| Année: |
1925 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Hakodaté |
| Rédacteur: | Mgr Berlioz |
IV. — Hakodaté
Population catholique 2.790
Baptêmes d’adultes 166
Baptêmes d’enfants de païens 156
Conversions d’hérétiques 8
Mgr Berlioz nous écrit : « Le 1er septembre 1923, à 11 heures 58 minutes, dans toute la région de la Capitale de l’Empire, la catastrophe imposait silence à l’Angelus de midi, pour donner la parole à l’Ange exterminateur : Dies illa dies irae et calamitatis ! Nous eûmes la profonde douleur de compter parmi les innombrables victimes notre cher confrère, M. Olivier de Noailles, enseveli sous les ruines de sa procure.
Un an après, jour pour jour, l’Ange de la Consolatrice des affligés, l’Angélus toujours, prenait possession du beffroi de la nouvelle cathédrale de Hakodaté, pour animer le pieux mémorial que les amis de notre regretté disparu avaient eu à cœur d’associer au son de la Salutation angélique.
En France, comme au Japon et ailleurs, nombreux et généreux se montrèrent ces fidèles amis ; leurs sympathies réunies eurent pour résultat sensible une belle cloche de mille kilos. L’artiste fondeur, cousin de notre confrère, M. Cesselin, a trouvé le secret de communiquer à l’airain des harmonies semblant être un écho du monde des âmes. A la base de la tour et bien en évidence, a été incrustée une plaque de pierre noire portant une inscription en français, suivant le désir de la famille de Noailles, — inscription qui auréole à un titre de plus son noble blason séculaire.
Dans le compte rendu précédent, nous faisions part de la perspective moralement certaine de l’établissement prochain d’une œuvre de Religieuses indigènes. Le 29 septembre 1924, une lettre de la Supérieure Générale des Sœurs de Nevers venait nous donner l’assurance du concours exigé par le Saint-Siège. Mais trois mois après, et par le même courrier que le Décret rétablissant à Hakodaté la résidence épiscopale, nous est arrivée une nouvelle lettre de Nevers, nous apprenant que les objections soulevées par la Communauté d’Osaka rendaient impossible d’un projet qui avait eu d’abord toutes les sympathies de la Maison-Mère. Il n’y avait qu’à incliner la tête et à attendre l’heure marquée par le Père Céleste. Cette heure sonnera, car dans Sa Lettre Apostolique, écrite aussi à la même date de la fête du grand Archange, Patron du Japon, mais un an après, Sa Sainteté juge déjà l’œuvre en ces termes : « ... novo Sororum indigenarum sodalicio... summa cum diaecesis utilitate. » Puissions-nous maintenant mériter par nos prières et notre application constante, que Notre-Seigneur daigne ratifier au plus tôt l’exécution d’une œuvre ainsi qualifiée par celui auquel Il dit : « Pasce agnos meos, pasce oves... »
Les lignes suivantes de M. Dossier, qui font honneur à son zèle, donnent aussi un consolant aperçu de la situation religieuse de Mirioka. De concert, avec un missionnaire de la Société du Verbe Divin, son voisin de district, une mission vraiment grandiose fut donnée à la population de Morioka pendant plusieurs jours. L’attraction du public fut causée par des séances de cinéma et, elle alla toujours crescendo ; on y compta plus de 3.000 spectateurs, qui se changèrent bien vite en auditeurs appliqués et sérieux. Si les vérités exposées par les missionnaires n’ont pas eu tout leur épanouissement immédiat, on peut croire que la sentence germera tôt ou tard dans le cœur des âmes de bonne volonté.
« Comme l’an dernier, écrit M. Dossier, j’ai fait du catéchisme à grande dose, distribué des livres de religion, donné quelques conférences. Nous avons eu l’honneur de recevoir M. l’Amiral Yamamodo qui a bien voulu adresser la parole aux chrétiens dans la salle de réunion. Il a édifié tout le monde par sa piété et la ferveur de son accent. Les conférences au public de Morioka ont été également un succès. Eh bien ! de tout cela, c’est encore la jeunesse qui a profité le plus et si, parmi mes catéchumènes, j’ai plusieurs personnes d’âge mûr et de situation respectable, ce sont surtout les jeunes gens qui font mon espoir. Ils aident au moins à combler les vides creusés par les départs.
J’ai perdu dernièrement un de mes meilleurs chrétiens de la campagne, Joseph Kosaka, de Fukuoka. Il était couché depuis deux ans, mais supportant sa maladie avec une patience admirable : « J’ai tout ce que j’avais désiré, disait-il, la solitude, la prière et la souffrance. » Il avait quatre enfants dont il voulait à tout prix faire des prêtres. « Mon- Dieu, s’écriait-il, si ce n’est pas Votre Volonté de les appeler au sacerdoce, du moins retirez-les de ce monde avant l’âge de sept ans. » Sa prière a été trop bien exaucée, puisque trois sont morts déjà à un an d’intervalle. L’aîné seul reste, et voici le testament de son père : « Si mon fils ne peut devenir prêtre, ni trappiste, ni catéchiste, alors, s’il le veut, qu’il devienne un vagabond, car hormis de travailler à la gloire de Dieu, je ne vois rien à lui conseiller. » Il est mort comme un saint ; sa mère encore païenne en était dans l’admiration ; elle m’a raconté des traits vraiment édifiants.
J’ai baptisé aussi in articulo mortis le Directeur de l’Ecole primaire de la même localité. Lui aussi s’est montré plein de foi et de joyeuse résignation. « Si mon corps doit recouvrer la santé, disait-il, c’est à la vie éternelle de mes compatriotes que je la dépenserai. » Il est mort huit jours après. »
Dans le courant de l’année, M. Montagu a eu la joie de découvrir dans le Sud de la Mission, près de la ville de Taira (33.000 habitants) une colonie d’une cinquantaine de descendants d’anciens chrétiens, venus du diocèse de Nagasaki pour travailler à l’exploitation des mines de charbon de Fujiwara. C’est grâce à leur réputation d’honnêtes et loyaux travailleurs qu’ils furent appelés par la grande Compagnie de Mitsui. Elle voulait même décupler leur nombre, afin de se garantir de l’élément socialiste ou bolcheviste qui s’étend comme une gangrène sociale. Mais, dit-on, les charbons de Mandchourie sont de qualité supé-rieure et à meilleur marché. Cela n’influera-t-il pas sur la vogue de nos mines de Fujiwara ? Bref, le prêtre japonais, M. Hayasaka major, a été désigné pour prendre soin de cette intéressante chrétienté en même temps qu’il préparera les voies à l’établissement d’une résidence dans la ville de Taira, où nous comptons quelques néophytes et catéchumènes venus d’ailleurs. Dieu veuille que l’apport des émigrés de Nagasaki contribue avec efficacité à l’évangélisation de toute cette région du Sud-Est, qui est la côte d’azur du diocèse d’Hakodaté.
Un autre puissant moyen de féconder nos humbles efforts nous viendra de l’établissement de l’Œuvre de Prières et de Messes pour la Conversion des Infidèles, Œuvre confiée par le Saint-Siège au grand Ordre de Citeaux qui a deux monastères sur notre territoire. Nombreuses sont les adhésions, et pour en garantir l’importance comme aussi la perpétuité, le calendrier japonais de la Mission fixe le jour du mois où chacun devra faire honneur à ses engagements. Le geste vraiment privilégié et tout spontané, avec lequel Sa Sainteté Pie XI a approuvé l’Œuvre en s’y enrôlant lui-même, n’est-il pas pour tous, pasteurs et troupeaux, une puissante invitation à se rappeler la parole de Celui qui a dit : Sine me, nihil potestis facere ?
Nos trois communautés des Sœurs de Saint-Paul de Chartres gagnent de plus en plus la confiance du public, à cause de l’excellent esprit qu’elles font régner dans leurs écoles. Le local n’est plus proportionné au nombre croissant des demandes d’admission ; c’est par centaines que les refus se comptent.
Leurs dispensaires se ressentent des conditions avantageuses des hôpitaux officiels ou publics, où les soins sont donnés gratuitement. D’autre part, les progrès vraiment remarquables réalisés dans la médecine rendent de moins en moins fréquentes les occasions de donner le baptême aux malades. Du reste, les visites à domicile des Sœurs infirmières se heurtent souvent à un double obstacle : celui des médecins diplômés qui ont la loi pour garantir leur monopole, et celui qui provient du refus des membres de la famille.
Malgré toutes ces difficultés, nos dévouées Religieuses continuent de glaner des âmes régulièrement, quoique en moins grand nombre, et la clientèle du dispensaire qui a fait l’expérience de la religieuse et maternelle application avec laquelle les Sœurs pansent les plaies, ne regrette pas de verser la contribution obligatoire fixée par la corporation des médecins. Somme toute, nos vaillantes coopératrices exercent un apostolat fécond et d’autant plus méritoire qu’elles y rencontrent plus de difficultés. Ce dévouement héroïque leur méritera un jour les plus grandes consolations. »
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