer l’Evangile, son livre favori. Il offrait ainsi l’anomalie d’un païen qui enseigne à des chrétiens la voie du salut, et qui, pour son compte, ne la suit pas : tel un poteau indicateur, perpétuellement figé sur le bord du chemin. Enfin la grâce a vaincu ses résistances, et M. Raguet l’a baptisé sous le nom de Paul. Il sera une colonne de la petite chrétienté de Kagoshima.
« Les îles Oshima, elles aussi, restent privées de deux excellents ouvriers, MM. Fressenon et Bonnet, que M. Bouige et des Père japonais remplacent provisoirement. A Naze et à Chinaze, le P. Nakamura a ramené aux pratiques religieuses un certain nombre de chrétiens oublieux de leurs devoirs. Il soupire après une école supérieure catholique, qui empêcherait les jeunes filles de bonne condition de fréquenter une école établie dans une bonzerie, et où l’on apprend la couture et les arts d’agrément.
« La guerre européenne, écrit M. Halbout, a fait grand tort à l’exportation des feuilles de « palmier et des oignons de lys, qui était la principale ressource des îles. En outre, la « sécheresse et cinq typhons successifs ont nui à la culture de la canne à sucre et des patates. » Notre confrère s’est encore dévoué, cette année, pour surveiller la construction d’une église de campagne à Kasari, et il a été agréablement surpris de voir les néophytes contribuer, non seulement par leur travail, mais encore par leurs généreuses offrandes, à l’érection de l’édifice. Il y a aujourd’hui plus de 600 catholiques à Kasari.
« En terminant ce compte rendu, je tiens à remercier tous mes confrères et toutes les. Communautés religieuses, européennes et japonaises, du précieux concours qu’ils n’ont cessé de me prêter. L’Ecole de « l’Etoile de la Mer » continue à progresser sous l’habile direction des Frères de Marie. Son bon renom rejaillit sur tout le diocèse. Le nombre des élèves est actuellement de 280. Deux bons et pieux professeurs sont morts dans le courant de l’année, un troisième a été mobilisé.
« Au moment où je trace ces lignes, le Japon tout entier se prépare fiévreusement aux fêtes du couronnement de l’empereur, qui aura lieu à Kyoto, l’ancienne capitale, le 10 novembre prochain. »
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