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Rapport annuel des évêques

Année: 1917
Pays: Japon
Mission: Tokio
Rédacteur:Mgr Rey

CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon

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I. — Tokio

Population catholique 10.327
Baptêmes d’adultes 554
Baptêmes d’enfants de païens 791
Conversions d’hérétiques 4
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« L’année qui s’achève, écrit Mgr Rey, nous trouve aux prises avec les mêmes difficultés, les mêmes angoisses que l’année précédente. Plus que jamais nous plaçons notre confiance en Dieu qui nous soutiendra et nous protégera à l’avenir comme il nous a protégés dans le passé. De cette protection divine nous voyons la preuve dans le fait que nous n’avons encore abandonné aucun de nos postes, que toutes nos chrétientés, même éloignées, ont été visitées, sinon aussi souvent que par le passé, au moins d’une manière satisfaisante. Nous devons pourtant constater un léger fléchissement dans le nombre des baptêmes ; mais cela tient à des causes accidentelles et passagères.
Il est vrai que l’obstacle du shintoïsme, religion officielle et nationale, est toujours grand, et arrête beaucoup d’âmes droites et timides qui embrasseraient volontiers notre sainte religion. Obstacle à la conversion des infidèles, il peut être aussi, et il est malheureusement quelquefois une dangereuse pierre d’achoppement pour quelques fidèles occupant des situations officielles. Dans certaines circonstances ils ont à côtoyer de trop près ces cérémonies qu’en haut lieu on tient à faire passer pour les manifestations d’un culte purement civil. Quand on se chauffe au feu du gouvernement, on devient bien faible, la conscience a d’étranges et coupables défaillances : témoin saint Pierre dans le jardin de Caïphe.
Malgré ces craintes réelles qui ne se réaliseront pas, je l’espère, tous les missionnaires s’accordent à louer le bon esprit de leurs fidèles, l’accroissement de leur piété, leur empressement à venir en aide, souvent d’une manière touchante et généreuse, à la mission dans la crise que le monde traverse.
Je dois ajouter, pour rendre justice à tous, que le zèle et le dévouement de nos auxiliaires, religieux et religieuses, soit dans l’enseignement, soit dans les œuvres de charité, produisent des fruits de plus en plus abondants ; le niveau intellectuel et social de nos chrétiens, à Tokio surtout, s’est sensiblement élevé.
L’association des jeunes gens, « Seinenkai », formée en majeure partie d’anciens élèves de nos collèges catholiques, se réunit une fois par mois. Ces réunions, dans lesquelles sont traitées quelques questions religieuses, philosophiques ou même scientifiques, fournissent à nos jeunes gens l’occasion de se connaître, de se compter, et leur donnent du courage.
Une autre association, celle-là de dames, vient d’être fondée, avec son siège au couvent du Sacré-Cœur ; elle s’occupe de la confection et de la réparation des ornements du culte, et bien qu’à ses débuts, a déjà rendu de précieux services au diocèse. Ces œuvres, encore bien modestes, montrent que le catholicisme a jeté de profondes racines dans les âmes de nos néophytes.
Au milieu des inquiétudes et des angoisses de l’heure présente, la Providence nous a ménagé quelques douces joies.
Le 15 octobre 1916, j’avais le plaisir de bénir la nouvelle église de la paroisse d’Azabu, à Tokio, que M. Tulpin a pu élever uniquement avec les souscriptions de ses paroissiens, soit japonais, soit étrangers. Construite sur le modèle de la cathédrale de Tsukiji, cette charmante petite église répond mieux que l’ancienne chapelle aux besoins religieux de cette partie de Tokio, où la population augmentera rapidement, et où les chrétiens se multiplient.
Le 14 janvier 1917, j’ai eu le bonheur de conférer la tonsure à nos deux théologiens, prémices de notre séminaire reconstitué sous la direction de MM. Steichen, supérieur, et Wassereau, professeur de théologie.
Enfin le 15 juin 1917, nous nous réunissions tous à Yokohama pour célébrer les noces d’or sacerdotales de M. Evrard, vicaire général. Le vénéré jubilaire a chanté la grand’messe dans la chapelle des Dames de Saint-Maur, assisté à l’autel par son vieil ami, M. Villon, doyen d’âge des missionnaires du Japon, venu pour la circonstance de l’extrémité sud du diocèse d’Osaka, et par M. Cadilhac vicaire général titulaire. Compliments, congratulations de la communauté des Sœurs européennes et indigènes, des élèves des pensionnats européen et japonais, des enfants de l’orphelinat, séance littéraire et musicale, tout a été prodigué à son vénérable aumônier par le couvent des Dames de Saint-Maur. 1867-1917 ! qne de changements ont eu lieu au Japon pendant ces cinquante ans ! Arrivé en 1867, à l’époque des samurai et du « chonmage » (ancienne coiffure japonaise, d’aucuns disent même qu’il s’en est paré lui aussi pendant quelque temps pour se japoniser tout à fait), notre vénéré doyen a assisté à la révolution qui transforma le Japon, en le faisant passer de la féodalité au régime soi-disant constitutionnel. Il a vu les commencements pénibles des chrétientés japonaises, a assisté à la naissance du diocèse de Tokio. Puisse la divine Providence nous le conserver encore longtemps, et lui donner de voir le christianisme fortement implanté dans l’empire du Soleil levant !
Les rapports de nos chers confrères sont, comme par le passé, le résumé de leurs travaux, de leurs espérances, tantôt déçues, tantôt réalisées. En voici quelques extraits :
M. Cadilhac, doyen de nos missionnaires ambulants, qui parcourt sans trêve, sinon sans fatigue, ses trois immenses départements, me résume ainsi son travail de l’année : « Comme les 33 années précédentes, ma vie s’est passée par les chemins. On souffre un peu, et le bon Dieu fait le principal, conserve et entretient ces pauvres chrétiens dispersés en trop d’endroits. L’instruction religieuse, là où il y a un catéchiste, se fait régulièrement, et les enfants apprennent leur catéchisme, et partout où le missionnaire passe, il n’est guère question que de catéchisme. Mais là où il n’y a pas de catéchiste, et où le missionnaire ne peut aller souvent, l’instruction laisse à désirer.
« Une des consolations de l’année a été de constater que les mariages entre chrétiens et païens deviennent de plus en plus rares.
« Voici un autre sujet de joie que je crois bon de noter. J’avais dit à un chrétien que je voulais fonder trois bourses pour entretenir un séminariste de chacune des trois provinces de mon district, car donner des prêtres à la mission, est le meilleur moyen d’assurer son avenir. Ce chrétien, spontanément, me dit : « Père, si vous voulez bien accepter mon concours pour cette bonne œuvre je verserai mon aumône. » Et il le fait largement, suivant ses moyens. J’ai répété ces paroles et cité cet exemple aux personnes qui sont capables de les comprendre ; plusieurs d’entres elles ne se sont pas contentées de louer l’œuvre ; elles ont voulu aussi y participer. J’ai l’espoir qu’un jour dans ces familles, en récompense de cette charité, Dieu suscitera des prêtres pour son Eglise. »
M. Flaujac, dont malheureusement la santé n’est pas à la hauteur du zèle, enregistre 16 baptêmes d’adultes, et une abjuration qu’il raconte en ces termes : « Le converti avait été baptisé, il y a une quarantaine d’années, par les schismatiques russes. Peu après son baptême, il est revenu à ses anciennes superstitions. Il a parcouru toutes les étapes de l’erreur, adoré tous les dieux, est entré dans toutes les religions qu’il a pu rencontrer, mais nulle part il n’a trouvé la paix. Il est venu en tout dernier lieu à l’Eglise catholique de lui-même, voulant tenter sa dernière chance de salut. Il a étudié ; et après beaucoup d’ennuis et de difficultés, il a pu obtenir la conversion de toute sa famille. Il a fait son abjuration, et le même jour sa femme, ses enfants et petits-enfants, huit personnes, ont été régénérés par le baptême ; toute la famille est très fervente.
« Le plus grand événement de l’année à Asakusa, continue M. Flaujac, est la construction de la nouvelle salle de réunion que Votre Grandeur a daigné bénir le 1er juillet, jour de la fête patronale de la paroisse. Plus vaste et mieux aménagée que l’ancienne, cette salle est vraiment l’œuvre des chrétiens qui ont mis beaucoup de dévouement à l’élever. Les enfants eux-mêmes, non moins généreux que les grandes personnes, ont apporté leurs petites économies pour cette construction. »
Sur la paroisse de Tsukiji vient de mourir une jeune fille dont la vie pieuse et la fin édifiante montrent ce que peut la grâce de Dieu dans une âme droite. Fille d’un riche industriel des environs de Tokio, elle avait fait ses études à l’école protestante de Tsukiji, et y avait même reçu le baptême. Un jour, une brochure écrite par un de nos missionnaires sur le couvent des Trappistines de Hakodaté lui tombe sous les yeux. Ce fut pour elle un trait de lumière ; son âme droite et simple s’éprit de cette vie tout entière consacrée à Dieu. Elle s’empressa d’étudier nos livres catholiques, fit son abjuration, et depuis ce jour fut un vrai modèle de piété. Ses parents à qui elle avait confié ses désirs de vie religieuse, employèrent tous les moyens possibles pour la détourner d’une vocation qu’ils ne pouvaient comprendre. Mais à la fin, voyant sa détermination bien arrêtée, et pour ne pas la contrister inutilement, ils lui promirent de la laisser libre de suivre son attrait. J’avais remarqué cette jeune fille qui depuis longtemps, par n’importe quel temps, assistait régulièrement à ma messe, agenouillée pieusement dans un coin de l’église, indifférente à ce qui se passait autour d’elle, et recevant chaque matin la sainte communion. J’ai appris un jour son histoire et son désir d’embrasser la vie religieuse des Trappistines. Mais bientôt une toux sèche qui déchirait sa poitrine me fit comprendre que Dieu se contenterait de sa bonne volonté, et l’appellerait à Lui sans tarder. Je sus que quelques mois auparavant, par esprit d’humilité et de pauvreté, elle avait rendu à sa famille une magnifique montre en or, cadeau de son père, pour se contenter d’une modeste montre en argent, et qu’elle ne portait plus que des vêtements d’étoffe commune, ayant distribué à ses proches ses beaux et riches habits. Sa famille ne négligea rien pour conjurer la terrible maladie ; mais tout fut inutile. A son lit de mort, ses parents éplorés lui demandèrent si elle désirait encore quelque chose. « Je vais mourir et aller vers Dieu, répondit-elle. Cependant j’ai encore deux faveurs à vous demander : la première, c’est qu’à mon enterrement tout se passe selon le rite catholique, qu’aucun bonze ne soit appelé pour réciter des prières ; la seconde, c’est que vous vouliez bien étudier et embrasser la religion catholique dont je vous ai déjà parlé si souvent, afin que j’aie le bonheur de vous revoir tous un jour auprès de Dieu. »
Ses parents acquiescèrent de suite et facilement à la première demande. Le jour des obsèques qui furent aussi solennelles que possible, l’église se remplit d’une nombreuse assistance païenne qui se tint fort bien pendant toute la cérémonie si nouvelle pour elle, et parut vivement impressionnée par tout ce qu’elle vit. Le corps fut transporté ensuite au village natal, à quelques lieues de Tokio, et enterré dans le cimetière de la petite chrétienté de l’endroit. Tous les habitants étaient présents, les enfants des écoles rangés sur deux lignes pour rendre les derniers devoirs à la fille du grand industriel du pays. Les quelques chrétiens des environs étaient fiers et heureux de ces honneurs qui rejaillissaient sur leur religion. Combien les temps étaient changés. Le père de cette jeune fille, quelque trente ans auparavant, à l’âge de 16 à 17 ans, avait été en pension à Tokio dans une école protestante, pour y apprendre l’anglais. A la nouvelle que le jeune homme était entré chez les Yaso (nom populaire, plutôt méprisant, sous lequel on désigne les chrétiens au Japon), la population tout entière s’était émue, et était venue faire de très vives remontrances à la famille, craignant que quelque malédiction ne tombât sur le village. Aujourd’hui, ce même village accompagnait au cimetière catholique la fille de ce même homme qu’il aurait volontiers lapidé trente ans auparavant. Que réserve l’avenir à cette famnille ? Se conformera-t-elle à la seconde demande de sa chère défunte ? C’est le secret de Dieu ; il est si difficile aux riches d’entrer dans le royaume des cieux.
A Yokohama, grande ville cosmopolite où affluent les Japonais de toutes les provinces et les étrangers de tous les pays, la présence d’un missionnaire fort et actif serait de première nécessité ; mais la guerre a privé la paroisse japonaise de son titulaire. M. Evrard qui, devant le travail à faire, oublie facilement qu’il vient de célébrer ses noces d’or sacerdotales, essaie de suppléer à cette lacune avec l’aide d’un catéchiste et d’une sœur japonaise.
M. Pettier, chargé de la paroisse européenne de Yokohama voudrait bien un remplaçant que semblent réclamer et la perte de la vue et son âge : il célèbre en 1918 ses noces d’or de prêtrise. En attendant qu’il soit possible de faire droit à ce légitime désir, il continue son travail dans la mesure de ses forces, avec le secours de M. Spenner, aumônier du collège des Marianistes, toujours prêt à venir en aide au vénéré curé du Sacré-Cœur . »




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