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Rapport annuel des évêques

Année: 1912
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Prodhomme

V. — Laos

Population catholique 12.509
Baptêmes d’adultes 164
Baptêmes d’enfants de païens 42
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L’année 1912 a été, pour la Mission du Laos, féconde en épreuves de toutes sortes. De nombreux fléaux : la mort, la maladie, le choléra, la disette, la famine, sont venus visiter les populations évangélisées par nos Confrères. Aucun, toutefois, n’a porté gravement atteinte, grâce à une protection visible de Dieu, aux œuvres qu’ils dirigent.
« Le Souverain Maître, écrit M. Prodhomme, supérieur du Laos, éprouve les hommes en proportion de l’amour qu’Il leur porte. Nous devons donc être du nombre des bien-aimés de Dieu, car les souffrances morales et physiques ne nous ont pas manqué.
« Je ne parlerai pas de la maladie qui s’est abattue sur plusieurs de nos Missionnaires et les a condamnés à l’inaction et au repos. Mais je ne puis passer sous silence une terrible épidémie de choléra, qui pendant toute cette année a sévi dans nos régions, tantôt au Sud, tantôt au Nord, ne laissant jamais de répit. Les villages catholiques ont été moins atteints que les villages païens ; cependant, l’instruction des catéchumènes et des néophytes a grandement souffert.
« Dans certaines localités, dès qu’un cas grave se produisait, tous les habitants fuyaient dans la forêt, abandonnant leur maison, leur grenier à riz et... avant tout, le malade. Des missionnaires se sont trouvés seuls pour administrer des moribonds et presque seuls pour enterrer les morts.
« Parmi les païens, neuf fois sur dix, le mort — était-il même mort ? — était traîné et jeté au Fleuve. Pendant de longs mois nous avons dû empêcher les chrétiens de se nourrir du produit de leurs pêches, pour ne pas les laisser se contaminer avec des poissons repus de chair de cadavres.
« Plus d’une fois, nos Confrères sont restés seuls avec leur personnel pour garder tout un village. Dans ces circonstances, le catéchisme était évidemment impossible. Une grande tristesse étreignait le cœur du prêtre, à la vue de la grande misère de ses néophytes ; et cette tristesse était accrue par l’audace des brigands qui, nullement dérangés, pillaient les maisons et les greniers à riz, et volaient les bœufs et les buffles.
« Pendant toute la durée de l’épidémie, nos Confrères et nos dévouées Religieuses ont été à la hauteur de leur tâche. Trois Missionnaires ont payé leur tribut à la maladie : grâces à Dieu, le sacrifice de leur vie, qu’ils avaient généreusement fait, n’a pas été accepté ; ils sont revenus à la santé et ont repris leurs travaux. Seule, une de nos admirables Sœurs de Saint-Paul de Chartres a été victime de son dévouement pour les malades.
« Malgré les ravages du choléra dans la ville d’Oubone, tout à côté de notre résidence ; malgré la mort de deux de nos chrétiens des villages extérieurs, que nous avions transportés à la Mission où ils avaient succombé, nous aimions à penser que notre personnel resterait indemne : la sainte Vierge, que tous invoquaient avec ferveur, montrait, en effet, par une protection manifeste, qu’on ne recourait pas à Elle en vain. Cette bonne Mère préserva la chrétienté, mais elle laissa la mort nous enlever une victime de choix. Le 17 août, Sœur Béatrix allait au Ciel recevoir la récompense de sa charité : les soins délicats d’un Docteur français furent impuissants devant la rapidité du mal.
« L’épidémie a fait encore une autre victime dans la personne d’un vieux Cambodgien, père de l’un de nos séminaristes, qui nous avait amené de nombreux catéchumènes.

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« Le choléra n’a pas été le seul fléau dont nous avons eu à souffrir. Une extraordinaire disette a semé la misère sur un tiers du territoire de la Mission, et une véritable famine a fait le vide dans un autre tiers.
« Ecoutons M. Jantet qui nous parle de Muang Khouk et de ses annexes. « La vie dans « notre région, dit-il, a été très dure. L’assistance à la sainte messe et au catéchisme a été bien « négligée. Des chrétiens ont été absents quatre dimanches sur cinq. Ils allaient chercher du « riz jusque dans des villages fort éloignés ; le voyage durait un mois, et nos pauvres « néophytes étaient presque toujours en compagnie de païens qui étaient loin de leur donner « de bons exemples.
« Quelques familles du village de Soukha se sont expatriées pour chercher ailleurs leur « subsistance.
« Les brigandages se sont multipliés dans des proportions inouïes : il n’est pas de famille « chrétienne de Muang Khouk qui n’ait perdu quelque chose. Moi-même, je n’ai pas échappé « aux visites des maraudeurs. »
« M. Marchi m’écrit de Xang Ming : « Les villages païens, dans mon voisinage, ont « souffert du choléra, de la variole et du manque de riz. Xang Ming et ses annexes ont « seulement à déplorer la perte de quatre petits enfants âgés de moins d’un an. Pourtant, le riz « a souvent fait défaut. La récolte de l’année dernière a été des plus médiocres par suite de la « sécheresse ; les effets s’en font surtout sentir maintenant ; cette denrée est à un prix « absolument inabordable. »
« Ecoutons encore M. Combourieu, qui écrit ces lignes :
« L’année n’a pas été une année de disette, mais bien une année de famine. La récolte de 1910 fut pauvre ; celle de 1911 a été presque nulle.
« L’instruction des catéchumènes a souffert de cette situation. Comme ils sont « généralement sans ressources, ils ont dû s’ingénier pour ne pas mourir de faim. Quelques-« uns ont assisté aux instructions et se sont mis en état d’être admis aux sacrements : ils n’en « auront que plus de mérites. Malheureusement, leur nombre ne répond pas aux espérances « que j’avais conçues l’an dernier. »
« Si, du Nord-Ouest de la Mission, nous passons au Sud-Ouest, nous entendons les mêmes plaintes.
« Depuis trois mois, écrit M. Quentin, le riz fait défaut à peu près dans tout mon district. « Néophytes et catéchumènes, les uns par besoin, les autres, plus fortunés, par désir de lucre, « sont partis à la recherche de cette denrée de première nécessité, pendant toute la saison « sèche, qui est la seule durant laquelle nous pouvons les instruire. A l’époque de la culture « des champs, nos chrétiens, très pauvres, ont juste le temps d’assister à la messe. Ces « absences continuelles ont nui à la vie chrétienne et à la réception des sacrements. »
« Dans le Sud de la Mission, la misère a été plus grande qu’ailleurs. M. Anthelme Excoffon en fait le tableau suivant.
« Le riz, qui était à un prix excessif au mois de février dernier, a atteint, aux mois de mai, « juin et juillet, un cours inconnu jusqu’ici. Même à la saison actuelle, malgré une crue subite « de la Se-Moune, qui a inondé les rizières, ce cours se maintient très élevé.
« Les chrétiens ont dû s’en aller au loin chercher des moyens de subsistance. Les résultats « de ces absences prolongées se sont manifestés par une diminution d’un millier de « communions, par rapport à l’année dernière. Cependant le nombre des confessions a « augmenté.
« Les baptêmes de païens n’ont pas atteint le chiffre que nous avions espéré. Avec le « nombre extraordinaire de mendiants qui venaient à nous de tous les coins de la province, il y « avait de beaux coups de filet à réaliser. Ce n’est pas 44 baptêmes, mais une centaine que « nous devrions enregistrer. Pour cela, il aurait fallu posséder des ressources suffisantes pour « se charger de tant de pauvres. Combien sont allés mourir dans des pagodes, ou sur le bord « de la forêt, abandonnés de tous ! J’ai dû me faire violence pour refuser des secours aux « affamés qui me tendaient la main : j’avais déjà 50 bouches à nourrir. J’ai accepté d’abord « une vingtaine d’enfants au berceau et une dizaine de vieillards abandonnés.
« Plusieurs étaient épuisés par la maladie et la faim ; et les soins les plus dévoués n’ont pas « toujours réussi à les arracher à la mort. Leur place a été vite remplie par de nouveaux venus. « Je ne parle pas de mes malheureux chrétiens qu’il m’a fallu secourir. »
« Le tableau tracé par M. Excoffon est encore assombri par les déclarations de ses voisins, MM. Boher et Burguière. Des charrettes remplies d’affamés circulaient dans toutes ces régions du Sud ; ils mendiaient à toutes les portes une maigre pitance et quêtaient du matin au soir.

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« Si l’œuvre d’évangélisation n’a pas donné tous les résultats désirés, poursuit M. Prodhomme, nous devons cependant rendre de grandes actions de grâces à Dieu pour le bien réalise dans le cours de l’année. Le nombre des néophytes a peu augmenté : mais la plupart des Missionnaires se plaisent à constater un accroissement de ferveur chez leurs chrétiens. Les sacrements sont mieux fréquentés ; la prière du matin et du soir est plus fidèlement suivie ; en un mot, la vie chrétienne se développe d’une façon assez satisfaisante. Quelques déchets, signalés par-ci par-là, ne doivent pas nous surprendre et ne nuisent pas à l’esprit général de nos néophytes.
« Quelques missionnaires, MM. Delalex, Marchi et Lacomhe, annoncent le retour au bercail d’un certain nombre de chrétiens, sinon apostats au moins très indifférents.
« Dans le district de Bassac, M. Couasnon a groupé une douzaine de familles dans un endroit nommé Nong Deune. Après avoir creusé des puits d’eau potable, il a bâti un petit oratoire qui sert de lieu de réunion pour les prières, le catéchisme et la sainte messe.
« Le jour de la bénédiction de cet oratoire et de l’installation de la statue de saint Joseph dans sa nouvelle demeure, la princesse, qui déjà l’année dernière se signalait par sa franchise à reconnaître la vérité de notre sainte religion, se signala de nouveau par sa bonne tenue pendant la procession et durant la cérémonie de la bénédiction et la messe qui la suivit. Elle a pris, dit-on, sa bonne part des dépenses faites pour la solennité ; nombreuse était la suite de la princesse à cette fête, où tout le monde se comporta très dignement. Daigne le bon Dieu achever le travail commencé, en conduisant jusqu’au saint baptême ces personnes qui semblent de bonne volonté.
« M. Couasnon espère faire pour les chrétiens disséminés dans les environs de Tha Theng ce qu’il a fait pour Nong Deune.
« La station de Nong Khou, écrit M. Quentin, détient le record du nombre des « catéchumènes. Ils sont venus de tous les points de l’horizon. Quelques familles favorisées « par une bonne récolte de riz, ont invité leurs parents qu’ils savaient clans la gêne à venir les « rejoindre, promettant de partager avec eux la table et le logement. Pressés par la faim, ils « sont venus sans se faire prier. D’autres, non invités, les ont suivis. »
« La Providence a conduit, par des voies extraordinaires, des âmes nombreuses au cher M. « Dézavelle. La population de Nong Khou est devenue très dense, trop dense même, eu égard « à la quantité des terrains cultivables ; elle devra, sans nul doute, essaimer ailleurs. Espérons « qu’elle aura eu le temps d’étudier et de se former à la vie chrétienne, avant son départ. »
« Au Sud de Sésong, ajoute notre Confrère, j’ai ouvert un nouveau champ d’apostolat. « J’avais fait la connaissance d’un païen, frère d’un de nos catéchumènes de Song Nhê, et « descendant de la vieille noblesse Laotienne ; et je l’avais engagé à étudier la religion « chrétienne. Il lisait nos livres de prières, mais il ne semblait pas décidé à se convertir. Le « dimanche des Rameaux, il vint me trouver avec deux de ses amis et il me parut animé de « meilleures dispositions. Sur mon invitation, ils vinrent le jour de Pâques et furent témoins « des splendeurs de nos grandes solennités religieuses. Lorsque je lui rendis visite à Done « Khuang, j’eus le bonheur d’inscrire 50 catéchumènes. J’ai revu, depuis, tout ce petit groupe « et je n’ai pas été peu surpris de constater que tous, grands et petits, pouvaient réciter par « cœur les principales prières. Ils étaient pleins de bonne volonté. Il ne reste qu’à achever leur « instruction. Je me propose de bâtir, pour leur usage, un petit oratoire. Un enclos, planté « d’arbres fruitiers, m’a été offert pour cette installation : c’est un lieu supposé néfaste, hanté « par de mauvais génies : il sera facile de les obliger à céder la place au vrai Dieu. »

« De tels mouvements de conversions deviennent très rares et nous constatons que les populations ne viennent plus par groupes comme autrefois. Nous serons obligés de changer notre méthode d’évangélisation. Les conversions seront désormais plus isolées, et, pour les obtenir, il sera nécessaire de recourir à d’autres moyens ; écoles, conférences, distribution de livres et de médecines, visites à domicile, tout devra être employé, si nous voulons réussir. Malheureusement, les ressources en argent et surtout en personnel nous feront longtemps défaut.
« Notre petit pensionnat et la Crèche établie à Nong Seng nous donnent pleine satisfaction, sous l’habile direction des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. La Crèche et l’Hôpital d’Oubone prennent un développement qui permet de bien augurer de l’avenir. »



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