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Rapport annuel des évêques

Année: 1906
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Cuaz

V. ─ Laos

Population catholique 11.067
Baptêmes d’adultes 359
Baptêmes d’enfants de païens 36
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Mgr Cuaz, au commencement de 1906, a fait sa tournée pastorale annuelle dans le sud de la mission, qu’on est convenu d’appeler Bas-Laos. Il nous est très agréable de suivre Sa Grandeur à travers les jeunes chrétientés de cet intéressant pays.
« Le 5 janvier, nous écrit Mgr d’Hermopolis, j’arrivai chez les néophytes de Ban-na-ngam, en compagnie de MM. Xavier Guégo et Rouyer. Le P. Gabriel, les chrétiens déjà baptisés et les catéchumènes nous attendaient près de l’arc de triomphe élevé non loin du village.
« Les chapelets que je distribuai aux plus méritants, après un examen sommaire sur la doctrine, et les médailles que je donnai à tous les enfants, firent bientôt disparaître la timidité du premier moment.
« Le lendemain, en offrant le saint sacrifice dans ce nouveau Bethléem, je priai ardemment le divin Enfant, de se manifester à ces braves gens et à leurs frères de même langue, comme Il se manifesta autrefois aux Mages dont nous célébrions la fête.
« Quelle douce émotion j’éprouvai en entendant ces benjamins de la mission réciter le chapelet, les prières du matin et du soir, d’une façon si pieuse, si calme et si claire ! Que dire de leur ardeur pour l’étude de la doctrine ? Ils voudraient que le catéchisme se fit quatre fois par jour ! Mais le P. Gabriel, qui est miné par la fièvre et la phtisie, ne peut, à son grand regret, le leur faire que deux fois au lieu de quatre. Ah ! si tous les Laotiens montraient la même bonne volonté pour apprendre à aimer et à servir le bon Dieu, que les missionnaires seraient heureux !

« Le dimanche 7 janvier, après avoir célébré la sainte messe, nous nous embarquions, MM. Guégo, Rouyer et moi, pour nous rendre à Ban-houei-yang ou Bassac (Champasak, comme disent les Siamois). A 6 heures du soir, nous arrivions chez M. Couasnon. Par une délicate attention dont nous lui sûmes bon gré, ce cher confrère nous avait réservé la bénédiction du Saint-Sacrement. Sa belle petite église était toute illuminée : nous fûmes salués par la musique, qui avait envoyé son orchestre pour nous souhaiter la bienvenue. Les musiciens s’en tirèrent à merveille.
« La chrétienté de Bassac, fondée par M. Couasnon, se trouve à Bon-phia, village situé à une lieue de la ville.
« Elle compte, aujourd’hui, 580 néophytes laotiens, kha, tonkinois, etc. Elle a une annexe, Ba-tha-theng, au pied de la montagne contre laquelle est adossé Bassac, non loin du Vat-phu, ancienne pagode, très curieuse par ses ruines qui rappellent celles d’Angkor-vat, au Cambodge. La population catholique de Ba-tha-theng est de 115 âmes parmi lesquelles se trouvent les néophytes qui suivirent M. Couasnon quand il vint de Si-than à Bassac, il y a dix ans. Tous se font remarquer par leur ferveur et leur bon esprit ; que ne sont-ils plus nombreux et établis dans un endroit plus salubre !
« Après avoir renouvelé connaissance avec ces bons chrétiens et pris quelque repos, nous fîmes passer un examen aux confirmands ; 28 personnes furent confirmées le dimanche 14 janvier.
« Nous demeurâmes ainsi huit jours en l’aimable compagnie de M. Couasnon et profitâmes du vapeur qui fait le service hebdomadaire, pour remonter le Mekhong jusqu’à Ban-sum-di, au-dessus de l’embouchure du Moun, ou rivière d’Oubon. Là, nos chevaux nous attendaient, car nous devions effectuer, avec eux, le reste d’un voyage qui ne faisait que commencer.
« Le 17 janvier, nous étions à Ban-uet, où nous ne restâmes que deux jours et demi. Une charmante réception nous fut faite par M. Juge et ses chrétiens. Quelques catéchumènes de Don-yen, succursale de Ban-uet, étaient venus aussi nous saluer, délégués par leur village ; 31 confirmations furent administrées, et notre petite caravane, augmentée de M. Juge, se remit en route pour arriver à Oubon le 20 janvier.
« C’est ce jour-là que je vis, pour la première fois, les quatre Sœurs de Saint-Paul de Chartres, installées à Oubon depuis bientôt deux ans déjà, et qui ont réussi à donner à leur petit monde une tournure qui n’a plus rien de sauvage.
« Un compliment, en vers français, nous fut même chanté devant tous les chrétiens par les orphelines, qui faisaient, fort à propos, les gestes et les salutations que comportaient les paroles.
« Le poste d’Oubon, dont un de nos vétérans, M. Dabin, a, depuis vingt ans, la direction, est le berceau de la mission. En effet, c’est là qu’elle débuta, en 1881. Nous arrivions donc pour le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation, que j’avais à cœur de fêter sur place, avant de le célébrer plus solennellement avec tous les confrères, à la retraite prochaine. C’est, dans ce but que j’avais amené avec moi M. Xavier Guégo, qui a passé vingt-cinq ans au Laos. Le jour de la fête de la Sainte-Famille, il chanta la grand’messe avec diacre et sous-diacre. Ayant été le premier à la peine, avec mon vénéré provicaire, il était bien juste qu’il fût, une fois dans sa vie, à l’honneur et à la joie. Affirmer qu’il n’éprouva aucune émotion en commençant son sermon, devant 900 chrétiens, dans une église en briques, ce serait trop dire. Il ne pouvait oublier qu’il y a vingt-cinq ans, à son arrivée à Oubon, il dut passer de longs mois, d’abord dans un mandarinat païen, puis dans une misérable paillote, avant que des catéchumènes, rachetés de l’esclavage, vinssent se mettre à la charge des missionnaires.
« A cette époque, on subissait mille vexations de la part des païens. Aujourd’hui, grâce à la protection divine, comme tout a changé ! La foi a rayonné de tous côtés et il y a, présentement, plusieurs milliers de chrétiens, tant à Oubon que dans les districts voisins. L’émotion de notre confrère était donc bien légitime.
« Le 23 janvier, au point du jour, nous remontâmes à cheval pour nous rendre à Si-than, poste fondé jadis par M. Couasnon, où je devais installer M. Marchi comme chef de district. Notre jeune confrère desservait la station à titre de vicaire depuis son arrivée au Laos, et il y a baptisé 46 adultes, cette année. Si-than est situé sur la rive droite du Moun ; aux environs, derrière de verdoyantes touffes de bambous, s’abritent de nombreux villages.
« Au delà de Si-than, se trouve la ville de Sisa-ket d’où, en une journée de pirogue, on peut facilement gagner Oubon. Nous y avons, dès maintenant, une église et un presbytère comme j’en voudrais voir dans toutes nos chrétientés.
« Après avoir confirmé 29 personnes, tant à Si-than qu’à Sisa-ket, je rentrai le 25 janvier à Oubon. Là, 67 néophytes reçurent le sacrement qui fait les forts, le dimanche 28.

« Le surlendemain, nous nous mettons en route, MM. Dabin, Guégo et moi, pour gagner le poste de Ban-doun, dont est chargé M. Figuet. Nous y arrivons le 31 dans la soirée.
« L’instruction des anciens chrétiens, un peu négligée l’an dernier, à cause du désarroi « occasionné par l’incendie du village, a été reprise, me dit notre confrère, et je suis satisfait « de mes paroissiens. Il a bien fallu prendre, de temps en temps, la grosse voix ; c’était « inévitable.
« Je regrette que mon installation, nécessairement précaire, ne me permette pas d’avoir une « école pour les enfants. Il n’y a pas que le local qui manque ; le maître et la maîtresse d’école « font aussi défaut. Je me borne donc à apprendre aux enfants le mot à mot du catéchisme. »
« Le jour de la Purification, avant la messe, je confère le sacrement de confirmation à 31 personnes.
« Le lendemain, dès l’aurore, notre caravane, à laquelle s’est adjoint M. Figuet, se dirige vers Ban-se-song. Nous y arrivons à 4 h. ½ du soir.
« M. Hospitalier nous reçoit en frères, dans sa maison de planches couverte en tuiles, et nous passons quelques jours chez lui pour nous reposer un peu de nos fatigues et prendre de nouvelles forces, car il nous reste un long trajet à faire avant d’atteindre Nong-seng.
« Les séances d’examen font briller la science théologique de tous les confirmands. Les hommes, surtout, nous étonnent par la clarté et la justesse de leurs réponses à nos interrogations.
« Cinq néophytes, venus de Nong-khon, se présentent aussi pour la confirmation, et montrent qu’ils ne sont pas inférieurs aux chrétiens de Ban-se-song sous le rapport de l’instruction religieuse. Ils sont admis d’emblée. D’ailleurs, ils doivent servir de parrains aux néophytes de leur village, où personne n’a encore été confirmé. Résultat : 67 confirmations administrées à Ban-se-song le 6 février, et 28 à Nong-khon le surlendemain.
« Après deux jours de chevauchée vers le nord, à travers forêts vierges et clairières, nous arrivons, le 13 février, chez M. Mercier, à Song-khon, où nous trouvons MM. Gouin et Dézavelle, venus de Sieng-vang à notre rencontre. M. Mercier nous a réservé 25 adultes à baptiser. Ils sont régénérés le jour même, par le ministère de M. Guégo et, le lendemain, 14 février, anniversaire de l’apparition de Notre-Dame de Lourdes et fête patronale du poste, je confirme 24 néophytes.
« Le 15 au soir, le Colombert nous débarque à Nong-seng que nous avions quitté le 29 décembre. Ma tournée pastorale est achevée ; nos bons anges nous ont protégés et ramenés sains et saufs. Les joies intérieures ont largement compensé les fatigues physiques. Deo gratias !
« Nong-seng, où se trouve l’évêché, n’est encore qu’un petit village, que le manque de rizières empêche de se développer. A peine le terrain suffit-il à nourrir 200 chrétiens. C’est à cause de cela que, depuis quelques années, notre cher provicaire se donne tant de mal pour rendre labourables les terrains des environs, qu’il prend soit sur la forêt, soit sur le « nong-seng » (l’étang lumineux).
« M. Berthéas continue de gérer la procure et s’acquitte de ses délicates fonctions à la satisfaction de tous. Entre temps, il s’occupe de meubler l’évêché et la pseudo-cathédrale qui, grâce à lui, possède actuellement trois beaux autels qui seraient fort prisés en Europe.
« Notre petite imprimerie, sous la direction du Ambroise, prêtre indigène, n’a guère cessé de fonctionner, mais seulement pour l’impression de livres de piété, traduits, pour la première fois, en siamois ou en laotien.
« A Nong-seng, le zèle des Sœurs de Saint-Paul a été un peu entravé par la maladie de quelques-unes d’entre elles.
« Nos séminaristes sont au nombre de 15. L’un fait sa théologie au séminaire de Bang-xang (mission de Siam) ; 7 exercent, en divers postes, les fonctions de catéchistes temporaires et 7 continuent à apprendre la langue latine dans notre petit séminaire de Nazareth. « Malgré « l’indolence et l’insouciance naturelles au Laotien, écrit M. Burguière, qui se dévoue corps et « âme à l’instruction de nos futurs lévites, les élèves de Nazareth ont fourni une somme de « travail satisfaisante. Sous le rapport de la piété et de la conduite, je ne trouve rien à redire.
Dans le rapport de Mgr Cuaz sur les autres districts du Laos, nous trouvons les faits suivants :
« A Tharé, écrit M. Combourieu l’événement de l’année a été la fête patronale, et le clou « de la fête a été la bénédiction de la nouvelle église par M. le provicaire, assisté de 11 « missionnaires.
« Jamais encore Tharé n’avait vu un si grand nombre de prêtres réunis pour une solennité. « Aussi y avait-il foule à la procession. Les fidèles, disposés sur quatre rangs, formaient une « couronne autour de l’église pendant la cérémonie de l’aspersion des murs extérieurs. Quand « tout ce monde eut pris place à l’intérieur, l’église, malgré ses proportions respectables, se « trouva absolument comble. J’étais moi-même surpris d’une telle affluence ; mais ma « surprise devint de la stupéfaction lorsque chrétiens et païens se trouvèrent réunis pour la « fête de nuit. J’estime à 2.000 le nombre de personnes qui étaient là, pour contempler le feu « d’artifice apporté par M. Xavier Guégo, toujours charitable et généreux.
« A la vue de tout ce peuple, à la vue des chariots, des bœufs, des chevaux qui « encombraient les abords du sala (maison sans cloison pour les étrangers), je songeais au « Surge, illuminare, Jerusalem ; venerunt tibi dromedarii Madian et Epha que je traduisais : « Il t’est permis, ô Tharé, d’avoir un peu d’orgueil aujourd’hui ! Les mandarins et tous ces « païens qui, vingt ans durant, n’ont eu pour toi que du mépris et du dédain, viennent « chercher la joie dans ton sein.
M. Cance, titulaire de Champhen, cite un trait qui prouve une fois de plus la miséricorde de Marie envers les pauvres pécheurs.
« Une vieille femme, écrit-il, aposlate au cœur endurci, habitait avec son mari, son fils et « sa fille, tout à côté de Champhen. Le fils, un beau jour, quitte sa femme légitime, et la fille « quitte son mari, emmenant avec elle ses trois petits enfants. La punition de Dieu ne se fit « pas attendre. La fille indigne mourut subitement, laissant ses trois enfants à sa mère.
« Vers la fin de juillet, la mère tombe elle-même gravement malade. Une de ses filles, « restée fidèle à Dieu, me supplie d’aller voir la mourante. Je prends un chapelet, une « médaille miraculeuse et je pars. Arrivé chez la malade je compris, à la vue de tous les « fétiches qui étaient là, que mes exhortations seraient mal accueillies. De fait, tout ce que la « charité m’inspira de dire à cette malheureuse femme pour la ramener à de meilleurs « sentiments, fut inutile. Alors je l’engage à réciter l’Ave Maria. Elle refuse. Je lui montre la « croix : « Reconnais-tu ceci ? ─ Non. ─ Et cette médaille ? ─ Je n’en ai jamais vu. » « Évidemment c’est le démon qui parle par la bouche de la malade. Je lui passe alors la « médaille miraculeuse autour du cou, sans me préoccuper de ses horribles grimaces, et je « recommande aux trois chrétiens présents de réciter une dizaine de chapelet. Je sors ensuite « pour prendre l’air.
« Dès que la malade me voit revenir, elle me crie d’une voix forte et résolue : « Partons, « Père, partons ; retournons à Champhen. » Le démon a fui devant la médaille miraculeuse.
« J’entends la confession de la mourante et lui administre l’extrême-onction, pendant « qu’elle récite dévotement l’Ave Maria. Un moment après, la vieille rend le dernier soupir. »

« Les Thai-muoi de Keng-sadok sont restés, comme par le passé, fidèles observateurs des « pratiques religieuses, dit M. Beigbeder ; mais s’ils ont à cœur de se montrer bons chrétiens, « le bon Dieu, de son côté, ne reste pas sourd à leurs prières et se plaît même parfois à leur « manifester sa toute-puissance. En voici une preuve :
« Au mois d’avril, presque tout le village était allé à la pêche le mercredi saint, pour se « procurer du poisson en vue de l’abstinence des trois derniers jours de la grande semaine. « Une embarcation, montée par deux chrétiens, avait jeté le filet dans un arroyo. A un « moment donné, malgré tous leurs efforts, les deux pêcheurs ne parviennent pas à remonter « leur engin. Croyant le filet accroché à quelque racine d’arbre, l’un d’eux plonge pour le « dégager. Quelques instants après il reparaît à la surface avec un énorme crocodile qui le « tient, la poitrine serrée entre ses puissantes mâchoires. Sans perdre courage, il s’écrie : « Me « phra, xouei ! O Marie, aidez-moi ! » et de ses deux mains, il desserre les mâchoires du « saurien et échappe à la mort.
« Les pêcheurs, qui se trouvaient dans les environs, s’empressent autour du blessé, et après « un pansement sommaire, ils l’amènent au village, mais dans quel état ! Le malheureux était « couvert de sang, et de nombreuses plaies sillonnaient son corps. A peine arrivé chez lui, il « me fait appeler : « Père, me dit-il, j’ai déjà fait mon examen de conscience, entendez vite ma « confession, car je crois que je vais mourir. » Moi-même je craignais beaucoup pour sa vie. « Or, aujourd’hui, toutes ses blessures sont cicatrisées. La bonne Mère, qui l’avait déjà si « miraculeusement protégé, n’a pas voulu faire les choses à demi, et le blessé se porte à « merveille. »
A Khorat, MM. Anthelme Excofron et Perroudon ont obtenu 17 baptêmes d’adultes : ils sont parvenus à former dans ce poste, fondé depuis moins de deux ans, un double noyau de néophytes siamois et chinois.


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