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Rapport annuel des évêques

Année: 1970
Pays: Taiwan
Mission: FORMOSE
Rédacteur:Mgr POINSOT

RÉGION DE FORMOSE


Depuis le 5 février 1970, la région de Formose a un nouveau supérieur et a donc perdu son prestigieux chroniqueur, le P. Boschet. Le compte rendu de l’an passé a abordé et épuisé bon nombre de sujets. S’il est un pays calme où rien d’extraordinaire ne se passe, c’est bien Formose. En politique, rien de particulier à signaler. Je me contenterai de faire quelques considérations sur l’économie et ses conséquences et de donner quelques aperçus de l’Eglise à Formose en général et à Hualien en particulier.


Evolution de la situation économique

La concurrence internationale

L’île continue son évolution vers le progrès, en relation étroite avec le Japon. L’aide économique américaine a été supprimée depuis plusieurs années. Ce fait a-t-il facilité l’implantation d’usines étrangères ? Il semble qu’actuellement toute grande maison de tissage ou d’électronique tienne à bâtir son usine à Formose. Le Japon et les U.S.A. sont implantés depuis longtemps. La Hollande s’installe et les Belges font des sondages. La facilité d’acheter des terrains dans les zones industrielles, la sécurité politique, la paix sociale et la main-d’œuvre à bon marché sont sans doute les principaux facteurs d’attrait. S’y ajoutent pour le Japon la proximité géographique et les nombreux liens créés en cinquante ans de domination.

Pour les autres pays, il s’agit de concurrencer le Japon sur ses propres marchés en produisant à bas prix avec des ouvriers qui peuvent rivaliser de dextérité et de rapidité avec les Japonais. Cette concurrence internationale devient la poule aux œufs d’or de Formose. Le sous-sol de l’île est extrêmement pauvre et le sol aux trois quarts montagneux ne suffirait pas à occuper 14 millions d’habitants. L’économie a progressé de 8 % durant le premier semestre 1970 contre 8,5 % par an auparavant. Le grand « boom » a été dans le commerce extérieur qui, durant ce même semestre, a progressé de 35 % par rapport au premier semestre 1969, soit une augmentation de 37,7 % pour les exportations et de 32,9 % pour les importations. La balance commerciale accuse un crédit de U.S. $ 2,2 millions, alors que les experts ont prévu un déficit de U.S. $ 50 millions pour l’exercice 1970.

Problèmes humains

Cet essor économique pose évidemment de graves problèmes de migration de populations, de logement et de qualification technique. Il a de lourdes répercussions sur l’est de l’île, — région de la Mission de Hualien, — un quart de la superficie totale et 650000 habitants. Cette contrée, peuplée autrefois presque uniquement de tribus aborigènes, a toujours accusé un retard économique très net par rapport à l’ouest. Désormais le progrès pénètre, les aborigènes sont de plus en plus minoritaires ; mais la difficulté des communications terrestres, le manque de main-d’œuvre qualifiée font que l’écart reste énorme, surtout dans les sphères aborigènes. C’est Formose aux multiples visages. A l’est se sont installées quelques usines qui transforment les produits locaux exportés par Hualien : canne à sucre, engrais, marbre et pierres précieuses, ananas, asperges, champignons de couche et tout dernièrement s’est installée une énorme usine de pâte à papier.


Ce développement plus rapide que les prévisions fait que l’équilibre socio-économique est encore à trouver. Le chômage est réduit. Ceux qui ont dépassé la quarantaine sans qualification professionnelle trouvent difficilement du travail, mais ils sont aidés par leurs enfants qui envoient chaque mois le meilleur de ce qu’ils gagnent. Que vaut toute cette jeunesse au travail ? La moralité n’est ni meilleure, ni pire que dans les autres pays industrialisés. Les jeunes gardent encore un lien avec la famille qu’ils aident et dans laquelle ils reviennent à l’occasion des grandes fêtes. Il ne faut pas minimiser les points sombres. Cette émigration de la jeunesse vide les campagnes du meilleur de leur substance. Elle s’accompagne d’une migration à l’intérieur des zones industrielles, main-d’œuvre non qualifiée à la recherche constante d’un travail mieux rétribué. La mentalité devient de plus en plus matérialiste et consommatrice. Même si certains liens avec la famille demeurent, ils s’amenuisent peu à peu, surtout quand le jeune fonde un foyer et continue à travailler à l’usine. Chez les aborigènes, on s’avance à grands pas vers une dislocation du clan et de toutes les valeurs ancestrales liées à la vie tribale. L’habitat n’a pas progressé à la vitesse de l’industrie, d’où grande promiscuité des banlieues et mariages souvent rapides et plus ou moins réussis. Par ailleurs, la femme mariée trouve difficilement du travail dans les usines modernes et le seul salaire du jeune mari ne suffit pas généralement à l’entretien de la famille.

Un problème qui retient toute l’attention des gouvernants est de trouver des débouchés pour les étudiants. En vingt ans, l’enseignement a accompli un formidable bond. Les élèves du primaire sont passés de 823000 à 2450000, ceux du secondaire de 67000 à 950000 et les universitaires de 3000 à 165000. Actuellement, un gros effort est encore porté sur le secondaire, mais un développement de l’enseignement technique est prévu pour les années prochaines. Il sera le bienvenu, car, peu à peu, les brevetés du secondaire trouveront difficilement un emploi correspondant à leur instruction. Même dans les écoles catholiques, le technique est fort peu développé, puisque on compte 5000 élèves dans le primaire, 25500 dans le secondaire, 5500 universitaires et seulement 1200 dans le technique.


L’Eglise catholique à Formose

La Chine a son cardinal en la personne de Mgr. Yu Pin, archevêque de Nankin et « recteur magnifique » de l’Université Fu Jen à Taipeh. L’île est divisée en sept diocèses. Cette année, deux nouveaux territoires ecclésiastiques ont été créés. Le premier comprend les îles de Quemoy et Matsu sur les côtes de Chine, le deuxième englobe l’archipel des Pescadores, détaché du diocèse de Tainan et confié à un prélat français, Mgr Quint. Est-ce en souvenir de l’amiral Courbet qui mourut autrefois aux Pescadores ?

La communauté catholique à Formose est passée en vingt ans de 25000 à 310000. Un magnifique effort a été accompli par les missionnaires de tout bord. Mais depuis quatre ans, la progression apparaît de plus en plus lente et difficile et il semble que nous soyons à un plafond. Parce qu’elle a commencé avec des écoles, des hôpitaux, des dispensaires, parce qu’elle a aidé les pauvres grâce au soutien des organismes internationaux, spécialement le Catholic Relief Service américain, l’Eglise est apparue à beaucoup comme une entreprise caritative utile en son temps, mais dont le développement économique permet de se passer peu à peu. Le réveil des religions traditionnelles, l’esprit matérialiste lié au progrès économique font que le milieu formosan apparaît particulièrement réfractaire. Les prêtres issus de Formose et y résidant se comptent sur les doigts d’une seule main. L’Eglise catholique a grand mal à s’intégrer dans le milieu dont elle a charge d’évangélisation. Plus personne ne publie de bulletin de victoire ; chacun ne sait que faire, aucun n’ose tirer la sonnette d’alarme. Tous font ce qu’ils peuvent à leur niveau, mais soixante-quinze ordres ou congrégations travaillent dans l’île, et il est fort difficile d’établir des plans d’ensemble pour l’évangélisation et la pastorale, tant au niveau de la province ecclésiastique que de chaque diocèse.

Les ouvriers apostoliques ne manquent pas : 800 prêtres, 90 frères, 1130 religieuses, 1020 catéchistes. Trop de prêtres et de religieuses n’ont que des tâches extra-apostoliques, la répartition est fonction non des besoins mais des territoires et œuvres confiés aux congrégations, un nombre infime de missionnaires se consacre exclusivement à l’approche des non-chrétiens. L’Eglise presbytérienne a aussi ses difficultés, mais son implantation dans le milieu est bien supérieure à celle de l’Eglise catholique et ses cadres sont davantage intégrés au milieu. Nous avons besoin rapidement de reconversion et d’adaptation : sinon la stagnation présente deviendra peu à peu régression. Ce tableau peut paraître sombre. Il ne veut pas minimiser les magnifiques efforts et les résultats acquis depuis vingt ans, mais voudrait exprimer la prise de conscience d’un certain nombre de missionnaires face à l’avenir.


L’Eglise à Hualien


Sur ce sujet tout a été dit et il m’est difficile d’apporter du nouveau. Deux préfectures civiles, Hualien, — 4630 km2 et 325000 habitants, — et Taitung, — 3513 km2 et 285000 habitants. A Hualien travaillent trois groupes d’importance numérique inégale, les M.E.P., les 6 chanoines du Grand-Saint-Bernard et deux prêtres chinois, l’un à la cathédrale, l’autre au séminaire. En septembre 1970 doit avoir lieu l’ordination du premier prêtre « amitsu », ce qui renforcera quelque peu ce dernier groupe. A Taitung les 30 missionnaires de « Bethléem-Immensee » travaillent avec quatre prêtres chinois. Commencée en 1953, l’évangélisation a connu de rapides progrès en milieu aborigène. Sur le plan matériel et tout spécialement dans la partie confiée aux M.E.P., Mgr Vérineux a dû tout lancer : églises, presbytères, écoles, etc… La mission compte actuellement 59294 baptisés et 10758 catéchumènes. Par suite de l’émigration des aborigènes et de l’immigration des formosans, le pourcentage par rapport à la population, après avoir atteint un sommet de 15 % en 1966, est en baisse et tend à se stabiliser peu à peu autour de 10 %.

Situation de la chrétienté

On a parlé de ralentissement, même de fléchissement de la chrétienté de Hualien. En fait, les chrétientés aborigènes ne sont ni plus mauvaises, ni meilleures que les autres. Le fléchissement est dû essentiellement à l’émigration massive de ces dernières années. Le phénomène est grave et les statistiques d’ensemble manquent sur ce sujet. Le régional compte, pour sa seule paroisse, 800 émigrés définitifs ou saisonniers dont 250 jeunes. La plupart de ces chrétiens ne sont pas récupérés, car ils se déclarent rarement au curé de l’endroit et se sentent mal à l’aise en milieu mandarin ou formosan.


HUALIEN

RESPONSABILITÉS DIOCÉSAINES
Administrateur apostolique Mgr VÉRINEUX André
Vicaire général, directeur de l’Œuvre des catéchistes et
procureur par intérim PP. POUPON Jean
Responsable de l’enseignement catéchétique â PECORARO Ferdinand

» de l’entraide sociale « Crédit-Union » POINSOT Maurice
» provisoire de « Caritas Internationalis » » »
» des jeunes MOAL Yves
» du service audio-visuel BRUNET François
Aumônier de l’action Catholique MOAL Yves

RESPONSABILITÉS M.E.P.
Supérieur régional POINSOT Maurice
Vice-supérieur régional et conseiller PECORARO Ferdinand
Conseiller régional LESPADE Auguste
Econome régional OLRY Claude

MINISTÈRE PAROISSIAL

Popula- Baptisés Catéchu
lation mènes

HUALIEN-VILLE…. 80 000
— Sacré-Cœur……… 1 543 63 MOAL Yves
— Formosans………. 75 BOSCHET François
LESPADE Auguste…
— Saint-François…… 562 130 PECKELS Pierre
TIEN PU……………. 30 000 2 218 9 SAINT-JEAN Louis
TUNG MEN………… 4 200 584 599 BRUNET François
SHOU FENG……….. 275 500 1 837 OLRY Claude
FENG LIN………….. 24 500 1 055 200 SALDUBÉHÈRE Michel
MORISAKA………… 7 000 1 678 1 248 PECORARO Ferdinand
TA MA……………… 14 500 1 785 345 BOYER Germain
FU TIEN……………. 10 000 1 377 778 POUPON Jean
FENG PIN………….. 9 500 2 794 1 002 REDOUTEY Jean-Marie
FU MIN…………….. 1 730 1 730 30 DURIS Antoine
JUI SHUI…………… 10 500 CUERQ André, intérim.
KASUGA…………… 14 000 3 715 96 POURRIAS Louis
TUNG FENG……….. 6 000 1 368 598 POINSOT Maurice
YU LI……………….. 26 000 619 100 LE CORRE Joseph
CHO LO……………. 3 000 1 062 131 GAGELIN Claude
CHO HSI…………… 4 000 1 005 598 » »
FU LI………………. 20 000 396 8 CUERQ André

CONGÉ, régulier PP. FLAHUTEZ Marcel
MAUGER Raoul
MAILLOT Michel
CORBOZ Joseph
CONGÉ, étude CUERQ Gérard
ÉCOLE DE LANGUES ROLLIN Jean-Antoine
BAREIGTS André

________
* Les chiffres de la population sont approximatifs. Le nombre des baptisés est sensiblement exact. Mais beaucoup de changements ont eu lieu dans l’année et les recoupements sont difficiles, surtout pour toute la partie au sud du Tropique.



Il y a là un travail très urgent, mais qui nécessite beaucoup d’ouverture et de collaboration de la part des supérieurs ecclésiastiques. Le ralentissement de l’évangélisation dans notre diocèse vient surtout de ce qu’en milieu aborigène le nombre des non-chrétiens est assez réduit. Ce petit reste ne sent pas tellement le besoin de se convertir. Du fait de l’accoutumance et surtout du départ massif de la jeunesse vers les villes, l’Eglise n’a plus son dynamisme originel. Par ailleurs, l’Eglise apparaît moins comme une entreprise caritative, et ce n’est pas plus mal ; mais cela nécessite de la part de qui veut y entrer des motifs plus religieux, qui ne sont pas si faciles à trouver dans l’ambiance présente. Si la pratique religieuse est en baisse, d’une part le phénomène est relatif, d’autre part il semble dû à un vieillissement rapide de nos chrétientés. Là les missionnaires sont en recherche. Nous vivons trop sur un acquis comme au temps des beaux jours. L’effort n’a pas été assez porté sur la formation permanente des catéchistes, ni sur l’éducation spirituelle d’une élite qui serait facilement un levain dans la pâte au sein de nos tribus.

Quant aux Formosans, il ne faudra jamais espérer des résultats spectaculaires. Le travail d’évangélisation de ce milieu n’a jamais été fait d’une façon systématique. Depuis l’an passé un réel effort de systématisation et de coordination a été entrepris, mais les résultats seront lents, à moins d’un nouveau « miracle ». Les communautés de chrétiens continentaux semblent quelque peu stagner également. Là une analyse profonde serait à faire. Mais les Chinois venus du continent sont surtout des militaires et des employés du gouvernement et sont en perpétuel mouvement et cela ne facilite pas le contact prolongé, prélude à la conversion.

Le travail des religieuses

Le diocèse de Hualien a toujours été pauvre en religieuses. Peu à peu cependant leur nombre augmente et de nouvelles congrégations tendent à s’implanter. Les premières arrivées, en 1950, deux ans donc avant l’installation à Hualien du P. Boschet, furent les Sœurs du Sacré-Cœur de Marie venues de Moukden avec le P. Boschet. Elles forment deux communautés : l’une à la paroisse du Sacré-Cœur de Hualien, l’autre à Tien Pu, et tiennent dispensaire et jardins d’enfants tout en aidant à l’apostolat, surtout par le catéchisme aux enfants. Trois Sœurs de Saint-Faut de Chartres sont à côté de l’évêché et font le même travail à la paroisse de la cathédrale. Les Ursulines ont en charge l’école secondaire Hai Hsing avec 500 élèves et l’école primaire Saint-Joseph avec 350 enfants. Elles ont aussi le soin de lancer la jeune congrégation de Sainte-Marthe, congrégation diocésaine fondée par Mgr Vérineux il y a dix ans et qui compte près de 60 membres (aspirantes comprises). Le premier groupe a fait ses vœux perpétuels le 23 mai 1970. Quatre sont installées en district au village de Sung Pu depuis un an. D’autres travaillent dans les paroisses proches du couvent, quelques-unes font des études d’infirmières et la plupart sont encore en période de formation. Nous attendons les Franciscaines Missionnaires de Marie qui doivent installer prochainement un dispensaire dans la petite ville de Jui Shui. Les chanoines du Grand-Saint-Bernard achèvent dans leur secteur un petit hôpital qui sera confié aux Sœurs Camilliennes.

A Taitung, les Sœurs suisses de la Sainte Croix tiennent un hôpital et plusieurs dispensaires. Elles ont aussi un ouvroir et plusieurs maisons pour étudiants. Les sœurs irlandaises, Sœurs Médicales Missionnaires de Marie, ont une importante maternité et un dispensaire.

Quelques travaux des missionnaires

Le Conseil presbytéral existe. C’est un mécanisme lourd de 24 membres. Il permet de rencontrer plus facilement les Pères de Bethléem-Immensee et les prêtres chinois. Mais son efficacité est assez réduite, par suite du peu de relations avec les Pères de Taitung dont les méthodes apostoliques sont fort différentes des nôtres et, il faut l’avouer, souvent plus en avance.

Le P. Pecoraro a toujours l’enseignement catéchétique sur les bras. Il est arrivé à coordonner peu à peu le catéchisme aux enfants et porte maintenant son effort sur les élèves du secondaire.

Le P. Brunet s’est révélé à l’usage un spécialiste de l’audiovisuel. Chaque jour la radio donne deux émissions catholiques d’une demi-heure chacune. Le P. Brunet a loué une maison aux portes de Hualien. Le rez-de-chaussée est réservé aux étudiants dont s’occupe le P. Moal. A l’étage, dans un studio climatisé et insonorisé, toute une équipe s’affaire pour préparer les émissions qui sèment la bonne parole à tout vent et sont très écoutées.

Il faut aussi signaler ce qui marche moins bien. Le problème de la jeunesse est à revoir. Des sessions organisées par le P. Corboz fin 1969 avalent donné espoir, et puis on s’est endormi. « Caritas », dont s’occupe mal le P. Poinsot, en l’absence du P. Corboz, ne fait guère parler de lui. De même les Credit Unions dont est chargé ce même P. Poinsot manquent quelque peu de vitalité. Il faut avouer que la formation d’élites sur le plan social est difficile parmi nos aborigènes.

Le travail linguistique et liturgique au niveau des groupes ethniques marche bien en milieu formosan, le P. Le Corre mettant toute sa bonne volonté à coordonner les efforts et les initiatives des jeunes. Pour les Tarokos, le P. Pecoraro a réuni au mois de mai tous les prêtres, religieuses et catéchistes travaillant dans la tribu. Trois jours de travail intensif permettent beaucoup d’espoir. En milieu bunun, le P. Gagelin est seul et nouveau venu. Il apprend la langue, sera au point pour aider le P. Flahutez spécialiste en langue bunun. Celui-ci a publié tout avant de partir en congé un dictionnaire bunun (français-bunun) et se réserve d’autres publications dans les prochaines années. La tribu Amis est sans doute la mieux pourvue en spécialistes, mais peut-être aussi celle où la coordination apparaît la plus difficile. Le P. Duris améliore sans cesse ses dictionnaires, mais trop de confrères travaillent isolément, et la liturgie dans cette tribu varie avec chaque district.

Il faudrait sans doute signaler encore d’autres réalisations, mais la faculté d’enregistrement du rapporteur est fort relative, surtout que la vie en paroisse limite plutôt les horizons.


La communauté M.E.P. à Hualien

Dans l’état de la Société, au 1er septembre 1969, la Région de Formose compte 32 confrères. Au 30 juin 1970, le P. Rondeau est décédé, quatre confrères sont à l’extérieur de la Mission depuis plusieurs années, les PP. Flahutez, Maillot, Mauger, Corboz, Rollin, G. Cuerq sont en France. Restent à Hualien 21 confrères, Mgr Vérineux compris. Les PP. Roy et Bareigts s’initient au, mandarin à l’école de langue, le P. Boschet réside à la maison régionale tout en aidant son « curé » le P. Moal. Au 30 juin, 17 confrères sont à la tête de 17 districts, même le vicaire général et le régional.

En ville de Hualien et sa banlieue

Mgr VÉRINEUX, en excellente santé et très actif, dirige le diocèse depuis 1953. Il a à ses côtés le P. POUPON, vicaire général et chargé spécialement de l’œuvre des catéchistes. En l’absence du P. MAILLOT, le P. Poupon tient le service de la Procure ; il est aussi curé du gros district de Fu Tien depuis le mois de mars, par suite de la mutation du P. Pourrias. De ce fait, le P. Poupon tient la place de trois, mais il espère être déchargé d’une partie de ces tâches par le retour du P. Maillot et la nomination d’un curé résidant à Fu Tien. A la maison régionale, le P. BOSCHET, prend un repos relatif et bien mérité après trois mandats successifs de supérieur régional. Toujours jeune, malgré quelques accidents de moto et autres, il veille à la marche journalière de la maison et rend de multiples services au P. Moal qui lui a succédé comme curé de la paroisse du Sacré-Cœur. Le P. MOAL, débordant de dynamisme, fait du bon travail, surtout auprès des étudiants. Son proche voisin, le P. LESPADE, conseiller régional, travaille depuis un an dans le milieu formosan de la ville. Il a récupéré et réparé une ancienne maison de la mission et fait peu à peu son trou dans ce difficile milieu. Il s’occupe aussi des Formosans de la banlieue de Hualien où il va bientôt lancer un jardin d’enfants.
Le P. PECKELS, rentré de France en février 1970, a pris le poste de Sakura et un village tout en longueur au bord de la mer. Sa chrétienté est essentiellement composée d’Amis et de quelques unités de continentaux, les Formosans relevant du P. Lespade. A Tien Pu, le P. SAINT-JEAN, en l’absence du P. Maillot, est responsable d’un des plus gros districts de la mission. C’est par ce poste qu’a démarré l’évangélisation des aborigènes et c’est aussi de Tien Pu que sortira le premier prêtre du diocèse. L’ordination est prévue pour septembre 1970 et le curé la prépare activement. Là aussi la grosse majorité des chrétiens est amis, avec quelques continentaux et une poignée de Formosans.

Dans la tribu des Amis

Le P. OLRY, économe régional, est toujours à Shou Feng et s’occupe en plus d’un de ses anciens postes, Kiwit, chrétienté modèle, perdue dans la montagne et dépendant autrefois de Sung Pu. Ses reins exigeant une constante surveillance, le P. Olry a fort à faire. Sur la côte du Pacifique, seul avec l’océan depuis le départ en congé du P. G. CUERQ, le P. REDOUTEY fait le maximum et au-delà pour tenir le lourd district de Feng Pin et ne laisse pas le temps de souffler à sa fidèle compagne, une Kawasaki 125. Les PP. BOYER et DURIS, respectivement à Tama et Min depuis presque quinze ans, travaillent dans le calme à la formation de leur grosse et solide chrétienté. Le P. Boyer doit sans cesse surveiller sa santé et va au rythme de son cœur. Le P. Rondeau malade, a dû quitter son très cher poste de Kasuga après les Fêtes de Noël et pendant la construction de son église. L’intérim fut plus ou moins assuré par les PP. Corboz et Poinsot. Ce dernier fut chargé de préparer, sous la direction du vicaire général, la bénédiction de l’église. C’était fin janvier et les hôtes se souviendront longtemps de la mauvaise qualité du repas qui leur fut servi. En février, le P. POURRIAS était nommé curé de Kasuga et Sung Pu. Il quittait Fu Tien en laissant beaucoup de larmes, les siennes en particulier. Il devenait le plus gros curé de la mission dans un poste nouveau et difficile. La grâce de Dieu et les qualités de l’homme ont fait qu’il se trouve fort à l’aise dans sa nouvelle paroisse. Il est aidé par quatre religieuses de Sainte-Marthe qui font du très bon travail à Sung Pu. Dernier au sud, le P. POINSOT à Tung Feng, après avoir passé Sung Pu au P. Pourrias, a repris tous les aborigènes Amis dont s’occupaient autrefois à Fu Li et Tung Li les PP. Le Corre et Rollin. Il est aussi supérieur régional et donc assez occupé.

En milieu taroko

Le P. MAUGER doit rentrer en juillet. En attendant, le P. PECORARO, vice-supérieur régional, a fort à faire à Morisaka et Efunang. Il reste à la pointe de l’initiative dans tous les domaines. Afin de donner travail et riz à ses gens, il a entrepris d’ouvrir 50 hectares de rizières dans le torrent. Mais surtout il a le souci de tous les Tarokos confiés aux M.E.P. Il doit tenir au sud le secteur du P. Mauger et au nord, il est en contact permanent avec le P. BRUNET, curé de Tung Men, mais très occupé par l’audiovisuel et, de ce fait, souvent absent de sa paroisse.

La tribu des Bunun

Là, cela tient du miracle, Le P. GAGELIN a été nommé à Cho Lo l’été dernier. Au printemps 1970, le P. FLAHUTEZ partait en congé, laissant le P. Gagelin à la tête de tous les Bununs. Sans savoir encore la langue, le P. Gagelin a rapidement trouvé son rythme et se sent fort à l’aise dans son nouveau travail où il fait merveille. Peut-être oublie-t-il un peu vite, et quelques autres avec lui, le vieux dicton : « Qui veut voyager loin…, ». Le P. Gagelin est aidé par le P. Durit pour le poste de Ma Yuan, isolé au nord du district bunun.

Les petites villes

Le diocèse du Hualien est essentiellement une vallée desservie par le chemin de fer et une mauvaise route, qui s’améliore depuis quelques mois. Les centres vitaux sont les quelques petites villes réparties le long de cette voie ferrée. Là, le travail missionnaire est très difficile. Les populations sont mêlées, souvent en majorité Hakkas. C’est un milieu de petits commerçants que la religion catholique n’intéresse guère, surtout que, par la force des choses, nous avons dès le départ travaillé dans les campagnes et le milieu aborigène, méprisé et exploité par ces commerçants.

A Feng Lin, le P. SALDUBÉHÈRE a surtout la charge d’une petite chrétienté de continentaux et des Amis habitant en bordure de la ville, mais celle-ci s’ouvre difficilement à l’évangélisation, le catéchiste « ad hoc » n’ayant pas été encore trouvé. A Jui Shui, le P. CORBOZ a ouvert un nouveau centre. Peu de chrétiens sur place, un petit groupe de catéchumènes hakkas sur la montagne environnante. Le centre a servi plusieurs mois durant à des sessions pour jeunes. En avril, le P. Corboz est parti en France et le P. A. Cuerq s’occupe provisoirement de ce poste. A Yu Li, petite babylone de langues, et de races, le P. LE CORRE a succédé au P. Corboz. Mgr Vérineux lui a bâti une maison neuve avec diverses salles et chapelle et résidence à l’étage. Le P. Le Corre a une communauté de chrétiens continentaux et plusieurs groupes Amis dans la campagne. La chrétienté formosane, là aussi, se développe difficilement et le P. Le Corre a sur l’avenir un regard parfois sombre. A Fu Li, le P. A. CUERQ a remis en état sa résidence, et cela avec beaucoup de goût et de sens pratique. Il a une communauté homogène qui est le groupe formosan le plus important du diocèse. Il a tout pour être heureux et il l’est, mais les soucis ne lui manquent pas avec ces nouveaux chrétiens formosans qu’il faut tenir à bout de bras. Le contact des non-chrétiens est difficile. Ils ont souvent une fausse notion de l’Eglise et le P. A. Cuerq sait que le travail d’évangélisation sera désormais très lent.

La visite du P. Cuny

Elle a été rapportée dans les Echos, chronique de novembre 1970. Le P. CUNY a passé ici tout le mois de mai. Il a rencontré tous les missionnaires à leur poste et a beaucoup appris : cela facilitera les contacts entre Paris et la Région. Si une visite ne résout pas les problèmes, elle peut aider à les mieux voir et nous redonne une vue plus large de notre travail missionnaire, tout en faisant mieux sentir les points faibles.

La mort du P. Rondeau

Cette chronique voudrait se terminer par un hommage à celui qui fut notre plus grand missionnaire, le P. RONDEAU. Rémois et compagnon d’enfance de Mgr Vérineux, il était arrivé du Siam en juin 1953. Chargé des secteurs de Taitung et Yu Li, il a été le plus grand convertisseur et le plus grand « baptiseur ». Il s’est assez rapidement fixé à Kasuga où il demeura jusqu’en janvier 1970. Malade, il passa trois mois à Hualien puis partit se reposer à Hong-Kong. Victime d’une crise cardiaque le 15 juin, il devait le 17 partir pour un monde meilleur. Il est enterré face à l’embouchure de la rivière de Canton dans le cimetière de Béthanie. Un service fut célébré à Kasuga et le P. Pourrias a fait ériger un buste à gauche de la nouvelle église afin de perpétuer sa mémoire au milieu de ces populations qu’il a tant aimées. Son souci permanent était la conversion des Formosans. C’est aussi le nôtre et nous espérons son intercession.

Maurice POINSOT.




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