| Année: |
1939 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
Laos |
| Rédacteur: | Mgr Gouin |
V. — Laos.
Population catholique 22.424
Baptêmes d’adultes 307
Baptêmes d’enfants de païens 345
Après 15 mois de séjour en France, S. Exc. Mgr Gouin nous annonce qu’il est rentré au Laos, le 22 juillet 1939, heureux de se retrouver au milieu des siens qui l’ont reçu comme une famille reçoit le père au retour d’un long voyage. — « Je les en remercie tous, écrit-il, tout spécialement le provicaire, M. Excoffon, qui m’a remplacé pendant mon absence, tout en conservant l’administration de l’importante chrétienté et du district d’Oubone. Cette double charge lui a imposé de grandes fatigues et des voyages souvent pénibles. Que la reconnaissance de tous ses confrères lui soit une première récompense pour le bien qu’il a fait.
« En janvier 1938, lors de notre retraite annuelle, il avait été décidé que nous ouvririons un petit séminaire immédiatement après Pâques. A mon retour, j’ai eu la joie de retrouver une maison de 40 m de long sur 10 m de large, bâtie en briques, avec étage. C’est la première partie de l’établissement. M. Fraix, Supérieur, en a été l’architecte et l’entrepreneur. J’ai joint de tout cœur, mes félicitations bien méritées, à celles que lui avaient déjà adressées tous ses confrères. C’est une construction simple, pratique, bien aérée et à bon compte. Du Laos, je renouvelle mes remerciements au bienfaiteur anonyme qui nous a tant aidés.
« Le probatorium, existant déjà dans la Mission depuis quelques années, nous donna une première entrée au petit séminaire ; quant aux anciens petits séminaristes, ils restaient au Siam. « La nouvelle maison de formation pour notre clergé indigène s’est ouverte le 1er mai « 1938, écrit M. Fraix. C’est avec bonheur, mais non sans crainte que je vis arriver 16 petits « séminaristes et 17 probanistes. Il fallut commencer par le commencement, dégroisser les « plus jeunes, âgés de 9 ou 10 ans, venus de la brousse laotienne, n’ayant aucune idée du « règlement. Au début, l’ordre et la discipline ne régnaient pas dans l’établissement. « Cependant, avec l’aide passagère de trois grands séminaristes, les élèves devinrent peu à « peu plus obéissants et, au 2e semestre, l’observance de la règle et les bonnes manières « commençaient à progresser. Cette première année s’est écoulée sans incident notoire. Tous « les élèves entrés au 1er mai sont restés jusqu’aux grandes vacances ; le bon esprit et la piété « ont été satisfaisants. Au 1er mai 1939, commençait la deuxième année scolaire avec 28 « élèves répartis en trois cours : le premier, pour les séminaristes préparant le troisième degré « du brevet ; le deuxième, pour les probanistes et le troisième pour quelques élèves qui « apprennent à lire et à écrire ; et j’ai l’intention de demander l’autorisation d’enseigner le « français dans les deux premiers cours. Au début de l’année, un prêtre indigène m’a été « adjoint pour donner des leçons de latin aux séminaristes, et de chant à tous les enfants. En « outre, trois maîtres d’écoles enseignent la langue siamoise et diverses sciences du « programme. Ils ont tous bon esprit et travaillent consciencieusement. Jusqu’ici, je n’ai qu’à « remercier Dieu des résultats obtenus ; peut-être ne les trouvera-t-on pas merveilleux, mais « j’avoue qu’ils dépassent largement ceux que j’avais espérés. » —Au mois d’octobre, nous construirons un probatorium séparé, mais attenant au petit séminaire, afin qu’il n’y ait qu’un seul étabissement officiel et qu’un seul supérieur.
« L’évangélisation des païens au Laos, rencontre de nombreux obstacles. Voici ce que m’écrit un missionnaire : — « Avec quelle joie, je voudrais, pour fêter votre retour, vous « offrir une grosse gerbe de baptêmes et l’assurance de voir le blé qui lève continuer de « croître, mais hélas, le caractère laotien ne procède point par bonds ; encore moins à notre « époque, où tous, chrétiens et païens, mis au courant des événements qui se passent en Orient « et en Occident, sont préoccupés de l’avenir et restent sur la réserve. » — La réflexion que fait notre confrère pourrait être mise en tête du compte rendu de l’exercice 1938-1939 ; c’est pourquoi beaucoup de missionnaires et prêtres du Vicariat n’ont pas toujours eu de leurs efforts la récompense visible qu’ils étaient en droit d’en attendre. Ces difficultés n’ont point, Dieu merci, arrêté leur élan et leur zèle, et tous se sont ingéniés à les surmonter le mieux possible. M. Thibaud, dès son retour de France, a continué ses fonctions de recruteur. Il a visité un grand nombre de villages païens de la région de Thakhek, et, s’il n’a pas eu un succès immédiat partout où il a prêché l’Evangile, il a du moins le ferme espoir que la semence de la parole divine n’aura pas été jetée en vain. Ce qu’il a fait dans son district, deux prêtres indigènes, et M. Tenaud l’ont fait comme lui dans une autre région. Une légende laotienne dit qu’il fut un temps, et c’était l’âge d’or, où le riz venait tout seul au grenier ; ce temps n’est plus. Les missionnaires du Laos doivent courir par monts et par vaux pour amener les âmes au grenier du bon Dieu, et je vois avec plaisir que les ouvriers apostoliques y travaillent avec une ardeur infatigable ; tels MM. Dezavelle et Mainier qui, ne récoltant plus les abondantes moissons d’autrefois, visitent de nouveaux villages et essaient d’y implanter la religion chrétienne.
« M. Déquier éprouve une légitime satisfaction d’avoir pu administrer 46 baptêmes d’adultes. — « Je suis heureux, écrit-il, de vous présenter, à votre retour de France, un rapport « sur l’administration de mon district pendant ; l’exercice 1938-1939. Tout n’a point été « parfait, mais plusieurs sujets de consolation me sont venus de mes chrétiens et surtout de « Dieu. Commençons par le bon côté des choses. Cette année mon district a eu l’honneur et le « plaisir de recevoir la visite de M. le Provicaire qui a pu administrer 141 confirmations. Cette « importante cérémonie, les 46 baptêmes d’adultes, 17 d’enfants de païens et 8 de grandes « personnes à l’article de la mort m’ont causé les plus douces joies. Plusieurs de ces baptêmes « à l’heure de la mort ont été administrés par un excellent chrétien du village de Dongmak « Fai, qui pourrait devenir un terrain plus fertile. Pour préserver les chrétiens de ce petit poste « de l’ambiance païenne dans laquelle ils vivent, j’ai envisagé pour eux la création d’un « nouveau village, ce projet réussira-t-il ? La confession est toujours en honneur à Song-nhë, « comme le témoigne le chiffre de 6.520 confessions annuelles ; toutefois les communions de « dévotion sont moins nombreuses ; l’assistance à la messe du dimanche est satisfaisante. « Mais voici le revers de la médaille. Les protestants entreprennent de convertir à leur religion « un centre de ma région et plusieurs autres, plus éloignés vers l’ouest. Ils font un travail en « surface, créent des groupements, etc. On peut difficilement contrôler tous ces ouï-dire ; mais « il est certain qu’ils répandent des bibles le plus possible. » — Son voisin, M. Alazard, m’annonce que sa chapelle de Ban-Doum est enfin achevée. L’entreprise de cette construction a fourni aux chrétiens et particulièrement au missionnaire de nombreuses occasions d’acquérir de la patience et des mérites, il éprouve beaucoup de peine en constatant que la masse païenne qui l’entoure reste réfractaire aux idées religieuses ; manger à sa faim, s’amuser, ses désirs ne vont guère au-delà, La vie future ? Ses récompenses ou ses peines ? Elle ne s’en soucie pas.
« Dans la même région, M. Antoine, prêtre indigène, malgré son état de santé qui a laissé beaucoup à désirer, m’annonce 31 baptêmes d’adultes. Plus au nord-ouest, M. Lacombe et son vicaire, ont administré ce sacrement à 39 personnes, dont 4 en danger de mort. A Tharé, M. Bayet, successeur de M. Combourieu, que Dieu vient de rappeler à Lui après 55 ans de mission, vient de fonder une école secondaire dans ce gros centre chrétien. — « L’ouverture d’une école secondaire, écrit-il, voilà le fait le plus important de cet exercice ; elle était nécessaire. Depuis quelques années, le gouvernement siamois favorise les écoles et dès qu’elles sont autorisées à fonctionner, elles voient les élèves affluer. Tharé, grand centre de la région, et qui compte plus de 8.000 chrétiens ne pouvait pas rester en retard ; jeunes gens et jeunes filles nous demandaient à faire des études secondaires, nous pouvions difficilement leur refuser. De temps en temps, quelques-uns de nos enfants se faisaient inscrire aux écoles païennes de la ville voisine, au grand risque d’y perdre leur âme. C’est pourquoi lorsque le maire de Tharé vint me dire : « Père, faites-nous donc une école secondaire catholique », j’ai été tout de suite favorable à cette idée. » — La Mission avait envoyé au Collège de l’Assomption à Bangkok, trois élèves dont l’un de Tharé, devait revenir en mars 1939, avec son brevet du 8e degré. Dès son retour, je présentais aussitôt la demande d’autorisation officielle qui a été facilement accordée et assez tôt pour ouvrir l’école en même temps que toutes les autres maisons secondaires de Siam. Elle comprend deux sections : garçons et filles, avec permission de donner l’instruction primaire aux enfants à partir de 5 ans. Des prêtres y donnent des cours d’instruction religieuse. Nous avons commencé par le premier degré du brevet et nous augmenterons d’un cours chaque année. Cette école m’a coûté beaucoup de soucis et encore plus de ticaux. Un entrepreneur me construit un bâtiment en bois qu’il doit livrer, au plus tard le 1er février 1940. Pour faire face à l’échéance, j’ai actuellement le vingtième de la somme demandée. Que saint Joseph, patron de la maison trouve le reste.
« Avant de clore ce compte rendu, je tiens à remercier la Très Révérende Mère Provinciale de Saigon d’avoir bien voulu remplacer Sœur Augustine qui, après une vie religieuse bien remplie, est décédée à la fin de l’année 1938. C’est donc Sœur Mathilde, venue de Bangkok, qui devra prendre la direction du couvent des Amantes de la Croix d’Oubone et de notre école secondaire établie dans ce couvent. Merci également la Très Révérende Mère Supérieure des religieuses de la Charité de la Roche-sur-Foron (Haute-Savoie), qui nous a envoyé quatre nouvelles religieuses.
« Enfin en octobre 1938, nous avons eu la joie, à Nong-Seng, de célébrer les noces de diamant de la très méritante Sœur Ursule. Sur ses 60 années de vie religieuse, elle en compte 57 de mission, dont une vingtaine passées à la Martinique, 2 à Saigon et 35 au Laos. La vénérée jubilaire a eu l’immense bonheur de recevoir une bénédiction spéciale et des vœux de très longue vie, de notre Saint-Père le Pape Pie XI. A l’occasion de ses noces d’or, elle avait été décorée de la Légion d’honneur.
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