| Année: |
1970 |
| Pays: |
Laos |
| Mission: |
LAOS |
RÉGION DU LAOS
Cette année encore et plus que jamais, la situation de notre Région missionnaire a été fortement liée à la guerre. Les conséquences qui en découlent sont loin d’avoir été favorables au progrès social et économique du pays, ni à l’implantation de la mission.
Situation générale
La guerre
Elle s’est aggravée, surtout dans le sud du pays (Mission de Paksé), et depuis les événements du Cambodge.
Après la reconquête annuelle, on pourrait dire rituelle, de la Plaine des Jarres par les Lao-Viet et les combats de Long-Tieng et de Sam-Thong, qui valent à Vientiane et ses environs un nouvel apport de 18000 réfugiés, l’ennemi déclenche une offensive d’intimidation sur la capitale royale de Luang-Prabang et s’en approche à 30 km. En même temps, une poussée se dessine sur Paksane, et la route Paksane-Ventiane est interdite au trafic pendant de longues semaines, tandis que le parcours Paksane-Thakhek devient dangereux. Au centre, l’axe Savannakhet-Thakhek reste très peu sûr jusqu’à fin mars dernier. On craignait jusqu’à cette date que certains secteurs situés au nord de la Sé Bang Fai ne soient totalement conquis. Puis, la pression se relâche et la circulation reprend à peu près normalement entre Savannakhet, Paksane et Vientiane, sauf, évidemment, aux endroits abîmés par la saison des pluies : ponts emportés par les eaux, secteurs inondés, parcours embourbés. La route Paksé-Savannakhet, réouverte aux environs du 15 août 1969, reste libre jusqu’à ce jour.
A part l’insécurité coutumière, le Sud-Laos vivait dans une terni-tranquillité jusqu’aux événements du Cambodge. Ces événements ont été cause, sans aucun doute, de la prise d’Atopeu et de Saravane par les Lao-Viet, ainsi que d’une plus grande partie du Plateau des Bolovens. On assurait même que Paksong, dernière bourgade sur ce plateau, allait tomber incessamment. La possession de la totalité des Bolovens devait fournir à l’ennemi un vaste domaine et lui permettre d’élargir son périmètre de sécurité, d’y installer facilement camps d’entraînement et de repos pour ses troupes, centres de ravitaillement en armet et en munitions ainsi que des hôpitaux de campagne. En même temps, il menaçait Paksé, situé à 50 km de Paksong, où les troupes royales auraient été obligées de se retirer pour défendre la capitale provinciale. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ? Mystère ! mais la menace persiste. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle conquête territoriale avantage les Lao-Viet dans le cas de pourparlers éventuels. Elle met, en outre, en sa possession un nouvel axe routier carrossable qui, sortant du Vietnam, aboutirait au Laos, atteindrait Muang-Phine et Saravane, puis Thateng, sur les bords du plateau, et Attopeu. Dans cette dernière localité coule la Sé Kong, large et belle rivière, très navigable qui, elle, va se jeter dans le Mékong à Stungtreng, au Cambodge. Ceci compenserait la perte du trafic par Sihanoukville, au temps ou l’ancien leader du Cambodge était encore à la tête de l’Etat voisin.
La défense
Pour faire face à cette situation alarmante, le gouvernement lao ne possède guère que quatre moyens : son armée, ses S.G.U., les bombardements et sa politique de neutralité.
a) Son armée. — Elle atteint à peine 100000 hommes pour tout le territoire. Le Lao étant plutôt pacifique et indolent de nature, l’uniforme ne lui donne pas d’emblée les qualités militaires nécessaires à une guerre, fût-elle défensive. Son éducation individualiste ne le pousse pas non plus vers un patriotisme accentué. Il n’a pas toujours compris d’ailleurs pourquoi il doit se battre et a tendance à considérer cette guerre comme une guerre entre féodaux, dont la partie adverse se fait aider par des étrangers. D’autre part, ce soldat, depuis quelques années, est souvent recruté de force (rafles sur les parcours routiers ou dans les villages, non seulement d’hommes en âge de porter les armes, mais aussi d’enfants dont la voix mue encore). Il se plaint d’être mal et irrégulièrement payé et pas toujours très bien nourri. L’encadrement laisse aussi à désirer : le militaire se demande parfois pourquoi tel officier se trouve par hasard absent, lors d’un combat ou de la défense d’un poste dangereux. Pour toutes ces raisons, auxquelles il faudrait ajouter la perte récente de territoires assez vastes, on comprendra pourquoi l’ardeur guerrière de cette armée n’est pas spécialement à son zénith et aussi que cela ne laisse pas tellement bien augurer des inévitables combats de la saison sèche, surtout devant un ennemi rusé, tenace et aguerri.
b) Les S.G.U. (Spécial Groups Units). — Ces petites unités sont recrutées uniquement parmi les volontaires, soit dans l’armée elle-même, soit parmi les civils. Elles sont calquées sur le modèle des forces spéciales américaines, par lesquelles d’ailleurs elles sont entraînées (à l’étranger), équipées et grassement payées. Leur rôle consiste à mener à bien des missions de renseignement, d’embuscade ou de sabotage et à occuper des postes plus exposés. Les résultats des débuts étaient, dit-on assez positifs. Mais, de plus en plus, le soldat S.G.U., toujours mû par l’appât d’un gain plus substantiel, mais effrayé par le genre de traitement réservé par les Lao-Viet à ce genre de mercenaires des Américains, a tendance à ne plus aller jusqu’au bout de sa mission, à donner des renseignements inexacts ou faux à ses employeurs, qui envoient leurs avions mitrailler ou bombarder des chimères.
c) Les bombardements. — Il semble que, de plus en plus, au Laos on considère ces bombardements comme presque l’unique moyen d’enrayer l’avance ennemie et de « briser ses sanctuaires ». Aussi ne se prive-t-on pas ! Mais atteignent-ils les résultats escomptés ? On pourrait le croire, puisque, dans chaque proposition de pourparlers venant du Pathet Lao, la condition de cessation de ces bombardements est toujours mentionnée. D’autre part, certains parmi les réfugiés ont gagné des zones plus tranquilles, uniquement pour ne pas en être les victimes.
d) Sa politique. — Pour garder son intégrité territoriale, arrêter l’expansion communiste, obtenir la paix et redonner au royaume une ère de prospérité, le gouvernement lao s’efforce d’employer tous les moyens possibles : pétition à l’O.N.U., demande d’aide diplomatique aux pays de la Conférence de Genève et propositions d’entente avec le Pathet Lao. On dit même que l’effervescence diplomatique à Vientiane au niveau des ambassades est une des plus fortes du Sud-Est asiatique.
Quand on parle d’expansion communiste au Laos, on ne pense pas seulement expansion idéologique, mais encore annexion territoriale. Une tendance se fait de plus en plus jour dans certains esprits que le Vietnam-Nord, si à l’étroit chez lui, convoite certains territoires qu’il occupe actuellement et qu’il ne rendra jamais. Faut-il en voir une preuve dans un tract signé du prince Souphannouvong, encourageant fortement les parents laotiens des zones occupées à donner leurs filles en mariage à des Vietnamiens, soldats ou autres, vivant dans le pays ?
Le prince Souvannaphouma, comme on le sait, veut la neutralité de son pays et encourage vivement toutes sortes de démarches en ce sens avec ses adversaires du Pathet Lao, auquel d’ailleurs des places sont toujours réservées à la Chambre comme au gouvernement. Ces places, le Pathet Lao ne veut pas les occuper, le gouvernement actuel étant illégitime à ses yeux. Cette neutralité, dans les conditions où elle veut être appliquée, paraît être la solution la plus sage dans les circonstances actuelles. Mais convient-elle à la Chine, aux U.S.A., au Vietnam-Nord et au Pathet Lao ? Peut-elle être gardée sans un contrôle serré, sérieux et efficace ? Cela demanderait une extrême bonne volonté, ainsi qu’une grande loyauté de part et d’autre, chose qui apparaît à certains comme une pure utopie, les Vietnamiens et les Pathet Lao ne respectant jamais leurs engagements. Il serait de beaucoup préférable, à leur sens, de bouter ces indésirables hors du pays, avec l’aide massive américaine y compris en personnel. Au Laos aussi, la distinction entre éperviers et colombes existe.
Conséquences sociales et économiques
— les réfugiés
La plus spectaculaire est certainement l’exode des populations rurales se repliant sur des centres pour y chercher un peu plus de sécurité, ou ayant reçu l’ordre des autorités militaires de se déplacer sur des périmètres plus tranquilles. C’est le gros problème des réfugiés. Inutile de le décrire : la guerre a appris à beaucoup de nations ce qu’il signifiait de misères et de détresses. Les chiffres officiels parlent de 500000 lao et montagnards dispersés par la guerre. Ce chiffre nous paraît exagéré : 250000 nous semble plus exact, ce qui est déjà énorme pour une population de trois millions d’habitants. Ces malheureux ont droit, en principe, dès leur arrivée dans les centres, aux objets de première nécessité et à 500 grammes de riz par jour et par personne, ainsi que du lait en poudre ou en boîte, de la farine, etc... amenés de Vientiane par l’U.S.A.I.D. ou diverses autres organisations caritatives. Mais, soit mauvaise organisation ou manque de moyens de transport, soit négligence ou avidité tout le long de l’échelle distributrice, ces denrées ne semblent pas toujours atteindre ceux auxquels elles sont destinées.
Les réfugiés sont regroupés temporairement dans des centres prévus à leur intention, puis dirigés vers des terrains où le gouvernement provincial les aides à construire de précaires « canhas ». Beaucoup d’entre eux préfèrent rejoindre les villages où ils ont parents et connaissances, mais dans ce cas ils perdent le droit à l’aide officielle. Il arrive ensuite que ces gens recommencent dans ces nouveaux endroits une vie qui, pénible au début, (rizières à faire, rays (1) à abattre, brûler et cultiver, maison à construire, bétail à louer, à emprunter, ou à acheter pour les moins démunis, sans compter la nourriture quotidienne à trouver), finit par ressembler à celle qu’ils ont vécue naguère dans leur village abandonné.
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(1) Ray, mot vietnamien : culture sur brûlis.
— la guerre et l’évolution des mœurs
Puisque nous en sommes aux misères humaines, disons en passant que, dans les villes, des hôpitaux possédant des salles réservées aux indigents auxquels les soins doivent être donnés gratuitement. Il n’est pas rare cependant qu’après le passage du médecin traitant, l’infirmier avertisse le malade qu’il aura à acheter en ville la piqûre ou le médicament nécessaires à sa guérison. On sait par ailleurs que l’hôpital est copieusement fourni. Ce médicament ou cette piqûre pourront être achetés dans les dépôts de pharmacie, de même que l’on pourra se procurer chez le Chinois des denrées primitivement destinées à combattre la malnutrition, achetées (mais à qui ?) et revendues par lui avec un bénéfice substantiel.
Le service militaire obligatoire n’existe pas encore au Laos, la loi n’en a jamais été votée, bien qu’on en ait parlé à diverses reprises à la Chambre. Les généraux commandant les cinq régions militaires réclament des renforts pour défendre leurs secteurs. Les volontaires étant très peu nombreux, des rafles furent organisées dans les villages et sur les routes, qui devaient fournir le personnel demandé. Mais, parmi les pères de famille, les jeunes gens ou les jeunes garçons ainsi recrutés, beaucoup regagnaient leur village ou allaient se cacher ailleurs, dès qu’ils pouvaient en saisir l’occasion. Depuis peu, cette façon de faire n’est plus la même : les chefs de village ont reçu l’ordre de fournir un nombre fixe de recrues, à eux de les trouver. Il faut toujours noter cependant le peu d’enthousiasme des Lao pour la vie des camps. Il est curieux aussi de constater que dans les villes, du moins dans le milieu étudiant ou semi-intellectuel, ce recrutement n’a pas lieu. Est-ce parce que ces jeunes sont fils de fonctionnaires?
Pour ces étudiants ou semi-étudiants, le problème d’une reconversion se pose déjà. Ces jeunes, ayant un vernis d’instruction mais ne pouvant obtenir les places qu’ils convoitent, répugnent à retourner à la rizière ou à prendre un travail manuel, ce qui à leur sens serait déchoir. Ils encombrent donc de plus en plus les villes et souvent ils vivent d’expédients, se constituent en bandes, deviennent voleurs et joueurs ou se contentent de vivre aux crochets de leurs parents, en attendant une problématique place de fonctionnaire.
Peu ou pas d’industrie pour employer les gens que la ville attire et qui se voient obligés de faire des métiers de misère qui rapportent peu. Le niveau des salaires est bas par rapport au coût de la vie. Aussi, cherche-t-on ailleurs ce qu’on ne peut se procurer par son travail : jeu d’adresse, de hasard, casinos, loteries diverses se sont multipliés ces derniers temps où le Lao, surtout le prolétaire, perd le peu qu’il gagne, quand il ne s’endette pas. Même dans les villages les plus reculés, il n’est pas un Laotien qui ne joue à la loterie, thaïlandaise, saigonnaise ou autre, dont les résultats sont retransmis par radio. A ces fléaux sociaux ajoutons encore l’opium et la prostitution.
Ceux qui pourraient vivre le plus à l’aise sont les ruraux, s’ils voulaient se donner la peine de cultiver davantage, plus rationnellement et de développer l’élevage.
Malgré tout, on constate une sensible élévation du niveau de vie : amélioration de l’habitat, augmentation du nombre des bicyclettes, motos, transistors, etc… Mais ces derniers achats sont souvent l’objet d’un gros sacrifice pécunier aux dépens du plus utile, sinon du nécessaire.
Pas de famine, du moins sur une grande échelle, mais une malnutrition constante, cause de bien des faiblesses physiques et de maladies. En même temps, une disproportion constante entre les classes privilégiées et le menu peuple prolétaire des villes : de belles villas se construisent, des voitures de plus en plus nombreuses et de toutes marques circulent. On murmure sous le manteau, mais le Lao reste encore trop imprégné par le régime de la féodalité pour oser élever la voix.
On souhaiterait une évolution plus saine ! Ayant déjà de par nature le sens social et de l’entraide peu développé, très peu aussi celui du bien commun et de la patrie, le Lao en général et beaucoup à cause des circonstances actuelles va, dans un « struggle for life » avide et égoïste, vers un matérialisme pratique de plus en plus accentué.
En même temps, force nous est de constater que ce même Lao donne de plus en plus dans l’attentisme. Il attend presque tout des autres, des diverses aides étrangères surtout, et cela dans presque tous les domaines, sans grand effort pour s’aider lui-même. La guerre elle-même, qui dans l’esprit de beaucoup n’est qu’une bataille entre féodaux et qui ne profite qu’à quelques-uns, laissent quasiment indifférents ceux qui n’en sont pas les victimes directes. Nos chrétiens eux-mêmes auraient facilement cette mentalité d’attente, contre laquelle il nous faut lutter sans cesse pour en faire des hommes et non des enfants gâtés.
— les domaines désorganisés
Faut-il ajouter encore que cette guerre a créé et continue de créer la désorganisation dans bien des domaines ?
A l’échelle du village, 1’« appel » sous les drapeaux a, pour ainsi dire, vidé celui-ci de sa jeunesse et d’un nombre appréciable d’hommes mûrs ; d’où manque de main-d’œuvre, travail plus pénible pour ceux qui restent, moins de rendement, production moins abondante et plus grande pauvreté. Le Laos qui, en temps de paix, pourrait produire assez de riz pour sa propre consommation mais ne le fait pas, se voit obligé, dans les circonstances actuelles, d’en importer encore beaucoup plus de Thaïlande.
A l’échelle familiale : femmes abandonnées, parce que le mari militaire en a pris une autre à l’endroit où il est en garnison, ce qui coupe automatiquement les maigres subsides que la solde pouvait leur apporter. Jeunes filles en mal de mari, qui, ne trouvant pas sur place le jeune homme du pays mobilisé ailleurs, convole avec un soldat de passage, lequel l’abandonne sans autre forme lorsqu’il change d’endroit. Femmes de soldats qui suivent leurs époux, accompagnées de leurs enfants, et vont vivre une vie d’oisiveté ou d’expédients, dans les bidonvilles entourant les camps militaires. Ces problèmes, surtout celui des mariages mixtes, deviennent la bête noire des prêtres chargés de paroisse.
On se demande encore, si un jour une démobilisation avait lieu dans une paix neutre, dans quelle situation sociale se trouveront ces dizaines de milliers d’anciens soldats, dont la plupart répugnera au retour à la terre, après avoir mené pendant des années une vie tout à fait différente !
Les conquêtes adverses non seulement ont une conséquence désastreuse en propageant le communisme athée dans les parties occupées, mais aussi privent le pays de voies d’exploitation vers le bois, le café, la cardamome, la laque, les peaux, etc... Bien que le Laos n’ait jamais été gros exportateur, cet état de chose lui enlève tout de même quelques revenus et quelques matières d’échange. Le développement de l’arrière-pays devient, par le fait même, impossible. L’insécurité périodique des voies de communication de la plaine gêne aussi son économie interne. Seule l’importation ne semble pas souffrir : les boutiques chinoisas présentent bon nombre d’articles étrangers, surtout japonais, qui leur arrivent facilement par la Thaïlande. Les taxes à l’importation semblent être la principale, sinon l’unique source de l’alimentation du budget national.
Les M. E. P. au Laos
Nous sommes donc loin d’un Laos que certains ouvrages nous présentaient naguère comme un pays enchanteur, une espèce de Tahïti continentale, où l’habitant vivait de cueillette, de chasse et de pêche faciles dans le respect des lois naturelles et... un paisible farniente au son du xylophone ! Non, cela n’est plus, si toutefois cela a jamais été. La réalité est bien plus amère et de durs problèmes se posent tant pour le pays tout entier que pour l’individu.
C’est dans ce pays et dans les circonstances que j’ai essayé de décrire plus haut, que travaillent les deux groupes missionnaires de Savannakhet et de Paksé qui forment la Région du Laos, confiée aux M.E.P.
On comprendra aisément que l’évolution de la situation et les conséquences qu’elle entraîne ont eu fatalement des contre-coups sur le travail missionnaire proprement dit et sur la formation continue de nos chrétiens.
Deux missions de brousse
Il faut dire avant tout que nos deux Missions sont essentiellement, et resteront encore longtemps, des missions de brousse. Nos chrétiens y sont encore peu nombreux, 6000 et un peu plus dans chaque mission. Ceux-ci, par contre, sont de pure origine laotienne ou montagnarde et non pas « une grosse majorité vietnamienne », comme l’a écrit Mgr Ancel, de passage chez nous, dans un article des Echos que la rue du Bac a laissé passer. La grande question pour nous est d’augmenter le troupeau du Christ, de planter l’Eglise dans une population de « rudes » comme nous le décrit la théologie morale, je dirai même souvent de « rudissimi », ballottée et désorientée par une guerre qui n’en finit plus et qu’elle ne comprend pas. Le travail que le missionnaire du Laos considère comme essentiel est de propager la parole de l’Evangile, en multipliant les contacts humains, et en soulageant dans la mesure de ses possibilités les misères morales, physiques et sociales qu’il rencontre. Pour cela d’ailleurs, il n’épargne ni ses forces, ni sa santé, ni ses subsides... quand il en reçoit. Ne nous étonnons donc pas que ce rude labeur en pleine pâte laotienne ait donné à notre broussard une mentalité et une optique un peu spéciales devant les problèmes terre à terre auxquels il doit faire face chaque jour. Les lignes tarabiscotées de la théologie missionnaire soi-disant moderne et le charabia ecclésiastique en vogue l’étonnent, quand ils ne le font pas sourire. Par voie de conséquence, on sera indulgent pour son manque d’enthousiasme en ce qui concerne réunions, colloques, échanges, carrefours, enquêtes etc…, ce qui ne l’empêche pas, à l’occasion, de discuter de problèmes d’apostolat avec son évêque et ses confrères et de savoir comparer le souhaitable et le possible.
Un travail missionnaire plus difficile
Les derniers événements ont eu des conséquences pénibles sur le travail missionnaire :
— perte partielle ou totale de districts,
— plus grande insécurité de districts isolés,
— exode de chrétiens et de catéchumènes sur des territoires plus cléments.
Du fait de l’avance lao-viet, des confrères ont encore vu cette année diminuer de surface le territoire confié à leur apostolat, où ils avaient espoir de porter l’Evangile. Ainsi les secteurs de Nam Thon confié au P. MONTAGNE, de l’ouest de Séno au P. DEFLORIENNE, de Khong Sédone au P. VIGNALET, de Kinak au P. VAN NEDERVELDE.
Quant au P. MARTIN, il a assisté cette année à la perte totale de son district avec la prise de Saravane où il résidait. Le Père a heureusement pu évacuer à temps et se réfugier à Paksé où il a trouvé bon nombre de ses chrétiens et catéchumènes.
Dans le secteur d’Attopeu, le district de Nong I Oi est toujours accessible, mais par des avions de l’armée lao, de l’U.S.A.I.D. ou d’« Air América », ce qui est assez gênant, et peut-être compromettant, pour celui qui en est chargé.
Du fait de leur plus grand isolement, certains champs d’apostolat sont exposés à une insécurité plus ou moins constante ; c’est le cas du district Pongkiu-Dong Makba (Thakhek). D’autres secteurs ne connaissent l’insécurité que périodiquement, soit à cause de passages ennemis, soit à cause d’embuscades ou de coups de mains. Nous redoutons ce genre de choses, surtout au moment de la récolte du riz et en saison sèche pendant laquelle il est plus facile de faire mouvement.
L’exode des chrétiens et des catéchumènes
Quant à l’exode de chrétiens et de catéchumènes, cela a été le cas pour ceux de Saravane surtout. C’est dans les environs de Paksé, versant est du Plateau des Bolovens, qu’ils se sont en grande partie repliés. Bon nombre de ces réfugiés chrétiens ou catéchumènes ont pu rejoindre des villages chrétiens ou sur le point de l’être, parce qu’ils y avaient des parents, des connaissances ou tout simplement parce qu’ils étaient de même race. D’autres réfugiés, mais ceux-là non chrétiens, ont suivi les premiers pour les mêmes motifs, et nombre d’entre eux ont promis de se convertir. C’est ainsi que les villages dont s’occupent Mgr URKIA, les PP. GODET, MARTIN, CAVAILLIER et MOREL ont vu augmenter le nombre de leurs adeptes.
C’est un problème urgent de s’occuper de ces gens et de les conduire à la foi, comme le dit un Père, avant que les bonzes ne s an occupent. Il faudrait plutôt dire avant que les chefs de canton, de district ou de province leur « conseillent » fortement de construire des pagodes pour y installer des bonzes. Ces fonctionnaires, en effet, ont comme devoir sacré de propager le bouddhisme sur leur territoire. Aussi, un effort intelligent et intensif doit être entrepris et l’est déjà par les missionnaires, dans le but d’amener ces nouveaux venus à Dieu. On constate que ce petit monde s’ouvre peu à peu, et parfois inconsciemment, à la lumière de l’Evangile.
Tout cela, bien sûr, ne va pas sans difficultés ni problèmes. Sans parler des difficultés matérielles et financières, on peut citer d’abord celle de la langue. Il faut dire que ces nouveaux adeptes sont surtout de race montagnarde aux multiples dialectes. Ils ne comprennent pas bien le laotien et le parlent mal. La plupart d’entre nous ne connaît que cette langue. D’ailleurs, le gouvernement tient de plus en plus à ce que la langue nationale soit le seul véhicule de contact dans le pays. Fatalement une évolution vers une meilleure connaissance du laotien aura lieu dans les années à venir ; mais, pour l’instant, le problème demeure.
D’autre part, ces peuplades animistes sont peu portées, du moins parvenues à l’âge adulte, à l’étude, à la prière ; ils conservent une mentalité très superstitieuse, ritualiste, formaliste et se contenteraient sans plus d’être « rentrés avec le Père ».
A cela, il faut ajouter le manque d’une liturgie d’acheminement progressif. Ce dernier point sera l’objet d’études et d’échanges entre missionnaires.
La question des catéchistes
La question la plus importante, signalée par presque tous, est celle des catéchistes. Pour qu’elle soit résolue, il nous faudrait dans toute la Région des hommes bien formés, dévoués et désintéressés, pris dans le milieu qu’ils auront à enseigner. Certes, il existe une école de catéchistes à Paksong, fondée par le P. VIGNALET et tenue actuellement par le P. MICHEL, du moins pour le vicariat de Paksé. Mais elle n’a pas encore formé beaucoup de sujets. D’aucuns en sortent trop jeunes et ne peuvent avoir dans leurs villages l’autorité ni le poids nécessaires pour l’enseignement des adultes.
La plupart des autres catéchistes travaillant actuellement dans nos villages, se contentent d’un enseignement trop juridique, trop formaliste, trop scolaire, par conséquent non adapté. Pour ceux-là, des sessions mensuelles d’une journée sont prévues à Paksé où trois Pères essayent de leur donner une formation catéchétique, liturgique et biblique. Nous espérons que les effets s’en feront sentir à la longue.
Aide médicale et matérielle
L’afflux des réfugiés chrétiens et surtout non chrétiens oblige de plus en plus le missionnaire à exercer sa charité en apportant une aide médicale et matérielle à ces pauvres gens. A cette œuvre se dévouent la plupart d’entre nous, soit dans le secteur que chacun occupe, soit en parcourant les villages avec des religieuses pour distribuer vivres, médicaments et soins suivant leurs possibilités et selon que leur travail paroissial et missionnaire leur en laisse la faculté. Cette forme de présence de l’Eglise est très appréciée non seulement de ceux qui en sont les bénéficiaires, mais aussi des autorités locales. Mais, là encore, on reste navré devant la petitesse de ses moyens et les besoins de la misère.
Aller “ad gentes”
Aller « ad genres » reste le souci constant de tous et chacun l’a fait, dans la mesure où son travail d’enseignement et d’administration de son district lui en a laissé la possibilité. Dans cet apostolat, force nous est de reconnaître que, si le milieu animiste, c’est-à-dire purement montagnard, paraît, au moins extérieurement, plus disposé à entendre la parole, le milieu laotien, bouddhiste et animiste à la fois, y est beaucoup plus imperméable.
Cela tient sans doute à bien des raisons : d’abord, le bouddhisme est ici religion d’Etat ; ensuite le milieu bouddhiste lui-même se contente d’une religion qui ne lui demande pratiquement aucun effort ; puis règne la peur de se faire mal voir des autorités. De plus, la mentalité actuelle des esprits évolue plutôt vers un matérialisme pratique. Peut-être aussi est-il juste de constater le peu de zèle des laïcs chrétiens, qui auraient tendance à se replier sur eux-mêmes, à se laisser influencer par le milieu ou à se laisser dominer par des préoccupations plus terre à terre. On constatera que, dans les villages chrétiens lao, si le nombre a augmenté, ce n’est pas tant à cause des baptêmes d’adultes qu’à cause des naissances ou quelquefois des mariages.
Cet apostolat est ingrat, surtout pour ceux d’entre nous qui sont en plein milieu lao bouddhiste sans avoir ce petit noyau paroissial d’où rayonner. « Hommes de peu de foi », certes, ils ne méritent pas ce reproche du Christ et leur abnégation quotidienne portera un jour ses fruits.
Il est souhaitable, et cette année le verra sans doute, que des réunions d’échange aient lieu entre les missionnaires où soit traité plus profondément le problème de l’évangélisation des bouddhistes. A ce sujet, l’apport des prêtres laotiens nous sera utile sinon nécessaire, pour connaître davantage l’esprit et la mentalité du bouddhiste et trouver ainsi la voie de son âme qui, elle aussi, doit parvenir à la lumière.
La formation des laïcs
Les évêques ont invité cette année leurs prêtres à orienter les chrétiens vers une prise de conscience plus grande de leurs responsabilités et de leurs obligations dans la vie de la communauté paroissiale, pour combattre précisément cet attentisme : beaucoup de nos fidèles croient pouvoir tout attendre du Père ou de la mission. L’Eglise du Laos ne sera vraiment une Eglise lao que le jour où tous ses membres auront à cœur de participer spirituellement et matériellement aux œuvres des missions. C’est pourquoi certaines directives d’ordre pratique ont été données au presbytérium :
— il est urgent de créer des conseils pastoraux dans chaque chrétienté importante. Ce sera l’objectif numéro un de cette saison sèche ;
— il serait souhaitable que les chrétiens subviennent à l’entretien des pères et religieuses du poste par une offrande de riz à la récolte ;
— dans les chrétientés où il existe une école, il sera demandé aux fidèles de participer de plus en plus aux frais d’entretien et de marche de cette école.
Dans le petit catéchisme que les deux Missions ont fait imprimer cette année, un chapitre, entre autres, a été ajouté concernant les droits et les devoirs des laïcs dans l’Eglise, et un autre, où sont énumérées les principales œuvres de miséricorde et d’entraide.
Les Constitutions sur l’apostolat des laïcs ont aussi été traduites en lao et des exemplaires seront distribués dans les postes.
En plus de ce petit catéchisme, dont les premiers exemplaires viennent de nous parvenir, certains pères ont souligné la nécessité de rédiger un nouveau catéchisme plus adapté à l’enseignement des adultes : la méthode questions-réponses est pratique pour enseigner les enfants de nos écoles, mais tous n’ont pas une école catholique...
Le renouveau liturgique
Quant au renouveau liturgique, les missionnaires en général ont à cœur de l’appliquer, mais, comme partout je suppose, cela entraîne quelque étonnement et quelques réticences à se mettre aux nouvelles prières, surtout chez les chrétiens âgés. Par ailleurs, plusieurs missionnaires, qui s’occupent de néophytes à l’intelligence quelque peu rudimentaire, estiment qu’il est difficile d’appliquer immédiatement tous les changements liturgiques actuels. Ce sera pour ceux-là une œuvre de longue haleine qu’il faudra continuer avec patience et courage.
Les commissions de traduction et de liturgie des quatre vicariats du Laos se sont réunies à Thakhek, le 20 octobre 1969. La pastorale du sacrement de pénitence y a été sérieusement étudiée. Au cours de cette réunion ont été élaborés les nouveaux textes de l’ordo missae et une partie des rituels du baptême des enfants et du mariage. Le nouvel ordo missae en lao a été publié, ainsi qu’un livret pour les fidèles. Les commissions de traduction ont augmenté le nombre de leurs membres : chacune d’elles comprend désormais quatre traducteurs, deux prêtres et deux laïcs. Ainsi, le véritable travail de bénédictin qu’elles ont entrepris, traduction biblique en particulier, sera plus rapide.
Les écoles et l’enseignement catholique
Autre problème qui nous est commun avec les autres vicariats apostoliques du Laos, celui des écoles et de l’enseignement catholiques.
En vue d’une meilleure coordination et d’une plus grande facilité dans les relations avec le ministère de l’Education nationale, un directeur de l’enseignement catholique fut nommé naguère par les quatre vicariats en la personne du P. CHEVROULET, provincial des O.M.I., résidant bien sûr à Vientiane. Durant l’année 1969-70, la direction de l’enseignement catholique constate une augmentation sensible du nombre des élèves, à peu près 700 enfants de plus. Cette augmentation est due, pour une bonne part, à la création d’une nouvelle section vietnamienne à l’Ecole de l’Espérance de Vientiane, dont l’effectif atteint presque 2000 élèves. Elle est due également, quoique à un moindre titre, à un plus grand nombre d’élèves dans les vicariats de Savannakhet et de Paksé.
Avec l’effort qui s’est poursuivi, du moins dans certaines écoles, pour alléger les classes, le nombre de ces dernières passe de 215 à 236, (moyenne par classe : 46 élèves au lieu de 48). De même a augmenté le nombre des maîtres : de 255 à 278. Le nombre des élèves du secondaire par contre n’a pratiquement pas changé et se maintient toujours entre 450 et 500.
D’autre part, la position du directeur de l’enseignement catholique n’est pas claire, surtout depuis la création au ministère de l’Education nationale d’une sous-direction pour l’enseignement privé. Le sous-directeur a déclaré qu’il préférerait traiter directement avec les responsables de chaque école.
Toujours au sujet de nos écoles, la dernière constatation serait celle-ci : il est certain que le gouvernement apprécie le service rendu par elles. Il est non moins certain qu’il entend de plus en plus y exercer un contrôle effectif. Dans ces conditions, il serait souhaitable que l’enseignement catholique s’engage dans les formes de coopération avec le gouvernement, dans ses écoles ou dans les nôtres, pour préparer l’avenir. Cette question reste à étudier.
Les séminaires
Nos grands séminaristes, du moins ceux de Thakhek puisque Paksé n’en a pas encore, poursuivront à Vientiane les études qu’ils ne peuvent plus poursuivre à Phnom-Penh. Un foyer a été créé pour eux à la paroisse Notre-Dame et un Père Oblat chargé de leur vocation. Quant aux petits et pré-séminaristes, c’est toujours Paksane et Thakhek qui les reçoivent. Il est en outre question à Paksé de former un autre pré-séminaire pour le vicariat, les enfants répugnant à aller étudier si loin de chez eux et les parents s’inquiétant à leur sujet ; surtout dans les circonstances actuelles.
Louis MICHEL
supérieur régional
Les deux groupes missionnaires
Retraites bimestrielles
Elles ont lieu à Thakhek pour le groupe du Nord et à Paksé pour celui du Sud. Le programme n’en a pas changé : méditation en commun, laudes, messe concélébrée avec l’évêque, homélie du vicaire apostolique, du régional ou du vice-régional, deux instructions le matin, presbytérium et, dans l’après-midi, carrefour. Elles sont suivies à 95 % et les prêtres laotiens y sont très fidèles. Certains confrères, cependant, jugent quelquefois bon de ne pas y assister et il semble que les motifs qui les retiennent ne sont pas toujours des obligations paroissiales, ni des difficultés de parcours, surtout pendant la saison sèche. Aucun d’entre nous n’est à plus de douze heures du centre où ces retraites ont lieu, et l’on se dérange parfois pour des raisons moins importantes.
Pour ce qui est de la participation aux exercices eux-mêmes, certains semblent avoir une répugnance pour la méditation en commun ainsi que pour la messe concélébrée. Ces expressions communautaires, même bimestrielles, ne correspondent sans doute pas à leurs conceptions intimes de la piété. Un petit effort sera donc nécessaire sur ces deux points. Un autre encore, pour l’assistance à tous les exercices.
Quant aux carrefours, j’ai dit plus haut le peu d’enthousiasme de nos broussards dans ce domaine. Il faut ajouter que le régional se sent vraiment peu doué pour mener à bien ce genre d’exercice ; aussi est-il décidé à confier la chose à un confrère plus capable, et peut-être qu’un jour le Service de la formation permanente recevra le résultat de nos élucubrations sur divers sujets.
Presbytérium
J’ai déjà dit l’an dernier l’intérêt que tous, aussi bien les prêtres laotiens que les m.e.p., y prenaient. Ces réunions avec l’évêque font que chacun se sent plus responsable et a davantage le sentiment de ne former qu’un seul corps avec son vicaire apostolique et ses confrères pour l’accomplissement de la mission. Tous les problèmes du vicariat y sont traités. Nombre de questions concernant la région le sont aussi, du moins quand elles sont susceptibles d’intéresser les prêtres laotiens, avec qui nous vivons dans une grande fraternité sacerdotale. Ils sont peu nombreux et sont plutôt de formation « Missions Etrangères ». Nos évêques sont toujours eux aussi de notre Société.
Nos étudiants en langue, les PP. RUBAN, GOURIOU, DESBOIS et CAMIO, sont venus visiter leur futur camp d’apostolat. Ils nous ont fait une excellente impression à tous. Ils étudient le thaïlandais à Bangkok, avec acharnement et dans la bonne humeur, et continuent d’être hébergés à la maison régionale de cette ville.
Contrats
Les contrats ont été l’objet de réunions entre les confrères, du moins à Paksé. Ceux-ci ont demandé au régional d’en rédiger un brouillon qui leur sera proposé en discussion par la suite. Pour Thakhek, nous attendons la nomination du successeur de Mgr ARNAUD, démissionnaire. Cette question des contrats sera encore traitée entre les évêques du Laos lors de la prochaine conférence épiscopale.
Louis MICHEL
Supérieur régional
Vicariat apostolique de Paksé
Le vicariat apostolique de Paksé englobe les six provinces de Paksé, Kong-Sédone, Saravane, Attopeu, Bassac, Sithandone. La population est estimée à 627000 habitants. D’après les statistiques du recensement de 1971, Paksé est la ville la plus importante : 60000 habitants.
Un vaste mouvement de réfugiés se développe à l’intérieur des provinces de l’est surtout. Leur nombre est difficile à préciser : 70000 ?
Les protestants ont environ un millier d’adeptes et appartiennent à l’Eglise évangélique. L’encadrement de la communauté est suisse ou américaine. Ils ont une léproserie et un service d’aide aux réfugiés.
Les catholiques sont 6711, les catéchumènes sont 2387. Cette augmentation continuelle du nombre des catéchumènes (1182 en 69, 2387 en 70), pose un sérieux problème pour leur instruction et leur formation aujourd’hui, leur administration dans la suite. 14 missionnaires M.E.P. (13 en activité), 3 prêtres du clergé local ; soit 17 prêtres, dont 3 seulement sont spécialement affectés au ministère ad gentes. 516 catholiques, 47900 non-chrétiens à la charge d’un prêtre. Pas de grand séminariste. Petits séminaristes : 8 à Paksane (Mission de Vientiane), 16 à Thakkek : les espoirs de la mission en clergé lao sont minimes et lointains. 16 Sœurs de Sainte-Jeanne Antide dont 2 étrangères. 20 Sœurs de la Congrégation diocésaine de Marie de la Croix, toutes du pays.
PAKSE
RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Evêque Mgr URKIA Pierre
Vicaire délégué, provicaire PP. BACH Pierre
RESPONSABILITÉ M.E.P.
Supérieur régional MICHEL Louis
MINISTÈRE PAROISSIAL
PAKSE BACH Pierre
HUEI PHEK BUNLIEP, pr. loc.
KONG SEDONE VIGNALET Marcel
KHAMPENG BRARD René
NAM SAI CAVAILLIER Pierre
PHRA NON LAIRAT André
QUINAC VAN NÉDERVELDE André
PK. 15 GODET Marcel
UDOM SUK MOREL Jean
PK. 42 EB André
NONG SIM BUNRUANG pr. loc.
PAKSONG-NONG I OI MICHEL Louis
SARAVANE MARTIN Philibert
MINISTÈRE EXTRA-PAROISSIAL
Ecole des Catéchistes MICHEL Louis
Etude de la langue, Khampeng CAMIO Aristide
RUBAN Daniel
Vicariat apostolique de Savannakhet
Evénements à retenir
A la fin du mois de juillet, la mission apprend la nouvelle officielle de la démission de Mgr ARNAUD, son vicaire apostolique. Il continue cependant à assurer la direction de la mission en attendant la nomination de son successeur. Pendant un an, il a dirigé les travaux qui ont transformé une ancienne école en une procure très commode pour recevoir les confrères. En janvier 1970, Mgr Arnaud a été gravement malade d’une pneumonie. Maintenant, il s’est bien remis et continue à desservir la chrétienté de Dong mak ba, donnant à ses prêtres le bon exemple du zèle apostolique.
Le 5 juillet au soir, le P. BOISSEL o.m.i. de la mission de Vientiane était tué ; sa voiture avait été mitraillée et incendiée sur la route, alors qu’il se rendait dans une chrétienté annexe, Une délégation de la mission se rendit à Paksane pour assister aux funérailles. Le 30 novembre, la voiture d’une infirmière anglaise de l’hôpital de Khammouane qui se rendait à Vientiane est mitraillée sur la route. D’autres attentats du même genre ayant eu lieu plus fréquemment, au début de la saison sèche, les voitures particulières n’osent plus se risquer sur les routes.
Le 5 janvier décès à Bonneville (Haute-Savoie) de Sœur Jeanne Antide Du NOYER. Cette sœur a été, pendant une quinzaine d’années, supérieure régionale des Sœurs de la Charité du Laos. Elle a beaucoup contribué au développement de sa congrégation et de ses œuvres en ce pays. En multipliant le nombre des religieuses autochtones, elle a aidé efficacement toutes les missions du Laos. Celles-ci lui en doivent une grande reconnaissance, en particulier celle de Savannakhet. Sœur Jeanne Antide était douée d’un courage exceptionnel : c’est grâce à lui qu’elle a pu survivre aux huit mois de captivité passées chez les Vietminhs en 1954, captivité qui comporta deux mois de marches forcées à travers les sentiers et chemins du Laos et du Vietnam. C’est grâce aussi à ce grand courage qu’elle a pu faire face aux problèmes et aux nombreuses difficultés que lui posèrent le recrutement sans cesse accru des Sœurs de la Charité et le développement de leurs œuvres entreprises dans les quatre missions du Laos et cela, en des temps particulièrement incertains et troublés.
En août, Mgr ANCEL fait un petit séjour à Khammouane afin d’y prêcher la retraite annuelle des Pères des missions de Paksé et de Savannakhet. Les Pères gardent un souvenir reconnaissant à Mgr Ancel de sa venue parmi eux et de ses prédications. A cette retraite prenait part le P. ITÇAINA, assistant du supérieur de la Société des Missions Etrangères de Paris, qui se trouvait au Laos à faire la visite des Pères de la Société dans les missions de Savannakhet et de Paksé.
Les renforts pour la mission
Le 28 décembre marque l’heureux événement de l’ordination sacerdotale de Philippe TINH en sa paroisse natale de Siengvang. Il a fait ses études au Collège Pontifical Saint-Pie X à Dalat (Vietnam).
La fin du mois de juin nous donnait la joie d’avoir un nouveau prêtre laotien, Antoine BIENGTA. Il était ordonné à Nancy le 28 juin par Mgr Pirolley car c’est au grand séminaire de Villers-lès-Nancy qu’il faisait ses études. La joie des deux ordinations de cette année a été particulièrement ressentie par le pré-séminaire de Khammouane, car ces nouveaux prêtres sont les premiers des élèves de ce pré-séminaire qui arrivent au sacerdoce.
Le mois d’avril 1970 voit arriver à Khammouane les jeunes Pères GOURIOU et DESBOIS que la Société des Missions Etrangères de Paris avait affectés à la mission de Savannakhet ; leur présence apporta un précieux réconfort à tous les Pères de la mission.
A noter encore en ce mois d’avril l’arrivée du Cambodge des cinq petits séminaristes de la mission qui y faisaient le deuxième cycle de leurs études secondaires. La révolution et la guerre survenues au Cambodge ont amené la fermeture du petit séminaire de Phnompenh.
Les postes missionnaires
Le P. ABALLAIN, notre provicaire, s’occupe activement des transformations de la cathédrale. Il en a modifié le visage, lui donnant le profil et la silhouette d’un édifice de style thaï. Cela ne l’a pas empêché de construire, toujours en style du pays, une petite chapelle à Ban Kok Sang. Si l’église de briques a changé d’aspect, la liturgie aussi a revêtu l’homme nouveau. Il se doit de nous donner le bon exemple, puisqu’il est le responsable de la liturgie chez nous.
SAVANNAKHET
RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Administrateur apostolique Mgr ARNAUD Jean
Provicaire PP. ABALLAIN Georges
Procureur EVRARD Jean
MINISTÈRE PAROISSIAL
Catho- Adultes Catéchu-
liques Baptisés mènes
KHAMMOUANE 754 22 30 ABALLAIN Georges
Huu pr. loc.
DON DON 656 4 9 SOMMENG, pr. loc.
NAMDIK 513 4 10 LAB Hubert
SIMANG 241 4 EVRARD Jean
SIENG VANG 755 2 44 KHAMPHAN, pr. loc.
BANG HIENG 780 4 4 NÉNOT Jean-Baptiste
PONG KIOU 771 6 25 OUVRARD Joseph
DONG MAK BA 510 1 Mgr ARNAUD
MAHA PHOM 100
NAM THON 132 1 6 MONTAGNE Clément
SAVANNAKHET 830 5 DONJON Vincent
SENO 128 DEFLORENNE Guy
Chrétiens dispersés 200
6 370 53 121
MINISTÈRE EXTRA-PAROISSIAL
Professeur au petit séminaire interdiocésain de Paksane. OUTHAY, pr. loc.
Etudes à l’école de langues à Bangkok DESBOIS Pierre
Prolongation d’études en France GOURIOU Français
LE MOAL Pierre
EN France
Congé pour raison de santé MILLOT Pierre
A l’Information missionnaire COZIEN René
Retiré du ministère en France ALAZARD Prosper
PILJEAN Jean-Marie
Le P. NÉNOT est toujours vaillant au poste, à Bang Hieng, quoique plusieurs fois il ait été vraiment fatigué cette année. Malgré les événements, notre doyen fait ses visites à Dong Sok qui demeure toujours une zone peu sûre. Il a entrepris la réfection de l’école et la construction d’un beau clocher.
Le P. OUVRARD demeure stoïquement à Pong Kiou. Un moment donné, il a même dû envisager un départ, car il y avait lieu d’être inquiet. Le danger passé, il est retourné dans son poste.
Le P. EVRARD s’occupe toujours du village de Simang en même temps qu’il veille sur les destinés de la procure.
Le P. LAB, après ses trois années d’étude de langue, est devenu curé des deux chrétientés de Namdik et de Nataket. Il a mené à bien la construction de l’école de Nataket : pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Malheureusement, le P. Lab a payé un lourd tribut à la maladie : en février, il fut ramené de son village de Namdik avec une forte fièvre. Et comme celle-ci persistait après un séjour à l’hôpital de Khammouane, on l’envoya à l’hôpital de la Mission militaire de Vientiane ; il y fut transporté très affaibli, avec Sœur Lucie comme infirmière, dans un petit avion de l’aéro-club de Vientiane, loué pour cette circonstance difficile. Après trois semaines de soins dévoués en cet hôpital, le P. Lab, remis sur pied, est parti en convalescence à Dalat. L’accueil chaleureux du P. Dozance et des confrères du Vietnam lui fut un remède aussi efficace que le bon air.
Le P. MONTAGNE a été bien gêné par les événements dans ses déplacements. En novembre, après avoir laissé les paroisses de Namdik et de Nataket au P. Lab, il est allé à Namthon en vue d’une installation définitive. Hélas ! Le 6 novembre, ce fut l’attaque du poste militaire par les Pathet Lao et le bombardement par les T-28 ; le lendemain, le Père est revenu à Thakhek. Le 30 novembre, les Pathet Lao assassinaient à la mitrailleuse une infirmière anglaise et son chauffeur au km 130 (i.e. au nord de Namthon) ; puis plusieurs autres camions ont été mitraillés et les occupants tués. La route a été ainsi coupée pendant de nombreux mois, certains chauffeurs de car ne voulaient plus prendre d’Européens par crainte des Pathet. Dans le secteur des mines d’étain, en janvier, les Pathet ont chargé, baïonnettes au canon et au son du clairon, le marché de Phon Tiou. Le 20 mars 70, alors que le P. Montagne roulait en direction des mines, tout fier au volant de sa toute neuve R4, il fut dépassé par un camion citerne de gas-oil à 20 km environ de Phon Tiou. Quelques minutes plus tard, ce camion brûlait, attaqué au bazooka par les rebelles. Un car a été mitraillé au même endroit. Le Père a rebroussé chemin. Malgré tout, le travail de la mine continue et de nombreux chrétiens viennent s’embaucher à Nong Sun et Bo Neng (à 80 km au nord de Thakhek, sur la carte la petite croix à l’est de Namthon). Le Père s’occupe donc plus particulièrement de ce secteur, puisque une implantation chrétienne est en train de se faire naturellement.
A Savannakhet, l’un des grands événements fut le départ en congé du P. DONJON, après vingt ans de présence sans interruption. Nous attendons avec impatience les récits du Père et ses impressions sur la France contemporaine.
Le P. DEFLORENNE est devenu curé intérimaire. C’est pour lui une lourde charge avec le couvent des religieuses de la Charité et la paroisse de Séno à 35 km de Savannakhet. En plus, le Père visite les réfugiés sur la route de Keng Kok, au sud de Savannakhet. Heureusement, notre confrère a pu se payer une R4 neuve.
Un calme inattendu
Depuis le mois d’avril, le centre du Laos a retrouvé un calme inattendu. On pense que la guerre qui s’est allumée au Cambodge a déplacé vers les frontières de ce pays une partie des maquis stationnés dans les provinces de Khammouane et de Savannakhet. Il en est résulté que, depuis lors, les voitures particulières ont commencé à circuler sur les routes.
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