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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Malaisie
Mission: Malacca
Rédacteur:Mgr Leturdu

Malaisie
1875

Mgr Leturdu, obligé de quitter sa Mission, au mois de septembre, à cause du mauvais état de sa santé, entreprit le voyage de Hong-Kong pour se rétablir. C’est de là que S.G. nous a envoyé son compte rendu, nécessairement très-abrégé, vu la circonstance. Ce prélat y ajoute les quelques nouvelles suivantes : « Vous savez que la mission de Laroot est ouverte. M. Allard y est établi depuis Pâques ; il a bâti petite chapelle ; un terrain a été accordé par le gouvernement, et tout fait espérer que cette mission prospérera. A mon retour de Hong-Kong, si le bon Dieu me favorise d’une bonne santé, je compte visiter quelques points de la côte malaise, où se trouvent déjà quelques Anglais établis : je pense que, petit à petit, on pourra y ouvrir de nouveaux postes. »
Au mois d’avril dernier, Mgr Leturdu nous avait communiqué un récit très intéressant d’une course tout apostolique, faite à Jong-Selang par M.Wallays, directeur du collége de Pinang, pendant les vacances du mois de janvier. La mission de Jong-Selang dépend de Siam ; seulement, les grandes difficultés de communication qui existent avaient déterminé le Vicaire Apostolique, il y a quelques années, à prier Mgr Boucho de se charger, au moins temporairement, de cette chrétienté. Les deux derniers missionnaires de Siam qui l’ont administrée sont MM. Lequeux et Ducat. Mgr Boucho, ayant accepté la charge, envoya à Jong-Selang M. Maistre. Ce cher confrère, d’une santé d’ailleurs très robuste, y resta jusqu’à ce que la maladie qu’il y contracta et dont il est mort plus tard à Paris, l’obligeât d’en sortir. Depuis son départ, il n’a pas encore été possible de le remplacer. Aussi, le voyage de M. Wallays a-t-il été une bonne fortune pour ces pauvres chrétiens. Cette mission comprend non-seulement la grande île de Jong-Selang, divisée en 2 provinces, Paket et Selang, mais encore deux autres provinces situées sur le continent, Phanga et Kua-Thung. M. Wallays a été très-bien reçu par les deux rajahs. Celui de Selang l’a même fortement pressé de venir s’installer sur son territoire et d’y ouvrir une école. Notre confrère a d’abord visité Tong-Kak, capitale de la province de Paket, dont on estime la population chinoise à environ 70,000 individus, pour la plupart employés dans les mines. Il a célébré la sainte messe, dans cette ville, quatre jours de suite ; et tous les chrétiens, au nombre de trente environ, se sont empressés d’y assister. Là, il reçut une lettre d’un chrétien annamite de Phanga, qui le priait d’aller le voir. Il s’y rendit, à bord du petit vapeur du rajah, et découvrit encore à Phanga une dizaine de chrétiens. Faute de temps, malheureusement, il ne put confesser que l’Annamite qui l’avait appelé ; il y avait 30 ans que le pauvre homme s’était confessé, en Annam, pour la dernière fois ! (Ils sont là environ 150 Annamites, tous prisonniers de guerre et esclaves du rajah). A son retour à Tong-Kak, M. Wallays y trouva des chrétiens de Para, village de la province de Selang, qui, avertis de son arrivée, venaient aussi le chercher. Dans ce village, tout chrétien, il fut reçu comme un père au milieu de sa famille. Il y resta une quinzaine, disant la sainte messe tous les jours, sur le même autel qui servait jadis à M. Lequeux. Il y a, à Para, 39 chrétiens et assez d’enfants pour avoir une petite école. Le premier dimanche, M. Wallays administra les cérémoines du baptême à 14 enfants ; le second dimanche, il confirma sept personnes, et tous ceux qui étaient assez instruits s’approchèrent des sacrements de pénitence et d’Eucharistie. Toutes les confessions étaient de 15 et de 10 ans. En quittant Para, M. Wallays, qui pouvait encore disposer d’une semaine, alla visiter Kua-Thung. La durée de la traversée ne lui permit de rester qu’une journée à Bang-Khai, lieu de la résidence des chrétiens : il y confessa un bon vieillard de 75 ans, et suppléa les cérémonies du baptême à deux enfants. Il y a là, encore, le jardin de la vieille chappelle, le cimetière et une centaine de descendants d’anciens apostats, plus une vingtaine de ces apostats encore vivants : plusieurs allèrent voir M. Wallays. Ce cher confrère pense qu’on pourrait en ramener un certain nombre et relever la petite chapelle.
Après cette courte apparition, il se remit en route pour Para et, de là, pour Tong-Kak. Quand il fit sa visite d’adieu au rajah, celui-ci lui dit de choisir un terrain pour bâtir une église et une école, et promit de donner ce terrain.
Mgr Leturdu termine le compte rendu de l’expédition de M. Wallays, dont nous n’avons donné ici qu’un résumé, en exprimant le grand désir de ne pas abandonner la chrétienté de Jong-Selang, qui, malgré tant de causes de ruine, s’est pourtant maintenue, grâce à la foi de quelques vieux chrétiens. Nous nous associons de tout cœur à ce vœu de S.G. et nous prions Dieu de fournir, soit à Mgr le Vicaire Apostolique de Siam, soit à celui de la Malaisie, les moyens nécessaires de secourir et de développer cette mission.
Au mois de juillet, Mgr Leturdu a dû visiter lui-même la chrétienté de Jong-Selang, en compagnie de M. Wallays. Nous savons que S.G. a été, en effet, environ deux mois en tournée pastorale, sur divers points de sa Mission. Mais Elle en est revenue avec une santé si délabrée, qu’à son retour tout travail lui était impossible, et nous n’avons reçu aucune information spéciale sur cette visite.


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