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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Japon
Mission: Nagasaki
Rédacteur:Mgr Thiry

II. — Nagasaki.

Population catholique 63.025
Baptêmes d’adultes 351
Baptêmes d’enfants de païens 372
Conversions d’hérétiques 10


« Le bon Dieu, en même temps qu’il éprouve ses serviteurs, écrit M. Thiry, Vicaire Capitulaire, ne manque pas de déverser sur eux ses dons célestes. Nous Le remercions d’avoir bien voulu bénir leurs efforts et leurs travaux : Le bilan de l’année donne un total de 3.007 baptêmes dont 2.284 d’enfants de chrétiens et 351 d’adultes. Les confessions entendues sont au nombre de 185.925 et nous avons une gerbe de 518.811 communions. Le rapport entre le nombre des confessions et des communions et celui du personnel témoigne autant de la ferveur des chrétiens à s’approcher des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie que de l’assiduité des prêtres au confessionnal.
Partout on constate une assistance plus sérieuse au catéchisme donné par nos 540 catéchistes dans les anciennes chrétientés. Petit à petit chaque paroisse possède sa jeunesse catholique organisée. Un effort se fait pour unir les divers groupements en une vaste organisation diocésaine. La ville de Nagasaki, avec ses quatre paroisses, est en voie de la réaliser et a déjà réussi de belles réunions.
L’adoration perpétuelle continue à être célébrée chaque dimanche dans une ou plusieurs églises du diocèse ; les curés n’ont aucune difficulté à trouver des adorateurs pendant la durée de l’exposition du Saint Sacrement et l’on constate un renouveau de piété envers la Sainte Eucharistie dans beaucoup de paroisses.
Cette année a vu arriver dans la Mission les Pères Salésiens de Don Bosco, appelés à défricher une partie de ce grand Kyushiu. Ce rapport nous permet de leur souhaiter de nouveau la bienvenue et les plus grands succès dans leur nouveau champ d’action.
Un autre événement très heureux aussi, qui ne manquera pas d’attirer les bénédictions du Ciel sur le diocèse, c’est l’installation des Pères Trappistes dans le département de Fukuoka. Leur monastère est encore bien incomplet mais ils espèrent pouvoir faire avant l’hiver les améliorations les plus urgentes.
Un autre bienfait de Dieu, c’est le transfert de notre Séminaire de Nagasaki à Urakami, sur une petite colline non loin de la grande église paroissiale. Depuis sa fondation en 1875, après les combles de l’évêché il avait connu comme résidence le petit bâtiment situé près de la cathédrale. Le séminaire se trouvait rempli avec ses 30 à 40 élèves qui dévoraient toutes les ressources. Le nouveau séminaire a été terminé en novembre dernier ; il a été aménagé pour 40 élèves, mais les bâtiments peuvent en contenir 70 à 80. Une rentrée de 20 nouveaux enfants a été décidée pour mars prochain. Deux nouveaux professeurs ont été appelés : M. Arvin et M. Yamaguchi rentré de Rome il y a deux ans. Si l’audace assure le succès, nous l’aurons certainement ; espérons qu’avec nos espoirs il viendra combler les déficits.
Le séminaire nous a donné trois nouveaux prêtres en mars dernier, qui ont de suite reçu leur destination pour les vieilles chrétientés. Le séminaire de la Propagande nous a retourné notre troisième « romain et docteur », M. Matsushita, qui est allé sans tarder travailler dans la grande paroisse de Urakami.

Département de Nagasaki. — En relatant les travaux des missionnaires, il convient de parler d’abord du département de Nagasaki qui contient à lui seul presque tous les chrétiens de vieille souche, descendants des martyrs et qu’on peut diviser en trois groupes principaux : la ville même de Nagasaki et les districts adjacents, l’archipel Goto, l’île de Hirado avec ses dépendances.
Dans la ville de Nagasaki, nous avons quatre paroisses : la Cathédrale, Sancta-Maria ad Martyres, Saint-Joseph et Urakami.
N.N. SS. Cousin et Combaz, évêques de Nagasaki, se conformant aux vœux du Saint-Siège et poursuivant le but de notre Société, ont toujours eu soin de confier des places de choix aux prêtres japonais. C’est ainsi que, depuis la création du clergé diocésain, le curé de la cathédrale a toujours été un japonais.. Le curé actuel, le très bon et dévoué M. Nishida se lamente de ce que, par suite du transfert du séminaire à Urakami, les cérémonies du culte n’ont plus la majesté qu’elles avaient auparavant. Toutefois, la piété de ses ouailles est aussi grande que jamais et dans son église, les chants liturgiques en grégorien sont d’une exécution qu’envieraient bien des églises de France.
La paroisse de Sancta-Maria ad Martyres fondée au centre de la ville il y a trente ans, a également toujours à sa tête le même prêtre japonais : Le zélé M. Shimauchi, courbé sous le poids des années et chargé de mérites, avait reçu de Mgr Combaz, au printemps dernier, l’aide d’un nouveau prêtre. Il a déjà hélas ! la douleur de voir ce jeune vicaire gravement malade. Il ne se décourage pas et continue de travailler avec succès : il donne une belle gerbe de 20 baptêmes.
En face de l’église Sancta-Maria ad Martyres, de l’autre côté de la rade de Nagasaki, est située la paroisse Saint-Joseph, de formation toute récente, encore à peine organisée, et encerclant à moitié les usines Mitsubishi. Les fidèles ont presque atteint le chiffre de 2.500 ; « chiffre flottant, selon l’abondance ou le manque de travail à l’usine, écrit M. Fressenon. Le programme de 1927 prévoit la mise en chantier de plusieurs navires, ce qui annonce une affluence temporaire de plusieurs familles ». Tous ces chrétiens, à la foi robuste sans doute, mais pauvres parmi les pauvres et provenant de districts différents, sympathisaient peu entre eux au début ; plusieurs fois même des dissensions menacèrent la vie paroissiale. Grâce au fin doigté et à la fermeté intelligente de leur curé, l’union des esprits est faite aujourd’hui et à l’église Saint-Joseph, le matin à la messe, on est tout édifié de voir ces pauvres ouvriers demander à Dieu le pain spirituel du jour avant d’aller demander à l’usine le soutien de la vie du corps. L’école enfantine, ouverte il y a un an, reçoit chaque jour les enfants chrétiens et bon nombre d’enfants des employés païens de l’usine, ce qui met le missionnaire en relations avec les meilleures familles du quartier.
La quatrième paroisse de Nagasaki-ville est celle d’Urakami, enrichie d’une vaste église commencée par M. Fraineau, terminée par M. Raguet et dotée de deux belles tours par M. Heuzet, le curé actuel. Cette paroisse est la première du diocèse de Nagasaki par la date de sa fondation et par le nombre des fidèles, presque 8.000. Le pasteur constate quelquefois la présence de mauvais esprits qui essaient de troubler la paix de son troupeau ; cependant, aidé de ses deux vicaires, il distribue abondamment la nourriture spirituelle à ses ouailles et le nombre des confessions et communions de dévotion va toujours croissant surtout parmi les jeunes gens. D’autre part, il constate que la grâce de Dieu opère activement chez les « séparés » des environs de Jonokoshi. « Ce groupe, écrit-il, est le plus compact de ceux qui restent à Urakami. Il n’y a pas un chrétien parmi eux et, jusqu’à ces dernières années, ils se montraient rebelles à toutes nos avances. Or, depuis l’année dernière, c’est d’eux-mêmes que plusieurs sont venus demander le baptême pour leurs enfants. Une brèche est faite désormais à cette citadelle du diable. »
A l’entrée du port de Nagasaki, 4.000 chrétiens répartis en plusieurs villages ont à leur tête deux prêtres japonais. Les deux églises blanches qui, du flanc des deux collines, s’élancent légèrement vers le ciel, semblent avoir été disposées là comme deux sentinelles avancées pour avertir l’étranger qu’il aborde une terre sainte, la terre des martyrs.
Plus loin, sur la côte, à quelques lieues au nord, nous avons les paroisses de Kurosaki et Shuttsu, avec 3.300 fidèles. M. Halbout, à Kurosaki, se désole de n’avoir pas amener jusqu’à la conversion un bon nombre de « séparés » qu’il croyait pourtant prêts à recevoir cette grâce. Il ne se décourage pas : si ces pauvres gens ne semblent pas répondre assez vite aux inspirations de la grâce, ils ne la rejettent pas.
Plus heureux est M. Breton à Shuttsu : il a reçu dans le giron de l’Eglise plusieurs « séparés », dont trois chefs de famille. « Jusqu’à présent, écrit ce confrère, bien des lévites du sanctuaire étaient sortis de Shuttsu, mais la maladie ou la mort les empêchaient de finir leurs études. Enfin, cette année, un de nos enfants, la première fleur de Shuttsu ornée du sacerdoce, a par son ordination rempli de joie le pasteur et la paroisse tout entière. M. Matsukawa et le nouveau prêtre M. Matsushita qui nous venait de Rome ont parlé du Pape aux « séparés ». Ceux-ci étaient venus fort nombreux à l’église et la satisfaction qu’ils nous ont témoignée fait espérer un mouvement prochain de conversions parmi eux. »
M. Kataoka, à Omura, nommé d’abord à la tête de la « ferme modèle » de l’orphelinat, a vu se grouper près de cette ferme une paroisse de 800 catholiques.

Groupe des Goto. — 18.000 fidèles — Jusqu’en 1918, c’était le parfait organisateur, M. Pélu, qui, aidé de sept ou huit prêtres, était chargé des chrétiens de cet archipel. A la mort de M. Pélu, 4 mars 1918, Mgr Combaz en confia l’administration générale à M. Osaki qui a actuellement comme vicaires dix prêtres japonais et un français. Les « Amantes de la Croix » rendent aux missionnaires de ces îles les mêmes services que leurs sœurs d’Urakami.
Il en est de même dans le groupe de Hirado qui, avec Kuroshima, compte 11.000 chrétiens administrés par six prêtres dont trois japonais. Ici, c’est la vie paroissiale intense : les prêtres sont chargés de 2.500 ou même 3.000 chrétiens et sont uniquement adonnés au perfectionnement ou à l’entretien de la vie chrétienne, parmi ces vieux fidèles que les soucis de la vie matérielle tourmentent de plus en plus. Un grand travail de pénétration chez les « séparés » est à signaler dans l’île de Narujima.

Comme conclusion de ce qui précède, nous pouvons constater que les 52.000 chrétiens du département de Nagasaki ont à leur tête, en grande majorité, des prêtres japonais — 20 japonais et 9 français — et que, à quelques unités près, toutes les paroisses sont parfaitement organisées et dotées pour la plupart de véritables églises. Il n’en est pas de même dans l’élément païen, sur la terre d’évangélisation proprement dite où nous allons entrer. Au sortir de la persécution du commencement de l’ère de Meiji, nos chrétiens se trouvèrent complètement dépossédés de leurs biens ; ils étaient dans le dénuement complet. Il fallait pourtant coûte que coûte organiser des paroisses. La Mission de Nagasaki y consacra la plus grande partie de ses ressources en missionnaires et en finances, ne réservant pour les centres d’évangélisation en terre païenne qu’une légère allocation qui actuellement est même inférieure à ce qu’elle était il y a quarante ans. Ces centres d’évangélisation comprennent trois départements : Saga, Fukuoka et Kumamoto.

Département de Saga. — 1.288 fidèles. — La ville de Saga seulement est dotée d’une propriété de la Mission, mais sans église A ce département appartient une petite île, Madara, où nous avons 800 chrétiens avec un prêtre japonais et une communauté d’Amantes de la Croix.

Département de Fukuoka. — 3.269 fidèles. — Au centre de ce département est située la paroisse d’Imamura, 1.800 chrétiens. Le pasteur de ce magnifique troupeau qu’il paît depuis trente ans, M. Honda y a construit une belle église en briques, agrémentée d’un joli jardin qui attire à l’église les païens des environs. M. Honda est chargé d’ans et d’infirmité ; Mgr Combaz lui a adjoint un vicaire qui sous sa direction ne peut recevoir qu’une bonne formation pastorale.
Le digne pasteur de Kurume, M. Raoult, vient de construire une jolie église au centre de la ville ; elle peut contenir 400 chrétiens. L’esprit de la population païenne semble s’améliorer d’année en année.
Le missionnaire de Fukuoka, M. Joly, exalte à bon droit l’Association des Dames chrétiennes de sa paroisse. En vue de remplir l’office du Bon Samaritain auprès des déshérités de ce monde, elles ont pu, au moyen de sacrifices personnels et d’heureuses initiatives recueillir cinq cents yen qu’elles ont distribués aux malheureux. La maladie n’a pas épargné notre confrère ; mais la souffrance la plus grande lui est venue du vol sacrilège, commis dans son église, du ciboire contenant les saintes Espèces, de son calice d’ordination et autres objets.
M. Martin à Moji écrit qu’il serait très reconnaissant à ceux qui lui fourniraient les moyens d’agrandir sa chapelle au point de contenir au moins ses ouailles dont le nombre augmente chaque année. La ville de Moji devient de plus en plus un grand centre et le mouvement du port ne fait qu’augmenter.
M. Bertrand, à Kokura, dont la santé ne répond pas au zèle, se sent fléchir sous le poids de l’administration de ses 685 chrétiens dispersés dans plusieurs grandes villes, dans les manufactures, les mines etc. Il gémit de l’impuissance où il est de les atteindre tous.

Département de Kumamoto. — 2.218 fidèles. — Le vénérable apôtre de Amakusa, M. Garnier, au Japon depuis quarante ans, a dû cette année consulter un docteur pour la première fois. Cela ne l’a pas empêché de cueillir 10 baptêmes d’adultes, tout en administrant ses vieux chrétiens.
Les quatre autres postes de ce département n’ont pas de véritables églises, mais des résidences assez convenables. Cependant, à Kumamoto, le bon Dieu pourrait être mieux logé. M. Frédéric Bois s’en désole pour le bon Dieu d’abord, pour ses chrétiens ensuite. Son lycée, dirigé par les Sœurs du Saint-Enfant Jésus, prospère avec ses 350 élèves et, par son influence, favorise chaque année de belles conversions. Celles-ci ont donné cette année 12 baptêmes d’adultes et 29 d’enfants de païens.
A Yatsushiro, sous la direction de M. Lemarié, les catéchistes ont fait leur possible : 25 baptêmes d’adultes et 24 d’enfants de païens ont été leur récompense. Les Sœurs de Saint-Paul gagnent de plus en plus la confiance de la population grâce à leur hôpital et à leur école ; celle-ci vient d’être assimilée officiellement aux lycées de l’Etat.
A Biwasaki, banlieue de Kumamoto, le bien dévoué M. Bulteau, aumônier des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie et de la léproserie, nous donne 35 baptêmes d’adultes et 40 d’enfants de païens. Il va aussi visiter chaque mois, quelquefois plus souvent, la léproserie officielle du département où sont soignés 25 à 30 catholiques.
A Hitoyoshi, M. Wakida donne une des plus belles gerbes de l’année : 31 baptêmes d’adultes et 57 d’enfants. Ses conférences sont toujours goûtées ; il publie un petit bulletin mensuel ; ses petits tracts sur le bouddhisme et le shintoïsme sont bien reçus malgré leur ton peut-être un peu agressif.
A Miyasaki, M. Bonnecaze a trouvé cette année un grand changement à sa solitude ordinaire. L’arrivée de six Pères Salésiens et de trois Frères coadjuteurs lui a donné une compagnie aussi agréable que possible. Il s’est fait leur introducteur dans l’étude de la langue et des mœurs de ce département qu’ils sont appelés à évangéliser, et il a pu augmenter son troupeau de huit nouvelles brebis.
Dans le Sud, les PP. Franciscains canadiens, nos aides depuis quelques années, enregistrent pour leurs neuf postes, 53 baptêmes d’adultes et 28 d’enfants de païens. L’heure de la séparation approche, semble-t-il, et elle peut se faire sans appréhension. La succession passe en bonnes mains.
Notre confiance en Dieu est absolue. Ce pays n’échappe pas aux influences désastreuses des idées avancées, et par ailleurs on constate une sorte de soif des questions religieuses. Le gouvernement reconnaît que le salut est dans le catholicisme, mais il ne peut le dire. Il a décoré notre vénéré doyen, M. Raguet et dernièrement, avec la Supérieure du lycée de filles de Kumamoto, la Supérieure et l’Assistante des Amantes de la Croix de Urakami.
Après Dieu, notre confiance est placée en notre chère Société et ceux que Dieu a mis à sa tête. Nous mettons à la disposition de Dieu et de notre chère Société, toute notre bonne volonté, nos meilleures intentions et toutes nos forces.



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