| Année: |
1919 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 2.884
Baptêmes d’adultes 128
Baptêmes d’enfants de païens 148
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Nous sommes dans le pays de l’évolution, écrit Mgr Berlioz ; si vraiment il continue sa marche vers la civilisation, il faudra forcément qu’il s’arrête au monothéisme. Ce jour-là ne serait même pas éloigné, si l’enseignement public cessait de soumettre l’idée religieuse aux gaz empoisonnés des vaines philosophies, ou de la limiter à un nationalisme sournois.
La grippe a sévi partout dans la région ; elle a beaucoup éprouvé les Pères Trappistes, dont deux sont morts ; mais elle n’a pas eu de conséquences très fâcheuses dans les communautés de la mission et dans nos résidences. Nos excellentes auxiliaires, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, continuent leurs œuvres, malgré le malheur des temps, avec un dévouement inlassable. Leurs écoles regorgent d’élèves ; le personnel enseignant, en général non chrétien mais sympathique à nos œuvres, ne peut se mouvoir que dans les strictes limites du cadre universitaire, et les Religieuses, en matière de prosélytisme, n’ont d’autre droit, que de prêcher d’exemple. Elles se dédommagent, il est vrai, en dehors des heures de classe, mais toujours avec une prudente réserve. Elles sont plus au large dans leurs dispensaires, en face de la douleur humaine ; cependant, là encore, les exigences de la bureaucratie suppriment bien des occasions d’administrer le baptême. Le 22 juillet dernier, la Communauté des Sœurs de Saint-Paul de Hakodaté a célébré les noces d’or d’une grande baptiseuse, Sœur Onésime, qui est là depuis 1878, et que l’on connaît à vingt lieues à la ronde. Ah ! comme elle regrette l’heureux temps où son dévouement lui donnait le droit de pénétrer dans toutes les maisons ! Partout on la salue par son nom, un peu déformé sans doute, mais doublé d’un sens qui le fait retenir du premier coup : « Onésime » est devenu dans la bouche du public « Onézumi », ce qui signifie « souris ». La bonne Sœur en sourit la première et, depuis bientôt un demi-siècle, passe en faisant le bien, auréolée d’une légion de petits anges invisibles dont elle a soif d’augmenter le nombre. Que Dieu nous conserve longtemps cette vénérée Sœur !
A Morioka, l’établissement des Sœurs de Saint-Paul a failli devenir la proie de l’incendie, dans la nuit de Noël 1918. M. Pouget était tout à la joie de voir, à cette belle fête, une nombreuse assistance, où des païens se pressaient à côté des chrétiens. Mais au sortir de la messe de minuit, « changement de décor », écrit-il. Une estafette arrive en courant pour annoncer que la maison des Sœurs est en feu. Dieu merci la nouvelle était exagérée, mais, trois minutes plus tard, c’en était fait de leur établissement. Les Religieuses rentraient juste au moment décisif. Grâce à leur présence d’esprit et à leur savoir-faire, un grand malheur fut conjuré ; mais l’une d’elles dut expier son courage par des brûlures aux deux mains.
« Un voleur avait profité de l’absence des Sœurs, toutes à l’église, pour pénétrer dans la chambre de la Supérieure, où il comptait trouver de l’argent. Il fut déçu et l’on suppose que, pour effacer les traces de son forfait (fenêtre et contrevent brisés), il essaya de mettre le feu.
« En effet, les Religieuses trouvèrent, à leur retour, une paillasse en flamme, et un autre foyer sous l’escalier. Déjà le plancher et quelques meubles commençaient à flamber. Mais ce fut l’affaire d’un instant pour éteindre le tout. Par une miséricordieuse disposition de la Providence, j’avais commencé mes baptêmes dix minutes avant l’heure fixée. C’est que tous mes catéchumènes avaient quitté le parloir à temps et se trouvaient réunis auprès du bon Dieu peur compléter leur préparation. Nous commençâmes donc les cérémonies du baptême à dix heures vingt au lieu de dix heures et demie et, ces dix minutes, ont sauvé la situation : Deo gratias ! »
La fête de saint François-Xavier nous a réservé une joie bien douce : la renaissance spirituelle des femmes d’une chrétienté de la campagne. Braves femmes, mais plus que Marthe, ne voulant rien voir an dehors des soins absorbants de leur service domestique. C’est chez elles un préjugé d’éducation ; et celles du village de Nagano, baptisées depuis une trentaine d’années, s’étaient jusqu’ici montrées réfractaires à toutes les exhortations au Sacrement de Pénitence et au devoir pascal ; elles avaient été admises au baptême sous la garantie et ta tutelle de leurs maris, avec promesse de compléter plus tard leur instruction religieuse, car puisqu’elles ne savent ni lire ni écrire, il avait bien fallu se contenter du strict nécessaire. Mais laissées à elles-mêmes, elles se remirent bientôt à l’arrière-plan, laissant aux hommes l’honneur de pratiquer la religion, et se livrant toutes entières aux détails du ménage. A chaque visite du missionnaire, les hommes tâchaient bien de les raisonner mais sans trop s’en soucier ; somme toute, pensaient-ils, pourquoi témoigner une telle considération à l’être borné, ignorant, irresponsable qu’est une villageoise ? — Lorsque le jeune Père Irénee Hayasaka fut chargé de ces chrétientés, il vit bien que ses avis ne seraient pas plus efficaces que ceux de ses prédécesseurs. Témoin cependant de l’affabilité si humble et de l’inaltérable patience de la femme du catéchiste, il combina un plan qui permit à Héléna — c’est le nom de cette brave chrétienne — de séjourner auprès des vieilles réfractaires pour les amener au bercail. Grâce à Dieu, elle les prépara convenablement à la réception des sacrements, et elles étaient prêtes pour la Confirmation le jour de la fête de saint François-Xavier. Vraie fête, en effet, dans ce village écarté : l’humble hangar devenu chapelle était pavoisé, réception solennelle avec lecture d’un compliment mentionnant la résurrection spirituelle de la petite chrétienté, et se terminant par une délicate allusion à l’issue de la grande guerre. Après l’action de grâces, le photographe nous fit poser. Mais le vrai signe destiné à perpétuer la mémoire de cette fête, fut le vote d’un brancard laqué pour les funérailles. Voilà qui est bien japonais ! Mais tous les chemins conduisent à Rome et le missionnaire a eu l’occasion de constater que le moins fréquenté de ceux qui y mènent n’est pas celui que l’on prend au chant de l’In paradisum. Le luxe d’un brancard laqué est bien innocent, s’il devient un dérivatif de superstitions du culte des morts, encore si répandu dans l’Extrême-Orient.
Grâce à l’initiative d’un professeur de l’Université de Kyoto, M. Kinashi, auquel M. Faurie avait enseigné la botanique, lorsqu’il professait à Aomori, une salle de ladite Université portera le nom de notre cher confrère. Ses collections de plantes y seront exposées avec quelques objets lui ayant appartenu. C’est un riche japonais de Kobe qui a consenti à faire les frais de cette installation. Une fois de plus on aura le témoignage que la religion n’est pas l’ennemie de la science. Que Dieu en soit loué !
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