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Rapport annuel des évêques

Année: 1936
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Gouin

V. — Laos.


Population catholique 22.972
Baptêmes d’adultes 469
Baptêmes d’enfants de païens 348


Le premier jour de l’année 1936 fut pour le Vicaire apostolique de la Mission du Laos un jour de grande joie, car il eut le bonheur d’ordonner trois nouveaux prêtres, tous enfants de Tharé, chose extrêmement rare en pays laotien. La même église les a vus naître, elle a été témoin de leur élévation au sacerdoce, et c’est dans cette église qu’ils ont célébré leur première messe. — « Presqu’au début de leur arrivée au Laos, en avril 1881, nous écrit S. Exc. Mgr Gouin, les premiers missionnaires étaient à la recherche des vocations dans ce pays pauvre, inconnu où ils ne trouvèrent qu’une vingtaine de chrétiens ayant fui les persécutions d’Annam vers 1865. Dès que le nombre des fidèles eût augmenté, ils voulurent former des prêtres. Après des essais difficiles et longs, nos anciens qui sont tous morts, sauf M. Combourieu, actuellement provicaire de la Mission, arrivé à Tharé en mai 1885, auraient bien mérité d’entendre cette parole : Vir obdiens loquetur victorias. Devant la nombreuse assistance chrétienne et païenne qui était venue voir comment le chef de la religion catholique « faisait des prêtres », c’était bien un merci de la victoire qu’évêque et prêtres disaient au bon Dieu, et plus que tous encore le vénéré Provicaire. A son arrivée en 1885, quelques chrétiens fuyant la persécution, et en ce premier jour de l’an 1936, une immense foule de chrétiens s’agenouillant devant trois nouveaux prêtres de chez eux : quel contraste ! Les païens eux-mêmes y assistaient, très respectueux et touchés de la beauté et du recueillement de cette cérémonie. De nombreux fonctionnaires siamois, parmi lesquels deux Gouverneurs de province avaient tenu à voir cette solennité liturgique ; ils voulurent bien partager avec nous le repas qui suivit et nous dirent leur joie d’avoir assisté à une ordination. Dans l’après-midi, la procession du Saint-Sacrement compléta cette belle journée. A tour de rôle, nos trois jeunes prêtres portèrent le Saint-Sacrement. Deux heures durant, Notre-Seigneur fut adoré, acclamé par quatre mille personnes. Magnifique triomphe et premières actions de grâces solennelles de cœurs reconnaissants. Une ordination est toujours et partout une cérémonie touchante. Pour beaucoup de Missions, elle revient à date fixe ; mais le Laos, un peu déshérité, ne goûte ce plaisir que de loin en loin ; aussi, le lecteur excusera son Vicaire apostolique de manifester sa joie d’avoir donné, en un seul jour trois nouveaux prêtres à l’Eglise de Dieu.
« Au début de novembre, le R. P. Mazoyer, Supérieur des Pères Oblats de Marie Immaculée venus au Laos et M. Excoffon, missionnaire en ce pays entreprirent un long voyage de reconnaissance dans les territoires qui doivent former la nouvelle Mission des Pères Oblats et de prise de contact avec la Préfecture apostolique de Keng-Toung, évangélisée par les Pères des Missions-Etrangères de Milan. Les principaux centres visités furent Louang-Prabang qui compte une chrétienté annamite de 130 catholiques, Houei-Sai, chef-lieu de province en protectorat français, Muang-Len, chef-lieu de district dans la préfecture de Keng-Toung, où nos deux missionnaires furent accueillis par le P. Vismara avec la plus franche cordialité. Ils prirent là un repos de trois jours, tout en visitant les œuvres du district et en se renseignant auprès du missionnaire de l’endroit sur les moyens d’évangélisation employés chez les tribus Shans, Mousseux, Ikhos, qui sont les mêmes sur les deux rives du Mékong, rive anglaise et rive française. De Muang-Len, nos voyageurs arrivèrent en sept étapes à Muang-Sing sur la frontière du Yunnan. Le programme comportait la visite des postes militaires de Muang-Hou et de Phong-Saly ; mais le mauvais temps et aussi la fatigue les obligèrent à descendre en pirogue vers Louang-Prabang par le Nam-Tha et le Mékong. Ils demeurèrent là quelques jours, puis entreprirent la dernière partie de leur voyage et parvinrent à Xieng-Khouang où se trouve une petite chrétienté annamite, visitée jusqu’ici périodiquement par M. Doquet, missionnaire du Vicariat de Vinh. Ce voyage qui dura près de trois mois, fut parfois bien pénible pour nos visiteurs ; mais il était nécessaire qu’il fût fait, afin de permettre à M. Excoffon de dire adieu aux chrétiens qu’il avait évangélisés et qu’il quittait, et aussi pour faciliter au P. Mazoyer la prise de possession du champ qu’il venait défricher. Depuis Pâques, les RR. PP. Oblats de Marie Immaculée ont bien voulu prendre l’administration des différentes chrétientés laotiennes et annamites établies dans la partie du Laos sous le protectorat français qui deviendra, quand la S.C. de la Propagande le jugera bon, une Mission indépendante.
« Rien de bien saillant durant ce dernier exercice. L’administration des différentes chrétientés s’est effectuée dans une paix relative, mêlée de plusieurs épreuves voulues par le bon Dieu. Les baptêmes d’adultes, qui atteignent le chiffre de 469, accusent une légère augmentation. Les confessions et les communions sont aussi en progrès. L’œuvre si nécessaire des écoles se maintient, mais non sans peines ni difficultés. Dans la partie siamoise de la Mission, l’instruction primaire est obligatoire, et presque toutes nos écoles sont entièrement aux frais des chrétientés ; elles doivent se conformer au programme officiel et subir les visites des Inspecteurs de l’enseignement. Pourrons-nous tenir ? Un instituteur nous coûte annuelle-ment un millier de francs et nous en avons une cinquantaine à nos frais !
« Cette année trois nouvelles églises ont été bénites : deux chez M. Antoine Mun, prêtre indigène chargé des chrétientés de Nong-Khou et de Banne-Laô ; une à Bassac, élégamment construite par M. Berthéas, et, de plus, une chapelle aux mines d’étain de Phône-Tiou. Au début de cette année, j’ai fait la visite de la région d’Oubone qui comprend 4 districts : Sê-Song, Nong-Khou, Nong-Tham et Oubone avec un total de 4.979 chrétiens. Dans toute cette région, il a été administré 148 baptêmes d’adultes, dont 26 à l’article de la mort.
« La raison d’être de notre compte rendu annuel étant d’exposer au lecteur le travail fourni par les ouvriers apostoliques et la vie du missionnaire dans ces pays d’Extrême-Orient, je n’hésite pas à reproduire ici en entier le rapport de M. Alazard, chargé du district de Se-Song ; ce district compte 1.347 chrétiens assez rapprochés les uns des autres, et quatre chrétientés qui s’échelonnent sur 110 kilomètres. Il nous donnera la note juste de la vie du missionnaire en brousse laotienne. — « Pendant l’exercice 1935-1936, m’écrit ce confrère, les trois chrétientés « de Song-Nhë, Se-Song et Banne-Doun ont eu l’honneur de la visite épiscopale. 137 « confirmations ont été administrées. Presque tous les chrétiens ont profité de la présence de « Votre Excellence et des missionnaires qui l’accompagnaient pour s’approcher des « sacrements. Mon vicaire, M. Déquier et moi, nous ne pouvons offrir que les modestes « gerbes de 28 baptêmes d’adultes, de 7 à l’article de la mort et de 16 enfants de païens. Dans « le village de Dong Mak Faï, il ne reste plus que trois familles de catéchumènes que j’espère « baptiser l’an prochain ; les autres n’ont point persévéré. Vous savez combien ce pusillus « grex de Dong Mak Faï m’a causé de difficultés et de soucis. Malgré les vexations de leurs « voisins païens, les catéchumènes ont tenu pour la plupart ; j’en remercie le bon Dieu. Puisse « leur bon exemple être un encouragement pour ceux qui ont eu peur. Song-Nhë continue sa « vie chrétienne normale ; les enfants viennent toujours nombreux au catéchisme du matin et « du soir, et le vacarme de tout ce petit monde doit encore vous tinter aux oreilles !... A Song-« Nhë nous n’avons pu baptiser qu’une seule famille d’anciens catéchumènes, deux autres « familles étudient bien. Il reste encore une cinquantaine de païens réfractaires ; je ne « désespère pas de les avoir, au moins à l’article de la mort. A Sê-Song, j’ai reçu deux « nouvelles familles ; mais je n’arrive toujours pas à prendre pied dans les villages païens « environnants. Les chrétiens de Banne-Doun sont assez fervents ; ce poste ne peut guère « augmenter parce que les rizières sont trop mauvaises. Cette année encore deux ménages sont « partis s’installer à Banne-Lao, village chrétien du district de Nong-Khou. J’ai eu à déplorer « l’apostasie de deux foyers chrétiens retournés au paganisme et de deux ou trois mauvais « jeunes catholiques qui se sont mariés à des femmes païennes. La vie chrétienne dans le « district fait des progrès grâce à l’arrivée de M. Déquier, ce qui donne aux chrétiens la « facilité de rencontrer plus fréquemment le missionnaire. Nous nous voyons régulièrement, « nous restons ensemble deux ou trois jours et le partant cède la place à l’arrivant. Cette façon « de visiter nos chrétiens nous a permis d’entendre plus de 10.000 confessions et de donner « plus de 26.000 communions.
« Le vaste presbytère de Song-Nhë est à peu près fini. Celui de Sê-Song a été remis « d’aplomb avec une toiture neuve et une véranda en plus. Arriverai-je à faire la chapelle de « Banne-Doun en 1937 ? Nous avons déjà une certaine quantité de bois, mais certaines pièces « manquent encore et vous avez entendu les chrétiens de Banne-Doun s’excuser, parce qu’il « fallait aller chercher le bois trop loin. Espérons quand même qu’elle sera terminée quand « vous reviendrez en 1939. »
« De chez M. Alazard nous arrivons à Banne-U’et, poste de M. Cavaillier. Notre confrère a eu cette année 51 baptêmes d’adultes et 12 d’enfants de la Sainte-Enfance. Oubône, berceau du catholicisme au Laos, est tout près ; là, nous attendaient M. Excoffon et ses chrétiens.
« J’ai quitté Oubône il y a 22 ans, me dit ce bon missionnaire, et me voici à nouveau « chargé de cette chrétienté. Jadis, Oubône était encore la campagne, aujourd’hui, c’est la « ville, avec les autos, l’électricité, le chemin de fer, les cinémas, enfin tout l’extérieur du « progrès moderne déversé à pleines mains sur le Laos autrefois si calme. Que l’esprit de nos « chrétiens, la jeunesse surtout s’en ressente, ce n’est pas douteux. Le rêve de beaucoup de « jeunes gens est d’étudier pour obtenir des diplômes et des places dans l’administration. La « chrétienté a des écoles primaires tenues par des instituteurs pour les garçons, par des « religieuses « Amantes de la Croix » pour les filles. Aux examens annuels de février dernier, « sur 125 élèves présentés, garçons et filles, 121 subirent les épreuves avec succès. A Oubône, « gros centre siamois et chinois, il nous faudrait, en plus de ces écoles primaires, une école « d’enseignement supérieur tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes.
« La loi du dimanche, tant recommandée autrefois par M. Dabin, qui fut le vrai fondateur « de cette chrétienté, est bien observée ; à la première messe l’église est comble ; à la seconde « l’assistance est moindre, il est vrai, mais nombreuse encore ; environ 200 chrétiens font la « sainte Communion. Le travail qui a exigé le plus gros effort a été la préparation à la « confirmation de 148 personnes. Deux mois après avait lieu la cérémonie d’une communion « générale précédée d’une retraite, à laquelle 80 enfants prenaient part, 27 recevaient « l’Eucharistie pour la première fois, les autres en souvenir de leur première communion « privée.
« Après un séjour de plus de deux années en France, M. Dézavelle nous est revenu, et de suite, est retourné chez ses khas au sud de Paksé. Pendant l’absence du titulaire, M. Arnaud, en plus de son district, avait bien veillé sur celui de son confrère, aussi M. Dézavelle a-t-il retrouvé ses chers khas dans la bonne voie. Vers Pâques il a eu la joie de baptiser 57 adultes. Cette région donne grand espoir de nombreuses conversions.
« Je ne saurais terminer ce compte rendu sans adresser un pieux souvenir à nos chers défunts. M. Bouchet, retenu en France par la maladie depuis de longues années, a toujours regardé cet exil comme le plus grand sacrifice que le bon Dieu ait pu lui demander. Il était le missionnaire plein de surnaturel et toujours prêt à rendre tous les services. — M. Barbier, décédé aux mines d’étain de Phong Tiou, le 21 juillet, après quelques heures de maladie, appartenait jusqu’en 1932 au Vicariat de Vinh. A cette époque, il avait bien voulu venir au Laos, nous aider à grouper, administrer les nombreux chrétiens annamites de la région de Thakhek et des Mines d’étain. Ils ont combattu le bon combat ; nous avons confiance qu’ils jouissent déjà dans le ciel de la récompense éternelle, et qu’ils intercèdent auprès de Dieu pour notre chère Mission du Laos. »






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