Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1925
Pays: Japon
Mission: Tokyo
Rédacteur:Mgr Rey

CHAPITRE PREMIER
____



Groupe des Missions du Japon

~~~~~~~


I. — Tokyo.

Population catholique 10.801
Baptêmes d’adultes 576
Baptêmes d’enfants de païens 329
Conversions d’hérétiques 20


Le Japon tout entier, écrit Mgr Rey, mais particulièrement la région de Tokyo et de Yokohama si cruellement éprouvée il y a deux ans, viennent de célébrer encore une fois l’anniversaire du tremblement de terre et de l’incendie du 1er septembre 1913. Cette commémoration, peut-être un peu moins solennelle dans ses manifestations que celle de l’an dernier, n’en a pas été moins touchante : elle rappelle des souvenirs trop douloureux pour laisser les cœurs insensibles. Toutefois, la situation est très différente de ce qu’elle était l’an dernier : pendant ces deux années, bien des ruines ont été réparées, bien des larmes séchées, et le temps qui est le grand guérisseur a déjà fait son œuvre sur le peuple japonais, doué d’une forte dose de philosophie et mieux habitué que nous, par une expérience de plusieurs siècles, à ces convulsions de la nature.
Les tremblements de terre n’ont pas cessé ; cesseront-ils jamais au Japon ?... mais les secousses sont devenues plus rares et plus légères, et partout on s’est mis énergiquement au travail pour réparer les ruines, rétablir les moyens de communication et faire disparaître peu à peu l’aspect chaotique de la région.
A Tokyo, si les centaines de touristes, venus d’Amérique ou d’ailleurs, peuvent se plaindre encore de l’encombrement, de la saleté des rues transformées en marais les jours de pluie si nombreux ici, quand on pense au travail formidable que l’Administration de la Ville avait devant elle, on se sent porté à la patience, à faire confiance à ceux qui ont la responsabilité d’une pareille tâche et à reconnaître volontiers que de grands progrès ont été déjà accomplis.
A mon arrivée à Tokyo, en 1882, la Capitale avait 600.000 habitants environ ; elle en a 2.000.000 aujourd’hui, et l’on compte, à la périphérie, environ quinze villes de plus de 80.000 habitants chacune, qui seront bientôt englobées dans la Capitale pour former « le plus grand Tokyo », lequel aura alors plus de 4.000.000 d’habitants. Chaque jour, les Compagnies de tramways, d’autobus, de chemins de fer électriques déversent près de 200.000 employés dans le centre de la ville, près de la gare centrale, aux abords du Palais Impérial. Quelle tâche presque surhumaine pour assurer ce service et reconstituer la ville dévastée !
Yokohama avait beaucoup plus souffert que Tokyo. Il y faudra refaire entièrement les rues, tout ayant été détruit, par le tremblement de terre : conduites d’eau et de gaz, égouts, réseau téléphonique souterrain... L’ancienne concession, ou quartier des Etrangers, est restée à peu près dans le même état qu’au lendemain de la catastrophe. Quelques tentatives de résurrection ont été faites ; quelques maisons en bois, sans prétention à aucun style, ont été élevées pour les bureaux des Consulats, des Compagnies de Navigation, des Banques étrangères, mais leur isolement dans ce vaste quartier autrefois si animé, leur architecture plus que modeste que des couches de peinture très variées parviennent difficilement à embellir, tout ce panorama de « baraques de champ de foire » laisse dans le cœur des vieux résidents du Japon une impression de tristesse en évoquant le souvenir des nombreuses victimes dont les ossements calcinés restent encore enfouis sous les débris des maisons détruites.
C’est pour le port de Yokohama que l’effort de reconstruction a été le plus complet. En deux ans la Ville et le Gouvernement y ont dépensée seize millions de yens et il est aujourd’hui très supérieur à ce qu’il était avant le tremblement de terre. La ville aux maisons provisoires en bois a, d’une façon générale, repris son ancienne activité et son importance ; elle compte de nouveau plus de 400.000 habitants et ne court plus le danger, redouté au début, de se voir supplantée et remplacée par le port de Kobé. Ces détails sur l’état matériel de la partie la plus importante du diocèse de Tokyo m’ont paru nécessaires pour mieux faire comprendre l’état actuel de notre Mission.

Les établissements de la Mission, à Tokyo, Yokohama et dans les petites villes voisines, églises, presbytères, maisons d’œuvres, écoles, ayant subi le sort commun, c’est-à-dire ayant été fortement endommagés ou détruits par le tremblement de terre, il ne nous restait qu’à faire comme tout le monde : recommencer ; tirer le meilleur parti possible de nos ruines et assurer le service religieux des chrétiens rescapés. Après quelques jours ou quelques semaines de stupeur bien naturelle, chacun se mit résolument à l’œuvre. Mais notre initiative dut nécessairement se soumettre à deux conditions, à deux lois inéluctable pourrais-je dire, qui resserraient nos projets à la manière d’un étau : D’une part les ressources ; d’autre part, les nouveaux règlements formulés par le Bureau de reconstruction établi par le Gouvernement dans chaque ville sinistrée.
Nous avons dû tout d’abord assurer la marche ordinaire de la Mission, le viatique des Missionnaires, des Catéchistes, maintenir notre Séminaire et les établissements de la Sainte-Enfance, aider les chrétiens les plus délaissés et élever des constructions provisoires pour assurer le service paroissial, loger le catéchiste et le missionnaire. Tout cela fut fait en moins de trois ou quatre mois. Ces constructions sont très modestes sans doute, peu confortables, mais elles s’harmonisent fort bien avec les autres baraques dont se contentent aujourd’hui les habitants de Tokyo ; elles ne sont ni plus belles ni plus misérables. Eussions-nous eu même plus de ressources, il eût été, je crois, de mauvais goût et de mauvaise politique d’entrepren-dre des bâtisses à aspect plus monumental qui auraient semblé être un défi jeté à la misère du voisinage païen, aigri par le malheur.
Aux restrictions imposées par nos ressources se sont ajoutées celles des règlements formulés par les Bureaux de Reconstruction établis dans les grandes villes sinistrées.
Au début, on a vu grand, trop grand peut-être. L’idée lancée par quelques journaux de transporter le siège du Gouvernement et la résidence de l’Empereur à Kyoto, ancienne capitale de l’Empire du temps des « Shoguns », a été vite abandonnée. Le Gouvernement lui-même a protesté contre une idée aussi rétrograde et de suite a décidé de faire de Tokyo une capitale plus belle, plus saine et mieux adaptée aux conditions modernes de la vie. Le Bureau de Reconstruction revêtu d’une mission si haute et si difficile s’est mis aussitôt à l’œuvre. On a fait venir un Américain spécialiste en la matière ; on a fait plans sur plans, entassé Pélion sur Ossa, projeté d’ouvrir de grandes artères, des rues dans les quartiers trop populeux, afin de diminuer les dangers d’incendie et de permettre à la foule de s’écouler. Mais il a fallu vite déchanter. Le mouvement vraiment admirable de charité ou de solidarité qui remua tout le Japon en face d’un pareil cataclysme s’apaisa peu à peu. Tokyo seul vit partir plus de 1.200.000 de ses habitants, en quête de parents plus ou moins éloignés. On avait cru que ces rescapés, nés à la campagne, reprendraient volontiers leur place dans les champs délaissés ; il n’en a rien été et la Capitale par son attirance a eu vite fait de les récupérer. Néanmoins on ne peut qu’admirer la solidarité qui existe entre tous les membres d’une parenté. « Je n’aurais jamais cru avant le tremblement de terre, me disait une bonne vieille païenne de province, avoir tant de parents à Tokyo. Sept sont venus se réfugier chez nous ; tout y a passé. Mais « Shikata ga nai ». Et par ce mot qui veut dire « il n’y a rien à faire » elle exprimait parfaitement la force du lien qui unit tous les membres d’une même famille, surtout dans l’adversité. On ne peut s’empêcher d’admirer ce beau côté de la nature japonaise.
La politique s’est vite mêlée à ces beaux plans de reconstruction : bien des projets grandioses ont été abandonnés, mais l’idée directive de ces plans divers a résisté à tous les changements de ministères, de maires de Tokyo et de directeurs du Bureau de Reconstruction. Les habitants sont rentrés en grande partie. Les marchands ont été autorisés à rebâtir, sur l’emplacement de leurs magasins brûlés, de nouvelles boutiques et résidences, mais toutes ces bâtisses ne doivent être que légères et provisoires ; l’Administration de la Ville se réserve le droit de les faire enlever, dans deux ou trois ans, sans indemnité, si les plans de reconstruction exigent le percement d’une nouvelle rue, ou l’élargissement d’une ancienne. L’annonce officielle de ces plans sera faite, dit-on, au printemps prochain. Nous n’aurons alors qu’à faire comme tout le monde et nous soumettre à ces règlements établis pour le bien commun. La ville prélèvera dix pour cent sur tous tes terrains sinistrés, c’est-à-dire que chaque propriétaire se verra enlever dix pour cent de sa propriété, sans compensation aucune si l’on a besoin de son terrain pour ouvrir une nouvelle voie, et l’on devra payer en espèces dix pour cent de la valeur de sa propriété si celle-ci est épargnée. C’est l’impôt forcé. D’autres surprises nous attendent-elles ? Nous n’en savons rien.
De ces explications préliminaires nécessaires pour bien connaître notre situation à la fin de 1923, je conclus que la seule marche à suivre était celle que l’Administration de la Mission, après mûre réflexion, a jugé bon de suivre. Sans doute, c’eût été un beau geste de jeter dans le gouffre toutes nos ressources alors disponibles, pour essayer de faire un peu mieux que le provisoire que nous avons aujourd’hui ; mais ce n’eût été quand même que du provisoire destiné à durer tout au plus de six à sept ans et devant faire place à des bâtisses plus sérieuses et définitives, si toutefois, au Japon surtout, on peut faire du définitif. J’ai tenu mon cœur à deux mains, fermé mes oreilles à toutes les demandes qui ne cadraient pas avec le plan arrêté par l’administration diocésaine et je crois que les résultats obtenus nous ont donné raison.

Tokyo compte six paroisses, Yokohama deux. — Je laisse de côté pour le moment les trois postes à peu près détruits dans les environs de Yokohama. — Des six paroisses de Tokyo, celle d’Azabu souffrit relativement peu, et répara facilement ses dégâts ; celle de Sekiguchi, devenue cathédrale depuis la destruction de Tsikiji, fut un peu plus éprouvée. La nouvelle cathédrale résista aux secousses du tremblement de terre : sa carcasse en bois ne souffrit nullement, mais le revêtement en briques des bas côtés s’effondra ; il fallut le refaire en grande partie. Il fallut en outre réparer les toits du séminaire, de l’école de la Sainte-Enfance et de l’unique maison qui nous resta pour loger les missionnaires et servir de magasin à la procure. Il fallut se hâter de faire ces réparations avant l’arrivée du mauvais temps et malgré le prix de la main-d’œuvre ; on fit le nécessaire et rien de plus.
Les quatre autres paroisses de Tokyo — Tsukiji, Honjo, Asakusa et Kanda — avaient été détruites complètement ; les deux de Yokohama avaient subi le même sort. La pénurie de nos ressources, l’ignorance des plans du Bureau de Reconstruction ne nous permettaient pas les grandes constructions. Puisque tout le monde élevait des baraques provisoires, qu’il était urgent de rétablir aussi vite que possible le service religieux des paroisses, on suivit le mouvement général et, en très peu de temps, cinq paroisses purent offrir aux chrétiens une modeste mais grande salle, assez spacieuse pour contenir les paroissiens, et une petite demeure au missionnaire et au catéchiste. L’installation est modeste mais suffisante et ne le cède nullement aux maisons japonaises qu’ont servi d’église et de presbytère au début de la Mission ; les missionnaires d’aujourd’hui ont accepté, avec le même esprit de sacrifice et de foi, ce retour forcé à la pauvreté de Bethléem. La seule paroisse de Honjo a subi quelque retard dans son rétablissement ; mais ce retard lui a valu d’être la première rétablie à peu près complètement : Cet arrondissement, « la Villette de Tokyo », occupe d’anciens marais ou des rizières qu’on a comblés ; le tremblement de terre qui y causa d’affreux ravages et y fit un nombre considérable de victimes, produisit un affaissement du sol et transforma la plus grande partie de ce quartier en marécage. Je me rappelle qu’accompagnant Mgr d’Osaka dans la visite de charité qu’il voulut bien nous faire vers la fin de septembre, nous fûmes obligés de nous arrêter à cinquante mètres des ruines de l’ancienne église de Honjo ; l’eau atteignait les essieux de notre voiture.
Après de longs et vains efforts pour trouver dans cet arrondissement un endroit plus élevé, à l’abri des inondations, je fus obligé de garder l’ancien emplacement de la paroisse. L’hiver fut employé à combler ce marais en exhaussant le terrain de plus d’un mètre. Les quelques chrétiens restés sur la paroisse allaient à la messe à l’église assez proche d’Asakusa : près de 200 chrétiens avaient péri dans le cataclysme, les autres s’étaient réfugiés en province ; au printemps, ils commençaient à rentrer à Tokyo et ne manquaient jamais de venir à l’Archevêché voir leur curé, un digne prêtre Japonais, auquel ils étaient très attachés.

Pendant ces quelques mois, les installations provisoires des autres paroisses étant achevées, les dons grands et petits venus de toutes les parties du monde catholique nous avaient permis de regarder l’avenir avec plus d’assurance. Nous pûmes dès lors songer à allouer à chaque paroisse sinistrée un secours moins modeste que celui qui avait été consacré aux installations provisoires. Chaque paroisse ayant droit à la même somme, Honjo qui n’avait fait encore aucune installation put élever une grande et assez belle bâtisse de style japonais, contenant église et presbytère. J’étais le jour de la bénédiction de l’église encore plus heureux que les chrétiens qui me remerciaient chaleureusement.
Tsukiji, ancienne concession étrangère de Tokyo, petit quartier occupé uniquement par des hôpitaux, écoles, établissements religieux de toute dénomination, autrefois siège de la Cathédrale et de l’Archevêché, dont l’importance du reste diminuait chaque jour par le départ successif de ses habitants étrangers allant s’installer dans d’autres quartiers de la ville, a reçu du tremblement de terre comme un coup de grâce, au moins pour le moment. Le titulaire du poste, M. Giraudias, y a élevé une jolie petite chapelle suffisante pour le nombre actuel de ses paroissiens encore diminué par la catastrophe. Il a ouvert une école enfantine et se déclare très satisfait de sa nouvelle installation. La largeur des rues avoisinantes et les baux perpétuels en vertu desquels nous possédons ce terrain semblent devoir le mettre à l’abri de toute expropriation.
Asakusa aura bientôt sa nouvelle église, élevée sur l’emplacement de l’ancienne ; elle pourra contenir de douze à quinze cents fidèles. Je compte la bénir à la fin de l’année. Il a fallu bien des pourparlers et de la patience au titulaire, M. Lissarague, pour obtenir la permission de bâtir : La Ville, qui voulait d’abord couper notre terrain par deux voies nouvelles, y a renoncé. Avec cette construction « définitive » que le secours alloué par la Mission joint aux contributions des chrétiens, aux dons fournis par le missionnaire, a permis d’élever, la paroisse recevra certainement un surcroît de vie et reverra les beaux jours d’antan.
Kanda reste dans le statu quo pour le moment. La vie paroissiale y est aussi florissante qu’autrefois, mais le Bureau de Reconstruction ne voulant encore rien statuer pour ce quartier, on ne peut songer à entreprendre une construction définitive.

Yokohama a tout perdu : la belle église du Sacré-Cœur, sur le Bluff, transportée par les soins de notre vénéré doyen, M. Pettier, de la ville basse au sommet de la colline, dont les deux clochers dominaient toute la cité, s’est écroulée comme un château de cartes. Notre grande maison, qui logeait le curé de la paroisse, M. Lebarbey, l’aumônier du couvent de Saint-Maur et tous les prêtres de passage à Yokohama, s’est écroulée aussi, tuant le curé si aimé de ses paroissiens et ensevelissant sous ses débris M. Lemoine, qui ne dut la vie qu’aux efforts de son sacristain. Les survivants étrangers se hâtèrent, dans le premier moment de stupeur, de quitter ce charmant pays ou de se transporter à Kobé. M. Lemoine, resté presque seul, put s’installer dans un bâtiment en ciment armé dépendant du Collège Saint-Joseph et chercha à grouper les quelques catholiques survivants, étrangers et japonais. L’année suivante, le calme revenant, les anciens paroissiens réintégrant peu à peu Yokohama, il songea à se réinstaller sur l’ancien terrain et après beaucoup de peine et d’efforts, parvint à élever une grande bâtisse servant de chapelle et de presbytère ; une salle d’œuvres vient d’y être ajoutée. Cette installation peut suffire pendant plusieurs années encore. Quand Yokohama aura retrouvé un peu de son ancienne splendeur, on pourra faire mieux, car le terrain est vaste.
La paroisse japonaise de Wakabacho, à Yokohama encore, subit le même sort que sa sœur du Bluff. Là encore tout fut détruit, renversé, brûlé. Le missionnaire, M. Caloin, put à grand peine s’échapper ; réfugié chez M. Breton, à Omori, à moitié chemin entre Tokyo et Yokohama, il allait le dimanche dire la messe chez un chrétien de Yokohama et se mettait à la disposition de ses paroissiens. Il obtint gratuitement de la Préfecture une provision de bois et put ainsi bientôt élever une baraque servant d’église, de presbytère et de logement pour le catéchiste. Il exhaussa ensuite le terrain d’un mètre environ ; ce travail nécessaire et urgent fut fait assez rapidement ; il nous a coûté — pour nos deux mille mètres carrés — 7.000 yens, plus de 60.000 francs. Ces prix montrent mieux qu’un long discours, les difficultés de notre tâche. Et voilà qu’au moment où j’écris ces lignes, tandis que nous projetions un établissement définitif, surviennent les mandataires du Bureau de Reconstruction qui nous proposent l’alternative ou de quitter Wakabacho pour aller ailleurs sur un terrain qu’on nous fournirait, ou de rester à peu près à la même place, sauf à perdre naturellement l’impôt forcé de dix pour cent en nature.

En quittant Yokohama, nous rencontrons sur notre route les trois petits postes d’Odawara, de Kamakura et de Yokosuka. A Odawara, nous avons acheté un nouveau terrain, bâti une chapelle provisoire, en attendant que la vente de l’ancien terrain nous permette de faire mieux. A Kamamura, nous espérons élever, l’an prochain la petite église que tout le monde attend. La colline de Yokosuka, sur laquelle se dressait notre petite chapelle et la maison du catéchiste, s’est effondrée à moitié. Il en reste assez pour contenir les constructions du poste, mais nous ne pouvons songer pour le moment à bâtir un mur de soutènement dont le prix nous ruinerait.
Voilà, assez détaillée, la liste des tués et des grands blessés, pour employer un terme mis en usage pendant la guerre. La situation n’est pas encore brillante, mais tout de même, de grands progrès ont été réalisés : Nous les devons à Dieu d’abord, qui a soutenu le courage et l’esprit de sacrifice de tous les ouvriers apostoliques, puis à nos généreux bienfaiteurs qui, de foutes les parties du monde, sont venus à notre secours. Que le bon Dieu leur rende au centuple le bien qu’ils nous ont fait.

Nos chers auxiliaires dans les œuvres si importantes de l’éducation et de la bienfaisance ont passé, eux aussi, par le creuset des souffrances et de la tribulation. Ce n’est pas sans émotion que je me rappelle les nobles victimes du Couvent de Saint-Maur, à Yokohama : dix religieuses ensevelies sous les décombres avec de nombreuses enfants. Je suis sûr que c’est grâce à leur intercession que leur couvent si aimé a pu être relevé, leur école reconstruite sur un plan plus beau et plus vaste. A Tokyo, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres offrirent aussi à Dieu une victime, et virent leur magnifique établissement détruit ; elles ont élevé des constructions en planches parfaitement adaptées aux besoins scolaires, car leur école est restée florissante ; mais la résidence des religieuses est plus que modeste, trop peu confortable et il est grandement à désirer que tous les pourparlers en cours avec le Bureau de Reconstruction finissent au gré de leurs désirs.
L’établissement des Dames de Saint-Maur à Tokyo a relativement peu souffert, sauf la chapelle qui a été détruite et va être sous peu remplacée par une nouvelle plus grande et plus commode. Les Dames du Sacré-Cœur ont eu bien des dégâts à réparer, des ruines à relever ; aujourd’hui tout est à peu près fini et leur établissement continue de prospérer.
Les Marianistes de Yokohama qui nous avaient quittés pour aller à Kobé, où ils avaient suivi leurs élèves, sont revenus, à notre grande joie, et nous espérons que sous peu le Collège Saint-Joseph retrouver sa splendeur passée.

La Ville de Tokyo, grâce à l’acquisition que nous avons faite de trois nouveaux terrains, aura bientôt neuf paroisses. Ce ne sera pas de trop, étant donné son étendue et l’influence qu’elle a déjà et aura de plus en plus pour l’évangélisation du Japon. Nous ne pouvons que remercier Dieu de nous avoir fourni les moyens de développer nos œuvres, surtout à un moment où tout semblait perdu.


~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam