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Notice nécrologique

COMBOURIEU Joseph

M. COMBOURIEU

PROVICAIRE HONORAIRE DU LAOS


M. COMBOURIEU (Joseph) né le 8 août 1861 à Mur-de-Barrez, paroisse de Brommes, diocèse de Rodez (Aveyron). Entré minoré au Séminaire des Missions-Étrangères le 7 septembre 1882. Prêtre le 20 septembre 1884. Parti pour le Siam le 3 décembre 1884. Mort à Tharé le 4 août 1939.


Le 4 août 1939 le dernier témoin des débuts de la Mission du Laos, M. Joseph Combourieu, s’éteignait à Tharé à la veille de ses quatre-vingts ans. Ce digne compagnon de Mgr Prodhomme et de M. Guégo ne fut pas inférieur par ses travaux aux deux fondateurs entrés désormais dans la légende. Il laisse une œuvre qui honore sa mémoire.
Le relief du visage tient souvent à l’accentuation du caractère. Ses traits, certains plutôt impérieux, décelaient une physionomie morale singulièrement accusée, mais affinée de bonté et de délicatesse. Son intelligence était nette et précise comme sa personne. Sa volonté naturellement droite suivait la ligne qu’il s’était fixée, incurieux de l’opinion quand il était d’accord avec sa conscience. Peut-être tenait-il de son terroir d’Auvergne une extrême prudence dans la préparation de ses moindres projets qu’il ne réalisait qu’à coup sûr, une grande obstination à poursuivre ses buts et sans doute aussi le sentiment très vif qu’il avait de ses droits, la promptitude à leur défense, une grande aisance à la riposte, incisive parfois, mais partie d’un trop bon naturel pour être méchante. Sa bonté très attachante pénétrait d’elle-même dans les cœurs ; il savait se faire aimer comme lui savait aimer. Il cachait un cœur sensible sous une rude écorce ; ses chrétiens qui le connaissaient bien ne s’y trompaient pas.
La foi, don de Dieu et richesse transmise, il la tenait de nombreuses générations chrétiennes qui la lui avaient léguée simple et robuste. Quelle haute idée il se faisait de son état et quel respect il savait imposer aux autres. Grande loyauté vis-à-vis de Dieu, cette règle de la simplicité avec soi-même et avec Dieu, il l’appliquait scrupuleusement dans les conseils de surnaturelle sagesse qu’il savait si bien donner, il la suivait aussi dans sa piété tout unie, sans complication, basée sur une exacte fidélité à tous ses devoirs et une grande dévotion à la Sainte Vierge.
M. Combourieu destiné à la Mission du Siam quittait le séminaire de la rue du Bac en décembre 1884. Bientôt il arrivait à Bangkok. A ce moment M. Prodhomme, venu du Laos avec une caravane de Chans, disait à Mgr Vey ses peines et ses espoirs et réclamait du renfort. L’évêque ne put mieux faire que de lui adjoindre ce jeune confrère. A cheval, M. Combourieu suivit les Chans jusqu’à Khorat, puis jusqu’à Oubone et ensuite jusqu’à Khâm-kôm. En fin de compte après un long voyage il arrivait à Tharé le 4 mai 1885, où il devait rester 54 ans.
A cette époque, le Laos était un pays fermé. Saurons-nous les difficultés qu’eurent à vaincre les premiers pionniers ? M. Guégo avait rassemblé au chef-lieu laotien de Sakone de nombreux catéchumènes pour la plupart esclaves délivrés. La vie s’avérant impossible à proximité des mandarins, la jeune chrétienté venait d’émigrer sur l’autre rive du lac, lorsque M. Combourieu vint la rejoindre. Laissons-le parler : — « Deux groupes de maisons, écrit-il « dans ses souvenirs, l’un composé d’Annamites, l’autre de Thac nua, Laotiens du nord, « étaient déjà installés au milieu d’abatis d’arbres coupés des deux côtés de l’église. Celle-ci « était faite de trois paillotes, installation précaire assurément, mais dont il fallait savoir gré à « M. Guégo qui avait pu la mener à bonne fin avec une poignée de néophytes sans ressources « et malgré les tracasseries des mandarins. »
A peine était-il arrivé depuis deux jours que M. Guégo réclamait son missel et sa pierre d’autel et, les chargeant sur son dos, repartait pour Khâm-kôm. M. Prodhomme restait avec M. Combourieu et l’initiait à sa nouvelle vie. Au bout d’un mois il le quittait pour continuer ailleurs sa rude tâche, le confiant à M. Dabin. En octobre, ce dernier repartait pour Oubone. M. Combourieu à peine familiarisé avec le pays restait seul, aidé d’un séminariste, devant une tâche digne d’effrayer un vétéran. Le bon Dieu veillait sur lui.
Il se met à l’ouvrage plein de foi, sans ménager sa peine. Il s’inquiète de grossir le nombre des catéchumènes et entreprend de former à la vie chrétienne ces âmes frustes. Il tient tête à la persécution avec un courage opiniâtre, rayonne au loin et pose la première pierre de nouvelles chrétientés. Il est impossible de suivre M. Combourieu durant cette période. Qu’il suffise de dire que l’on retrouve son nom dans les premiers registres des baptêmes des principales chrétientés de la région de Sakone. Ces années d’intense labeur furent, si on l’en croit, les plus heureuses de sa vie.
De nouveaux missionnaires arrivent, M. Combourieu borne ses efforts au centre de Tharé et à ses deux annexes Thung-mon et Napho. Riche de l’expérience acquise, il donne alors toute sa mesure.
Le grain de sénevé est devenu un grand arbre. De ce rassemblement un peu disparate, gens venus de partout, il fait une chrétienté modèle à laquelle il infuse l’esprit chrétien. Il instruit et catéchise. Passé maître en cet art difficile, jamais sa patience n’est en défaut. Il prêche chaque dimanche pendant une heure. Certains confrères diront peut-être qu’il exagérait. Il a sa manière et sait se faire écouter. Il s’applique à transformer ces âmes venues en droite ligne du paganisme mais son zèle lui suggère plus d’un moyen : groupe d’enfants de Marie, réunion de mères de familles, confrérie du Sacré-Cœur pour les hommes, longues séances au confes-sionnal. Il cherche des vocations. Pour ses écoles que rempliront plus de 400 écoliers, il ne recule devant aucun sacrifice. Il répugne à s’éloigner de son église hors de laquelle il ne se sent plus lui-même. Il est tout au ministère des âmes.
Il pose enfin la dernière pierre à l’édifice en entreprenant la fondation d’un couvent de religieuses laotiennes. Ce fut son oeuvre de prédilection. Le bon Dieu bénit ses efforts car il parvint à former à la vie religieuse de pauvres filles des champs.
Il maintient d’une main ferme l’ordre et la discipline dans son vaste troupeau, juge les procès ; dans ce domaine il est inégalable. A son avis le soin des âmes prime tout, pourtant il n’oublie pas le temporel, tel jadis le bon M. Vincent qui, en dépit de son immense charité, gardait un soin exact du patrimoine de ses pauvres. Il s’ingénie à créer des ressources. Bien que porté par son bon cœur à des gestes de générosité, il reste toute sa vie fidèle aux principes d’une stricte économie. Il a beaucoup bâti. Si l’on calcule les difficultés qu’il eut à vaincre, l’on reste étonné devant son œuvre et il faut bien convenir qu’il fit au jour le jour le maximum nécessaire avec le minimum des moyens.
A Tharé il eut de grandes joies. Les offices dans son église bien pleine étaient très solennels, il y vit des manifestations de foi qui réjouirent son cœur ; ordinations, processions de la Fête-Dieu, bénédiction des cloches. En 1934, il célébra ses noces d’or et ce fut un triomphe. Il vieillissait sans que faiblît son énergie. Tharé était tout pour lui. A 77 ans il résigne sa charge de provicaire et de curé, parcourt une dernière fois les routes de sa jeunesse pour administrer le sacrement de confirmation et se retire auprès de son couvent auquel il veut consacrer ses dernières forces.
Sa tâche est finie, il se dit avec l’apôtre : — « bonum certamen certavi, cursum consummavi, fidem servavi. » Il attend la récompense. Pourtant il devait vivre encore près de deux ans, pareil à lui-même, fidèle à ses vieilles habitudes. Brusquement, en juillet, la mort lui annonça sa venue. Il s’y prépara en toute sérénité. Il est prêt. A Dieu le choix du moment. Le 4 août 1939 le bon Dieu rappelait à Lui son fidèle serviteur.
Ses obsèques furent solennelles. Il fut conduit à la place qu’il avait lui-même choisie, au milieu de la désolation de tout un peuple, porté comme en triomphe sur l’épaule de ses enfants. Il repose maintenant à l’ombre de la croix, à la garde de Celui qui est partout la résurrection et la vie. La mort ne retire pas une mission divine, elle la transpose dans le définitif, dans l’éternel et c’est là qu’il faut chercher l’œuvre d’une vie. De sa tombe il veillera sur ses chrétiens, ceux de Tharé, de Napho, de Thungmon qu’il garda plus longtemps sous sa houlette, sur tous ceux dont il fut le père dans la foi, sur les païens qui résistent à la grâce. Ses chrétiens aimeront à prier sur sa tombe, et alors, unissant son souvenir à celui de Mgr Prodhomme et de M. Guégo, ils réitèreront la prière de l’église universelle à ses saints fondateurs : « Da ecclesiae tuae eorum sequi praeceptum per quos religionis sumpsit exordium. »




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