| Année: |
1922 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Jacquet |
IV. — Hakodaté
Population catholique 2.775
Baptêmes d’adultes 126
Baptêmes d’enfants de païens 86
Conversions d’hérétiques 2
En l’absence de Mgr Berlioz, c’est son Vicaire Général, M. Jacquet qui nous adresse le compte rendu du diocèse.
« L’incendie de l’église et de tous les établissements de Hakodaté, écrit notre confrère, a été pour nous une bien grande épreuve, dont nous ne nous relèverons que difficilement. Mgr Berlioz, malgré ses soixante-douze ans et une santé précaire, a cru de son devoir de quitter momentanément son diocèse, pour aller en Amérique, quêter les fonds nécessaires au relèvement de sa cathédrale et des œuvres de la ville de Hakodaté. C’est les larmes aux yeux qu’il nous a quittés au commencement de juin et, de notre côté, ce n’est pas sans appréhension que nous l’avons vu entreprendre ce long et pénible voyage. Daigne le Bon Dieu nous le ramener bientôt en bonne santé, et réaliser les espérances qu’il avait en nous quittant.
Parmi les événements heureux de l’année, je dois signaler la visite de Son Excellence Monseigneur le Délégué Apostolique. Son Excellence a bien voulu passer deux jours entiers à Sendai, où elle a visité tous nos établissements. Malgré notre petit nombre, nous avons dû lui céder, pour remplir les fonctions de secrétaire, le P. Januarius Hayasaka, ancien élève de la Propagande. M. Chambon a été choisi comme représentant des Missions du Japon, à Paris. C’est un honneur mais c’est aussi une grande perte pour notre mission et surtout pour le séminaire, où il n’est pas facile de lui trouver un remplaçant.
Pour la première fois, nos chrétiens ont pris part, cette année, à l’œuvre du Denier de Saint-Pierre, et ils se sont montrés vraiment généreux.
Quelques confrères font suivre leurs feuilles, d’administration de quelques détails intéressants. Voici ce que m’écrit. M. Deffrennes, chargé de la ville de Fukushima et de trois ou quatre sous-préfectures environnantes : « Le poste de Fukushima progresse, mais à sa façon. J’ai pu baptiser enfin les quelques catéchumènes qui étudiaient la doctrine, depuis quelque temps déjà ; mais ces nouveaux chrétiens n’augmenteront pas mon petit troupeau. Si étrange que cela puisse paraître, j’ai travaillé pour le Brésil ! L’émigration au Brésil est, en effet, à l’ordre du jour dans le département de Fukoshima, parmi beaucoup de jeunes gens qui sortent des écoles d’agriculture, de sériciculture et autres. Devant vivre désormais dans un milieu catholique, ils ne tardent pas à se convaincre de la situation avantageuse que leur vaudrait la qualité de catholiques.
« C’est ainsi que j’ai vu, un beau matin, arriver chez moi cinq jeunes gens, ce nombre s’éleva bientôt à neuf, me demandant le baptême, à peu près séance tenante. Ils ne furent pas peu étonnés de mon peu d’empressement, et j’eus beaucoup de peine à leur faire entrevoir la nécessité des dispositions requises. Est-ce que l’Église anglicane ne délivre pas des certificats de catholicité, après une préparation plus que sommaire au baptême ? Trois jours au plus suffisent. Cependant, le chef de ce groupe d’émigration, un jeune homme de vingt-huit ans, ne voulait dans sa société que de vrais catholiques. Il fut décidé que le voyage serait renvoyé à l’année suivante.
« Certains sceptiques pourraient se demander ce que peuvent bien valoir les motifs qui ont inspiré la démarche de mes nouveaux catéchumènes. Ils ne valent rien en eu-mêmes ; mais, s’ils sont l’occasion qui fait pénétrer dans leur âme la lumière de la foi, ils ne sont pas un obstacle. Dieu aidant, mes jeunes gens ont fini par croire sincèrement et non pour des motifs purement humains. Leurs bonnes dispositions m’ont donné quelques consolations et ils m’ont ému quand ils m’ont promis de se faire apôtres parmi leurs compatriotes, et d’aider de leur mieux le missionnaire chargé de l’apostolat auprès des Japonais de l’Amérique du Sud. »
« Le Japon est surpeuplé de primaires, écrit M. Cesselin, et il ne faut pas être grand psychologue pour comprendre ce qui se cache derrière le sourire inquiétant de nombre de jeunes intellectuels, grisés par le succès d’une université née d’hier. Il est intéressant à ce sujet de lire la correspondance publique des Japonais voyageant à l’étranger, et surtout eu Europe, depuis la guerre… Puissent les dirigeants de l’Empire rencontrer le vrai Soleil Levant, nécessaire au grand jour de toute nation digne de ce nom. Voici ce que j’ai à signaler cette année : dispersion d’un certain nombre de chrétiens, maladies et absences plus fréquentes, mortalité exceptionnelle. »
M. Cornier m’écrit de son côté : « Durant le cours de cette année, mon attention s’est particulièrement portée sur les chrétiens de l’Eglise Russe, assez nombreux dans ma région. Des relations suivies avec les notables m’ont permis de constater que leur instruction religieuse est bien modeste et se borne souvent à quelques préjugés traditionnels contre l’Eglise Catholique. D’autre part, ils sont d’une droiture et d’une honnêteté à toute épreuve. Je dois dire que tous ou la plupart appartiennent à la classe noble militaire, où ces vertus étaient en honneur. Avec le temps et le secours de la grâce, peut-être ces braves gens rentreront-ils dans le giron de l’Eglise, dont ils sont si peu éloignés. »
M. Dossier a succédé à Morioka à M. Pouget, appelé à Sendai. Il trouve sa paroisse animée d’un excellent esprit et est plein d’espoir pour l’avenir.
Avant de terminer ce compte rendu, je ne puis ne pas parler de nos chères communautés et leur rendre le tribut d’hommage dû à leur zèle. Nous avons trois écoles, tenues par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres et reconnues par le gouvernement. L’une à Sendai et l’autre à Morioka donnent l’enseignement supérieur aux jeunes filles. La troisième à Hakodaté, à laquelle est adjoint un orphelinat de filles, s’occupe de l’enseignement ménager. Toutes ces écoles sont très prospères et jouissent d’une juste et bonne renommée. Tous les ans, aux examens, car c’est au concours qu’ont lieu les admissions, c’est par centaines qu’on se voit obligé de refuser les postulantes. Cette année même, 450 n’ont pu être admises. Il faudrait agrandir les locaux ; le gouvernement nous y pousse et donnerait même quelque secours, mais la pénurie de nos ressources et la cherté extraordinaire des matériaux nous rendent cette entreprise tout à fait impossible.
Les P.P. Trappistes, malgré la clôture sévère de leur monastère, sont connus de tout le Japon et admirés pour leur vie de prière et de travail. Que de visiteurs, témoins de leurs mortifications, s’en retournent pleins d’admiration ! Plus d’un même trouve là le chemin du salut. Les Trappistines se voient aussi dans l’obligation de refuser des admissions. Qui aurait pu soupçonner cela il y a vingt ans.
Ainsi l’œuvre de Dieu se fait, petit à petit il est vrai, mais elle se fait quand même .
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