| Année: |
1928 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. ─ Laos.
Population catholique 17.955
Baptêmes d’adultes 454
Baptêmes d’enfants de païens 253
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« Grâces soient rendues à Dieu, écrit Mgr Gouin, pour les consolations qu’Il a daigné nous accorder durant le présent exercice : 253 baptêmes d’enfants de païens, et 454 d’adultes, chiffre qui n’avait pas été atteint depuis plusieurs années.
« Parmi les faits importants de l’année, je citerai tout d’abord la visite de Son Excellence le Délégué Apostolique de l’Indo-Chine Mgr Ajuti. Parti de Hué le mardi saint 3 avril le Prélat arrivait à Savannakhet le soir même, et le lendemain matin à Nongseng, où il était reçu par le Vicaire Apostolique, les missionnaires des environs, les chrétiens laotiens et annamites, au son joyeux de nouvelles cloches. Malgré les grosses chaleurs, Son Excellence voulut bien célébrer les cérémonies du Jeudi-Saint. Le jour même de Pâques, le Délégué, accompagné du Vicaire Apostolique, gagnait en deux heures et demie d’auto la chrétiénté de Tharé, où l’attendait une belle réception préparée par M. Combourieu : deux mille chrétiens étaient là pour lui faire honneur : « On se croirait, remarqua Son Excellence, dans un gros centre « chrétien du Tonkin. Le Laos, pays sauvage, oui, un peu ; mais les Laotiens, tout au moins « les chrétiens, sont bien apprivoisés. » De Tharé, le voyage continua, par de bien mauvais chemins, jusqu’à Vientiane, d’où, trois jours après, retour par les chrétientés de Xang-Ming et de Thung-Mon ; puis excursion à Sien-Vang ; et, le 18 avril, Mgr Ajuti quittait Nongseng pour se rendre au Cambodge, au sacre de Mgr Herrgott. Sur sa demande, je l’accompagnais. Sa dernière station au Laos fut chez M. Jouve, à Dong-Mak-Ba, chrétienté de sauvages Sô en pays laotien
« Au cours de cette longue et pénible randonnée, le représentant du Saint-Siège fut vivement touché de l’accueil parfait des autorités soit françaises, soit siamoises, des facilités qui lui furent ménagées par elles pour ce voyage en pays neuf, de l’hospitalité qui l’attendait dans les Résidences. Au nom de Son Excellence et au mien, je réitère ici l’expression de notre très vive reconnaissance pour des attentions si marquées.
« Le second événement notable de l’année fut la visite de M. Robert, premier Assistant de Mgr le Supérieur de la Société. Si son voyage au Laos manqua de poésie, voire de confortable, en revanche il abonda en menus désagréments de plus d’une nature : autos quelconques, pannes fréquentes, chaloupes surchargées, retards aux rendez-vous, pluies diluviennes, boues, quoi encore ! « Le P. Robert a bien fait, disaient plusieurs confrères, de « nous venir à la saison des pluies, car c’est alors le vrai Laos ! » Vous le saviez, cher P. Robert ; merci d’être venu, et merci pour tous les confrères que vous avez voulu voir dans leurs postes mêmes, de Nongseng et Vientiane jusqu’à Oubone et la frontière de la Mission de Bangkok.
« Les journaux vous ont appris l’épouvantable accident survenu à la chaloupe Trentinian, qui sauta au quai de Nongseng. Le nombre des morts doit arriver à soixante dont quatre Européens. M. Paulin se trouvait seul à la Mission ce matin-là. Son dévouement, ainsi que celui de Sœur Ursule et des autres Sœurs de Saint-Paul, envers les blessés et les naufragés a été au-dessus de tout éloge. Le bateau a pu être renfloué, il a quitté Nongseng le 4 août, six mois jour pour jour après l’accident.
« En décembre dernier nous avons eu la douleur de perdre le cher M. Dabin. Ordonné prêtre à Nantes en 1874, il arriva au Siam en 1878, et à Oubone en 1884, où il passa toute sa vie de missionnaire. »
Cette année encore, au point de vue des baptêmes, la région du Sud vient en tête. Voici quelques extraits du compte rendu de M. Dezavelle : « Depuis mon arrivée au Laos, jamais je n’ai atteint pareil chiffre de baptêmes de païens : grands et petits, 135. Et pourtant l’année avait débuté sous de tristes auspices : en août 1927, très grave épidémie qui éprouvait la chrétienté de Songnhé trois mois durant. Les remèdes habituels furent essayés, mais en vain. Les enfants surtout payèrent un lourd tribut à la maladie, quelques jeunes ménages furent aussi emportés. Je ne savais à quel saint me vouer, j’essayais remèdes sur remèdes, je consolais les familles et... j’enterrais mes morts ! et quelle douleur quand je voyais les meilleurs s’en aller. Je redoutais l’abandon du village et la dispersion des chrétiens aux quatre coins de l’horizon, suivant la coutume laotienne ; il n’en fut rien heureusement. Meurtris dans leurs affections, les chrétiens tinrent bon ; je vois encore un père de famille me disant, les larmes aux yeux après l’enterrement de son troisième enfant : « Je ne dis rien, je ne murmure « pas, c’est comme le bon Dieu voudra, mais que c’est dur ! » Les âmes d’enfants envolées nombreuses ont dû prier pour le village, puisque la moisson d’âmes a été si belle. Elle a été causée aussi par l’arrivée ici d’anciens catéchumènes de Dong-Mak-Fai, qui, ayant déjà appris d’eux-mêmes les points principaux de la doctrine, et pleins d’ardeur au catéchisme, m’ont donné un bon nombre de baptêmes. »
M. Burguière m’écrit de cette même région d’Oubone : « L’administration des postes a eu lieu normalement, un peu brièvement toutefois. J’ai dû, au commencement de l’année, apprendre les rudiments du siamois au nouveau Père, et depuis avril, me charger du poste de Ban-Uet en l’absence du P. Courrier parti se soigner à Saïgon. »
« La vie chrétienne reste satisfaisante à tous points de vue. Cependant, à Ban-Bua, au point de vue matériel, c’est la gêne. La peste a enlevé presque tous les buffles, et c’est le même cri de détresse dans tous les villages laotiens ; de là hausse du prix du riz, et qui n’est pas encore à son maximum. A Sithan, l’église a été réparée, la maison reconstruite. Un bon point au nouveau village chrétien de Nong-Tham pour son bon esprit, la bonne entente, la réception quotidienne de la sainte communion lors de nos visites. Une école a été ouverte cette année : il fallait bien soustraire les agni novelli à l’emprise de l’école païenne. Notre confrère a enregistré une gerbe de 66 baptêmes de païens.
Sur le fleuve, à Kengsadok, M. Chabanel a perdu aussi un grand nombre de chrétiens du fait de l’épidémie, qui en quelques mois a emporté 66 personnes sur une population de 900 âmes. Cette épidémie tend à nous revenir presque tous les ans, dans un coin ou l’autre de la Mission.
« Les bords du Mékong restent toujours la partie ingrate de la Mission : mélange des races, jeu, opium, semblent en être les causes. Pourtant il semblerait que nos postes s’affermissent. M. Barriol m’écrit de Paksane, point de transit du fleuve vers le Xieng-Khuang : « Il n’y a pas « grand progrès sur l’année dernière, mais enfin il y a progrès tout de même. L’assiduité à la « messe du dimanche, la fréquentation des sacrements sont satisfaisantes. Les païens des « environs semblent s’apprivoiser. J’espère que mon petit noyau de catéchumènes grossira « assez rapidement. Dommage qu’à Paksane, lieu de passage, les mauvais exemples soient « fréquents. »
« Je tiens à signaler deux joyeux événements : la bénédiction de trois belles cloches à Nongseng et à Tharé. M. Paulin, chargé de la chrétienté de Nongseng, ne pouvait comprendre que le clocher de l’église restât muet. Aidé de généreux bienfaiteurs de France et de Cochinchine, il fit venir trois belles cloches de France. Ce fut un émerveillement pour nos Laotiens. Elles furent bénites sur la fin de novembre après notre retraite annuelle. Le 13 mai dernier, même fête se renouvelait à Tharé, le jour de la fête patronale du poste, au milieu des missionnaires de la région et des chrétiens accourus nombreux. Puissent ces bonnes cloches être les messagères de la Bonne Nouvelle et annoncer aux pays d’alentour la venue de leur Sauveur !
« Notre école de catéchistes-instituteurs a eu un beau succès en fin d’année : les cinq présentés à l’examen officiel furent tous reçus, et dans les premiers : les deux premiers de la province furent de chez nous. Par son entrain au travail, par son bon esprit, notre école méritait ce succès, dont une large part revient à M. Boher qui s’est vraiment dépensé à cette œuvre. Nous avions pensé arrêter les études de nos élèves catéchistes-instituteurs au second degré du brevet, nous les pousserons sans doute jusqu’au troisième degré, car nous nous devons de garder nos écoles en bon rang.
« M. Excoffon avait lui aussi le plaisir de m’annoncer que trois religieuses Amantes de la Croix du couvent de Sien-Vang avaient passé leur certificat officiel laotien. Sur trente-huit reçues, ces trois religieuses étaient classées 1re, 4e, et 5e. Au couvent de Tharé même succès.
« Nos précieuses auxiliaires en Mission, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, tant à Oubone qu’à Nongseng, se sont, comme par le passé, dévouées à l’œuvre d’éducation et de formation des jeunes filles, œuvre parfois bien dure dans notre pays du Laos, où l’amour de la vie libre a tant d’emprise sur la jeunesse et même sur l’enfance. Merci à elles ! »
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