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Rapport annuel des évêques

Année: 1969
Pays: Taiwan
Mission: FORMOSE
Rédacteur:Mgr BOSCHET

RÉGION DE FORMOSE


Regard sur la situation à Taïwan


Les livres abondent sur « la Chine de Mao », les uns pour l’exalter, les autres pour la dénigrer. Cette « Chine Populaire » célébrera en octobre prochain son 20e anniversaire. Mais il existe l’autre Chine, celle de Taïwan, ou si l’on veut, celle de Kiang Kai-chek, de son nom officiel la « République de Chine », celle dont on parle beaucoup moins et qui est même pour beaucoup d’Européens une terre inconnue. Elle aussi date de vingt ans, en ce sens qu’elle est installée depuis vingt ans dans cette île de beauté, située entre la Mer de Chine et le Pacifique, devenue non seulement le principal bastion anti-communiste en cette contrée d’Asie, mais un Etat fort de ses 14 millions d’habitants, reconnu par une cinquantaine de pays d’Amérique et d’Afrique, représentés auprès du gouvernement de Taipei, celui qu’on appelle d’ordinaire « la Chine nationaliste », et aussi « la Chine Libre ».


Le développement

Pour ces pays du Tiers-Monde, cette Chine des bords du Pacifique est un modèle à suivre, un exemple typique de reconstruction d’une contrée sous-développée, parvenue en l’espace de vingt ans au stade de pays en plein essor dans tous les domaines d’ordre matériel : agricole, industriel, économique, commercial. A l’heure actuelle, vingt-deux pays africains et Madagascar ont fait appel à des groupes d’experts agricoles pour le développement de leur agriculture, la mise en œuvre de nouvelles cultures, et spécialement celle du riz en laquelle les Chinois sont passés maîtres. Quant à la réforme agraire, accomplie depuis plusieurs années sur tout le territoire de l’île, elle fut faite sans heurt avec un plein succès qui frappa le Shah d’Iran. Celui-ci s’en inspira pour la réalisation de sa fameuse révolution agraire.

A quoi est dû cet immense et continu développement dont notre île fut le théâtre depuis les années 50 ? Sans doute, durant les premières années de la Chine Libre, l’aide américaine fut d’une importance décisive, comme le fut l’aide du plan Marshall à nos pays d’Europe après la guerre, mais sur le plan économique, cette aide a cessé depuis quelques années. Un autre facteur puissant du développement dans les divers domaines fut, sans contredit, la stabilité politique et sociale dont notre île fut favorisée d’une manière exceptionnelle durant ces vingt dernières années. Dans ce climat de paix, de liberté, de sécurité, la population de Taïwan a fait preuve de ce dynamisme, de ce savoir-faire qu’ont manifestés en tant de lieux les représentants de la race chinoise.


Le domaine politique

Si on aborde le domaine politique, est-il permis d’espérer que Taïwan jouira encore longtemps de l’actuelle situation privilégiée ? On ne peut nier l’existence d’aléas inquiétants. L’avenir de cette île dépendra vraisemblablement moins d’elle-même que de la volonté d’autres puissances. Verrons-nous quelque jour l’adoption de la thèse des deux Chines ? Utopie, disent les uns. Réalisation du désir inavoué d’un grand nombre de Formosans, disent les autres. Ou bien, par l’effet de quelque compromis spécifiquement chinois, ou d’un changement de décor dans le personnel politique des deux camps, assisterons-nous dans les années à venir, à l’union des sœurs ennemies ?

Quoi qu’il en soit de ces pronostics à tendance optimiste ou d’allure quelque peu pessimiste, il est réconfortant de voir un peuple entier au travail pour le développement intense de son industrialisation, pour le progrès de l’urbanisation, pour le défrichage de nouvelles terres et l’aménagement de l’irrigation, pour le tracé de nouvelles routes, pour l’électrification entière du territoire, pour l’extension du tourisme devenu, ces dernières années, une importante source de revenus.


L’éducation

Ce n’est pas seulement sur le plan matériel que l’île de Taïwan offre le spectacle d’un pays en plein essor, sous un régime autoritaire sans doute, mais respectueux des libertés essentielles dues à la personne humaine. Sur le plan éducatif, ou pour employer un mot peut-être plus adéquat, sur le plan de l’instruction publique, depuis son établissement à Taïwan, le gouvernement de la « Chine Libre » n’a cessé de promouvoir l’enseignement à tous les degrés. D’année en année, de nouveaux bâtiments scolaires ont surgi de terre, aussi bien dans les villes que dans les villages les plus reculés. Pour s’en convaincre, il suffira de citer les statistiques suivantes fournies dans le rapport du Ministre de l’Education, daté de juin 1969 :


1949 1969
ENSEIGNEMENT ECOLES ELÈVES ECOLES ELÈVES
Primaire …………………………... 1 130 82 300 2 244 2 383 204
Secondaire ………………………... 346 67 036 1 467 921 166
Professionnel …………………….. 76 ? 134 150 130
Collèges, Universités …………….. 4 2 983 85 161 200


Comme le fait remarquer le Ministre de l’Education dans le rapport cité, pour faire face aux urgents besoins du pays qui vient de faire son entrée dans l’ère industrielle, les principaux efforts d’adaptation scolaire seront portés sur la multiplication des écoles techniques dont le nombre est encore nettement insuffisant.


Problèmes sociaux

Face à ce problème de scolarité intense, de même qu’en beaucoup d’autres contrées, le problème de l’emploi ne manquera pas de se poser pour des milliers de diplômés des Collèges et Universités. On peut espérer qu’il sera résolu au fur et à mesure des besoins toujours grandissants de l’expansion économique.

Le planning familial. C’est semble-t-il, pour parer à cet inquiétant problème de l’emploi que les sphères officielles mènent une active campagne pour la diminution des naissances. Au rythme du taux des naissances, soit environ 350 000 par année, on a calculé qu’il atteindrait le chiffre de 520 000 en 1979. Les résultats escomptés après une campagne de plusieurs années sont, pour la thèse officielle, nettement insuffisants. Avant cette campagne, le taux des naissances était de 3,2 %o par an. Il est actuellement réduit à 2,7 %, et le plan est de le ramener à 2 %.

On peut aisément supposer les méfaits produits sur la moralité publique par cette propagande au grand jour en faveur de la limitation des naissances. La contraception n’est plus un sujet tabou : journaux, revues, radio, télévision, tout est mis en œuvre pour le succès de son emploi. Des équipes médicales ambulantes parcourent les villages, des salles spéciales dans les hôpitaux sont aménagées en cliniques pour l’application de la méthode généralement préconisée, celle du stérilet. D’après une enquête officielle, au début de l’année 69, 32 % des femmes de 20 à 44 ans suivaient cette méthode. Depuis cette date, cette moyenne est vraisemblablement largement dépassée.


Le réveil des religions traditionnelles


Une autre constatation s’impose à nos missionnaires : alors que les jeunes semblent de plus en plus attirés par les sciences et la technique et subir la forte influence d’un matérialisme dégagé de toute croyance, les deux anciennes religions traditionnelles chinoises, le bouddhisme et le taoïsme se réveillent de leur torpeur et, du moins dans les couches populaires, manifestent depuis quelques années une nouvelle vitalité. Durant les 50 ans d’occupation japonaise, elles avaient été peu à peu mises en veilleuse, par suite de l’implantation officielle du shintoïsme dont les temples se rencontraient partout. Celui-ci disparu, les deux religions millénaires du peuple chinois ont regagné le terrain perdu. Au cours de la dernière décennie, on ne compte plus les nouveaux temples bâtis, tant dans les villes que dans les bourgades. A ce propos, il ne paraît pas téméraire d’avancer que l’érection par centaines d’églises des diverses confessions chrétiennes sur tous les points du territoire fut pour les fidèles bouddhistes et taoïstes un sujet d’émulation. Les statistiques donnent pour toute l’île un total de 600 temples d’obédience purement bouddhique, et 2 000 temples où l’on rencontre le plus souvent des éléments bouddhiques et taoïstes, mêlés d’un résidu de superstitions séculaires. Certains de ces édifices, surtout les plus récents, sont des produits remarquables de l’architecture chinoise, construits à grands frais avec les généreuses offrandes du peuple. Le plus somptueux, un temple taoïste, inauguré l’an dernier dans un faubourg de Taipei, a coûté 8 millions de dollars de Taïwan, soit 200 000 $ U.S.

Le renouveau qui s’est manifesté dans le bouddhisme mérite surtout d’être signalé. Un « séminaire » fut fondé en 1965 à Kaohsiung, la grande cité du sud. Il compte à l’heure actuelle 80 élèves. Les 20 premiers gradués en sont sortis récemment avec un diplôme de bachelier en religion bouddhique. Deux d’entre eux sont allés poursuivre leurs études au Japon, tandis que les autres ont été envoyés à travers l’île pour propager la doctrine du Sage. Autre fait récent et bien significatif : 336 nonnes et 91 moines prirent part à une solennelle cérémonie d’initiation bouddhique, la première de ce genre à Taïwan. D’après les chiffres donnés par le Bureau des Religions, l’île compte 2 000 nonnes et 1 200 moines admis en religion après un stage de noviciat.

Comme autre religion non chrétienne comptant des adeptes à Taïwan, il convient de signaler aussi l’islamisme, dont les mosquées se rencontrent en plusieurs villes importantes telles que Taipei, Kaohsiung, Taichung, Chungli. Parmi ces musulmans, quelque 20 000 sont les descendants de ceux qui vinrent à Taïwan, il y a 300 ans, avec le fameux patriote Koxinga qui mit fin à l’occupation hollandaise dans l’île. D’autres sont originaires de diverses provinces, et surtout du Sinkiang. La communauté, numériquement faible, reste très attachée à sa foi. Chaque année, elle envoie une délégation à la Mecque et maintient des relations fraternelles avec maints pays musulmans. Dans les années récentes, des pèlerins de dix de ces pays sont venus prier dans la mosquée de Taipei. Celle-ci est d’ailleurs un des plus beaux monuments religieux qui soient à Taïwan. Elle fut construite pour le prix de 150 000 $ US., grâce aux dons de deux illustres hôtes du gouvernement, le Shah d’Iran et le roi Hussein de Jordanie. Le large vaisseau peut recevoir un millier d’assistants, hommes seulement, car une salle séparée est réservée aux femmes qui viennent y prier chaque vendredi.

Quant au protestantisme, il est présent à Taïwan, sous toutes ses formes, ses dénominations dont le nombre, variable à chaque année, atteint au moins la soixantaine. L’établissement de la première communauté, celle des Presbytériens, date de plus d’un siècle. Elle reste de beaucoup la plus importante en nombre et en influence. Pas une ville, un village quelque peu populeux où cette Eglise, très bien organisée, ne soit implantée. Pour ne citer que notre région de Hua-lien, on compte une dizaine de dénominations, y compris Adventistes, Mormons, Témoins de Jéhovah, dont les activités sont loin d’être favorables aux catholiques et aux protestants authentiques. Totalement réfractaires à l’esprit œcuméniques, certains d’entre eux font circuler des tracts et des livrets qui mettent en cause l’Eglise catholique, qu’ils présentent comme menacée dans son unité et ses institutions par les contestations qui s’élèvent de tous côtés dans son sein.

Par contre, nous sommes heureux d’être les témoins d’un rapprochement grandissant avec nos frères dans le Christ, les Presbytériens. Compréhension, collaboration en divers domaines, rencontres fraternelles, tels sont les mots d’ordre qui inspirent désormais nos relations. Au début de la présente année, lors d’une réunion mensuelle des confrères à la maison régionale, nous eûmes la joie d’entendre une conférence d’esprit profondément œcuménique donnée par le pasteur Kao, directeur de l’école des catéchistes de Hualien. Quelques mois auparavant, un de nos confrères, le P. Poupon, avait fait un exposé sur certains points de la doctrine catholique, à la demande du même pasteur, devant les élèves de l’école. Autre fait digne d’être signalé : une quinzaine de ces élèves demandèrent à participer aux cérémonies de la Semaine Sainte à l’église du Sacré-Cœur de Hualien.

Dans le domaine des activités sociales, et principalement celles du Crédit-Union dirigées par le P. Poinsot, la collaboration de nos amis protestants existe déjà depuis de longs mois, non seulement lors des réunions de groupe, mais dans la plupart des districts où fonctionne cet organisme.


L’Eglise de Hualien


Sur les 21 préfectures civiles que compte la « province » de Taïwan, deux forment le diocèse de Hualien : la préfecture du même nom, au nord, et celle de Taitung, au sud, cette dernière un peu moins étendue et moins populeuse. Celle de Hualien a une superficie de 4 630 km2 avec une population de 318 350 habitants, et celle de Taitung une superficie de 3 513 km2 avec 276 512 habitants. Comme le dernier recensement date de quelques mois, on peut évaluer à 595 000 âmes le chiffre total de la population du diocèse.

Comme il a été dit dans les comptes rendus précédents, la préfecture civile de Taitung fut confiée à l’Institut des missionnaires de Béthléem, c’est-à-dire depuis fin 1953. Au cours de ces dix-huit années, le milieu évangélisé est sensiblement identique dans les deux parties du diocèse, aussi bien que les méthodes d’apostolat et, à peu de choses près, les résultats obtenus. Les efforts se sont portés, d’abord et avant tout, sur l’évangélisation des populations aborigènes, de beaucoup les mieux disposées à accueillir le message de salut. C’est parmi elles que, pendant une bonne dizaine d’années, s’est accompli ce qu’on a appelé, non sans raison, « le miracle de Formose ». Période d’exceptionnelle expansion, durant laquelle plusieurs milliers de ces aborigènes entrèrent chaque année dans le giron de l’Eglise, soit une importante majorité d’entre eux. Sur les 58 259 baptisés que déclare l’état du diocèse au 30 juin 1969, on peut estimer à 50 000 ceux qui ne sont pas de race chinoise. Les autres, Chinois émigrés du continent, et un faible contingent de Formosans, forment le gros des paroisses citadines, telles que Hualien, Taitung, Yu Li...


Evangélisation des Formosans

Comme l’a dit le chef du diocèse, dans ses récentes directives, actuellement « le plus grand de nos problèmes réside dans la conversion des Formosans ». Ceux-ci comprennent au moins 80 % de la population de notre territoire. Ce qui était presque exclusivement « la Mission des aborigènes » doit résolument se dilater à la mesure de cet immense bloc inentamé de près de 500 000 âmes. Pour le diocèse, une deuxième étape va s’ouvrir.

Une première nécessité s’impose : établir des centres en milieu formosan, avec des missionnaires et des catéchistes connaissant le dialecte taïwanais, les croyances, les coutumes, les rites de ce peuple insulaire très attaché à ses traditions. Sans aucun doute, cette nouvelle orientation de nos activités apostoliques exigera des années de labeur, une longue préparation des ouvriers destinés à cette tâche. En effet, ce n’est plus à des gens simples et sans culture qu’ils auront affaire, mais à un peuple de culture multimillénaire, en pleine voie de modernisation dans tous les domaines, vivant dans une ambiance générale très matérialiste, en dépit des innombrables manifestations périodiques en l’honneur des illustres personnages de l’antiquité, promus à l’état de divinités tutélaires, dont les images et statues remplissent les temples et pagodes. Il est juste cependant de noter qu’on y rencontre aussi souvent l’image de « T’ien Kung » invoqué par beaucoup comme la divinité suprême.

Le travail d’évangélisation auprès de ceux que nous appelons les Formosans sera rendu plus ardu du fait que, si l’on en croit éducateurs et journaux, la moralité publique subit un fléchissement grandissant, surtout parmi la jeunesse. N’est-ce pas d’ailleurs un phénomène mondial ? La jeunesse délinquante : sujet de plus en plus en vedette dans la presse, et on a dû établir en maints endroits des colonies de redressement pour ces jeunes, dont un grand nombre sont des mineurs. Sans crainte d’erreur, il est permis d’avancer que le cinéma a sa large part dans l’abaissement des mœurs. Ces dernières années, l’industrie du film a pris des proportions énormes ; on produit 180 films par an dans les studios de Taïwan, dont 80 en langue mandarine et une centaine en dialecte d’Amoy. De plus, très nombreux sont les films importés de l’étranger et surtout de Hongkong, du Japon et d’Amérique. On dénombre plus de 700 salles disséminées à travers l’île et, dans les agglomérations importantes, on donne habituellement cinq à six séances par jour. C’est ainsi que notre ville de Hualien possède sept salles de projection de 800 à 1 000 places chacune. Voilà pour la quantité. Quant à la qualité et à la moralité de cette immense production, on devine aisément qu’elles font trop souvent défaut.


Emigration

Un autre fait d’ordre sociologique qui affecte spécialement nos chrétiens aborigènes, c’est le phénomène de l’émigration vers les villes. L’état du diocèse au 30 juin 1969 donne le chiffre impressionnant de 1 011 émigrés pour le présent exercice, dont plus de 600 concernent les districts de notre secteur de Hualien. En plus des familles qui vont s’installer dans les grandes villes de la côte ouest où hommes et femmes trouvent aisément un emploi, beaucoup de nos jeunes, garçons et filles, gagnent les centres industriels pour travailler un certain temps dans les usines ou les manufactures de textile. La plupart de ces jeunes reviennent au village pour se marier et y résider, mais leur séjour au loin a le plus souvent une influence déplorable sur leur foi et leur comportement religieux. Pour remédier à ce grave danger, un plan est élaboré par le chef du diocèse : établir, au moins à Taipei, le grand centre d’émigration, un lieu de rassemblement, une permanence, pour nos chrétiens aborigènes, où un missionnaire de chez nous les accueillerait et leur dispenserait les sacrements : un aumônier sur place, tel serait l’idéal. En attendant, pour ne pas les délaisser complètement, un de nos confrères se rend une fois ou deux au cours de l’année sur les lieux où se trouvent de nombreux chrétiens de nos villages amitsu et les réunit pour la messe du soir, dans une salle d’emprunt ou une église du voisinage.


Un ralentissement

Pour donner une idée exacte de la situation de nos chrétientés, telle qu’elle se présente en cette année 1969, on ne peut passer sous silence une constatation faite par l’ensemble des missionnaires : c’est le ralentissement et, même en certains secteurs, l’arrêt de la marche en avant. En fait foi, le nombre très diminué des baptêmes d’adultes, 610, alors que l’exercice 1966-1967, le dernier établi officiellement, indiquait le chiffre de 1 661 baptêmes. Et, « cuique suum », il convient de noter que le plus grand nombre des 610 baptêmes revient à nos confrères de Taitung.

Constatation pénible pour les missionnaires de Taïwan, tant pour le recrutement de nouveaux chrétiens que pour la pratique religieuse, le même fléchissement est remarqué dans les sept diocèses.


Une action concertée

Pour faire face aux multiples problèmes posés par la situation présente du diocèse de Hualien, il est évident que s’impose une action concertée des 70 missionnaires en union étroite avec le chef du diocèse, dans un esprit de collaboration et de co-responsabilité dans tous les domaines qui concernent l’apostolat. En un mot, nous avons besoin d’une pastorale d’ensemble à la mesure du diocèse. Il faut reconnaître que nous en sommes encore loin. Sans doute, des œuvres essentielles comme le petit séminaire, l’école des catéchistes, la Congrégation des sœurs indigènes, fonctionnent sur le plan diocésain depuis leur formation, mais pour le travail d’évangélisation, le secteur de Hualien et celui de Taitung se sont, pour ainsi dire, ignorés jusqu’à maintenant.

Désormais, les grandes décisions concernant le diocèse seront soumises au Conseil presbytéral. Celui-ci fut établi en 1967, mais, par suite de l’absence de l’évêque et d’autres circonstances, il ne fut convoqué qu’une fois. Il était alors constitué de 12 membres, dont 4 m.e.p., 4 Pères de Béthléem, 1 Chanoine du Gd-St-Bernard, et 3 prêtres chinois. Expérience faite, Mgr Vérineux a cru bon de doubler le nombre de ses membres, dont les anciens furent maintenus et les autres élus par les missionnaires. Sa composition est la suivante : 9 confrères m.e.p., 9 Pères de Taitung, 3 Chanoines du Gd-St-Bernard, et 3 prêtres chinois. Il fut convoqué à l’évêché de Hualien le 28 mai, et il fut alors décidé que le Conseil se réunirait deux fois par an. La prochaine rencontre aura lieu avant Noël et, cette fois, à la maison régionale de Taitung. Parmi les questions à l’ordre du jour pour la réunion du 28 mai, furent discutées : la collaboration entre missionnaires et évêque, les relations à développer entre le clergé de Hualien et celui de Taitung, l’émigration des jeunes travailleurs vers les villes. En ce qui concerne le plan social, il fut décidé que notre confrère, le P. Corboz, était responsable, pour tout le territoire, de l’organisme « Caritas internationalis » nouvellement établi dans les sept diocèses de Taïwan. Quant au « Service audio-visuel », il a été confié à notre confrère, le P. Brunet. Nos confrères de Taitung ont accepté de participer aux frais des émissions radiophoniques qui fonctionnent depuis plusieurs mois dans notre région. Dès 1968, le P. Brunet avait été chargé d’organiser ce service et, chaque matin, un des postes d’émission de Hualien diffuse pendant une demi-heure un programme d’inspiration catholique, tantôt en mandarin, tantôt en dialecte formosan. Au moment où s’achève le présent exercice, il s’est mis en relation avec un deuxième poste d’émission qui accepte volontiers, moyennant rétribution assez réduite, de diffuser un programme entièrement en langue mandarine, chaque jour de 9 h 1/2 à 10 h, alors que l’autre poste émettra de 6 h 1/2 à 7 h uniquement en dialecte taïwanais. Ainsi donc, grâce au dévouement et au savoir-faire du P. Brunet, des milliers d’auditeurs seront en contact avec l’Eglise catholique. N’est-ce pas là une excellente manière d’élargir notre champ d’action et de réaliser les consignes de « nouvelle orientation » données par le chef du diocèse, ce qu’il a appelé en style imagé « le coup de barre » qui nous rapprochera peu à peu de cette masse qui n’a pas encore reçu la Bonne Nouvelle ?


La communauté M.E.P. à Hualien

Au service du diocèse

Les membres de la Communauté. Au 30 juin 1969, la région de Hualien comprenait 28 confrères m.e.p., y compris Mgr VÉRINEUX, chef du diocèse, en qualité d’administrateur, car il garde toujours sous titre d’évêque de Yingkow en Mandchourie, depuis son sacre en 1949. A cette date du 30 juin, tous les confrères étaient au travail en district, sauf les PP. POUPON, LE CORRE, PECKELS et MAUGER partis en congé régulier.
C’est à cette date, immédiatement après leur retour au centre, une fois leurs années d’études de langue achevées, que quatre confrères reçurent leur destination.

Le P. LESPADE, qui s’était initié au dialecte formosan chez les Pères de Maryknoll, à Taichun, a été chargé de l’évangélisation des Formosans en ville de Hualien ; il est installé dans une avenante petite maison louée pour le diocèse, en attendant qu’un centre, plus fonctionnel et plus éloigné de la paroisse voisine du Sacré-Cœur, soit établi dans un quartier où la population serait entièrement formosane, alors que celui qu’il habite compte un grand nombre de Chinois émigrés du continent, ne parlant que le mandarin.

Le P. André CUERQ, venu de Birmanie, comme le P. Lespade, et comme lui destiné au service des Formosans, a été envoyé à Fuli, centre du district dirigé pendant de longues années par le P. Le Corre. C’est une importante bourgade dont la population est entièrement taïwanaise.

Le P. REDOUTEY, après deux ans d’étude du mandarin à l’Institut de langues à Sinchu, a reçu sa destination comme socius du P. Gérard Cuerq à Fengpin, sur la côte, le long de laquelle s’échelonnent une bonne douzaine de postes amitsu, avec un total de 2 340 baptisés. Dès maintenant, il aura l’occasion d’exercer son chinois avec les jeunes qui tous l’ont appris à l’école. Peu à peu, il pourra se mettre à l’étude de l’idiome amitsu et devenir, comme son guide, le P. Cuerq, un maître en la matière.

Le P. SAINT-JEAN, déjà très avancé en chinois écrit et parlé, est devenu socius du P. Maillot, au poste de Tien Pu, tout près de la ville de Hualien. Lui aussi pourra rendre immédiatement service au curé, déjà occupé par son travail de procureur. Il trouvera là un groupe de chrétiens chinois, et, d’ailleurs, toute la jeunesse amitsu familière de la langue chinoise.

Restait à donner une destination définitive, celle du P. GAGELIN, qui vient d’achever ses études de chinois, non pas en suivant des cours comme à Sinchu, mais à la maison régionale, aidé d’un professeur. Il est loin d’ailleurs de n’avoir été qu’étudiant durant ces deux années. Que de services de tout ordre n’a-t-il pas rendu, lui ancien missionnaire de Birmanie ? D’abord, il remplaça comme maître de maison régionale, le P. Boschet, convoqué à l’Assemblée générale. Puis, au départ du P. Poupon eus congé, en avril 1969, il prit en charge le poste voisin de Sakura. Entre temps, il était ailé maintes fois assurer le service dominical chez les montagnards bunum, auxquels il sera envoyé très prochainement.

Au cours du présent exercice, quelques mutations ont eu lieu dans le personnel m.e.p. :

Le P. SALDUBÉHÈRE a pris en charge le district de Fenglin, dirigé depuis juin 1958 par le P. Peckels. Ce dernier est parti en congé en avril dernier et, à son retour, un nouveau poste lui sera assigné sur sa demande.

Le P. OLRY, curé de Sung Pu depuis juin 1959, a été nommé chef du district de Shou Feng dont les nombreuses chrétientés sont réputées comme peu ferventes. Pour l’économe de la Région ce poste, peu éloigné de Hualien, aura l’avantage de faciliter ses déplacements et ceux des confrères qui auront des affaires à traiter avec lui. Sur les conseils du P. Duquet, il est allé récemment faire un séjour auprès du P. Caminondo, à Béthanie, pour prendre quelques leçons de comptabilité.

Le P. POINSOT, à son retour de congé, en novembre 1968, a quitté sa ville de Yuli, sur sa demande, et s’est installé en plein milieu amitsu, au village de Tung Feng dont il était chargé depuis sa nomination à Yuli. C’est donc un nouveau district, mais qui englobe celui de Sung Pu où le P. Olry n’a pas été remplacé. La résidence, rénovée, est maintenant occupée par quatre sœurs indigènes de la Congrégation de Sainte-Marthe. C’est la première « fondation » de cet Institut. Puisse-t-elle être suivie de plusieurs autres dans un avenir prochain !

Le P. CORBOZ, en attendant d’aller occuper un autre poste qui lui est destiné, s’est installé provisoirement à Yuli, à son retour de congé. Il y surveille les travaux de la nouvelle résidence-église, avec salles et bureaux en bas, et la chapelle avec deux chambres à l’étage. En ville, il a ouvert une bibliothèque à l’usage des non-chrétiens de cette ville de plus de 20.000 habitants, où les chrétiens ne sont encore qu’une poignée.



HUALIEN

RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Administrateur apostolique Mgr VÉRINEUX André
Vicaire général, directeur de l’Œuvre des catéchistes PP. POUPON Jean
Procureur MAILLOT Michel
Responsable de l’enseignement catéchétique PECORARO Ferdinand
Responsable de l’entraide sociale « Crédit Union » POINSOT Maurice
Responsable de l’organisme « Caritas Internationalis » CORBOZ Joseph
Directeur des œuvres de jeunesse POURRIAS Louis
En charge du service audio-visuel BRUNET François
En charge de l’Action catholique MOAL Yves

RESPONSABILITÉS M.E.P.
Supérieur régional BOSCHET François
Vice-supérieur régional, conseiller PECORARO Ferdinand
Econome régional OLRY Claude

MINISTÈRE PAROISSIAL

Popu- Catho- Adultes Catéchu-
lation liques baptisés mènes

HUALIEN-VILLE
— Sacré-Cœur 70 000 1 554 2 67 BOSCHET François
MOAL Yves
— Formosans (1) LESPADE Auguste
— St-François 5 000 528 8 31 POUPON Jean
TIEN PU 29 000 2 199 5 64 MAILLOT Michel
SAINT-JEAN Louis
TUNG MEN 4 000 584 2 610 BRUNET François
SHOU FENG 27 000 2 021 6 243 OLRY Claude
FENG LIN 24 000 1 152 2 48 SALDUBÉHÈRE Michel
WANG YUNG 7 000 1 651 20 1 252 PECORARO Ferdinand
TA MA 14 000 1 751 7 359 BOYER Germain
FU TIEN 10 000 1 400 2 722 POURRIAS Louis
FENG PIN 9 000 2 340 16 1 152 CUERQ Gérard
REDOUTEY Jean-Marie
FU MIN 20 000 1 798 30 DURIS Antoine
CHUN JIH 8 000 1 950 6 123 RONDEAU Marcel
TUNG FENG-SUNG PU 10 000 2 472 42 624 POINSOT Maurice
YU LI 25 000 449 9 123 CORBOZ Joseph
CHO CHI 7 000 2 028 500 FLAHUTEZ Marcel
TUNG LI 7 000 497 7 227 ROLLIN Antoine
FU LI 19 000 1 009 11 321 CUERQ Gérard


PROVISOIREMENT, sans charge pastorale au 30 juin 1969.
En congé POUPON Jean
PECKELS Pierre
LE CORRE Joseph
MAUGER Raoul
Affectation chez les Bunum GAGELIN Claude (2)

_____________

(1) Centre en formation.
(2) Le P. Gagelin a remplacé le P. Poupon durant son congé.





Le P. Gérard CUERQ, après quelques mois passés à Shou Feng où il succéda à un confrère chinois envoyé à Taitung, a regagné Feng Pin où il fit ses débuts dans le ministère comme socius du P. Saldubéhère.

Quant aux autres confrères, il suffira de consulter le tableau pour connaître leur place en district. La plupart d’entre eux sont en charge du même district depuis le début de leur ministère à Hualien, pour beaucoup depuis 10 et 15 ans. Peut-être convient-il de réparer ici une omission : la nomination du P. MOAL, en juin 1968, comme socius du P. T’eng, prêtre chinois, qui succéda au P. Boschet à la paroisse du Sacré-Cœur de Hualien. Ce confrère chinois étant parti à Rome pour études complémentaires, en septembre 1968, le jeune P. Moal dût prendre la direction de la paroisse dont fait partie un poste amitsu de 400 chrétiens d’un village voisin. D’un zèle à toute épreuve, parlant très bien chinois, d’un naturel plein d’entrain qui plaît aux jeunes, il a d’ores et déjà conquis l’estime de toute la paroisse. A son retour de l’Assemblée, le P. Boschet s’est fait un devoir et un plaisir de lui laisser les commandes, quitte à être son collaborateur, spécialement pour le service du dimanche. Place aux jeunes !

Vie de la Communauté

On peut la caractériser d’un mot : la vie en équipe. Etant donné que tous les confrères travaillent dans le même secteur apostolique et que la « Région » ne forme qu’une seule Communauté, ils se trouvent dans une situation idéale pour maintenir et développer l’union des esprits et des cœurs, pour l’étude en commun des problèmes de pastorale. Plus que jamais, au cours de l’année qui fait l’objet de ce compte rendu, cette vie du groupe fut appréciée et vécue intensément. En plus des rencontres fréquentes entre confrères de districts voisins et favorisées par la facilité des communications, les réunions mensuelles à la maison régionale, chaque premier mardi du mois, rassemblèrent l’ensemble de la Communauté. Après quelques heures de la matinée consacrées au spirituel et, s’il y a lieu, aux questions concernant la Société, les après-midi furent employées aux séances de travail.

Parmi les sujets traités, il convient de citer en premier lieu les catéchistes. Deux points furent discutés : leur nombre et leur salaire. Beaucoup de missionnaires reconnaissent que certains de leurs auxiliaires, qui rendirent service dans les années passées, ne sont plus à la hauteur de leur tâche. D’autre part, le chiffre fort réduit des catéchumènes, du fait de la conversion d’un grand nombre de nos aborigènes, ne nécessite plus, comme autrefois, l’emploi d’un si important groupe de catéchistes. Quant au salaire qui leur est attribué, tous les confrères admettent qu’il est nettement insuffisant, surtout depuis ces derniers temps où le niveau des salaires des fonctionnaires, des enseignants, des militaires a été sérieusement relevé.

Une réforme a donc été jugée indispensable, et c’est pour la réaliser dans de bonnes conditions qu’une commission a été nommée par la Communauté pour dresser un état complet et précis des catéchistes actuellement en service, avec leur situation de famille, leur valeur intellectuelle et morale, leurs états de service. L’enquête se poursuit auprès de chaque missionnaire. Les résultats en seront remis au chef du diocèse qui sera à même de prendre des mesures en conséquence.

Autre sujet abordé plusieurs fois, en raison de son importance : l’enseignement catéchétique. Le P. PECORARO, qui en est chargé depuis plusieurs années, s’acquitte de son rôle de promoteur avec une insistance inlassable. A noter qu’il fait partie de la commission chargée par la Conférence épiscopale de préparer la rédaction du nouveau catéchisme C’est lors de nos réunions que, d’accord avec les confrères, il a, comme chaque année, préparé le programme à étudier, organisé les deux examens semestriels qui sont imprimés et envoyés dans les districts, puis corrigés par les sœurs de la Congrégation de Sainte-Marthe. Selon une coutume déjà ancienne, pendant les vacances d’été, un grand concours de catéchisme a réuni une soixantaine d’élèves sélectionnés dans les districts. Cette fois, la coupe a été remportée par les élèves de Tama, district du P. BOYER.

Un autre sujet maintes fois évoqué et discuté dans nos réunions fut le service social. Nous inspirant des documents du Concile, et en particulier de de « Gaudium et Spes », l’attention de la Communauté s’est portée au cours de cette année, avec une attention spéciale, sur l’aspect de service que doit présenter le nouveau visage de l’Eglise missionnaire. Comme le recommande aussi « Lumen Gentium », chacun de nous s’efforce d’être d’abord et avant tout « le témoin de la bonté du Christ pour tous les hommes ». Dès 1965, notre confrère, le P. POINSOT, avait reçu la charge d’organiser dans nos districts du secteur de Hualien ce genre de service social qu’on appelle Crédit-Union. Ses directives et son exemple furent pour ses confrères un stimulant qui porta ses fruits. A l’heure actuelle, cet organisme fonctionne dans une dizaine de nos districts et a déjà rendu de précieux services à nos paysans qui, sans lui, eussent été dans l’obligation de faire des emprunts à intérêts très élevés et, pour ces pauvres gens, souvent ruineux. Fait intéressant à noter, comme il a déjà été dit plus haut, dans la plupart des districts, catholiques et protestants travaillent de concert pour le développement de cet organisme.

Au sujet des activités sur le plan diocésain, il a été signalé que notre confrère, le P. CORBOZ, a été désigné comme directeur de « Caritas internationalis ». Qu’il suffise de noter ici que, lors de nos réunions, nous avons été amplement renseignés par lui sur le sens de ce mouvement recommandé par Rome et déjà répandu dans plus de 80 pays. Dans la mesure de leurs faibles moyens, les membres de la Communauté ne manqueront pas d’exhorter leurs chrétiens à contribuer par leur obole au rayonnement de la charité chrétienne dans le monde.

A propos du service audio-visuel, il a été dit également plus haut que le P. BRUNET en avait été chargé. Il est bon d’ajouter que notre confrère, avec les encouragements de toute la Communauté, a eu l’excellente idée d’ouvrir, en pleine ville de Hualien, une bibliothèque pour le service des non-chrétiens, ouverte tous les jours, sauf le lundi. Les étagères sont chargées de livres. L’œuvre ne fait que commencer et les débuts sont prometteurs.

Retraite annuelle. Ce compte rendu se doit de signaler d’une manière toute spéciale la retraite magistrale qui fut prêchée par le P. PLASSON en septembre 1969 aux confrères m.e.p. auxquels s’étaient joints nos confrères du Grand-St-Bernard. L’auteur de ce compte rendu était absent, mais il en sait suffisamment pour affirmer que cette retraite revêtit un intérêt exceptionnel, et qu’elle fut hautement appréciée par tous les retraitants. Ce fut essentiellement une retraite évangélique, pastorale et missionnaire. Que le P. Plasson en soit une fois de plus remercié.

Tels sont quelques aspects des activités du groupe m.e.p. au cours du dernier exercice. Il va sans dire que bien d’autres questions, d’autres problèmes firent l’objet de nos recherches, de nos discussions. Que l’on sache du moins que les liens de la Communauté sont plus intimes que jamais et que notre petite équipe ne fait qu’un cœur et qu’une âme dans le service du Seigneur.

François BOSCHET,
Supérieur régional.



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