| Année: |
1934 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. — Laos.
Population catholique 21.798
Baptêmes d’adultes 383
Baptêmes d’enfants de païens 319
Au début de son compte rendu, S. Exc. Mgr Gouin nous fait part de la joie qu’il éprouve de la venue au Laos des « Religieuses de la Charité, sous la protection de Saint Vincent de Paul ». Quatre Sœurs de la Charité, écrit Son Excellence, sont arrivées à Thakhek le 13 janvier au soir. Le lendemain dimanche, elles avaient le bonheur et la joie de chanter le Te Deum en l’honneur de la Canonisation de leur Bienheureuse Fondatrice, sainte Jeanne Antide Thouret, et de mettre leur apostolat sous la protection de leur Sainte Mère qui aurait sans doute tant désiré « passer les mers pour sauver des âmes ». Ce qui ne fut pas donné à la mère fut heureusement accordé à ses filles. Cette coïncidence voulue du ciel, est pour celles-ci, sans aucun doute, le gage d’un fructueux apostolat, j’ose croire que la première bénédiction de la nouvelle Sainte a été pour notre cher Laos.
« J’adresse ici mes plus sincères et paternels remerciements à la Révérende Mère Générale des Sœurs de la Charité et à la Révérende Mère Provinciale de la Roche-sur-Foron (Haute-Savoie) pour l’esprit missionnaire qu’elles ont montre, en acceptant avec plaisir que leur première fondation missionnaire fût faite dans ce lointain pays. Tout en étudiant la langue, elles s’occupent déjà d’une école, d’un dispensaire et d’une crèche. Ces œuvres ne sont encore que des débuts. S’il plaît à Dieu, elles se développeront, dans la mesure du personnel et des ressources. Ne convenait-il pas que la statue de saint Vincent de Paul fut placée, au portail d’entrée ? C’est lui qui reçoit Laotiens et Annamites, riches et pauvres.
« Cette nouvelle fondation est bien à sa place. Thakhek, chef-lieu d’une province, au Laos français, est tête de ligne du chemin de fer qui doit relier le Laos à l’Annam et à la mer. Les mines d’étain de Phou-Tiu et de Bo-Neng qui occupent un grand nombre d’ouvriers, ont leur centre de ravitaillement à Thakhek ; d’où un va-et-vient continuel d’Annamites surtout. Combien déjà sont allés demander aide et secours aux Religieuses. Quelques constructions sont terminées, mais le gros morceau reste encore à faire, M. Barbier s’y emploie de son mieux.
« Celui-ci chargé également de tous les Annamites de la région de Thakhek, m’écrit : « Depuis deux ans que la chrétienté de Thakhek est installée, j’ai vainement cherché à faire le « dénombrement exact des chrétiens qui s’adressent à moi. Pour ceux qui sont à demeure au « Laos, la chose est facile, j’en ai compté cette année 309. Mais le plus grand nombre sont des « coolies ou petits commerçants qu’une saison amène sur les bords du Mékong pour essayer « de gagner quelques sous et que la saison suivante ramène chez eux ou ailleurs. Quand bien « même ils passeraient une ou plusieurs années ici, femmes et enfants sont restés au Tonkin « ou en Annam ; ils ne peuvent donc entrer dans mes comptes, étant toujours dans ceux de « leur pays d’origine. Aux mines d’étain de Phou-Tiu et de Bo-Neng, je constate un mieux « réel, depuis l’installation qui date de 2 ans d’un catéchiste chargé exclusivement de ces deux « postes. Cette année, il a pu baptiser 19 enfants de païens et 10 adultes en danger de mort. De « plus, visitant régulièrement les hôpitaux de ces deux centres, il a préparé plusieurs chrétiens « à la mort ; c’est un service signalé qu’il rend à ces pauvres gens en mon absence ; seul, je ne « puis aller aux mines aussi souvent que je le voudrais. Le départ de M. Figuet, en congé, augmente encore la besogne, puisque je dois m’occuper des Annamites chrétiens de « Savannakhet. Un proverbe laotien dit : « Au bout de trois jours changer de maison, au bout « de trois mois, changer de village ». Ce proverbe fut une devise pour beaucoup de laotiens, « on quittait ses pénates pour un rien pour se prouver qu’on était libre. Cette manie de changer « de place, tout en étant moins fréquente avec les conditions de la vie actuelle, existe encore, « et le Père Antoine chargé des chrétientés de Nong-Phu et de Lao Su’a Khout vient d’en être « le témoin attristé. Trente-deux familles ont quitté Nong-Khu pour partir vers le nord. Le « Père a fait l’impossible pour les retenir, leur disant tout ce qu’un père peut dire à ses enfants « têtus, qui veulent courir les aventures, mais le mirage des rizières qui donneront du cent « pour un, des rivières poissonneuses, l’emporta ! On vendit les champs, la maison, le petit « jardin qui l’entoure, et aussi les objets encombrants, on entassa seulement dans les « charrettes ce qu’il fallait emporter. Le P. Antoine leur donna une lettre et un état des « partants pour remettre à M. Lacombe ou à son Vicaire le P. Thêng, chargés de ces territoires « du nord. Un matin de mars, on attela les bœufs et la caravane se mit en marche. Un mois « après, ayant parcouru plus de 250 km, M. Lacombe la vit arriver chez lui, à Xang Ming. »
« Les 32 familles de Nong Khu, écrit M. Lacombe, auxquelles s’étaient jointes deux autres « familles chrétiennes venues de Song Nhé, devaient former un nouveau village non loin des « rives de la grosse rivière le Sông-Khram, qui depuis une dizaine d’années surtout, attirent « les populations du sud. Il reste encore de vastes terrains inoccupés qui peuvent être cultivés « en rizières, et d’immenses étendues de forêts favorisent l’élevage. Le revers de la médaille, « c’est que ces fondations de villages sont toujours laborieuses et causent de nombreux décès. « Le climat, en effet, est différent, les fatigues d’un long voyage, la mauvaise nourriture et le « logement à l’avenant ont bientôt ruiné les santés, et tous, hormis quelques meneurs, « soupirent tout haut après les oignons d’Egypte. Mais retourner à Nong Khu, c’est bien loin, « il ne faut pas y penser. Du reste, tout a été vendu, impossible de revenir en arrière. Ils « fondèrent donc leur village à 25 km de la chrétienté de Na-Bua. Quelque temps après, sur « mon conseil, la plupart des familles sont venues s’établir à Na-Bua. Puissent-elles s’y fixer « définitivement, car, on peut encore trouver là des terrains à mettre en rizières. L’église de « Na-Bua était déjà trop petite ; avec cet appoint nouveau, il sera donc nécessaire de « l’agrandir. Aux environs de Na-Buâ, le village de Tha-Jem dont le noyau fut une famille « chrétienne venue de Dône-Dône, a eu ses premiers baptisés cette année ».
« Le district de Xang-Ming compte actuellement 10 chrétientés avec 2.298 néophytes. Il faudrait dans cette région un missionnaire de plus pour conserver ces petits postes chrétiens, trop dispersés, et rassembler les émigrants qui arrivent.
« M. Combourieu, Provicaire de la Mission, m’écrit : « A Tharé, le bien s’est fait sans « incident, sans bruit, mais non sans peine. Missionnaires, catéchistes et religieuses ont « travaillé de leur mieux. M. Bayet se donne beaucoup de mal pour former un groupe « d’Action Catholique. Notre procession de la Fête-Dieu a été magnifiquement réussie, grâce « à ce groupe d’hommes et de jeunes gens. Les païens, venus nombreux par curiosité, se « tenaient respectueusement des deux côtés du parcours. « C’est une bien belle procession « disaient-ils ; chez vous, c’est parfait ; c’est vraiment un acte d’adoration envers votre « divinité ; chez nous, au contraire, tout le monde marche sans ordre, on crie, on rit, rien de « religieux, c’est plutôt un amusement. » Cette manifestation religieuse en l’honneur du T. S. « Sacrement a produit une excellente impression sur ces populations païennes et sera, à n’en « pas douter, l’occasion de nouvelles conversions ».
« En janvier dernier, je suis allé passer trois semaines dans les régions de Bassac, de Khampeng et des villages Khas où j’administrai 204 confirmations. M. Arnaud fut seul à s’occuper de cette région. Dure vie a été la sienne, toujours en courses, « essayant, dit-il, de conserver les positions ».
« Huit jours pleins, tous les deux à pied nous avons parcouru les régions Khas qui comptent actuellement 9 villages où se trouvent quelques familles de néophytes.
« Notre première visite fut pour Nong-Khêne. Mais devant y revenir, nous ne fîmes que passer, et le soir nous étions à Huei-So’i, un petit village de 10 à 12 maisons au milieu de l’immense forêt. Quelques instants de repos et nous commencions l’examen des hommes et jeunes gens qui, le lendemain matin nous accompagnaient jusqu’au village de Huei Mo’ng, où devait avoir lieu la confirmation. Tout le monde ne pouvant partir à la fois, il a été décidé que les femmes se rendraient à Nong-Khêne à notre retour. Nous fîmes de même au village de Palaï le matin, et dans la soirée, nous arrivions à Huei Mo’ng un peu fatigués de nos 25 km. dans la forêt par des sentiers qui ne ressemblent en rien à nos belles routes de France. Ainsi, presque tous les chrétiens de la région, en âge de recevoir le sacrement, furent confirmés. Les quelques retardataires de la région de Bassac et de Khainping furent confirmés par M. Malaval.
« M. Jantet, dont la santé s’est grandement améliorée, grâce à un excellent moral, plutôt qu’au régime commandé, a pu s’occuper de Paksé et de son annexe Huei Pêk. Il compte cette année 30 baptêmes d’adultes, dont 16 à l’article de la mort, et 15 baptêmes d’enfants de païens.
« C’est pendant mon séjour dans la province de Paksé que nous eûmes la douleur de perdre le bon M. Burguière, missionnaire au Laos depuis 1900. Il fut pour nous tous, prêtres et chrétiens, un modèle de vie missionnaire ; aussi je ne doute pas qu’il jouisse de la récompense promise au bon et fidèle serviteur dans le ciel, où il prie pour ses chers chrétiens et pour nous qui restons à la peine.
« M. Cavaillier apporte encore cette année une belle gerbe de 48 baptêmes d’adultes, dont 5 seulement à l’article de la mort, et de 31 baptêmes d’enfants de païens. Etant donné les grandes distances à parcourir pour l’administration de ses chrétientés très éloignées les unes des autres, ce résultat représente de nombreuses courses et un travail considérable. M. Mainier qui fait de rapides progrès dans l’élude de la langue laotienne, pourra désormais lui être d’un grand secours.
« Dans son compte rendu, M. Alazard se plaint d’une légère diminution de ses chrétiens. « Quelques familles, m’écrit-il, sont parties vers le nord à la recherche de terrains plantureux. « De plus, sur 1.300 néophytes, j’enregistre 58 décès de grandes personnes, pour la plupart « causés par la grippe, qui sévit particulièrement au village de Song-Nhé en janvier et février. « Sans cette épidémie, j’aurais pu faire un certain nombre de baptêmes, car il me reste encore « dans ce village plusieurs familles de catéchumènes. Grâce à Dieu, j’ai eu la grande joie de « baptiser l’ancien chef du village, qui a causé tant d’ennuis aux missionnaires et aux « chrétiens. Pris de la grippe lui aussi, il m’a demandé de l’instruire et de le baptiser. Les « catéchumènes de Dong-Mak-Fai me donnent toute satisfaction. Cette année, je leur ai « envoyé un catéchiste qui passa trois mois au milieu d’eux, mais ne pouvant moi-même leur « faire que d’assez courtes visites, les baptêmes sont nécessairement remis à plus tard. Les « écoles dont je vous ai parlé l’année dernière, ne progressent pas, hélas, au gré de mes « désirs ».
« A Oubone, le nouveau couvent des « Amantes de la Croix » étant terminé, Sœur Agnès des Sœurs de Saint Paul de Chartres, s’est occupée de suite de la construction d’une école paroissiale pour les jeunes filles du village chrétien, avec une section pour les tout petits.
« Dans le nord de la Mission, le Père Albert Dong, qui grâce à Dieu, jouit d’une excellente santé, continue ses courses dans son vaste district. Cette année encore, il a pu administrer 33 baptêmes d’adultes. Lui aussi a essayé de grouper ses vieux chrétiens de Mu’ang khuk par une œuvre de prière et de zèle qui sera un exemple et une prédication pour la population païenne de cette région.
« Plus près de Nong Seng, le Père Paul Sinuen a bien travaillé au petit village de Nong-Taket, une des annexes du district de Dône-Dône. Il a pu obtenir le retour à Dieu de quelques chrétiens, retour qui lui a valu 12 baptêmes d’infidèles. Ce bon exemple, à n’en pas douter, sera suivi par d’autres.
« En janvier dernier, M. Lazare, Supérieur de notre école des catéchistes-instituteurs, a pu envoyer au petit séminaire de Bang-Xang (Siam), onze enfants qui ont fait à leur arrivée une excellente impression.
« Nous avons actuellement huit grands séminaristes. L’attente d’un clergé indigène devait nécessairement être assez longue dans la jeune Mission du Laos. Dieu merci, les efforts très longs, qui même quelquefois ont paru stériles, portent aujourd’hui leurs fruits. Que les Missions de Bangkok, de Hué, et le Collège Général de Penang qui nous prêtent une aide si fraternelle, veuillent bien trouver ici le merci de la Mission du Laos. »
~~~~~~~
<< Retour page précédente
|