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M. LAURENT
MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE DE MALACCA
M. LAURENT Alcide-Emile, né à Bléquin (Arras, Pas-de-Calais), le 21 mai 1884. Entré minoré au séminaire des Missions-Etrangères le 15 septembre 1906. Prêtre le 27 septembre 1908. Parti pour Malacca le 2 décemhre 1908. Tué à l’ennemi, à Harbonnières (Somme), le 1er août 1916.
M. Alcide-Emile Laurent est le second missionnaire de Malacca mort au service de la France depuis le début de la guerre. Le premier, M. Nain, était infirmier militaire ; lui, était brancardier au front.
Nous ne pouvons mieux commencer sa notice biographique qu’en citant la lettre que son compatriote, M. L. Delahaye, originaire du diocèse d’Arras comme lui, missionnaire de Tokio, a eu l’amabilité de nous écrire.
« Enfants du même clocher, nous étions amis depuis les bancs de l’école ; nos mutuelles « aspirations à l’apostolat avaient encore resserré nos liens. Alcide, seul garçon dans une « nombreuse famille qui comptait 7 ou 8 filles, devint naturellement doux. L’empreinte que « par une éducation franchement religieuse, sa sainte mère appliqua sur son âme, accentua « encore cette douceur. Déjà au petit séminaire, on ne l’appelait que « sanctus ».
« Toutefois, sous ces dehors tranquilles se cachaient une âme virile et un esprit fin qui « jaillissait toujours bien à propos pour faire taire les malins. Mais la réplique était faite avec « un petit air bonhomme qui ne permettait pas de s’en froisser.
« Sa mère et son médecin s’opposèrent à son départ ad exteros, tellement il était faible. Il « ne désarma pas pour si peu. Il demanda et obtint la place de surveillant dans un orphelinat « situé à la campagne ; et l’exercice, le bon air, avec du lait substantiel le fortifièrent « suffisamment pour que le médecin retirât son veto, et Alcide prit la route de Paris.
« Je ne sais ce qu’il fut en mission, mais je ne doute pas qu’il y fut un bon missionnaire, « faisant peu de bruit et travaillant beaucoup. »
Ces derniers mots indiquent fidèlement les traits caractéristiques de cette courte carrière apostolique. M. Laurent ne faisait pas de bruit, mais il était un travailleur infatigable, un prêtre très pieux, un missionnaire plein de zèle et un charmant confrère.
Après son arrivée à Singapore, il resta plusieurs mois à l’évêché pour se familiariser quelque peu avec la langue anglaise, puis il fut envoyé à Serangong étudier le chinois et servir de vicaire à M. Saleilles dont la santé commençait à décliner.
Il avait adopté une méthode excellente pour apprendre le chinois. Elle consistait à écouter attentivement les leçons de son maître de langue, puis à faire répéter les mots par les enfants des écoles en engageant de petites conversations avec eux. De cette manière il se trouva vite en état de commencer à exercer le saint ministère.
Aussi, lorsque deux ans plus tard, la maladie força M. Saleilles à partir pour la France, M. Laurent, quoique bien jeune, pouvait le remplacer dans les deux postes de Serangong et Johore.
Il s’occupait de tous ses chrétiens avec grand dévouement, les visitant souvent et leur rendant tous les services qui étaient en son pouvoir. Mais il avait une prédilection particulière pour les enfants. C’était quelque chose de ravissant de le voir entouré de ces chers petits. La figure épanouie, les yeux fixés sur les leurs et lisant leurs impressions, il s’absorbait dans les explications qu’il tâchait de donner aussi simples que possible pour les rendre accessibles à ces jeunes âmes et les pénétrer des vérités et des obligations religieuses. A l’approche de leur première communion, tous ses instants leur étaient consacrés. La fatigue accumulée pendant ces journées laborieuses lui valait bien quelques accès de fièvre, il s’en consolait en pensant qu’il avait préparé les voies à Notre-Seigneur dans ces jeunes cœurs qui sont ses tabernacles préférés.
Quand M. Saleilles revint en 1913, il lui fut impossible de se remettre au labeur du ministère, et M. Laurent resta définitivement chargé des chrétientés où ses travaux étaient visiblement bénis de Dieu.
Il entreprit alors à Serangong la construction d’une nouvelle école de garçons nécessitée par le nombre toujours croissant des familles de la paroisse. Ses plans paraissaient plutôt ambitieux. Mais il savait qu’il pouvait compter sur l’aide de ses chrétiens. Et, effectivement, il mena à bonne fin cette grande et solide bâtisse.
Il venait à peine de la terminer qu’il dut nous quitter. Jadis réformé au Corps, il fut trouvé bon pour le service après un nouvel examen médical et s’embarqua le 25 octobre 1915. Il y avait donc à peu près huit mois qu’il avait rejoint l’armée quand il tomba au champ d’honneur. Inutile d’ajouter qu’il est sincèrement et douloureusement regretté de ses confrères et de ses chrétiens.
« Nous laissons maintenant la parole à M. L. Tournier, missionnaire du Coïmbatour, qui l’a assisté à ses derniers moments et qui a bien voulu nous transmettre les détails suivants : « Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer M. Laurent avant le jour où il a été blessé, je ne puis « donc donner aucun détail sur sa vie militaire. J’ai su par l’aumônier qu’il était au 208e, « affecté comme brancardier à une compagnie de mitrailleuses et remplissant au même temps « les fonctions d’aumônier de bataillon. Il était très zélé et très estimé des soldats. Il venait de « faire un long séjour aux tranchées avec son régiment, quand, au repos, dans un village « fréquemment bombardé par les Allemands, il fut, l’après-midi du 1er août, blessé très « grièvement aux deux jambes par un obus. L’aumônier de la Division, aussitôt prévenu, « accourut, donna au Père les derniers sacrements et reçut ses suprêmes recommandations. « Pas un instant, M. Laurent ne se fit illusion. « C’est ma mort, dit-il à l’aumônier, je le sens ! « Prenez soin de mes intentions de messes. » On le transporta à l’ambulance voisine, car on ne « pouvait songer à lui imposer un long trajet pour l’envoyer à l’arrière, et c’est là que je pus le « voir. Jusqu’à ce jour, j’ignorais même la présence d’un confrère aux environs, aussi jugez « de ma surprise émue, quand, à 7 heures du soir, le curé de la paroisse vint m’annoncer qu’un « de mes confrères se mourait à l’ambulance. J’y courus. Lorsque j’arrivai il avait toute sa « connaissance, mais c’était très faible. Je lui parlai, et il me répondit très bien. Quand ses « souffrances lui laissaient un instant de répit, il m’entretenait de sa mission. « Je rêvais du « martyre en Chine, disait-il, et voilà que ce sont les Boches qui me le font subir. » A certains, « moments, il semblait souffrir beaucoup ; ses blessures étaient affreuses : la jambe gauche « broyée, et la droite brisée à plusieurs endroits. A 9 heures du soir, le Père rendit le dernier « soupir, pendant que nous récitions les prières des agonisants.
« Je puis vous assurer que M. Laurent a fait une fin très édifiante, souriant à la mort et « offrant ses souffrances pour sa mission. M. l’Aumônier m’a assuré n’avoir jamais assisté à « une si belle mort. Le lendemain, 2 août, nous avons rendu au Père les derniers devoirs. Il « repose dans un village de la Somme, à Harbonnières, au milieu de ses camarades qu’il « aimait tant et à qui il a fait tant de bien .»
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