| Année: |
1908 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
V. – Laos
Population catholique 11.589
Baptêmes d’adultes 324
Baptêmes d’enfants de païens 35
« L’année qui vient de s’écouler a été fort dure pour les missionnaires du Laos. Un grand nombre d’entre eux, en commençant par l’évêque, ont été éprouvés par la maladie. Mgr Cuaz était déjà très anémié depuis quelques années. Un voyage fait au Siam à la fin de 1997, dans des circonstances trop pénibles pour une personne fatiguée, avait cependant produit un petit regain de vie chez Sa Grandeur. Malheureusement, les pluies nous revinrent, au Laos, dès la fin de mars, deux mois plus tôt que de coutume, et, avec les pluies, Monseigneur fut repris des fièvres et de l’anémie. Plus de sommeil, plus de repos pour lui qui, malgré tout, s’acharnait toujours à ses travaux. Enfin, l’état s’aggravant de plus en plus, le cher malade, sur les instances réitérées de ses missionnaires, consentit à aller prendre un repos absolument nécessaire et soigner sa santé par trop compromise. Le 3 août dernier, Sa Grandeur s’embarquait à Nong-seng, avec trois missionnaires aussi très fatigués. C’est donc à cause de l’absence de notre bon évêque que je viens aujourd’hui essayer de vous donner une esquisse de nos travaux pendant le présent exercice.
« Le total de nos chrétiens s’élève, cette année, au nombre de 11.589, d’après les comptes rendus relevés ces derniers mois. Mais, je dois dire ici que ce chiffre me semble au-de-sous de la réalité : en voici la raison : Quelques jeunes missionnaires, appelés à faire l’intérim, dans des centres qu’ils ne connaissaient pas encore, pour remplacer six missionnaires absents, n’ont pas su trouver tous les chrétiens. Pour ne citer que Bassac, M. Quentin, qui fait l’intérim du poste, écrit : « Si je m’en rapporte aux registres de baptêmes, j’y vois inscrits plus de 800 «néophytes, tandis que le nombre des chrétiens que je connais, n’est que de 595. » M. Quentin est le deuxième intérimaire de Bassac ; c’est ce qui explique bien des oublis. Mais, outre cela, les faits relates dans notre compte rendu de l’an passé, faits touchant l’obligation imposée aux chefs chrétiens par l’administration française, d’avoir à se conformer aux usages bouddhiques pour prêter le serment de fidélité, ont produit le désarroi, que nous prévoyions devoir arriver ; certains notables, ne pensant plus trouver de sûreté dans la région, ni pour leur foi, ni même pour leur personne, ont émigré, sans donner leur nouvelle adresse.
« Comme Bassac, le poste de Pak-san, tout en conservant son titulaire, a eu beaucoup à souffrir des corvées rendues plus Lourdes par l’exode de 450 familles païennes, passées sur la rive droite du Mékong, en territoire siamois. Un certain nombre de nos familles chrétiennes, tentées de suivre cet exode, d’abord retenues par les paroles du missionnaire, leur promettant des jours meilleurs, finirent par perdre patience, en ne voyant aucun changement et s’échappèrent de nuit, pour gagner le Siam. L’administration, qui semblait s’être désintéressée du départ de 450 familles païennes, prit de haut la fuite des chrétiens, et voulut en rendre le missionnaire responsable : de là, des tracasseries qui ont entravé tout mouvement de conversions.
« Notre compte rendu accuse une petite augmentation de baptêmes d’adultes, sur ceux de l’année dernière. Nous sommes loin des beaux jours d’autrefois, mais c’est cependant un regain de vie qui retrempe un peu le courage.
« Nous devons rendre à Dieu de grandes actions de grâce, pour le travail qui tend à se faire dans les âmes, là surtout où les missionnaires sont quasi à poste fixe. La vie chrétienne y est mieux comprise et s’y développe normalement. Je n’en veux pour preuve que ce fait, raconté dernièrement par M. Cance, d’une néophyte toute jeune encore, de noble race et nièce du gouverneur de Sa-kou, clouée sur son lit de mort. Elle a fait avec une foi candide et généreuse le sacrifice de sa vie pour la conversion de ses parents, demeurés païens. « Je n’ai jamais vu mort plus belle et plus édifiante », nous disait M. Cance en racontant le fait.
« Les sacrements, la sainte communion surtout, sont plus fréquentés ; quelques commencements de confréries du Sacré-Cœur, des enfants de Marie, les catéchismes de persévérance, etc., se fondent dans plusieurs postes et acquièrent une importance réelle. Toutes ces œuvres exigent un surcroît de travail pour le missionnaire. Malheureusement, la multiplicité des chrétientés et le petit nombre de prêtres ne permettent pas de les établir partout, car, pour vivre et se développer, elles exigent une direction qui se fait difficilement à distance.
« L’une des confréries appelées à faire le plus de bien, c’est celle des mères de famille. Son but est d’apprendre aux chrétiennes à élever leurs enfants, à se soutenir, et à s’encourager les unes les autres, dans cette œuvre si difficile au Laos. Chez les païens, les enfants sont presque abandonnés à eux-mêmes. Ils vivent selon leurs instincts, et n’obéissent à personne. Leurs parents les nomment : chao huen, « maîtres de la maison. » Le père et la mère veulent-ils vendre buffle, bœuf, porc, voire même une simple poule, l’avis de l’enfant est demandé ; c’est son caprice qui l’emporte. C’est le monde renversé, mais les choses sont ainsi.
« Nos chrétiens, malgré les enseignements reçus au catéchisme et dans les instructions publiques et privées, conservent parfois certains usages de leur jeunesse. Si le baptême efface le péché, il ne détruit ni la nature ni les défauts, et le missionnaire a besoin de se rappeler souvent le prœdica, insta, et increpa.
« Par le fait de l’absence de six de nos confrères, plusieurs postes sont privés de leurs titulaires. Pour remédier à cet état de choses, j’ai cru de mon devoir de faire temporairement la concentration des missionnaires ; ainsi groupés, nous serons toujours à même de nous retremper mutuellement dans l’esprit de foi apostolique, dont nous avons si grand besoin. Quand nos chers absents seront de retour, nous reprendons nos anciennes positions abandonnées bien à regret.
« En terminant, dit M. Prodhomme, pro vicaire, nous demandons le secours des prières des âmes qui s’intéressent aux missions et aux missionnaires, car les ouvriers apostoliques ont une rude tâche à remplir : ils ne peuvent répondre à ces exigences, sans un secours constant de l’Esprit-Saint, créateur de la vie spirituelle des âmes, qui leur permette de renouveler le Laos et de faire de ses habitants de vrais enfants de Dieu. »
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