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Rapport annuel des évêques

Année: 1916
Pays: Japon
Mission: Osaka
Rédacteur:Mgr Chatron

III. — Osaka

Population catholique 4.131
Baptêmes d’adultes 278
Baptêmes d’enfants de païens 278
Conversions d’hérétiques 7
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L’évêque d’Osaka, Mgr Chatron (1), commence son compte rendu, comme Mgr l’archevêque de Tokio, par le récit de la visite du Délégué apostolique auquel il offre l’hommage de sa profonde reconnaissance. Ensuite, en réponse à des lettres d’Europe et d’Amérique qui lui demandent ce que les Japonais pensent de la religion, il cite un certain nombre d’Extraits d’articles de Revues et de Journaux récemment publiés sur ce sujet.

NÉCESSITÉ D’UNE RELIGION NOUVELLE. ─ « Dans la Revue Après le Déluge, par Kayahara Kazun, on lit : « Si on considère la condition spirituelle du Japon, on trouve « facilement que c’est la banqueroute. Le bushido est mort, le shintoïsme est en décadence, le « bouddhisme est stagnant, le christianisme est sans force... Toutes les énergies, tous les « efforts sont dirigés vers la civilisation matérielle, et le côté spirituel est tombé en faillite... Il « faut remédier à cet état. Toutefois ce n’est ni sur le shintoïsme, ni sur le bouddhisme, ni sur « le confucianisme, ni sur le christianisme qu’il faut compter pour relever l’édifice spirituel au « Japon. Il faut faire une sélection de tous les meilleurs points de toutes les religions et « morales du monde, et en faire le fondement de l’édifice spirituel de la nation. »


(1) Dont nous venons d’apprendre la mort.


ECHEC DES RELIGIONS. ─ « Dans la Revue Michi, la « Voie », par Matsmura : « La « fortune d’une nation croît ou descend en raison de sa religion qui peut l’élever jusqu’aux « cieux ou la précipiter dans les enfers. Dans l’Inde les castes ont atrophié tout effort. La « Turquie est ankylosée dans le Coran. La Russie n’a trouvé aucun réformateur de la vieille « orthodoxie... L’Allemagne seule, grâce à Luther, trouva le moyen d’élever sa tête au-dessus « des autres puissances ; mais emportée par l’orgueil et sa soi-disant science, elle en est venue « à rejeter la Divinité du Christ, l’infaillibilité de la Bible, etc... enlevant ainsi au « christianisme son principe vital ; et par là, entraînée dans les voies de l’injustice, elle a été la « cause de cette effroyable guerre. La France et l’Angleterre sont en décadence. Le Japon ne « fait pas d’exception... Il faut nécessairement une religion, et quand on en a trouvé une, il « faut y croire fermement. Et celui qui y croit sacrifiera jusqu’à sa propre vie à cette foi « sincère... Comme dit le proverbe : Même une tête de sardine a un pouvoir divin si on y « croit... Tout pouvoir qui veut éteindre une foi, n’est qu’un tyran allant contre la justice. Ce « fut le cas de Néron..., etc...

IMPUISSANCE DU CHRISTIANISME. ─ « Le Chuokoron, août 1916 : « Les chrétiens « publient partout que la brillante condition de la civilisation en Europe est l’œuvre du « christianisme. Mais hélas ! cette horrible guerre montre clairement que le christianisme « n’empêche pas ses adhérents de se traiter mutuellement avec la plus sauvage barbarie...

LA GUERRE ET L’IDÉE DE DIEU. ─ « Le Yorozu (« Univers »), août 1916 : « Cette « horrible guerre, disgrâce pour l’humanité, fausse et détruit l’idée de Dieu. Les Allemands « disaient d’abord que Dieu est le Père de l’humanité tout entière ; mais ils en sont venus à « dire que Dieu est le Père des Allemands et qu’ils sont le peuple choisi pour régénérer et « gouverner le monde. Et si l’Allemagne est vaincue, sa foi en Dieu tombe en banqueroute. »
« Ces quelques extraits donneront une petite idée de la Presse religieuse, et montreront quelques-unes des difficultés contre lesquelles nous avons à lutter.
« Avec la diminution du nombre de nos missionnaires que la mobilisation a appelés sous les drapeaux, nous avons eu à déplorer les ravages causés par le choléra. Dans l’orphelinat même des religieuses à Osaka, il y a eu trois cas, deux morts, dont celle de la bonne Sœur Saint-Ignace.
« Quelques-uns de nos chrétiens ont été victimes du fléau, qui en ce moment exerce encore ses ravages du nord au sud du Japon. Il y a encore 20 à 25 cas dans la ville d’Osaka et la banlieue.
« Grâce à Dieu, nous avons pu enregistrer 1.120 baptêmes ; mais la mort, les émigrations, nous ont grandement éprouvés, et comme vous le montre la feuille de recensement du 15 août 1916, notre augmentation totale se borne à 5.
« Toutefois, j’ai la consolation de dire que les zélés confrères ne se découragent pas et ne reculent pas devant les peines et sacrifices, comptant sur la grâce du bon Maître pour faire fructifier un jour les semences qu’ils jettent avec persé-sévérance.

OSAKA. Kawaguchi. ─ « Le P. Nagata, marchant sur les traces du regretté P. Luneau, continue avec succès à développer les œuvres dans ce poste. L’association des Dames charitables pour visiter et secourir les familles pauvres obtient des résultats consolants. La société des jeunes gens fonctionne très bien. Ils offrent le spectacle d’une édifiante émulation, pour donner le bon exemple et faire du prosélytisme auprès de leurs amis.

OSAKA. Tamatsukuri. ─ « M. Puissant, qui remplace M. Castanier mobilisé, est satisfait de la ferveur de ses chrétiens, bien fidèles à pratiquer leurs devoirs. La procession solennelle du Très Saint-Sacrement qui se fait chaque année est une belle prédication pour les nombreux païens qui viennent y assister. Il a pu enregistrer un certain nombre de conversions.

OSAKA. Awajimachi. ─ « M. Vagner a la charge de deux districts, l’un dans la ville d’Osaka, l’autre à Nara, l’ancienne capitale. Les circonstances ne lui ont pas permis de donner de nombreuses conférences aux païens. Il s’est surtout appliqué à christianiser ses chrétiens, aussi le nombre des communions de dévotion a sensiblement augmenté.

OSAKA. Kitano. ─ « M. Silhol, qui remplace M. Bousquet mobilisé, a été privé de deux auxiliaires ; dès lors, le nombre des baptêmes in articulo mortis a un peu fléchi. Son catéchiste a donné des conférences sur la philosophie scolastique, et un certain nombre de professeurs les ont suivies avec intérêt ; un imprimeur s’est même offert pour publier ces leçons. Espérons qu’elles redresseront un grand nombre de fausses idées.
« La catéchiste demandait depuis trente ans la conversion de sa mère qui restait obstinée dans le bouddhisme. Or, une nuit, la bonne vieille vit une belle dame blanche qui l’invitait à la suivre. Ce fut une révélation pour elle. Elle étudia la doctrine, reçut le baptême, et devint une excellente et fervente catholique. Elle a fait une mort très édifiante.

HAGI. ─ « Les nombreuses prédications de M. Villion produisent des résultats consolants. Le fils d’une famille ardemment bouddhiste a triomphé de tous les obstacles que lui suscitaient ses parents, et s’est transformé en un intrépide et zélé apôtre. Les chrétientés de Tsuwano et Jifuku se maintiennent en sincère piété.

HIMEJI. ─ « Les chrétiens dans ce district sont assez dispersés, mais sont fidèles à s’approcher des sacrements à chaque visite que leur fait le Père. M. Charron continue à aller visiter les prisonniers allemands internés à 5 lieues de Himeji. Il peut leur dire la messe le dimanche ; mais il lui est défendu de leur parler en particulier.

KISHIWADA. ─ « M. Puissant profite de ses relations avec les médecins et les infirmières des hôpitaux pour obtenir le plus possible de baptêmes in articulo mortis. Des chrétiennes, marchandes ambulantes, ayant accès dans les maisons, trouvent beaucoup d’occasions de baptiser des enfants. Le Père maintient avec succès la clinique à l’eau de Card pour les yeux.

HIROSHIMA. ─ « Les immigrations dépeuplent mon district dit M. Marie, et je me trouve « toujours à recommencer. Le bouddhisme et le shintoïsme fortement ancrés ici me créent « beaucoup de difficultés. Cependant on trouve parfois de belles âmes. »

KOBÉ. Paroisse internationale. ─ « M. Fage a des consolations avec ses catholiques appartenant à toutes les nations du monde. Son ministère consiste à conserver les positions acquises, ramener les égarés, et conduire dans le chemin de l’Eglise les nouveaux arrivants. Les catéchismes des enfants sont bien suivis. L’Apostolat de la prière fonctionne bien, ainsi que le cercle de jeunes gens. Il y a eu deux abjurations d’hérétiques, et ces convertis font l’édification de la paroisse.

KOBÉ. Paroisse japonaise. ─ « Par les nombreuses immigrations dans ce port de commerce, M. Perrin bénéficie des pertes que subissent d’autres postes. Les chrétiens, venant un peu de partout, n’ont pas à subir les embrigadements bouddhistes par rues et par familles. Aussi les sacrements sont fréquentés et les catéchismes régulièrement suivis. Les chrétiens ont fait une belle réception au Délégué du Saint-Père.

KYOTO. ─ « Dans cette Rome japonaise, les deux chrétientés donnent des consolations à M. Aurientis. Comme cette année, grâce à la guerre, les affaires ont été brillantes et profitables, les païens ont célébré en grande pompe la fête des morts. En cette nuit, les esprits des ancêtres sont censés revenir visiter leurs parents et amis. Pour bien éclairer leur chemin et les aider à retrouver leurs anciennes demeures, on allume d’immenses brasiers aux quatre coins de la ville. Ils participent largement aux libations qu’on leur offre... Après le festin, on invite avec force prostrations ces ancêtres à monter sur de petits bateaux en papier bien illuminés qu’on confie au courant du fleuve...
« Mais alors, dira-t-on, il y a là une profession de foi évidente à l’immortalité de l’âme, ce serait logique ; mais interrogez ceux qui pratiquent ces rites, ils répondent, comme nos libres-penseurs : « Quand on est mort, tout est bien mort,... nous nous amusons, voilà tout. »

SHIMONOSEKI. ─ « La chrétienté et le travail ont continué comme à l’ordinaire.

MIYADZU et MAIDZURU. ─ « M. Relave administre ces deux districts, et les chrétiens sont très fidèles à remplir leurs devoirs ; mais, hélas ! les païens se montrent rebelles à son zèle.

OKAYAMA. ─ « Les maladies des catéchistes, dit M. Duthu, et l’émigration de nombreux « chrétiens à l’étranger, ont été une rude épreuve pour le district. Plusieurs bons chrétiens se « sont faits apôtres pour amener leurs amis dans le chemin du salut. Les enfants et les jeunes « gens apportent beaucoup d’entrain à venir aux catéchismes et aux conférences. La dévotion « au Sacré-Cœur et à la sainte Vierge, l’Apostolat de la prière, entretiennent la piété. N’était la « pression exercée en faveur du shintoïsme national, nous verrions entrer chez nous un grand « nombre d’âmes qui cherchent la vérité. »

TAMASHIMA. ─ « M. Rey trouve des consolations dans les nombreuses visites qu’il fait aux petits groupes de chrétiens disséminés dans son district. Il sème avec courage et persévérance.

TOTTORI. MATSUÉ. ─ « M. Daridon administre ces deux districts. Les chrétiens sont fidèles à leurs devoirs. Malheureusement le shintoïsme et le bouddhisme dominent tout le pays. Nous n’avons pas besoin de religion étrangère, disent-ils ; nous avons notre empereur qui a fait du Japon le premier peuple du monde !...

TSU. ─ « Le berceau de la Dynastie impériale, le plus fameux pèlerinage national qui se « trouve dans mon district, dit M. Birraux, est un grand obstacle à la prédication de « l’Evangile. On ne peut guère que glaner quelques bonnes âmes. Un pharmacien, original et « joyeux viveur, venait assez souvent causer de religion avec le Père. Il tomba gravement « malade ; il appela le missionnaire, s’instruisit sérieusement et reçut le baptême. Puis il dit « gravement à sa femme et à ses enfants : « Je vais mourir et j’irai au ciel, vous devez venir « me rejoindre. Pour cela il faut être chrétiens, promettez-moi de le devenir. » Il mourut dans « la plus grande paix, et sa famille se prépara et reçut le baptême. »

WAKAYAMA. ─ « Cette année, dit M. Geley, nous avons eu accès auprès d’un bon « nombre de malades pauvres, et après avoir reçu le baptême, ils ont fait des morts très « édifiantes. La communion fréquente est bien en honneur parmi les chrétiens qui font tous les « efforts pour amener de leurs amis dans le chemin du ciel. »

YAMAGUCHI. ─ « En dehors des préoccupations financières, écrit M. Cettour, j’ai eu « l’ennui de voir partir mes deux catéchistes ; des difficultés ont été suscitées contre nous par « les bonzes. J’ai, malgré tout, continué à donner de nombreuses conférences. Hélas ! le « succès ne correspond guère à la peine. »

FRÈRES DE MARIE. ─ « Les Frères de Marie obtiennent toujours des succès dans leur école : l’Etoile Brillante. Par leur dévouement et leur savoir-faire ils ont conquis l’estime et la confiance des autorités et des familles, et ont gagné l’affection des enfants.
« L’école compte aujourd’hui 760 élèves. Pendant la classe, il est interdit de traiter les questions de religion. Toutefois dans les livres employés à l’école, il y a le livre dit de « Morale ». Le professeur qui est chrétien se charge de redresser certaines idées fausses.
« Après la classe, il y a des cours de doctrine, des catéchismes. Naturellement les élèves païens sont libres d’y assister. Eh bien, 400 enfants se font un plaisir d’y venir. Les Frères, comme les maîtres chrétiens, font divers cours. Les enfants catholiques apprennent la lettre du catéchisme et les plus grands ont un catéchisme de persévérance. Chacun à son tour doit soutenir une petite thèse d’apologétique et réfuter les objections.
La plupart des païens ont deux heures de cours parsemaine, d’autres trois, cinq et même six heures. Pour être admis au cours, il faut assister habituellement à la messe le dimanche ; environ 80 sont fidèles. Toutefois pour recevoir le baptême la permission des parents est requise.

RELIGIEUSES DU SAINT-ENFANT-JÉSUS. ─ « Les Religieuses continuent avec zèle et dévouement leurs divers travaux dans les écoles, orphelinats, ouvroirs, asiles ; elles visitent les malades et trouvent le moyen d’administrer bon nombre de baptêmes in articulo mortis.
« Elles dirigent deux écoles supérieures à Osaka et à Okayama, et une école spéciale à Kobé pour les enfants européens et eurasiens. Hélas ! le déficit dans les recettes de la Sainte-Enfance les met en grandes difficultés.

SAINTE-ENFANCE. ─ « L’œuvre de la Sainte-Enfance, conduite avec zèle et dévouement par M. Marmonier, a continué sa marche ordinaire. Toutefois, l’imprimerie, à cause du prix élevé du papier, de l’encre et des fournitures, a dû suspendre pendant quelque temps ses travaux.
« Le dispensaire de la Sainte-Enfance a secouru 624 petits enfants et a vu à sa clinique plus de 3.400 malades. »


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