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Rapport annuel des évêques

Année: 1911
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Prodhomme

V. — Laos

Population catholique 12.509
Baptêmes d’adultes 178
Baptêmes d’enfants de païens 47
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« L’année qui vient de s’écouler n’a pas été sans épreuves pour le Vicariat du Laos, écrit M. Prodhomme, provicaire de cette Mission. Toutefois, si nous avons eu des croix à porter, la divine Providence nous a donné aussi quelques consolations qui nécessitent de notre part de grandes actions de grâces envers l’Auteur de tous les dons.
« Nos épreuves en partie connues sont : l’absence prolongée de notre cher Vicaire apostolique, toujours retenu en France par son état de santé ; l’éloignement de plusieurs Confrères, qui, soit en France, soit à Hong-Kong, attendent de la science, et surtout de la divine Miséricorde, un renouveau de vie qui leur permette de reprendre leurs travaux ; la mort inattendue d’un bon missionnaire, plein de vie, de force, d’ardeur et de zèle pour la gloire de Dieu, M. Léon Juge, qui nous a quittés pour un monde meilleur le 16 septembre.
« La disparition de ce Confrère a été pour la Mission une perte d’autant plus grande que M. Juge possédait une merveilleuse connaissance de la langue des indigènes et était un de ceux que les chrétiens aimaient tout particulièrement à entendre prêcher. C’est une perte d’autant plus sensible, que, dans l’espace de quinze mois, il est le deuxième missionnaire d’avenir que Dieu nous enlève, à une heure où, plus que jamais, nous avons besoin de tout notre personnel, pour en former un groupe compact capable de faire face aux difficultés du moment présent.
« Pour bien comprendre ces difficultés contre lesquelles nous luttons, il faut ne pas perdre de vue que le Laotien est un grand enfant, généralement sans méchanceté, mais vivant au jour le jour, suivant plutôt l’instinct et l’impression du moment que les données d’une saine raison. L’exemple, le mauvais surtout, a sur lui une influence extraordinaire. « Puisque les autres agissent ainsi, « pourquoi ne ferais-je pas comme eux ? », telle semble bien être sa règle de vie. Et, dans certains quartiers, les exemples qui nous viennent, tant de la rive gauche que de la rive droite, ne portent guère à la vertu.
« Nous avons trop souvent l’occasion de rencontrer des catholiques, venus au Laos pour chercher la fortune ou un emploi, qui, tout en suivant les offices de l’église, sont loin de mener une vie chrétienne. Pour ne pas éteindre la mèche qui fume encore, le missionnaire est obligé d’user de bonté et de ménagements. Le Laotien, qui voit leur conduite, est porté à considérer comme permises, ou du moins comme tolérées, bien des choses qu’il n’est pas possible d’empêcher. C’est là, assurément, un des grands crève-cœur du prêtre qui veut le salut de tous ses chrétiens.

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« Sur la rive siamoise, nous voyons à l’horizon un gros point noir. L’instruction obligatoire a été décrétée : et la langue siamoise doit être enseignée dans les écoles. Si nous pouvons trouver à peu près partout des maîtres d’école connaissant la langue laotienne, il n’en est pas de même pour ceux qui savent le siamois : leur nombre est relativement minime. Les écoles ne reçoivent, par ailleurs, aucun subside du Gouvernement dans les villages ordinaires. Seules, celles des grands centres, où enseignent des jeunes gens venus de Bangkok, sont officiellement reconnues et rétribuées. Pour entretenir nos œuvres si importantes de l’éducation des enfants, il nous faudra payer très cher nos instituteurs et nous les attacher par de généreux salaires pour les défendre contre la tentation que leur offrent les bénéfices plus grands des institutions païennes. Mais, au Laos, où trouverons-nous les ressources nécessaires?
« Une dernière difficulté nous vient de la disette, pour ne pas dire de la famine qui menace la plupart des districts. Les territoires de Nakhon Phanom — vulgairement Lakhon — et de Bassac semblent être les seuls qui soient épargnés. Le Nord, le Nord-Ouest, l’Ouest et le Sud-Ouest n’ont pas eu les pluies nécessaires pour ensemencer les terres : la perspective est des plus alarmantes.
« L’année dernière avait déjà été mauvaise : les chenilles avaient détruit une grande partie de la récolte. Nombreux sont les malheureux qui ont vécu avec les ignames de la forêt, attendant avec anxiété une meilleure moisson. Leur espoir est déçu, car le riz manquera partout. L’administration siamoise a fait visiter les greniers de la région de Lakhon, pour voir combien elle pourra prélever de riz afin de le transporter ailleurs. De leur côté, les autorités françaises de la rive gauche auraient donné des ordres et interdit l’exportation de cette denrée qu’elles veulent tenir en réserve pour les provinces moins fortunées. Nous ignorons comment nous parviendrons à faire subsister nos chrétientés, si pauvres et si éprouvées.

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« Laissons de côté ce triste tableau, ajoute M. Prodhomme, et, pleins de confiance dans la Providence, jetons les yeux sur les résultats des travaux de nos Confrères.
« Et d’abord un profond revirement s’est produit à notre égard dans la population. L’idée « chrétienne a fait un pas énorme. Nous ne rencontrons plus seulement, comme autrefois, que « visages hostiles ou hypocritement obséquieux ; ce n’est plus l’animosité latente qui se « sentait partout de bas en haut. Déjà, dans la haute classe, dans le sein même de l’ancienne « famille royale, notre sainte Religion a trouvé une réelle sympathie. Sans doute, ce n’est pas « encore la volonté ferme d’arriver au baptême ; mais chacun étudie et compare, et la « comparaison est toute à l’avantage de notre Foi.
« Une Princesse, venue pour assister à une de nos fêtes, s’étant mise à questionner le prêtre « sur la doctrine chrétienne, accepta un livre de controverse en déclarant que le présent d’un « lingot d’or lui causerait moins de plaisir que l’offrande de cet ouvrage. Elle l’a lu et relu ; « elle parle hardiment de la religion, et, hardiment aussi elle confesse que la vérité se trouve « chez nous Daigne Dieu bénir ces lueurs qui semblent annoncer l’aurore et nous permettre « d’entamer la classe dirigeante dont la conversion entraînerait celle du peuple ! »
« M. Combourieu écrit de Tharë : « Les excellentes dispositions de mes néophytes sont « une compensation à leur petit nombre : non sunt numerandi, sed ponderandi, suis-je tenté de « dire. Trois jeunes filles de Sakon, âgées d’une vingtaine d’années, appartenant à de bonnes « familles, ont tout quitté pour devenir chrétiennes et se font remarquer par leur ferveur. Une « brave mère de famille de 55 ans, ayant cinq enfants, fait preuve d’une remarquable bonne volonté et d’un grand zèle pour l’instruction de ses compagnes. »
« Tout le district est en progrès, écrit de son côté M. Quentin. Dans le courant de cette « année, le royaume de Dieu s’est étendu dans notre région. La fondation du village de Nong « Ek, dont l’oratoire est déjà élevé, et celle du village de Khùt Khën en sont une preuve « suffisante. Quoique les travaux d’installation ne nous aient pas laissé tout le temps suffisant « pour compléter l’instruction, le premier de ces nouveaux postes annonce un bon noyau de « néophytes. Que n’avons-nous le personnel suffisant pour mener leur instruction à bonne « fin ! Il ne s’agit pas seulement d’enseigner la doctrine chrétienne ; nos catéchistes devront « encore se faire maîtres d’école, afin de se conformer aux ordres venus de Siam : ici comme « ailleurs, l’instruction est désormais obligatoire. »
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« Les grâces obtenues par l’application du Décret Quam singulari sont, pour les Missionnaires, un grand sujet de joies et de consolations. Partout, la majorité de nos chrétiens situés à proximité du prêtre a obéi promptement aux désirs du Saint-Père relativement à la communion fréquente et à la communion des enfants. Tous les Confrères, sans exception, se réjouissent des résultats obtenus.
« Le plus beau travail de l’année, dit M. Combourieu, celui qui a exigé la plus grande « somme de peines et d’efforts, a été la préparation des néophytes à la confirmation et à la « première communion. Pour arriver au chiffre de 307 confirmations et de 300 premières « communions, chacun de nous a dû enseigner, deux heures par jour, six mois durant, les « leçons du catéchisme. Les résultats sont consolants : grâces en soient rendues au Sacré « Cœur de Jésus et à saint Michel, notre Patron ! »
« J’ai constaté, écrit un autre Missionnaire, qu’un bon vent de renaissance a soufflé cette année sur ma chrétienté. Cela vient, je n’en doute pas, du nombre des communions qui a triplé. Beaucoup de paroissiens, qui ne se présentaient que deux ou trois fois l’an à la sainte Table, se font maintenant une pieuse habitude d’y venir tous les quinze jours, au minimum tous les mois. De là, un sensible accroissement d’esprit chrétien, un peu par tout.
« Je suis aussi très content des effets produits par la communion fréquente des enfants. Nos tout petits sont fiers et heureux de se mêler aux grands, et, vraiment, je suis édifié de voir la charmante modestie, pleine de foi, avec laquelle ils se présentent pour recevoir Notre Seigneur. »
« M. Anthelme Excoffon s’exprime ainsi sur le même sujet : « Le présent exercice est « surtout marqué par le grand nombre des nouveaux communiants. Tous ces enfants — près « de 120 — se sont réjouis du Décret qui leur ordonne de participer au Banquet Eucharistique. « Ils se sont préparés avec une grande ferveur à recevoir Jésus-Hostie. Ils entretiennent un vif « désir de s’unir souvent à Lui pour devenir plus pieux et plus dociles. Plusieurs, pour ne pas « dire le plus grand nombre, s’approchent toutes les semaines de la sainte Table, quelques-uns « même plus souvent encore. C’est l’aurore d’une vie de foi pour nos Laotiens. »
« Un Confrère voit cependant un point noir, à l’occasion de cet empressement des fidèles vers la fréquente communion : « Désormais on ne peut presque plus être « missionnaire-« convertisseur, mais simple confesseur ! » Heureusement que M. Marchi qui fait cette réflexion ajoute immédiatement : « La quantité nous échappe pour le moment ; nous « travaillons pour la qualité. »
« Si en effet nous avons la qualité, le bon Dieu trouvera bien ensuite le moyen de nous donner la quantité. En sanctifiant les âmes, Jésus-Christ leur donnera nécessairement le zèle pour le salut du prochain, zèle qui semblait faire défaut à nos néophytes, depuis quelque temps.

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« Aux motifs de consolation et d’espérance, ci-dessus mentionnés, nous pouvons ajouter encore l’installation d’une chrétienté à Vientiane, capitale du Laos français.
« Nous avions autrefois fait là quelques essais ; mais le moment n’était pas venu : la Mission manquait du personnel nécessaire.
« Quoique plus pauvres que jamais en personnel, nous avons cru devoir profiter de plusieurs circonstances très favorables et, en particulier, de la présence d’un Missionnaire connaissant l’annamite.
« La nouvelle chapelle est située au milieu de la ville, à la portée des Français et des Annamites employés à leur service. L’achat de cet emplacement et la nécessité où nous nous sommes trouvés de construire un monument plus substantiel ont demandé de notre part de grands sacrifices qui se feront longtemps sentir.
« La paroisse de Vientiane comptait, à la fin de juillet 1911, 146 catholiques, soit : 52 Européens, 87 Annamites et 7 Laotiens.
« Européens et Annamites sauront désormais qu’ils peuvent amener en toute confiance leurs familles à Vientiane. Elles y trouveront les secours religieux dont elles ont besoin, et un prêtre qui possède leur langue maternelle.
« Nos Religieuses de Saint-Paul de Chartres d’Oubon et du Nong Sëng se sacrifient de toute leur âme pour la gloire de Dieu, par le soin des malades et par l’instruction des enfants.
Le résultat n’est peut-être pas encore en rapport avec la somme de travail qu’elles donnent. Espérons que, dans un avenir peu éloigné, le bon Dieu daignera enfin bénir leurs efforts.



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