| Année: |
1930 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Combourieu |
V. — Laos.
Population catholique 18.964
Baptêmes d’adultes 316
Baptêmes d’enfants de païens 257
M. Combourieu, Vicaire-Délégué de la Mission du Laos, nous adresse, en l’absence de Mgr Gouin, le compte rendu annuel . « La lecture des rapports des missionnaires, dit-il, prouve bien que, si personne ne se croit autorisé à chanter victoire, personne non plus n’a lieu de se lamenter sur des reculs ou des défaites. Progrès lent, mais progrès général. »
La raison de la lenteur actuelle de la marche en avant, d’après M. Combourieu, est que les motifs humains, qui jadis poussaient le Laotien à prendre contact avec le missionnaire ou avec la communauté chrétienne, n’existent plus actuellement : comment dès lors prendre barre sur des esprits qui se dérobent, sur des volontés inertes ? Notre Laotien, vivant au jour le jour dans une tranquillité et dans un bien-être relatif si conformes à son principe pratique du moindre effort, ne désire plus rien ; il ne saurait trouver mieux ! Et puis, pour bien se rendre compte de sa mentalité particulière, il faudrait le voir tout au long de sa vie quoti-dienne, et même dès les premiers jours de son existence, aux prises avec cette croyance invétérée aux esprits méchants, qui l’obsède et lui enlève presque toute liberté d’esprit dès qu’il s’agit de questions d’ordre religieux. « Quoi d’étonnant, conclut M. Combourieu, que le démon agisse en maître chez lui et que ces pauvres gens reculent, quasi d’instinct, quand nous leur parlons de conversion ? »
« La partie n’est pas perdue pour autant, continue-t-il. Que le missionnaire, dans son village, soit l’homme de tout le monde, sans faiblesses ni familiarités ; qu’il s’applique à faire de sa chrétienté un modèle de communauté, où règne la justice et la charité ; qu’on sache, aux alentours, que là les pauvres ne meurent pas de faim et qu’ils ne sont jamais chassés comme des « porte-malheur » ; enfin qu’il s’applique à faire naître parmi les siens un peu d’aisance et de bien-être en prêchant le travail et l’économie ; qu’il fasse cela et, s’il ne peut espérer la victoire sur toute la ligne, il gagnera pourtant sur le paganisme ambiant, et son noyau de fidèles, au lieu de diminuer, ira en augmentant ; car, par une de ces inconséquences très compréhensibles chez un peuple enfant, ce brave Laotien, qui par peur des esprits se raidit stupidement contre les raisons les plus émouvantes par lesquelles le missionnaire cherche à l’attirer, est d’ailleurs très sensible aux petits désagréments de la vie, comme aussi à tout ce qui a couleur d’intérêt. Du coup, il quittera son groupe pour aller se joindre avec femme et enfants aux catholiques, ou bien, s’il est chef de file, il ira voir le missionnaire pour le prier de venir l’instruire, lui et sa parenté. A partir de ce moment, il n’est plus sous le joug du démon, mais il craint encore ses représailles, et son plus grand désir sera d’être baptisé. Il n’y a plus qu’à l’instruire et à lui parler de ses nouveaux devoirs. Le point initial de ce processus n’est sans doute pas très surnaturel, mais au fur et à mesure qu’il s’instruit, notre païen d’hier commence à voir les choses sous un jour qu’il ne soupçonnait pas, justement parce qu’il ne les connaissait pas bien.
« Dieu merci, nos chrétiens, une fois instruits, font preuve de foi comme dans les autres pays. La preuve en est dans le chiffre des communions de dévotion, qui s’est élevé à 174.310 pour une population totale qui n’atteint pas 19.000 âmes. La fréquence des communions suppose naturellement l’assistance fidèle à la messe et l’observation des préceptes. Nos confrères qui n’ont pu, malgré leurs efforts, offrir au Père de famille la grosse gerbe de baptêmes qu’ils avaient rêvée, peuvent se consoler par le résultat des soins donnés à leur troupeau. M. Dézavelle, par exemple, qui, au lieu de 152 baptêmes d’adultes l’an dernier, n’en enregistre cette fois que 80, n’a pas à se plaindre particulièrement : le nombre de 9.000 confessions entendues et de 27.000 communions distribuées devrait le satisfaire et imposer silence à ses scrupules. Ses soucis viennent du résultat de ses « chasses » en pays païens : il n’a rien « rapport », comme toujours, dit-il, et il laisserait ses espérances s’effondrer sans la pensée qu’un siècle compte à peine dans la vie de l’Eglise. Je puis affirmer que M. Dézavelle n’a récolté que des consolations : ses chrétiens ne se sont-ils pas cotisés pour lui offrir un bel ornement à l’occasion de ses noces d’argent sacerdotales ?
« Bien que chaque ouvrier ait travaillé dans la mesure de ses forces, la moisson, comme on pense, n’a pas été uniformément abondante. Après Song-Nhi, Ban-Sang-Ming et Ban-Uet semblent avoir été les plus favorisés pour le contingent de baptêmes d’adultes. M. Lacombe en présente 45, avec, en plus, 16 d’enfants de païens ; et il se plaint, non des fatigues que lui occasionnent l’administration et l’instruction de près de 1.500 fidèles répartis dans six villages placés à belle distance les uns des autres, mais du mauvais renom de ses nouvelles recrues, qui sont traitées de sorciers, sans qu’elles aient, bien entendu, aucun des pouvoirs attachés à ce titre. Ces pauvres gens ont été chassés de leurs maisons et rejetés par leurs concitoyens, ou parce qu’ils maniaient trop bien leurs affaires et faisaient des jaloux, ou parce que leur paresse en faisait des quémandeurs à la charge de tout le monde ; pour semblables raisons, on fait courir le bruit qu’un tel est un « porte-malheur », que c’est lui qui cause les maladies et donne la mort aux gens. Le mot fait son chemin et bientôt le malheureux est sommé de s’éloigner sans retard, s’il ne veut courir les plus grands risques... Ne sachant où se réfugier, iI va demander l’hospitalité d’un village chrétien. Avec le temps, et surtout avec l’instruction, ces pauvres gens feront des chrétiens très passables ; mais aux yeux des païens, le qualificatif dont ils sont affublés déteint sur le village, et beaucoup de païens qui auraient eu des raisons d’approcher le missionnaire, reculent, ne voulant pas se mêler aux « porte-malheur » de Sang-Ming. Et voilà ce que M. Lacombe déplore ; je le déplore avec lui, mais j’ajoute qu’avec cela il n’y a pas que des sorciers à Sang-Ming et que ce poste compte parmi les plus beaux centres de la Mission.
« A Ban-Uet, M. Cavaillier a baptisé 47 infidèles, dont 35 adultes. « J’aurais pu arriver à « un meilleur résultat, dit-il, si j’avais eu plus de temps à consacrer à chacune de mes « nombreuses stations et si la préparation des matériaux pour deux nouvelles églises m’avait « donné moins de tracas. »
« M. Jantet à Paksé accuse 51 baptêmes. Le pays est riche en promesses, 720 personnes se préparent pour l’an prochain . Et d’ici l’an prochain, la liste, sans doute, aura encore doublé. Cet Eden du misionnaire s’appelle le pays des Khas (sauvages). Ce n’est pas un apôtre, mais trois, quatre, qu’il faudrait lancer dans ces montagnes, et sous peu, le Laos aurait le pendant de la Mission des Bahnars.
« Une autre région bien intéressante aussi, c’est la région de Vientiane au nord de la Mission, domaine de M. Thibaud. Ici le chiffre des baptêmes n’a rien de brillant, mais quels espoirs pour l’avenir ne conçoit pas notre confrère ! Avant de nous en faire part, il ne peut s’empêcher de verser un pleur sur l’aridité du terrain dans sa bonne ville de Vientiane : « La « population française, dit-il, est bonne, sympathique, généreuse, mais malheureusement « indifférente, faite surtout de vagi ; peu de colons, d’où difficulté de constituer un noyau « paroissial et des œuvres stables. » Parmi les Annamites immigrés, beaucoup sont peu fervents : ces non-participants fréquenteront les fêtes païennes, se mêleront aux rites superstitieux . Et les païens, témoins de l’appui officiel donné au Bouddhisme, ne se gêneront pas pour dire que leur religion est la meilleure, puisque Français et Annamites tiennent si peu à la leur. De fait, le « clergé » bouddhiste a été hiérarchisé par l’administration : il y a des chefs de diocèses, de paroisses, de pagodes ; une allocation est attribuée au chef des bonzes de Vientiane, que d’aucuns décorent du titre de « Sainteté » !!! On répare à grands frais les anciens monuments ; les pagodes délaissées par les indigènes sont restaurées, une école de pali, la langue sacrée, et de hautes études, avec professeurs bien rétribués, a été créée dans les locaux administratifs pour la formation du « clergé ». « Heureusement, ajoute M. Thibaud, « l’effet de ces largesses est quelque peu neutralisé, aux yeux des gens avisés, par les « mesures bienveillantes dont bénéficie à son tour la religion catholique. Le mauvais exemple « de quelques chrétiens, voilà ce qui compte dans la série des obstacles qui entravent « l’action du missionnaire. » Cette action est cependant loin d’être nulle ; on a compté 319 communions pascales et 1.742 de dévotion. M. P. Han, jeune prêtre annamite, gracieusement prêté par Mgr Eloy, saura mieux trouver le chemin des âmes de ses compatriotes et faire prospérer la chrétienté annamite. L’accueil fait à ce prêtre par la population catholique fut des plus chaleureux. Il profita de suite de ces bonnes dispositions pour organiser une mission de six jours, au cours de laquelle le nombre des pascalisants passa de 250 à 319. Mille remerciements à S. G. Mgr de Vinh !
« Maintenant qu’il a un vicaire le remplaçant auprès des Annamites, M. Thibaud se promet de donner libre carrière à ses vastes projets. Autour de Vientiane, deux terrains ont été acquis, deux chapelles vont s’élever. Un peu plus loin, des Laotiens de Nong-Bük, qu’il ne connaissait pas, sont venus s’offrir, prétextant seulement qu’il y avait du tirage entre eux et les génies du lieu. L’église ? ils se chargent de la construire eux-mêmes, et promptement .
« Dans ses voyages à Luang-Prabang, M. Thibaud a visité plusieurs groupes, noyaux de futures chrétientés dans cette région, à Huei-Sai, à Pak-Klai, à Fong-Sali, à Muang-Sing, etc . Un emplacement a été choisi à Luang-Prabang , qui pourra servir à l’installation d’un centre éventuel de Mission. En outre, il a pu distribuer quantité de brochures de propagande . « Les « populations rencontrées, dit-il, paraissent sympathiques, simples ; rien de mieux pour « exalter l’imagination du missionnaire et pour l’inviter à fixer sa tente en ces lieux. » Et « pour terminer : « Plus que jamais, dit-il, je reste partisan d’un partage du Laos français en « deux Missions :
« 1º Luang-Prabang et sa province (délégation de Pak-Lai), Huei-Sai et Fong-Sali, Sieng-« Khouang, qui deviendra très accessible par la route Hanoï Luang-Prabang. Cette région, « d’une physionomie uniforme et d’un langage particulier, se suffirait amplement. Une « dizaine de missionnaires, par groupes de deux ou trois, fixés dans les principaux centres de « peuplement, rayonneraient commodément dans les coins les plus perdus .
« 2º Vientiane et le sud du Laos. La seule province de Vientiane pourrait former une « Mission indépendante, car elle est la plus peuplée. En attendant des temps meilleurs, on « pourrait lui laisser la partie sud tout entière, desservie par le fleuve, et, en saison sèche, par « des pistes accessibles aux automobiles. Chaque division aurait ainsi sa capitale … »
« L’exposé de M. Thibaud ne s’en tient pas là, et je n’en retiens ici que les grandes lignes. Il faut bien garder un coin de mon compte rendu pour signaler les belles fêtes d’Oubône et les diverses constructions qui sont venues, dans le courant de l’année, ajouter à l’embellissement de la Mission .
« La modestie de M. Chatenet aime à accuser une moins-value dans le chiffre des baptêmes d’adultes et des communions de dévotion par rapport aux années précédentes. Il l’attribue à la cherté de la vie et aux dissipations de tous genres qui n’ont pas manqué à Oubône avec l’ouverture de la voie ferrée. C’est à peine s’il fait allusion aux fêtes du 26 janvier : et pourtant Dieu sait qu’il ne négligea rien pour rendre mémorables ces fêtes de l’ordination d’un enfant de la paroisse, M. Joseph Dong. Mgr Gouin était entouré d’une couronne de dix prêtres : M. le Consul avec trois de nos compatriotes de Pak-Sé, M. le Préfet avec les hauts mandarins de la ville, avaient tenu à venir manifester leur sympathie pour la Mission et pour le héros de la fête en particulier. Le premier jour, nos invités ont suivi avec une attention soutenue la cérémonie d’ordination ; le lendemain, ils sont venus, avec entrain et courtoisie, prendre part aux réjouissances communes et participer à nos modestes agapes. Quant à la foule, elle aurait rempli deux églises ! Des députations étaient venues de tous les villages catholiques de la province et, trois jours durant, tout ce monde fut reçu et traité par le curé et ses fidèles. Le nouveau prêtre dut recevoir compliments et hommages. Aux fêtes du soir, des troubadours improvisés le célébrèrent à leur manière, et lui présentèrent maints souhaits à l’orientale : Que Dieu daigne les exaucer !
« M. Barriol, à Paksane, a employé le meilleur de son temps à surveiller les travaux de sa nouvelle église. Il a réalisé un vrai bijou, tout le monde le lui dit, et ses chrétiens sont si fiers que leur assiduité aux prières a triplé.
« Aux mines de Hinboum, la famille Bartholoni a fait élever une jolie chapelle que Mgr le Vicaire Apostolique, assisté du Provicaire et du P. Edouard, curé de Nong-Seng, a bénie solennellement le 8 février de cette année.
« Enfin à Sien-Vang, si M. Excoffon a vu son ministère entravé par les absences fréquentes et prolongées de ses chrétiens en quête de riz, il a profité de cette circonstance fâcheuse pour activer la construction d’un couvent qui mérite bien ce nom : là, dans ces vastes pièces, maîtresses et novices ne seront plus entassées.
« Avant de terminer, je veux, au nom de la Mission, rendre un juste hommage à nos dévouées collaboratrices les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui, dans les deux établis-sements confiés à leurs soins, ont continué résolument à s’acquitter de tout leur devoir. »
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