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Rapport annuel des évêques

Année: 1926
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Gouin

V. — Laos

Population catholique 17.050
Baptêmes d’adultes 280
Baptêmes d’enfants de païens 305


« En Extrême-Orient où tout semble quelque peu en révolution, notre Laos reste tranquille, écrit Mgr Gouin. Le Laotien vit placide dans son coin de champs ; il a sa forêt, la vie assez facile presque partout ; il met sa tête sur l’oreiller du moindre effort ; la patrie est le pays où l’on vit bien, et que les voisins s’arrangent ! Il s’est fait une religion qui permet tout et n’impose rien, la grosse difficulté du missionnaire est de lui faire faire un acte de volonté.
Durant l’exercice 1925-26, nous comptons 280 baptêmes d’adultes et 305 d’enfants de païens. — Augmentation régulière des communions de dévotion. Cette année, nous avons eu la douleur de perdre M. Pierre Excoffon que le Bon Dieu a rappelé à Lui le 29 mai dernier, dans sa 38me année de mission. Son frère, M. Anthelme Excoffon, qui m’accompagnait en tournée de confirmation, n’avait pu être auprès de lui à ses derniers moments ; c’est le 31 au soir que tous les deux, en arrivant à l’étape, vers onze heures et demie du soir, nous apprîmes la mort du bon Père Pierre.
En août 1925, M. Marchi était allé à Hongkong pour se guérir d’une dysenterie rebelle ; le docteur a ordonné un séjour en France. Sans doute, M. Marchi va-t-il nous revenir bientôt, car il m’écrit de sa paroisse natale en Corse : « Je ne suis point fait pour des civilisés ; il me faut la brousse, guéri ou non. »
Aussitôt mon retour de Saïgon, où j’étais allé assister au sacre de Mgr Dumortier et rendre visite à S. E. Mgr Ajuti, Délégué Apostolique de l’Indochine, je suis parti en tournée de confirmation dans la partie Ouest de la Mission : districts de Tharé, Donthoi, Xangming. — Un voyage de 400 kilomètres à cheval. — Après ma randonnée en automobile, de Thakhek, Vinh, Hué à Saïgon, le cheval, sous un chaud soleil et le long des sentiers laotiens qui n’en finissent plus, a des... charmes qu’on avait presque oubliés. Un broussailleux ne devrait pas tâter de la civilisation.
Je trouvai à Tharé, rentré pendant mon absence, M. Combourieu, provicaire délégué qui, après quarante ans de mission, était allé passer quelques mois en France, voir le Pape et Rome. Son retour fut une fête pour ses chers « Tharésiens », dont il est le Père et le Pasteur depuis 1885. La fête paroissiale — Saint-Michel — et la confirmation furent précédées des exercices du jubilé ; cinq jours durant, soir et matin, l’église était trop petite pour contenir les chrétiens qui venaient entendre M. Anthelme Excoffon.
Voici un extrait du compte rendu de mon Provicaire : « Communions de dévotion, 37.124. Ce chiffre est fort éloquent ; s’il est la preuve d’un grand foyer de vie catholique, il indique aussi la somme de travail que les missionnaires ont dû fournir pour faire comprendre à des néophytes les beautés de l’Eucharistie et exciter chez beaucoup l’amour de Dieu reçu presque chaque matin. Les baptêmes de catéchumènes sont un peu en déficit, faute d’un bon catéchiste. Pour un bon nombre d’entre eux insuffisamment instruits, on a dû renvoyer le baptême à plus tard. Nous les retrouverons l’année prochaine, il faut l’espérer, avec d’autres nouveaux arrivés. »

A Donthoi, M. Stocker se plaint un peu de la diminution de ses chrétiens, malgré des baptêmes d’adultes chaque année. Inondation des rizières trois ans de suite, dure, trop dure épreuve pour la patience laotienne ; et l’on s’en va à la recherche de la terre promise, où l’on ne manquera jamais de riz. La plupart de ces familles sont parties heureusement vers des villages chrétiens. Nos Laotiens, avec leur manie de changement, n’ont aucun souci de la crise du logement. Se sentent-ils trop retenus au village ? Le chef a-t-il malheur de leur déplaire ? Un procès de quelques sous n’est-il pas jugé à leur gré ? On s’en va fonder un nouveau village. Cette manie devra cependant disparaître un jour car la population s’accroît rapidement, et les bons coins sont pris.
Xangming, ancienne annexe de Tharé fondée autrefois par M. Combourieu, a beaucoup progressé ces dernières années, sous la zélée direction de M. Marchi ; 193 adultes et enfants reçurent le sacrement de confirmation le jour de la fête du poste, le dimanche de la Trinité.
M . Lacombe a dû quitter sa chère chrétienté de Champhen, où il avait tout construit à neuf à son retour de la guerre, pour remplacer M. Marchi. Il m’écrit dans son compte rendu. « Le bon grain jeté à pleines mains par le P. Marchi continue de germer et à porter des fruits. J’ai trouvé à Xangming, surtout au poste central, un excellent noyau de chrétiens convaincus, fidèles à la réception des sacrements. S’il y a baisse sur les confessions et communions répétées, elle provient de ce que, d’août à décembre 1925, la chrétienté resta sans titulaire et ne put être visitée qu’à des intervalles assez éloignés. Cette année, 23 catéchumènes ont été régénérés dans les eaux du baptême et il se présente toujours de nouvelles familles. Ces familles sont-elles attirées vers nous par le désir de la foi ? Souvent non. Pour beaucoup ce n’est pas que leur casier judiciaire, s’il existait, fût chargé de gros écarts, mais on en trouverait de petits, beaucoup de petits ; et cependant, sérieusement instruits, soutenus par le Père, noyés dans l’ensemble des vieux chrétiens, ils deviennent, eux aussi de bons chrétiens. C’est ce qui s’est passé et se passe à Xangming, où la population a augmenté de moitié.
Actuellement le terrain du village de Xangming, un îlot à la saison des pluies, sera bientôt tout occupé ; Nongdon se trouve dans la même situation ; donc des exodes en perspective et nouvelles difficultés d’administration.
Il est probable que Votre Grandeur et le P. Anthelme Excoffon vous vous souviendrez de la semaine passée à Xangming, le thermomètre marquant 41 et 42º sous la vérandah. Mais les chrétiens étaient contents et vous avez pu vous rendre compte de leur entrain à venir, même des villages éloignés, entendre la chaude parole du P. Anthelme qui leur expliquait si clairement ce qu’ils devaient faire pour mériter le Ciel. »

Tous les missionnaires me donnent des notes qui se ressemblent sur le Jubilé dans leur district : assiduité aux divers exercices, nombreuses confessions et bon nombre de rentrées au bercail de chrétiens négligents. Dans tous les postes un peu importants, la cérémonie finale a été précédée d’une mission de cinq jours avec sermon matin et soir par un missionnaire voisin.

Au Laos aussi, nous avons l’infiltration protestante. Des bibles en langue annamite ont été distribuées dans la partie siamoise de la Mission, par des annamites venus de Bangkok. Sur la rive française, dans la province de Savannakhet, des ministres évangéliques suisses se sont établis depuis de nombreuses années au gros village de Kengkok ; voici ce que m’écrit M. Anthelme Excoffon, chargé de cette région et qui a visité ce village : « Quel est leur succès auprès des païens ? Je crois qu’il se réduit à peu de chose, mais ils ne s’en tiennent pas là. Ils parcourent le Laos, bible en main s’arrêtent dans les villages et attaquent tout de suite la question religieuse. Ils sont particulièrement heureux de rencontrer sur leur chemin des villages catholiques ; leur passage m’a été signalé à Thangam, une de mes annexes. Ils sont descendus chez le chef de village, mon ancien catéchiste, et de suite l’ont entrepris sur la question religieuse. Toute la discussion eut surtout pour objet d’abaisser l’éminente dignité de l’auguste Mère de Dieu ; le chef du village ne se tint pas pour battu et leur répondit que quand une mère avait un fils roi, elle avait le droit d’être traitée de reine. Dans le village même de Kengkok où ils sont installés, il y a un excellent chrétien annamite chargé des postes et télégraphes de ce petit chef-lieu. Tous les jours le bon prédicant suisse venait sous prétexte d’envoyer un télégramme, soulever des discussions sans fin ; le télégraphiste en était obsédé. Un jour il écrivit sur sa porte en gros caractères : « Laus Sanctae Trinitati et Beatae Mariae Virgini. Ave Maria. » Ce fut fini et le ministre n’eut plus besoin de renseignements pour l’envoi de ses télégrammes. »

Tous les confrères qui me parlent des écoles dans leur compte-rendu sont contents des résultats obtenus ; mais le point noir pour tous, c’est de trouver l’argent pour les entretenir M. Burguière donne la note générale : « Les écoles de Sithan et de Banbua continuent à me donner toute satisfaction : Sithan, 7 élèves présentés, 6 reçus. Banbua, 32 présentés, tous reçus avec de fort bonnes notes. L’instituteur est sérieux et fait travailler ses élèves, mais il sait bien aussi qu’il y a 12 mois dans l’année et qu’il lui est dû 15 ticaux par mois, c’est-à-dire 180 plus 24 pour un aide. Presque autant pour l’école de Sithan soit en tout 400 ticaux . Cela dépasse les forces d’un missionnaire pauvre. »
Les écoles du gros village de Tharé comptent près de 400 élèves et de très nombreux succès aux examens. A Nongseng, M. Paulin a présenté 19 élèves ; tous ont été reçus et l’un a même obtenu son 3e degré de certificat d’études. Ce succès a valu à M. Paulin et à l’école les félicitations officielles du sous-préfet.
En plus de la question d’argent, la direction de ces écoles est un gros souci pour le missionnaire : la loi scolaire siamoise est assez pointilleuse et le Père nous éviter des difficultés doit tout voir par lui-même.
Que Dieu nous aide ! »


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