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Rapport annuel des évêques

Année: 1937
Pays: Laos
Mission: Laos
Rédacteur:Mgr Gouin

V. — Laos.


Population catholique 23.842
Baptêmes d’adultes 477
Baptêmes d’enfants de païens 406


S. Exc. Mgr Gouin signale d’abord la visite de M. Schlot-terbek, faite à la Mission du Laos, au nom de Mgr Marcou. Il remercie ce très dévoué confrère d’ayoir bien voulu accepter de prêcher la retraite aux missionnaires du Laos. Son Excellence expose ensuite les difficultés survenues dans le courant de cet exercice, causées surtout par la perte de la dernière récolte de riz. Les Laotiens ne trouvant plus chez eux le riz nécessaire à leur subsistance durent aller chercher ailleurs de quoi ne pas mourir de faim. D’autre part, plusieurs confrères malades ou fatigués ont dû cesser tout travail et quelques-uns ont été obligés de faire un séjour plus ou moins long à l’hôpital.
« Malgré ces difficultés, écrit Mgr Gouin, les résultats obtenus pendant cet exercice ont été ceux des bonnes années. Le chiffre de 406 baptêmes d’enfants de païens est, je crois, le plus fort que nous ayons jamais atteint. La peur des génies, les superstitions de toutes sortes empêchent les parents de nous abandonner leurs enfants pour être baptisés, ce qui explique ce nombre encore si peu élevé de baptêmes. J’ai fait la visite des deux districts de Vientiane et de Paksé situés sur le fleuve Mékong. Celui de Vientiane, capitale du Laos, compte avec ses annexes une population catholique de 1.564 personnes. C’est un immense district qui touche par le nord aux frontières de Chine, avec des chrétientés à Luang-Prabang et Xieng-Khouang. Les confessions et communions ont augmenté, grâce surtout à un certain nombre d’enfants qui sont fidèles à la confession hebdomadaire. M. Nantha voudrait que les catéchismes soient mieux fréquentés ; il tâche bien de réunir les enfants le jeudi matin et le dimanche, mais malgré tous ses efforts, il en est encore qu’il ne peut atteindre. Nos 21 baptêmes d’adultes sont, pour la plupart, le résultat de visites à domicile ou de mariages régularisés.
« A Luang-Prabang, le nombre des chrétiens semble augmenter, mais sur une population de 200 catholiques connus, plusieurs ne font que passer ; il est donc extrêmement difficile de donner le chiffre exact des chrétiens de cette contrée. D’autant plus que beaucoup venus d’Annam, sans papier de leur prêtre d’origine, ne se font pas connaître à leur pasteur. Les chrétientés laotiennes de Paksane, Keng-Sadok et leurs annexes sont évangélisées par les Pères Gentil, Chotard et Brouillette, Oblats de Marie-Immaculée. Elles donnent un total de 2.796 chrétiens dont les trois cinquièmes sont Annamites. Ce sera le premier noyau catholique de la future Mission du nord-Laos.
« M. Chabanel, chargé depuis 1925 du district de Keng-Sadok, a passé le fleuve pour venir s’installer en territoire siamois, dans la chrétienté de Huei-Leb-Mu, sur le bord du Mékong. Il avait déjà commencé de se construire une résidence, lorsqu’il fut obligé de descendre à Takhek, où il dut rester près de deux mois pour soigner une plaie à la jambe. Ce contre-temps ne lui a point permis de continuer à bâtir avant la saison des pluies ; force lui fut donc de se contenter d’une case laotienne qui n’a rien du confort moderne.
« Au début de février, je suis descendu à Paksé, où j’ai eu le plaisir de constater que dans cette région les chrétientés augmentaient et s’organisaient ; que les églises, chapelles, habitations du missionnaire devenaient peu à peu plus convenables. M. Arnaud construit en cette ville une maison suffisamment grande pour servir à la fois de presbytère et de maison de repos pour les confrères fatigués de la région du sud. Paksé est le chef-lieu de la province du Laos français. Grâce aux moyens de communication de plus en plus perfectionnés, cette petite cité deviendra bientôt un lieu de passage très fréquenté, ce qui permettra aux prêtres malades d’y aller refaire leur santé. Les constructions ont pris beaucoup de temps à notre confrère ; aussi s’excuse-t-il de n’avoir pu visiter ses annexes comme il l’aurait voulu.
« M. Dezavelle, chargé des régions Kha de la province de Paksé, est en plein pays païen. J’ai pu passer avec lui une dizaine de jours, pendant lesquels j’eus le plaisir de visiter quelques villages nouvellement convertis, et le bonheur d’administrer 140 confirmations. ─ « Cette année, m’écrit ce confrère, je dois des actions de grâces à la divine Providence, qui a « bien voulu me permettre de faire 56 baptêmes d’adultes et 12 à l’article de la mort. Si j’ai pu « obtenir ce résultat, c’est grâce à mes auxiliaires, qui ont toujours montré une très grande « bonne volonté dans l’enseignement du catéchisme, et aussi aux prières et aux sacrifices « d’âmes foncièrement chrétiennes, qui s’intéressent à mes néophytes. Avec ces braves Khas, « il faut aller doucement sans les brusquer, car ils comprennent difficilement les vérités « religieuses, les femmes surtout. Est-ce timidité ou réserve ? mais le sauvage Kha ne se livre « pas facilement ; ce n’est que peu à peu qu’on arrive, à se faire aimer et à leur faire du bien. « Je me plais au milieu d’eux parce qu’ils sont simples et obéissants. Toute cette région Kha « est très montagneuse, avec des forêts immenses d’accès très difficile. Le climat est « naturellement malsain, à la saison des pluies surtout, où le séjour du missionnaire y est « presque impossible. »
« Le poste de Bassac et son annexe Huei-Phesk enregistrent 62 baptêmes d’adultes. M. Berthéas, qui en est le titulaire, se réjouit de voir ses chrétiens s’approcher plus fréquemment des sacrements. Par confre, la chrétienté de Tha-Teng donne beaucoup de soucis à notre confrère par ses divisions et ses désobéissances envers son pasteur. Cest une dure épreuve pour le missionnaire qui voudrait voir ses ouailles s’aimer les unes les autres, marque certaine du véritable chrétien.
« De Paksé à Oubone, le voyage peut être effectué actuellement en 6 ou 7 heures par automobile ou chaloupe, alors, qu’autrefois nos prédécesseurs faisaient le même trajet en 4 ou 5 jours. Oubone est une grande ville au sud de la Mission du Laos en territoire siamois ; elle est la tête de ligne du chemin de fer Oubone-Bangkok. Par suite des facilités de communication, cette ville s’est tout à fait modernisée : commerce, cinéma, électricité, etc., comme une cité de la métropole. Oubone compte actuellement, groupés dans un coin de la ville, 1.200 chrétiens, avec un couvent d’Amantes de la Croix, formées par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Le district entier a 1.906 fidèles.
« M. Excoffon, aidé par deux vicaires dans l’administration du poste central et de ses cinq annexes, m’écrit : « Cette année encore les chiffres sont plutôt modestes, 28 baptêmes « d’adultes seulement. Toutefois ce résultat minime m’a coûté autant de travail et m’a « demandé autant de temps que si j’avais baptisé une centaine de catéchumènes. Ils venaient « en effet par petits groupes qu’il fallait instruire séparément. 23 baptêmes d’enfants de « païens, c’est bien peu, cependant il y a progrès sur l’année dernière, où nous n’en avions « que 11. Le principal travail de l’année est le catéchisme aux enfants et aux adultes. Instruire « 200 enfants, garçons et filles, exige une assiduité quotidienne considérable de la part des « instructeurs. Les catéchistes et les religieuses s’occupent des tout-petits, le missionnaire « enseigne les adultes. C’est ainsi qu’il nous a été permis d’admettre à la première « communion 66 enfants et adultes, dans la seule chrétienté d’Oubone. Le chiffre des « communions de dévotion a un peu fléchi. Il faut en rechercher la cause dans la disette de riz « qui a obligé un assez grand nombre de chrétiens à partir loin de chez eux, à la recherche du « bol de riz nécessaire à la subsistance de leur famille. Naturellement, ces sorties fréquentes et « prolongées sont loin d’être favorables au développement de la vie chrétienne.
« A Oubone les écoles continuent d’être fréquentées avec beaucoup d’assiduité. Les « enfants moins occupés que leurs petits camarades de la campagne, et les parents eux-mêmes « comprenant mieux les bienfaits de l’instruction, il n’est pas étonnant que nous ayons eu de « si magnifiques succès aux examens. Sur 120 élèves présentés aux différents degrés du « certificat primaire par nos deux écoles paroissiales, il n’y eut que 4 échecs. Celle de la « chrétienté annexe de Thap-Thai a reçu des félicitations du jury pour avoir obtenu les « meilleures notes du canton. Avec les écoles, question si importante actuellement, il faut « créer un autre moyen qui nous permette de garder le contact avec nos élèves à mesure qu’ils « grandissent. Cette œuvre désirée, c’est l’Action Catholique tant recommandée par S. S. le « Pape Pie XI et qui existe déjà un peu partout. Aux deux premières réunions ayant pour but « de fonder l’Action Catholique à Oubone, une quarantaine d’hommes avaient répondu à « notre appel. L’expérience des deux premières séances me donne l’impression qu’une « réunion de 30 ou 40 chrétiens quelconques ne donnera pas de résultats appréciables. A la « troisième réunion, il y avait 40 assistants environ. D’un consentement unanime, la chrétienté « de la ville d’Oubone fut divisée en différents quartiers et des chefs de groupe furent choisis. « A la séance suivante, on traita de la vie chrétienne à Oubone, de certaines situations « irrégulières dans tel ou tel quartier, du travail qui incombe aux chefs de groupe en pareille « circonstance. Résultat pratique : on me signale trois couples irréguliers qui demandent de « rentrer dans le giron de la Sainte Eglise. L’Œuvre en est là ; que le bon Dieu la bénisse et lui « donne de grandir ; elle fera certainement un grand bien ici, tant auprès des chrétiens que des « païens. »
« En trois ou quatre heures, le chemin de fer nous transporte d’Oubone à la chrétienté de Nong-Tham, chef-lieu du district de M. Cavaillier. Ce confrère a eu cette année le bonheur de baptiser 46 adultes et en plus 12 personnes à l’article de la mort, parmi lesquelles un talapoin qui, se voyant gravement malade, quitta l’habit jaune des bonzes et fit appeler le missionnaire pour se faire instruire et baptiser.
« Nos religieuses, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, les Sœurs de la Charité sous la protection de saint Vincent de Paul, et les Amantes de la Croix, prennent de plus en plus part aux œuvres et à la vie de la Mission, nous aident puissamment par leurs écoles, crèches et orphelinats, à travailler d’un commun accord avec les ouvriers apostoliques à faire connaître la religion catholique à nos chers Laotiens. »


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