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Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Cuaz

V. — Laos


Population catholique 9.569
Baptêmes d’adultes 228
Baptêmes d’enfants de païens 22
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« Je suis heureux, écrit Mgr Cuaz, de vous communiquer quelques-unes des lettres que j’ai reçues de mes missionnaires.
« Je commence par celle de M. Joseph Combourieu, qui est chargé du beau poste de Tha-ré, depuis dix-neuf ans.
« De 1884 à 1904, dit-il, Tha-ré a enregistré 3.090 baptêmes, auxquels il faut ajouter 67 « néophytes venus d’ailleurs ; total : 3.158. Sur ce nombre, 554 ont été pris en 1891 pour « former le district de Xang-ming ; 224 ont émigré en d’autres stations ; 685 sont morts ; il me « reste donc 1.705 chrétiens. Malheureusement, un certain nombre, 200 environ, ne pratiquent « pas.
« Faut-il désespérer du salut de ces pauvres égarés ? Non certes, car chaque année « plusieurs reviennent au bercail.
« Votre Grandeur remarquera sans doute que, malgré l’appoint de mes nouveaux baptisés, « le chiffre total de la population chrétienne est inférieur de quelques unités à celui de l’an « dernier. Il faut attribuer cette diminution à la mort qui a fauché bien des vies et à la famine « qui a fait fuir plusieurs familles.
« Quelques-uns de mes anciens catéchumènes ont reculé, mais ils ont été remplacés par de « nouvelles recrues. Une jeune personne, fille d’un mandarin de Sakon, est venue demander le « saint baptême avec d’instantes supplications. Elle l’a reçu à Pâques en d’excellentes « dispositions, et, pour assurer sa persévérance, le bon Dieu a permis qu’elle fût donnée en « mariage à un chrétien.
« De Bassac, à l’extrémité sud de la mission, M. Couasnon m’écrit : « L’an passé, à « pareille époque, j’attribuais le peu de réussite de mes efforts à la famine, et, cette fois « encore, je suis obligé de répéter la même chose, car il sera toujours vrai que ventre affamé « n’a point d’oreilles. J’ai dû, pour glaner quelques baptêmes, cette année, ouvrir un « catéchuménat ; mais la modicité de mes ressources ne m’a pas permis de le tenir longtemps « ouvert. C’est que mes orphelins et orphelines ont bon appétit ; et ma provision de riz suffit à « peine pour les nourrir jusqu’à la nouvelle récolte. Pourquoi faut-il que les ressources de la « mission ne nous permettent pas d’avoir des catéchuménats en tout temps, spécialement en « temps de disette ? Les pauvres affamés viendraient à nous, et, la grâce de Dieu aidant, nous « en ferions de bons chrétiens. »
« A Oubone, M. Dabin a eu, lui aussi, à lutter contre la famine. « Comme vous le savez, « me dit-il, depuis un an, le riz se vend à un prix inabordable pour un grand nombre de gens. « Chrétiens et catéchumènes ont subi le sort commun ; d’où, nécessité pour eux de courir de « côté et d’autre, ou même de se louer pour subvenir aux besoins de la famille. « Ces absences « fréquentes et prolongées n’ont pas permis aux chrétiens de s’approcher des sacrements « comme ils le faisaient d’habitude ; et les catéchumènes n’ont pu se rassembler pour entendre « les instructions et se préparer à la réception du baptême.
« Cependant à Ban-sithan, où M. Burguière a passé plusieurs mois consécutifs, tout a bien « marché. Ce poste a donné un bon nombre de baptêmes d’adultes et en promet d’autres pour « l’avenir. La nouvelle église en construction se bâtit peu à peu ; mais la population est pauvre « et tous les frais retombent sur nous. Il faut donc aller lentement pour arriver au but.
« L’église d’Oubone, construite il y a une quinzaine d’années, a déjà besoin de sérieuses « réparations. Des poutres et des fermes ont été complètement mangées par les fourmies « blanches : il est urgent de les remplacer. »
« M. Figuet, nouvellement installé à Ban-dun, donne sur son nouveau district les détails « que voici. « Les chrétiens de Ban-dun ont, en général, une conduite satisfaisante. Quelques-« uns, toutefois, me causent beaucoup d’ennui par suite de leur négligence à venir entendre les « instructions.
« A Ban-nadi, tout va bien. J’ai là un petit noyau qui se développera ; mais il faudrait que « je pusse y faire un séjour prolongé. Malheureusement, la maison qui servait d’oratoire a été « brûlée. Un nouveau pied-à-terre produirait un excellent effet sur les anciens chrétiens et sur « les catéchumènes à venir. »

« M. Hospitalier, chargé du district de Segong, a eu à lutter contre le choléra. Il donne quelques renseignements sur le nouveau village qu’il a fondé à Nong-khou ; je lui laisse la parole.
« Dans ma dernière lettre, je faisais part à Votre Grandeur de mes craintes au sujet du « choléra, qui semblait vouloir envahir Ban-segong. Grâce à une utile consultation écrite du « nouveau docteur d’Oubone, grâce surtout à l’intercession de saint Roch, à qui mes chrétiens « ont eu recours, le terrible fléau s’est contenté de faire çà et là quelques victimes. Nous « n’avons eu à déplorer que la mort de six enfants et d’un adulte. Celui-ci a dû être un « holocauste agréable au Seigneur : en effet, il jouissait d’un grand ascendant sur les chrétiens « de Sesong, et il entraînait tout mon monde par les exemples de piété et de dévouement qu’il « donnait.
« Les résultats de l’année ne sont pas très brillants dans mon district. Il faut dire qu’il m’a « été impossible de m’occuper sérieusement jusqu’ici du nouveau village de Nong-khou. A « peine ai-je pu y faire quelques courtes apparitions. Chacun de mes néophytes avait à se « tailler un petit domaine et à se construire une maison ; ils étaient obligés en outre d’aller au « loin acheter des vivres ; mais ils ne tarderont pas à organiser une chapelle et une petite « résidence pour le missionnaire ; alors je pourrai passer plus longtemps au milieu d’eux.
« Le démon ne semble pas voir de bon œil cette nouvelle station. Lui, qu’on disait si « puissant à Nong-khou, devait nécessairement nous mettre des bâtons dans les roues. Son « premier essai n’a pas été heureux. Il y a quelque temps, deux courriers arrivent à Sesong et « me pressent d’aller à Nong-khou. Des brigands ont pillé la maison d’un catéchumène. « Celui-ci, atteint par deux décharges à blanc, a eu la bouche et la poitrine brûlées. Malgré le « mauvais état des routes, je me rends près du blessé. Son état n’est pas grave ; j’indique « quelques remèdes, et j’ai hâte de m’informer de l’état d’esprit de mes catéchumènes, à la « suite de cette aventure. Je ne voudrais pas mal parler de mon prochain, me dit l’un d’eux, « mais le blessé qui étudie la doctrine depuis deux ans, néglige les devoirs religieux et « conserve encore les habitudes païennes. Il se vante de posséder en argent la charge de deux « voitures ; malgré cela, il emprunte partout et ne rend jamais. Il est puni par où il a péché. » « Mes gens avaient déjà vu le doigt de Dieu qui frappe le pécheur pour le convertir. »

« M. Xavier Guégo, chargé du poste de Sieng-vang, raconte la conversion suivante :
« Le bon Dieu, dans sa miséricorde, m’a donné, l’autre jour, une bien grande consolation. « Voici le fait. Je venais d’arriver à Kutsim, après avoir pataugé dans l’eau pendant trois « heures, lorsqu’une chrétienne du village vint me dire : « Père, ma marraine est bien malade ; « elle ne pratique plus depuis dix ans ; peut-être se convertirait-elle, si vous alliez la voir chez « elle. » J’y cours aussitôt. Je m’approche discrètement de cette pauvre égarée et lui parle de « sa santé... Elle ouvre de grands yeux et, joignant les mains, elle me salue. « Vois donc, lui « dis-je, quelle grâce le bon Dieu t’accorde en me conduisant à ton chevet... » Sur sa réponse « évasive, je lui demande : « Ne veux-tu pas, au moins, que je fasse une petite prière pour « toi ? — Oui, Père ! » Et je récitai un Memorare avec ferveur. Son mari, qui se trouvait « présent, me dit alors : « Père, notre bienfaiteur, j’en ai assez moi-même du diable et de ses « supercheries ; de grâce, rendez-moi l’amitié du bon Dieu. » La malade, de son côté, « demande à se confesser, et c’est en versant des larmes de bonheur qu’elle reçoit l’extrême-« onction. Le lendemain, cette heureuse convertie s’éteignait doucement en invoquant les « saints noms de Jésus et de Marie. »

« De Sieng-jun, M. Anthelme Excoffon me fournit les renseignements que voici : « L’année 1903 a été bien pénible pour mes chrétiens ; la famine a fait de nombreux vides « dans leurs rangs. Le fléau n’a pas été favorable à l’extension de notre sainte religion ; j’ai dû « moi-même, pour ne pas manquer de riz, mettre tout mon personnel à la ration ; il m’a été « absolument impossible de soulager, d’une manière efficace et suivie, les nombreux affamés « qui venaient frapper à ma porte. »

« M. Delalex, à qui est confié le district de Pak-san, a baptisé 11 adultes. « J’aurais pu en « baptiser bien davantage, dit-il, si j’avais eu un bon catéchiste à mon service. A Pak-san, il y « a plusieurs familles vraiment chrétiennes qui me donnent beaucoup de consolations.»
« Enfin, le P. Athanase, prêtre indigène qui réside habituellement à Phôn-sung, poste relevant de Muang-khouk, a glané, lui aussi, quelques épis, en attendant une meilleure récolte pour l’avenir.

« En résumé, les missionnaires du Laos ont fait ce qui dépendait d’eux pour que le saint nom de Dieu fût de plus en plus connu et aimé ; tous n’ont pas réussi également bien, mais tous s’y sont employés avec ardeur et bonne volonté. Daigne le Seigneur leur accorder de nouvelles grâces et les soutenir dans leur œuvre d’évangélisation ! Quant au succès, la Providence nous le donnera, mais à son heure.»


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