| Année: |
1920 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Tokio |
| Rédacteur: | Mgr Cadilhac |
CHAPITRE PREMIER
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Groupe des Missions du Japon.
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I. — Tokio.
Population catholique 10.502
Baptêmes d’adultes 465
Baptêmes d’enfants de païens 262
Conversions d’hérétiques 8
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L’événement capital de l’année, écrit M. Cadilhac, Vicaire Général, a été l’établissement de la Délégation Apostolique au Japon. Sa Sainteté Benoît XV a désigné, pour remplir cet office, un homme de sa droite dans la personne de Mgr Fumasoni-Biondi, archevêque de Dioclée. Son Excellence a pris possession canonique de sa délégation le 11 mars, dans la petite cathédrale de Tsukiji, et a reçu la plus chaleureuse réception. Toutes les paroisses de Tokio étaient représentées et, chacune à leur tour, elles ont ensuite fêté particulièrement le Délégué. Les communautés religieuses ont imité les paroisses. Aussi je crois savoir que Son Excellence a été très heureusement impressionnée.
Le nombre des baptêmes de l’exercice 1919-1920 ne diffère pas sensiblement de celui de l’année dernière. On en compte 976, dont 200 d’adultes, 265 d’adultes in articulo mortis, 8 d’hérétiques, 262 d’enfants de chrétiens. J’apprends avec bonheur que les catéchumènes sont en grand nombre dans tous les postes.
Comme toujours, le plus fort contingent d’adultes baptisés a été enregistré dans la ville de Tokio. M. Steichen en compte dix-sept pour la paroisse de Tsukiji : « A part une famille de trois personnes, dit-il, ce chiffre se compose d’unités gagnées péniblement, dont plusieurs appartiennent au monde des étudiants. L’un d’entre eux, Paul Miki, est un descendant de la famille du martyr de ce nom. »
Le P. Honjo, chargé de la paroisse du même nom, a su mener de front l’instruction de quinze catéchumènes et la construction d’une église, vrai monument pour le quartier. L’ancienne avait été brûlée en 1905, et, depuis, on s’était contenté d’une chapelle provisoire. Mais le nombre des chrétiens augmentant, on a dû préparer les plans d’un vaste édifice malgré le renchérissement de la vie. Le Père a fait appel à la générosité de ses chrétiens et ils ont répondu si largement à ce qu’il en attendait que dès le lendemain des fêtes de la bénédiction, le bilan des souscriptions et des dépenses donnait un léger reste à l’actif. Honneur à cette chrétienté !
M. Chérel, à Kanda, se félicite d’avoir pu compléter quelques familles chrétiennes par la conversion de ceux de leurs membres restés idolâtres lors de leur mariage. Ainsi sera assurée l’éducation chrétienne des enfants.
D’Asakusa, M. Lissarrague nous dit la joie que lui a causée la courageuse attitude d’une de ses jeunes paroissiennes menacée dans sa foi. « Il y a deux ans, écrit-il, Monique était mariée à un païen qui, sans difficulté, avait signé la feuille de promesses exigées en pareil cas de la partie infidèle. Pendant un an le ménage vécut dans une paix profonde, scellée, pour ainsi dire, par la naissance d’un enfant. Mais trois mois après, l’enfant étant mort, les parents du mari voulurent qu’on l’enterrât au temple ; et, sans doute, à l’instigation du bonze, ils entreprirent de détourner leur bru de la religion, en lui faisant signer un acte formel d’apostasie, contrepartie, disaient-ils, des promesses qu’on avait fait signer à leur fils sans leur consentement. Monique refusa nettement. »
Azabu présente, comme toujours, un beau chiffre de baptêmes, dont 51 d’adultes : « On constate, dit M. Tulpin, surtout dans la classe dirigeante, un mouvement accentué vers notre sainte religion. Nous avons eu la consolation d’administrer le baptême à la famille du vicomte Itakusa, descendant direct d’Itakusa Katsushiga, celui-là même que les anciens missionnaires appellent le vice-roi de Kyoto. Mon seul regret, c’est de ne pouvoir donner comme je le désirerais, une instruction encore plus sérieuse aux enfants. Ils sont si nombreux ! Pour obvier à cet inconvénient, j’ai divisé tout ce petit peuple par groupe de quinze, et chaque groupe a été confié à un des membres de l’Association Paroissiale du Sacré-Cœur. C’est merveille de voir comment chacun s’acquitte de ses fonctions de catéchiste volontaire. »
A Sekiguchi, M. Flaujac s’occupe de la paroisse et dirige en même temps le Séminaire, avec le concours de MM. Andrieu et Wassereau. A son retour de Rome, Mgr l’Archevêque pourra procéder à l’ordination de nos deux diacres. Ce sera un bon appoint pour remédier à la pénurie des ouvriers apostoliques.
Le Séminaire a été bien éprouvé par la mort d’un tonsuré, François Futatsuki. Ce séminariste mérite une mention spéciale. Dans la petite ville de la province de Chiba où, pendant sept ans, il fut maître d’école, il était universellement connu et estimé. Il y vivait comme un moine et employait ses honoraires pour de bien de ses élèves, dont plusieurs sont aujourd’hui de bons chrétiens. Frappé par ce zèle, le missionnaire chargé de ce district résolut de l’employer comme catéchiste et, dans ce but, lui proposa de le marier. Futatsuki ne se pressant pas de répondre, le missionnaire insista et quelques jours plus tard, il reçut cette réponse : « Un mendiant apprenant qu’il est nommé empereur serait bien content ; mais si, moi, je recevais de vous une lettre m’annonçant que je puis entrer au Séminaire, pour devenir prêtre, ma joie serait autrement grande. » Après cet aveu, il ne pouvait plus être question de marier Futatsuki ; on lui ouvrit le Séminaire.
A Yokohama, dans la paroisse de Wakabacho, M. Caloin trouve de nombreuses consolations dans son petit troupeau : tous les dimanches, sa chapelle provisoire est pleine et, les jours de grandes fêtes, nombre de chrétiens sont obligés d’entendre la sainte messe agenouillés dans le jardin. Les souscriptions pour construire l’église commencent à arriver. Dieu veuille que le geste d’une bonne âme permette d’achever l’œuvre !
M. Mayrand, un moment déchargé du district de Kofu, a dû le reprendre encore, après le départ de M. Demangelle, actuellement à Fukuoka pour soigner sa santé. Dans Hachioji même, et l’immense district qui en dépend, le cher Père se dépense avec une vigueur que lui envient maints jeunes missionnaires. En ce moment, à l’extrémité de la ville, dans le bourg de Moto Hachioji, il compte plusieurs familles qui se préparent au baptême ; et d’autres, ici et là, sont dans le même cas. On peut donc augurer une belle moisson pour l’année qui commence.
M Giraudias, malgré sa faible santé, se multiplie à Shidzuoka. Avec la paroisse de la ville, il administre trois autres postes où il se rend un dimanche par mois. De plus, il est chargé d’un cours d’instruction religieuse aux élèves de l’école supérieure des filles, tenue par les Dames de Saint-Maur.
A Nagoya, M. Beuve doit défricher un sol ingrat entre tous ; car, profondément bouddhistes, les habitants sont, en outre, réputés pour leur soif du lucre. Ce qui ne les éloigne pas peu du christianisme. Notre confrère enregiste cependant 14 baptêmes d’enfants in articulo mortis.
M. Cesselin écrit de son district de Matsumoto, où il vient de rentrer : « L’accueil des chrétiens au démobilisé de retour dans son poste, est bien fait pour faciliter sa reprise de contact avec une contrée, dont il avait déjà presque oublié les usages. Là où cet accueil va le plus directement au cœur, c’est dans ces maisons où, après les salutations des tout petits, les mères leur font balbutier les premières prières, pour montrer au Père qu’elles n’ont pas oublié leur rôle d’éducatrices chrétiennes. »
Au sujet de la presse, M. Steichen nous écrit : « Nos deux revues catholiques ont l’enviable privilège d’être lues dans les cinq continents, par suite de l’expansion du peuple japonais et de son avidité de savoir. Il est regrettable que nous ne puissions, sous le rapport de la presse, contenter ce peuple intelligent. Ce sont des publications hebdomadaires et quotidiennes qu’il nous faudrait ; mais comment les faire vivre actuellement.
Quant à nos œuvres de bienfaisance, on peut dire que leur prospérité n’a d’autres limites que les ressources dont nous disposons. A Gotemba, notre cher doyen, M. Drouart de Lezey, qui s’occupe des lépreux, a su intéresser à leur cause beaucoup d’âmes charitables parmi les païens, jusque dans le palais impérial. Nos dispensaires sont toutjours pleins de malades et il en résulte de nombreux baptêmes d’adultes.
Nos maisons d’éducation n’en sont plus à recruter des élèves ; toutes sont assaillies de demandes d’admission. Aussi peuvent-elles faire une sélection qui ajoute à leur bon renom. Sans doute, le nombre des élèves catholiques est encore bien minime si on le compare à celui des païens ; du moins, ceux-ci apprennent-ils dans nos écoles le respect de la religion, et ceux qui demandent le baptême après leur sortie sont de moins en moins rares. Notre jeunesse catholique à Tokio se groupe, s’organise et travaille avec zèle. Puisse ce zèle ne jamais s’écarter de la doctrine, de la charité, et de l’humilité !
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