| Année: |
1919 |
| Pays: |
Malaisie |
| Mission: |
Malacca |
| Rédacteur: | Mgr Mariette |
II. — Malacca
Population catholique 38.205
Baptêmes d’adultes 1.407
Baptêmes d’enfants de païens 902
Conversions d’hérétiques 23
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La grande guerre ayant pris fin, écrit M. Mariette, Vicaire général, Mgr de Malacca toujours souffrant, se rangeait à l’avis des docteurs et s’embarquait en juin pour l’Europe ; aussitôt après son débarquement à Marseille, il partait pour Montbeton. Les nouvelles reçues du Sanatorium sont bonnes et nous font espérer le rétablissement complet de Sa Grandeur.
En l’absence du chef de la Mission, j’ai de nouveau à vous envoyer le compte rendu de l’Exercice 1918-1919.
Malgré le nombre réduit des missionnaires, malgré la maladie de quelques-uns d’entre eux, les résultats sont assez satisfaisants et nous avons lieu d’en rendre grâce au bon Dieu. Vous remarquerez que, ces deux dernières années, le nombre de la population catholique poursuit une marche ascendante, passant de 35.298 en 1916, à 36.470 l’année suivante, puis à 37.820 en 1918. Cette année nous comptons 38.205 catholiques. Cet accroissement est dû partie aux baptêmes, partie à l’émigration, et je crois que le chiffre de 38.000 serait de beaucoup dépassé si les missionnaires plus nombreux pouvaient arriver à connaître et à atteindre toute la population plus ou moins flottante des coolies chinois et indiens engagés dans les mines d’étain et dans les plantations de caoutchouc.
L’année dernière, la grippe a régné en Malaisie comme ailleurs et fait de nombreuses victimes, tel missionnaire a enterré 70 à 80 de ses chrétiens dans l’espace de deux mois. Le surcroît de travail occasionné par le fléau a mis plusieurs confrères « sur la liste des malades », comme disent nos amis les Anglais. M. Gazeau et Baloche à Singapore ; à Ipoh, M. Sausseau et à Batugajah M. Maury, ont été sérieusement atteints. Tous, Dieu merci, ce sont rétablis assez vite, non sans nous avoir donnés M. Maury, surtout, de sérieuses inquiétudes.
C’est encore cette méchante grippe qui, en quelques jours, enlevait en France M. Chevauché, nouvellement démobilisé, au moment où il se préparait à revenir en Mission. Sa mort porte à neuf, le nombre de nos pertes en Malaisie depuis le commencement de la guerre. M. Cheveauché, très bon ouvrier apostolique, disparaît au moment où il aurait pu rendre les plus grands services.
Au mois de juillet, M. Tour, de retour de Nilgiris, faisait l’essai de ses forces à peine recouvrées, en nous prêchant une excellente retraite à Pinang. Tous les retraitants ont fort goûté les instructions on ne peut plus pratiques et les conseils fraternels du zélé prédicateur.
En juillet également, avait lieu la bénédiction d’une jolie petite église à Gopeng. Le nouveau sanctuaire a été bâti par M. Maury, curé de Batugajah, et dédié à Saint Louis de France. Une délicate attention du constructeur avait retardé la cérémonie pour permettre au Vicaire général, ancien missionnaire de Batugajah et de Gopeng, de venir la présider. La petite basilique a été élevée en grande partie, aux frais de la Compagnie minière française de Tekkha et de son Directeur. Dieu bénisse ces bons Français et bons catholiques.
Trois confrères, MM.. Burghoffer, Cardon et Fourgs, un Alsacien redevenu Français et deux démobilisés sont rentrés en mission. Il serait difficile de dire où se trouvait la plus grande joie, chez ceux qui revenaient d’exil ou chez nous, qui les retrouvions après une si longue absence. Avec quelle impatience nous attendons les six autres !
L’année civile a été marquée par des événements peu ordinaires : armistice, centenaire de Singapore, signature de la paix et émeutes anti-japonaises.
Le centenaire de la fondation de Singapore fut dignement célébré, mais c’est à l’occasion de l’armistice et de la signature de la paix qu’eurent lieu partout des fêtes inoubliables. Nos amis les alliés firent grand et bien, et les indigènes montrèrent même joie, même enthousiasme. Naturellement les missionnaires français et leurs chrétiens ne furent pas les derniers à manifester leur joie par des sonneries prolongées des cloches, des décorations et des saluts d’actions de grâces auxquels assistèrent ou se firent représenter les autorités civiles et militaires.
Nous assistons depuis plusieurs années déjà, à une véritable invasion des Japonais en Malaisie, et ce mouvement va toujours s’accentuant. On les voit partout. Ils achètent maisons et terrains, sont colporteurs, dentistes, marchands, planteurs, pêcheurs, au grand mécontentement des Chinois arrivés les premiers. Aussi ne fut-il pas difficile à quelques meneurs d’exciter les Célestes contre les citoyens de l’Empire du Soleil levant. Un beau matin, nos Chinois se levèrent comme un seul homme et se mirent à jeter à la rue et à briser tous les articles de fabrication japonaise : pendules, meubles, vaisselles, rikshas. Mais la police mit promptement fin à l’émeute et, au bout de quelques jours, les japonais recommencèrent à ouvrir leurs magasins. Cette manifestation montre les sentiments de « Joh » le céleste, pour son voisin le « Jap », devenu son concurrent en attendant qu’il devienne son maître.
Je ne sache pas que nos chrétiens chinois aient pris part à l’émeute, toutefois, je n’oserais affirmer, que leurs sentiments diffèrent de ceux des émeutiers, et qu’ils aient désapprouvé ces derniers.
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