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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Malaisie
Mission: Malacca

II. – Malacca

Population catholique 27.000
Baptêmes d’adultes 990
Baptêmes d’enfants de païens 599
Conversions d’hérétiques 33
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« La presqu’île de Malacca passe par une crise commerciale qui affecte, du même coup, ses deux grandes sources de prospérité: l’agriculture et l’exploitation des mines d’étain.
« Jadis, les planteurs et les jardiniers réalisaient de beaux bénéfices dans la culture du gambier, de la noix muscade, des clous de girofle, du poivre et du café, de la canne à sucre, du tapioca, etc…Maintenant, tandis que la main d’oeuvre est devenue beaucoup plus chère, la vente de ces différents produits est tombée à des prix dérisoires, à cause de leur surabondance dans d’autres contrées tropicales.
« Des vieilles cultures, il n’y a plus guère que celle des cocos qui donne encore des prix rénumérateurs, malgré les fluctuations du marché qui l’atteignent aussi. Mais il faut des capitaux assez considérables pour créer une plantation de cocotiers et pouvoir attendre six, huit, ou même dix ans avant qu’ils soient en plein rapport.
« Il y a, d’autre part, la culture relativement récente de l’arbre à caoutchouc. Mais elle n’est pas à la portée de tous et ce n’est pas l’exploitation de quelques centaines de ces arbres qui peut nourrir une famille. Il faut déboiser et planter des espaces considérables, et ce n’est qu’après quatre ou cinq ans, que l’on peut commencer à inciser les arbres et en recueillir le latex. Aussi, pratiquement, il n’y a guère que les compagnies et les gros capitalistes qui osent tenter fortune dans cette branche d’agriculture. D’ailleurs, ces plantations de caoutchouc se multiplient comme par enchantement partout où le climat leur est favorable, de sorte que beaucoup se demandent si, avant longtemps, l’offre n’excédera pas la demande et si la baisse des prix ne deviendra pas aussi fatale à ces entreprises.
« Quoiqu’il en soit, il est facile de comprendre combien les petits planteurs souffrent de cette crise de l’agriculture. Nous avons plusieurs chrétientés, composées exclusivement de familles d’agriculteurs, et c’étaient naguère les postes les plus beaux et les plus prospères de la mission. Maintenant, bon nombre de ces familles sont tombées dans la pauvreté et ont à peine de quoi se nourrir. D’autre part, pour commencer ou agrandir leurs jardins, beaucoup de ces cultivateurs avaient dû emprunter des sommes d’argent. En temps ordinaire, et avec un peu d’économie, ils seraient arrivés facilement, non seulement à payer les intérêts, mais encore à rembourser le capital. Actuellement, cela leur devient très difficile, tellement que plusieurs, incapables de satisfaire leurs créanciers, ont vu leurs jardins mis aux enchères et adjugés à vil prix. Ce sont autant de familles dans la misère.
« Tandis que l’agriculture tombait en souffrance, l’exploitation des mines d’étain était demeurée prospère jusque dans ces dernières années. Mais la crise américaine lui a été on ne peut plus fatale. Presque subitement, le prix de l’étain a baissé de plus d’un quart. Si cette baisse n’avait pas été que passagère, les mineurs en auraient souffert, mais auraient fini par triompher de la situation. Hélas! Il en fut autrement. Un grand nombre d’entre eux furent totalement ruinés, leurs mines fermées, et des milliers d’ouvriers laissés sans travail.
« Depuis deux ou trois mois, cependant, la situation semble s’améliorer. Le prix de l’étain est remonté aux environs de 70 piastres les cent livres, et les mineurs reprennent courage. Nous pouvons ainsi espérer que nos chrétientés des régions minières vont sortir de l’état de gêne par lequel elles ont passé.
« Hâtons-nous d’ajouter que notre horizon religieux est loin d’être aussi nuageux que l’horizon commercial.
« Si le nombre de nos baptêmes d’adultes a diminué quelque peu, puisqu’il n’est cette année que de 1.023, les conversions d’hérétiques, 33 pour l’exercice présent, sont plus nombreuses que d’ordinaire.
« Nous constatons avec joie que la piété et la fréquentation des sacrements se développent de plus en plus chez nos chrétiens. En 1898, on enregistrait dans toute la mission 38.732 communions de dévotion: cette année nous en comptons 108.550. Ainsi, pendant ce laps de dix années, tandis que la population catholique s’est accrue d’un tiers, de 18.000 à 27.000, les communions de dévotion ont augmenté de près des deux tiers.
« D’autre part, nos oeuvres scolaires, qui sont nos oeuvres vitales, ont suivi la même progression en triplant le nombre de leurs élèves. Il y a dix ans, nos écoles renfermaient 2.605 enfants des deux sexes, leur chiffre actuel s’élève à 6.519.
« C’est grâce aux Frères des écoles chrétiennes et aux religieuses de Saint-Maur que nous sommes arrivés à ces magnifiques résultats, et je ne saurais assez rendre hommage à leur dévouement et leur témoigner ma profonde reconnaissance.
« Les Dames de Saint-Maur sont établies dans les sept principales villes de la mission. Les Frères ont des écoles à Singapore, Penang, Malacca et Kuala-lumpur; et, quand ils auront aussi ajouté à cette liste les villes de Seremban, Taiping et Ipoh, nous pourrons affirmer que rien ne manque au grand nombre de nos enfants pour recevoir l’éducation chrétienne.
« Les cercles catholiques de Penang et de Kuala-lumpur dont j’ai parlé dans mon dernier compte rendu, sont venus s’ajouter à celui de Singapore, et ont été inaugurés dans le courant de cette année. Il nous reste à consolider et à compléter ces trois établissements, à étendre leur champ d’action et à établir entre eux une sorte de fédération, pour qu’ils puissent devenir vraiment des oeuvres de éservation et de progrès social.
« A Singapore, les Chinois vont enfin avoir une seconde église, l’église du Sacré-Coeur. Elle était désirée et même en projet depuis bien des années. Aujourd’hui elle est presque une réalité complète puisque la maçonnerie est achevée et qu’il ne reste plus qu’à poser le toit de la nef et la flèche du clocher. Ce sera une église belle, grande et solidement bâtie. Il est regrettable que nous ayons été obligés de la construire sur un emplacement assez étroit. Il a fallu s’en contenter, car les terrains coûtent cher à Singapore. M. Gazeau se dévoue corps et âme à cette fondation. Je ne sais trop comment il est arrivé à recueillir les fonds nécessaires. Mais personne n’ignore qu’il a plus d’une corde à son are. Notre cher confrère trouvera le moyen d’achever son oeuvre.
La « mission des sauvages, dans les Negri-sembilan, a fait une perte irréparable par la mort du catéchiste Casimir : « Ce que je redoutais depuis quelque temps, écrit M. Fourgs, c’est « arrivé : le bon Casimir n’est plus. Il souffrait d’une maladie de poitrine et depuis deux mois « il baissait à vue d’oeil. Maintenant il ne nous reste plus qu’à prier pour ce bon et fidèle « serviteur qui fut pour moi un aide si précieux, et pour les sauvages un ami si bon, un soutien « si désintéressé. Comme ces pauvres sauvages, je fais une perte douloureuse. La mort de ce « catéchiste fait un grand vide qu’il sera difficile pour ne pas dire impossible de combler. J’ai « bien un homme pour le remplacer. Il a bonne volonté, mais il ne pourra jamais faire tout le « travail de Casimir. C’est d’autant plus regrettable pour les sauvages que j’ai moins de loisirs « pour aller les voir et m’occuper d’eux comme je le voudrais jusqu’au retour de M. Nain. »
« Pour Kuala-lumpur, cette année a été, par excellence, l’année des inaugurations.
« J’ai déjà mentionné l’ouverture du cercle catholique au mois d’aôut. A la même époque, a eu lieu l’inauguration officielle de la nouvelle école des Frères, un beau et grand bâtiment à deux étages, pouvant contenir plus de cinq cents élèves. Cette inauguration a été faite très solennellement par le Gouverneur lui-même, en présence du Résident général des Etats fédérés et des Résidents de Penang et Taiping, venus à Kuala-lumpur à l’occasion de l’exposition d’agriculture qui se tenait dans cette ville. Enfin, quelques mois plus tard, avait lieu la bénédiction de la nouvelle chapelle de Saint-Joseph, bâtie par M. Renard au Central Workshops.
« D’autre part, un grand pas a été fait en vue de l’établissement d’une église séparée pour les Indiens de Kuala-lumpur. La grosse difficulté du début était de se procurer un emplacement convenable. Elle n’existe plus: et le terrain est acquis. Mais il reste à trouver les ressources nécessaires pour les constructions; or, avec les Indiens, c’est une affaire difficile et compliquée. J’espère cependant qu’à force d’énergie et de patience, MM. Renard et Louis Duvelle parviendront à surmonter ce dernier obstacle.
« A la paroisse chinoise de la même ville, M. Terrien a la joie d’enregistrer, chaque année, un nombre consolant de conversions de païens. Au cours du présent exercice il en a en 73. C’est la plus belle gerbe de la mission, après Singapore, qui en a compté 80.
« Dans l’État de Pérak, j’ai eu le plaisir de bénir la jolie petite chapelle du nouveau poste de Kampar, bâtie par M. Chevauché. Elle est admirablement située sur un mamelon qui domine la ville. Elle servira de lieu de réunion pour les chrétiens chinois et indiens disséminés dans toute cette région minière. Ce n’est pas chose facile d’atteindre ces brebis perdues. Mais MM. Chevauché et Sausseau tâcheront d’y parvenir avec l’aide de catéchistes actifs et intelligents.
« M. Chevauché a aussi obtenu un petit terrain à Pusing pour y construire une maison de doctrine et en faire un nouveau centre d’évangélisation. Ces deux nouvelles stations sont des annexes de Batu-Gaja, un des postes où les communions de dévotion se sont les plus multipliées. Cette année, elles ont dépassé de 800 celles de l’année précédente.
« Les écoles anglo-tamoules ouvertes récemment par M. Auvé à Parit-berntar, et à Nibong-tebal, comptent 255 élèves, chrétiens et païens. Leur installation lui a coûté beaucoup de soucis; mais s’il réussit à les maintenir, elles seront certainement, comme il le dit lui-même, l’un des moyens le plus efficaces pour contrebalancer la propagande protestante dans cette région.
« Au mois de septembre de cette année, ont eu lieu, à Penang, les noces d’argent de prêtrise de M. Meneuvrier, vicaire général du diocèse de Malacca. Toute la paroisse de l’Assomption s’est mise en fête, pendant plusieurs jours, pour célébrer ce jubilé avec tout l’éclat possible. Grand’messe en musique, compliments, cadeaux de fête, concerts, petites pièces théâtrales, illuminations …, rien n’a été omis par les paroissiens pour témoigner à leur pasteur leur vénération, leir attachement et leur reconnaissance. D’autre part, la grande majorité des missionnaires, réunis à Penang pour la retraite annuelle, formaient une belle couronne autour de leur confrère.
« Qu’il me soit permis, une fois de plus, de me faire l’écho de tous en redisant au cher jubilaire: Ad multos annos !
« Parmi les nouveaux néophytes de la paroisse chinoise de Notre-Dame des Sept-Douleurs à Penang, il convient de signaler quatre jeunes gens récemment sortis, ou sur le point de sortir de l’école des Frères de cette ville. Ils comptaient parmi les plus intelligents de leur classe, puisque deux d’entre eux ont gagné le « Queen’s scolarship ». Ils se sont convertis, après mûre réflexion, et malgré l’opposition de leur parenté. Plusieurs autres élèves de la même institution demandent également le baptême, depuis plus de six mois, et M. Letessier le leur accordera prochainement. Ces jeunes gens appartiennent à de bonnes familles chinoises de Penang. Si leur nombre s’augmente encore, et s’ils restent bien fidèles aux pratiques de la foi chrétienne, leur exemple pourra exercer une influence salutaire sur leurs parents et leurs amis.
« Terminons ce compte rendu en disant que nous avons enfin pris pied sur la côte est de la presqu’île, dans l’État de Pahang, à Kuantan, petite ville au bod de la mer, et à Belat, localité située à une trentaine de milles, dans l’intérieur. Grâce au dévouement de M. Henri Duvelle, qui a visité plusieurs fois ce district, nous avons pu acquérir des terrains dans ces deux endroits. A Belat, il y a même une petite chapelle pour les trente ou quarante chrétiens chinois des environs. A Kuantan, il n’y a encore qu’un tout petit pied-à-terre. Mais ce sont des pierres d’attente pour l’avenir; et, si Kuantan, en particulier, acquiert l’importance qu’on se plaît à lui prédire, nous ne serons pas pris au dépourvu. »



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