| Année: |
1931 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. — Laos.
Population catholique 19.595
Baptême d’adultes 344
Baptêmes d’enfants de païens 272
« Grâce à Dieu, nous dit Mgr Gouin, le Laos, quoique situé entre trois pays profondément troublés, la Chine, le Tonkin et la Birmanie, continue sa vie de peuple tranquille, qui ne veut point de bruit. Les Annamites viennent ici chercher du travail, d’ailleurs de plus en plus rare, car même au Laos la crise commerciale se fait sentir. Les quelques meneurs communistes annamites qui depuis quatre ans avaient essayé de faire des recrues et avaient parfois réussi, se sentent surveillés et restent tranquilles, au moins extérieurement. Les Chinois ne demandent qu’à vivre en paix, faisant leur commerce et gagnant de l’argent. Le Laotien, heureux de vivre, comprend peu de chose aux nouvelles théories de la liberté des peuples : celle dont il jouit lui donne la paix et elle lui suffit. Les anciens se souviennent encore des guerres d’autrefois, des razzias qui les accompagnèrent, et ne désirent point revoir ces temps d’épouvante. Aussi bien sous le Protectorat français que sous l’administration siamoise, missionnaires et prêtres indigènes ont pu s’adonner en paix à l’exercice du saint ministère.
« L’événement principal de cette année a été la visite de S. Exc. Mgr Dreyer, Délégué Apostolique en Indochine. Son Excellence est arrivée à Nongseng le 6 janvier, pendant notre retraite annuelle, qui nous était prêchée par le R. P. Maurice Bertin, Supérieur des PP. Franciscains de Vinh. Mgr le Délégué eut ainsi la facilité de voir tous les missionnaires et prêtres indigènes et de s’entretenir avec eux. Après la retraite, Son Excellence commença sa longue randonnée dans la Mission : Vientiane, chef-lieu du Protectorat français, les mines d’étain de la vallée du Nam-Phratène, où se trouve un certain nombre de chrétiens laotiens et annamites, la chrétienté de Don-Don, notre école de catéchistes-instituteurs, la belle chrétienté de Tharé, virent tour à tour le Délégué du Saint-Siège ; puis ce fut le tour du Sud de la Mission : Savannakhet, Paksé et l’important centre d’Oubone, qui, étant donné sa position centrale dans le Laos du Sud, et tête du chemin de fer vers Bangkok, semblerait appelé dans un avenir plus ou moins lointain à devenir le chef-lieu d’une nouvelle Mission. Les autorités françaises et siamoises firent au représentant du Pape un accueil parfait, et tinrent partout à le recevoir avec honneur ainsi qu’à faciliter ses voyages : qu’elles en soient remerciées de tout cœur.
« Cette visite du Laos dura quatre semaines. Puisse Son Excellence, malgré les fatigues des voyages, le chaud soleil, les chemins difficiles, avoir emporté un bon souvenir de notre Laos : celui qu’elle a laissé parmi nous est bien bon.
« Notre confrère M. Thibaud, missionnaire au Laos depuis 1922, nommé représentant du groupe des Missions de l’Indochine occidentale au Conseil central de la Société, nous a quittés sur la fin de janvier. Qu’il soit remercié du bon travail qu’il a fait durant ces neuf années de Mission.
« Cette année 1931, nous avons le bonheur de célébrer le cinquantenaire de la fondation de cette Mission. Dans son compte-rendu de 1881, Mgr Vey, Vicaire Apostolique de Siam, écrivait : « Il nous a été donné cette année de réaliser un désir que nous avions conçu depuis « longtemps, celui de porter la Bonne Nouvelle dans les lointaines provinces appelées « laotiennes, qui font partie de ce Vicariat Apostolique de Siam. Deux de nos con frères, MM. « Prodhomme et Xavier Guégo, accompagnés de plusieurs catéchistes, ont entrepris cette « pénible mission. » Nombreuses avaient été dans le passé les tentatives d’évangélisation du Laos, aucune n’avait réussi.
« Situé en plein centre de l’Indochine, réputé malsain, sans voie de communication avec les pays voisins, entouré d’un cercle de montagnes couvertes d’épaisses forêts repaire de la terrible fièvre des bois, le Laos végétait sans contact extérieur, sans missionnaires pour lui enseigner la voie du salut. Le premier missionnaire qui se hasarda dans cette région fut, vers 1630, le P. Jean-Marie Leria, de la Compagnie de Jésus ; il arriva à Vientiane, alors capitale du royaume du Laos, mais ne recevant pas d’aide, il n’y resta que peu de temps et repartit pour le Tonkin. En 1658, Mgr Pallu envoya deux missionnaires, les PP. Grosse, et Angelo ; le premier mourut de la fièvre sur les confins du Laos, le second dut redescendre à Siam. En 1853, nouvel essai : MM. Colombet et Taillandier, partis du Tonkin, parviennent jusqu’à Xieng-Khuang ; minés par la fièvre des bois, ils meurent. La même année ,Mgr Miche, Vicaire Apostolique du Cambodge, envoya lui aussi deux missionnaires, MM. Cordier et Beuret ; ils remontent le Mékhong en pirogue et se fixent à Strung-Treng, à l’extrême Sud du Laos ; M. Beuret meurt en 1855. En 1857, nouvel essai par la voie du Siam : M. Triaire meurt à Muang-Nan, et est suivi dans la tombe par les catéchistes et les serviteurs qui l’ont accompagné. Quelques années plus tard, le Laos fut réuni à la Mission de Siam, et en 1880, Mgr Vey décidait de faire une nouvelle tentative : celle-ci devait réussir. Il avait appris par des marchands chinois et des Laotiens venus à Bangkok que la vaste plaine du Mékhong n’était pas le pays malsain qu’on disait. Aussi le mot d’ordre donné aux deux confrères qu’il envoyait fut de ne point s’arrêter sur la frontière, mais de se rendre directement dans la plaine à Oubone, gros centre laotien.
« Le jour de Noël 1180, après avoir reçu la bénédiction de leur Evêque, MM. Prodhomme et Guéguo quittaient Bangkok, accompagnés de deux ou trois catéchistes et de quelques serviteurs ; ils arrivèrent à Oubone le 23 avril 1881, après trois mois et demi de voyage, ayant couvert une distance de 600 kilomètres environ . Le bon Dieu avait choisi ses deux ouvriers : M. Prodhomme, du diocèse de Laval, serait le voyageur infatigable qui ne recule devant aucune difficulté, et Dieu sait s’il en rencontra ! M. Guéguo, du diocèse de Saint-Brieuc, serait le prédicateur, le catéchiste doux et patient.
« En 1881, l’esclavage existait toujours au Laos, malgré les décrets du roi de Siam, alors suzerain plutôt que souverain du pays. Et ce fut parmi des esclaves razziés par des bandes de brigands et vendus au plus offrant que se recrutèrent les premiers fidèIes de Notre-Seigneur au Laos : les prémices de la nouvelle Eglise furent des pauvres. Peu après, MM. Rondel, Dabin, Combourieu, avec un prêtre indigène le P. Clément, furent envoyés en renfort, et l’œuvre de Dieu se développa. Tous ces ouvriers de la première heure, durs à la peine et au travail, sont allés recevoir la récompense ; un seul nous reste, M. Combourieu, Vicaire Délégué de la Mission, toujours jeune malgré ses 47 années de bon combat. Avec lui étaient venus au Laos deux séminaristes de Siam, qui furent ordonnés prêtres en 1893, les PP. Athanase et Lazare ; Laotiens de cœur, ils sont toujours restés dans leur pays d’adoption.
« En cette année de son cinquantenaire d’existence, la Mission du Laos compte 19.595 chrétiens, 2 prêtres indigènes Laotiens, 2 sous-diacres, 5 élèves au Grand Séminaire, 77 religieuses laotiennes. D’aucuns trouveront peut-être que c’est peu : les missionnaires du Laos sont les premiers à désirer des récoltes plus abondantes. Le 3 mai dernier, M. Chatenet, chargé de la chrétienté d’Oubone, qui fut la première sur le sol du Laos, commençait les fêtes du cinquantenaire. S. Exc. Mgr Perros, Vicaire Apostolique de Bangkok, la Mission-Mère, avait bien voulu venir rehausser de sa présence cette belle fête, accompagné de plusieurs missionnaires de son Vicariat et de M. Pagès, ancien Supérieur de notre Collège de Pinang. Cette année est pour nous une année d’actions de grâces à Dieu qui a daigne bénir nos travaux, de souvenir de nos aînés qui nous ont frayé la voie, et parmi eux, nous aurons une pensée spéciale par S. Exc. Mgr Cuaz qui fut notre premier Evêque et notre Pasteur bien-aimé.
« Je me suis étendu peut-être longuement sur les débuts de la Mission du Laos ; pouvais-je ignorer nos anciens ? Laudemus viros gloriosos et parentes nostros in generatione sua. Qu’ils continuent par leurs prières au ciel le travail qu’ils ont commencé sur la terre !
« M. Excoffon, nouvellement chargé du district de Vientiane, qui comprend tout le Nord du Laos, est monté à Luang-Prabang ; c’est un voyage de neuf jours, en pirogue à moteur. Français et Annamites catholiqnes ont été heureux de posséder un missionnaire chez eux pendant une quinzaine de jours. Excoffon est en pourparlers pour l’achat d’un terrain ; il pense pouvoir réussir et construire une maison-chapelle qui servira de pied-à-terre au missionnaire et de lieu de réunion pour les chrétiens. Il nous faut à Luang-Prabang, capitale du royaume du même nom, préparer l’avenir ; un ministre protestant canadien y est déjà depuis deux ans.
« A Paksam, M . Barriol a construit une jolie petite église en briques, que j’ai bénie en février dernier.
« Le P. Edouard, à Nongseng, a eu cette année une belle gerbe de baptêmes d’adultes, soit 42. Et cependant la population chrétienne a diminué d’une centaine d’âmes, par suite de la crise commerciale et de la mévente de l’étain. Un bon nombre d’Annamites catholiques qui travaillaient aux mines ont dû rentrer chez eux ou aller chercher du travail ailleurs, la direction des mines ayant réduit son personnel de plus de moitié. D’ailleurs, beaucoup de chrétiens annamites viennent au Laos sans envie de s’y fixer ; ils resteront quelques années, puis on ne les voit plus : de là difficulté d’avoir une statistique bien exacte et bien stable.
« Avant de quitter Sien-Vang, M. Excoffon avait pu, après maintes demandes, acquérir un terrain à Savannakhet ; M. Marchi, son successeur, va commencer la construction d’une église, grâce à un généreux bienfaiteur ; et je pense que, toujours grâce à ce même bienfaiteur, Thakhet aura aussi prochainement la sienne. Le nombre des chrétiens augmente dans ces deux chefs-lieux de provinces françaises, et la construction d’églises convenables est urgente. Merci au généreux bienfaiteur du Laos.
« M. Arnaud, à Paksé, fait l’intérim de M. Jantet qui, malade, a dû se rendre au Sanatorium de Béthanie en février dernier. Il doit nous revenir en fin d’année complètement guéri, espérons-le. M. Arnaud, qui trouve que les paysages sévères de la région Kha ressemblent assez, avec la végétation tropicale en plus, à ceux de l’Ardèche son pays d’origine, apporte une gerbe de 20 baptêmes d’adultes et 17 d’enfants de païens.
« A Oubone, M. Chatenet, ayant terminé la construction de son presbytère et d’une école de garçons, s’est mis de suite à celle d’un couvent pour les religieuses indigènes « Amantes de la Croix » que forme, avec tout son dévouement et tout son cœur, Sœur Agnès, Religieuse de Saint-Paul de Chartres. Cette construction est urgente, car l’ancienne ne tient plus que par… l’habitude. M. Chatenet a avec lui comme vicaire le P. Albert Dong, notre nouveau prêtre laotien, qui l’aide pour l’administration de la paroisse et surtout des postes extérieurs. Nous comptons ici 26 baptêmes d’adultes. Le cher M. Burguière, fatigué par des crises d’asthme presque continuelles, qui lui rendent tout déplacement à peu près impossible, est venu demander 1’hospitalité à M. Chatenet, qu’il aide tant qu’il peut pour les confessions et les catéchismes.
« M. Cavaillier a sous sa houlette 1.004. chrétiens dispersés dans six chrétientés très éloignées les unes des autres ; de Séthan à Dong-Jen il doit y avoir au moins 150 kilomètres. Il est jeune heureusement et plein d’entrain. Il a pu, cette année, construire deux églises, dont l’une en briques. Débarrassé maintenant de ces travaux nécessaires, il espère une belle récolte pour 1932. Dans sa région, les terres ne sont pas très fertiles ; il n’a pas cru hors de propos de s’occuper d’agriculture, et cela l’a conduit à essayer des engrais chimiques achetés à Bangkok, ce dont je le félicite : il est bon que les Laotiens se rendent compte que le missionnaire sait aussi compatir aux besoins matériels de ses ouailles. M. Cavaillier est le premier, à ma connaissance, qui fasse semblable essai dans la région d’Oubone.
« A Se-Song, M. Alazard, qui avait dû descendre à Saïgon pour soigner une sciatique, va mieux, Dieu merci. Il a en charge un total de 1.017 fidèles, et c’est lui, cette année, qui obtient le plus grand nombre de baptêmes : 53 d’adultes et 37 d’enfants de païens. Son champ d’action vient de s’agrandir d’un coin du district de M. Dézavelle, à qui il reste encore 847 fidèles et qui a pu baptiser 36 adultes.
« M. Combourieu, aidé de ses fidèles vicaires MM. Bayet et Fraix, ce dernier au Laos depuis la fin d’octobre 1930, administre à Tharé 3.151 âmes. Mon Vicaire Délégué a construit une belle et grande école de garçons, la plus belle dans doute de la province de Sakon-Nakhon : la gent écolière est nombreuse ici, et 464 enfants fréquentent l’école. Le pasteur enregistre cette année 37 baptêmes de grandes personnes et 87 d’enfants de païens ; ce dernier chiffre est probablement le plus fort qui ait été obtenu dans une chrétienté laotienne ; je pense que cela est dû à certain brave homme, qui l’était peut-être un peu moins autrefois, mais qui s’est donné de tout cœur depuis quelques années à cette belle œuvre : il a tout ce qu’il faut pour y réussir : un peu médecin, bon causeur, connaissant pas mal de monde, il est accueilli partout. D’ailleurs, dans cette région assez peuplée où le gros village tout chrétien de Tharé donne le ton, il y a dans l’air comme un souffle de catholicisme, et certains parents, qui ne voudraient assurément pas se faire chrétiens, sont heureux de voir leurs enfants baptisés à l’heure de la mort.
« MM. Lacombe et Stocker travaillent de leur mieux dans des chrétientés assez distantes et d’accès difficile à la saison des pluies ; le premier, qui administre 1.567 fidèles, a eu 34 baptêmes d’adultes ; le second, qui dispense ses soins à 861 chrétiens, en a eu 35.
« Il semble que, depuis quelques années, nous assistons au Laos à un renouveau du bouddhisme. A Siam on voudrait que les bonzes quittent le doux far-niente de jadis. Au Laos,
être bonze consistait presque uniquement à endosser l’habit jaune ; entrait qui voulait, sortait, qui voulait ; se laisser loger, habiller, nourrir par le village, et ne rien faire, tel était le règlement de vie. Actuellement au Laos siamois, la règle devient plus stricte, la hiérarchie a été réorganisée, les études sont obligatoires, et des bonzes inspecteurs viennent faire la visite des pagodes ; en haut lieu on voudrait, que les bonzes soient zélés et prêchent le bouddhisme ; dans les écoles officielles, les enfants récitent les prières bouddhiques et étudient la religion.
« A Vientiane, chef-lieu du Protectorat français du Laos, et à Luang-Prabang, l’administration a inauguré en mai de cette année les instituts bouddhiques, où des bonzes venus du Cambodge professent le bâli, ainsi que le dogme et la morale bouddhiques. Le « clergé » bouddhique est réorganisé, il y a maintenant des paroisses, des cantons, des diocèses ! Les règlements ressemblent fort à des cultuelles renforcées, où tout le pouvoir serait entre les mains de l’autorité civile. L’administration française donne pour raison de la fondation de ces instituts et de l’introduction de ces règlements qu’elle veut rendre le bouddhisme au Laos complètement autonome et empêcher les bonzes du Laos d’aller s’instruire et prendre leurs directives chez les nations voisines. Si nos Laotiens, jusqu’ici annamites surtout, se laissaient instruire par des bonzes venus du Cambodge et adoptaient le bouddhisme de ce pays, ce serait un vrai danger pour nous. Jadis, des rois de Vientianne avaient tenté pareil essai, il avait échoué : puisse celui-ci avoir le même sort !
« Le Gouvernement siamois a supprimé depuis 1930 la taxe scolaire ; ses écoles relèvent du budget général. Il résulte de là que nos écoles restent complètement à notre charge. Avant l’application de ce décret, les missionnaires qui se trouvaient avoir charge d’école percevaient, même chez les chrétiens, la taxe scolaire ; désormais ils doivent soutenir leurs écoles par eux-mêmes. Il faut que nos écoles vivent ; j’ai établi cette année une quête annuelle dans toutes les chrétientés pour cette œuvre des écoles et des catéchistes.
« Notre école de catéchistes-instituteurs compte actuellement 25 élèves ; l’année scolaire s’est terminée par le succès complet de tous les élèves présentés.
« La Mission vient de faire imprimer deux catéchismes très complets, l’un en caractères siamois, l’autre en caractères laotiens, de plus, une petite Vie de Notre-Seigneur en caractères laotiens, en vue surtout de la propagande. Ce sont de gros frais pour la Mission, mais l’instruction se répandant de plus en plus, il y avait nécessité d’agir ainsi. M. Boher est l’auteur de ces trois ouvrages et mérite tous nos remerciements.
« Merci de tout cœur aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres de leur généreux dévouement à l’œuvre missionnaire ; daigne le bon Dieu leur susciter de nombreuses vocations. Le nombre de nos religieuses « Amantes de la Croix » augmente petit à petit ; nous nous efforçons de les préparer aux examens officiels, afin qu’elles puissent un jour s’occuper de l’instruction des petites filles. »
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