| Année: |
1985 |
| Pays: |
Taiwan |
| Mission: |
TAÏWAN |
RÉGION DE TAÏWAN
Depuis une quinzaine d’années, l’Église de Taïwan reste plus ou moins stationnaire, comme si elle avait atteint son zénith. Les évêques sont conscients qu’elle n’a pas progressé autant qu’ils l’auraient voulu.
Aussi la Conférence épiscopale a-t-elle fait effectuer un sondage sélectif devant atteindre les prêtres, les religieuses et les laïcs, avec, parmi ceux-ci, un échantillonnage de catholiques notoires et de non-pratiquants, de chrétiens non catholiques et de non-chrétiens. Ces deux derniers groupes ont été interrogés pour cerner l’image que l’Église donne d’elle-même à ceux qui sont moins proches ou très éloignés.
Dans chacune des trois catégories, 750 questionnaires furent distribués : 47 % des gens touchés ont réagi aux interrogations de la hiérarchie.
Les résultats de cette enquête serviront à préparer le symposium national sur l’évangélisation, prévu pour 1987. En voici quelques aspects caractéristiques.
Dans l’ensemble, 88 % disent ressentir un besoin de religion, mais 69 % déclarent préférer, en cas de difficulté, s’en tirer par eux-mêmes plutôt que de faire appel à une Église pour en recevoir réconfort ; 45 % ne voient pas bien la différence entre catholicisme et protestantisme, et 68 % sont en faveur de la législation de l’avortement.
Parmi les catholiques, 60 % estiment que la pastorale actuelle est vieillotte, 86 % pensent que le clergé devrait davantage être présent sur le terrain social, mais près de 100 % ne voient que la prière comme moyen d’évangélisation.
Près de la moitié des non-chrétiens, d’autre part, affirment ne pas être influencés dans leurs convictions par un entourage catholique, tandis que 42 % admettent l’être un petit peu, et 8 % assurent être vivement impressionnés par leur exemple.
Ces quelques éléments révèlent un état d’esprit relativement peu motivé, et confirment les appréhensions épiscopales.
Les missionnaires qui nous ont précédés avaient déjà su repérer les grandes mutations socio-culturelles de Taïwan avec leur cortège de problèmes et de difficultés pour notre apostolat : industrialisation, migration des jeunes vers les centres, course au profit, majorité de Chinois taïwanais pratiquement non touchée par l’évangélisation, mariage avec des non-chrétiens où nos catholiques disparaissent, enseignement marqué par un scientisme athée, vieillissement du clergé, des catéchistes et de nos assemblées dominicales, catéchèse des enfants défectueuse.
Aujourd’hui, les mêmes causes entraînent et l’absence de nouvelles conversions et la difficulté à maintenir vivantes nos communautés. C’est l’analyse de ces causes qui constitue l’essentiel de ce compte rendu.
I. L’ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE TAÏWAN
Taïwan, avec ses 19 millions d’habitants, poursuit globalement ses brillantes performances économiques, avec des mutations industrielles rapides et un commerce extérieur dynamique. Il y a des périodes plus critiques — ce qui semble être le cas ces mois-ci. Pour l’année 1985, la croissance de l’économie n’atteindra qu’un taux de 5 %, au lieu des 8,5 % prévus. Les exportations ont baissé mais laissent encore à Taïwan un large surplus commercial. La pression politique des partenaires (États-Unis en particulier) pour réduire ce surplus est très forte. Aussi la baisse d’activité de l’économie a produit une montée du chômage (près de 4 % cet automne, contre 2,8 % l’an dernier). Mais si Taïwan connaît des difficultés, ce n’est pas à cause d’un quelconque affaiblissement du dynamisme interne. D’une part, Taïwan subit la concurrence d’autres pays en développement rapide et d’autre part se montre particulièrement vulnérable aux mesures protectionnistes des pays occidentaux. Par ailleurs, l’activité touristique est en baisse à cause, sans doute, de l’ouverture de la Chine continentale.
Nous ne voulons pas nous attarder à une description poussée de la situation économique. Certes, nous portons le souci de ceux dont la situation reste précaire et dont les revenus sont faibles. Mais on ne doit pas chercher dans l’analyse économique l’explication de nos difficul-tés actuelles dans l’apostolat. D’autres pays d’Extrême-Orient (Corée du Sud, Hongkong, Singapour) connaissent une évolution économique semblable ; cependant le christianisme y est florissant, ce qui n’est pas le cas ici.
La politique générale du parti nationaliste au pouvoir semble radicalement inchangée depuis bientôt quarante ans. Pourtant quelques petits faits montrent que les Chinois savent évoluer en douceur. Par exemple, la télévision donne assez souvent la parole à des gens qui, sans critiquer aucunement l’action globale du gouvernement, dénoncent l’incapacité ou la lenteur de telle ou telle administration.
Le gouvernement a dû renoncer, sous l’effet de la pression populaire, à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire. Dans les journaux, les déclarations ou slogans anticommunistes n’apparaissent plus qu’en deuxième ou troisième position, laissant la place du premier titre aux grandes nouvelles économiques ou aux décisions du gouvernement. On voit donc le souci de gouverner d’une façon moins idéologique, plus près des faits.
II. L’ÉGLISE DE TAÏWAN
La situation générale de l’Église, dans l’ensemble de l’île, ressemble à celle des communautés dont nous avons la charge.
Sur le plan social et éducatif, l’Église gère des organismes puissants qui fonctionnent assez bien et permettent de sauver la face. Certains hôpitaux se développent, d’autres se maintiennent ou végètent, l’un ou l’autre a même dû fermer, faute d’un bon médecin. Les écoles catholiques, si elles sont moins nombreuses qu’à Hongkong, existent et poursuivent leur œuvre d’éducation, mais les conversions y sont de moins en moins nombreuses. Les « Credit-Union » lancés par les Eglises acquièrent peu à peu leur autonomie de fonctionnement, mais pas tous ; certains Pères soutiennent encore les leurs à bout de bras, accomplissant une partie du travail du trésorier et des contrôleurs, faute de responsables bien formés.
Mais c’est en ce qui concerne la situation proprement religieuse que les problèmes sont les plus inquiétants. L’assistance dominicale se raréfie presque partout. Les différents mouvements tels les « cursillos » (groupes bibliques) recrutent beaucoup parmi les personnes âgées. Depuis plus de vingt ans, le nombre des chrétiens est à peu près stationnaire (300.000 environ). Compte tenu de l’accroissement naturel de la population, il n’est guère exagéré de dire que nous avons perdu la moitié de notre chrétienté.
Le nombre des prêtres n’a pas encore beaucoup diminué : 750 environ (900 aux plus beaux jours). Cependant la plupart sont âgés. 63 seulement sont nés à Taïwan : 40 Minnans, 8 Hakkas, 15 aborigènes. Il y a actuellement 70 séminaristes contre 80 en 1982. Certains évêques, reprenant l’ancien idéal MEP, donnent la priorité à la question des vocations ; c’est ainsi qu’on lance un peu partout le mouvement « croisade eucharistique » pour les enfants. Certains évêques mettent aussi très fortement l’accent sur l’étude et la lecture de la Bible, lecture personnelle, en famille, en équipe, mais la base a bien du mal à suivre le mouvement. Il en est de même pour les « comités d’évangélisation » qui devraient, dans l’esprit de nos dirigeants, insuffler dans chaque paroisse un nouveau dynamisme missionnaire. En général, la communication se fait assez mal entre les curés de paroisse et tous ceux qui travaillent à un niveau extra ou supra-paroissial. Un signe parmi d’autres : la manière même dont sont publiées les statistiques — on indique d’abord le nombre d’évêques, de prêtres, de religieuses, et, ensuite seulement, le nombre de catholiques — donne à penser que la théologie de « Lumen gentium » n’est pas encore entrée dans les mœurs.
Il y a dix ans, l’épiscopat publiait : « Construire une Église locale ». L’un des trois buts recherchés était l’autofinancement. A-t-on progressé en ce sens ? On ne saurait trop l’espérer, ni surtout affirmer quoi que ce soit : on publie certes très consciencieusement les contributions de chaque paroisse aux quêtes prescrites, mais il est encore loin le jour où l’on publiera aussi le montant des sommes reçues de l’étranger.
En 1983, nous avons fêté le quatrième centenaire de la venue de Matteo Ricci en Chine. Conférences, publications, expositions se sont multipliées. L’année s’est terminée par un grand rassemblement à Taïpeh (10.000 chrétiens, c’est grandiose pour nous !). Pour cette année 1983, la conférence épiscopale avait fixé un objectif ambitieux : augmenter de 10 % le nombre des catholiques. L’homme propose...
En 1984, c’est à Kaoshiong que l’on fêtait le cent vingt-cinquième anniversaire de la venue des premiers missionnaires à Taïwan. Une grande réunion, ayant pour but de redéfinir une stratégie d’évangélisation, est en préparation pour 1987. Malgré les difficultés, l’Église poursuit ses efforts dans de multiples directions. On a même proposé des cassettes aux chauffeurs de taxi catholiques pour qu’ils fassent passer un message lors du transport des passagers.
Taïwan ne manque pas de spécialistes qui ont étudié les religions non chrétiennes. Les études du Père Raguin, s.j., sur le bouddhisme et le taoïsme sont justement célèbres. Mais elles sont assez théoriques accordant une large part à l’histoire ancienne et au vécu de quelques moines. Ces études cernent donc mal la religion effectivement pratiquée dans les familles, avec toutes les implications psycho-affectives, la manière dont cette religion structure ou ne structure pas le comportement quotidien et les rapports sociaux.
D’autres chercheurs ont procédé par enquêtes et questionnaires, oubliant un peu que dans le domaine religieux la différence est fort grande entre ce qui est dit et ce qui est vécu (il suffit de s’examiner pour s’en convaincre !).
Nous proposons ici un tableau comportant une bonne part d’hypothèses :
Catholicisme Religions à Taïwan Société
Un livre : la Bible, une doc-
trine, un dogme à étudier
pour le baptême Peu ou pas de doctrine. Les trois principes du peuple de Sun Yat Sen étudiés dans les écoles, objet de foi plus que de discussions
Rassemblement dominical exigé
Visites aux temples, pro- cessions — très libres. Nombreuses démonstrations collectives de patriotisme, en particulier dans les écoles.
Prières communautaires — chants Pas de prières communau- taires. Chants patriotiques.
Chacun doit prier. On peut payer des spécia- listes pour prier.
Prier c’est surtout s’en remettre à Dieu. Prier c’est plus ou moins « obliger » la divinité.
Exigence de conversion, d’effort moral. Autre conception de la morale. Morale laïque enseignée par famille, école, télévision.
Rites requérant l’adhésion du cœur. Rites efficaces en eux-mêmes.
« Tout est à vous » : Saint Paul Peur des mauvais esprits.
Superstitions.
Égalité foncière de tous. Accent sur la hiérarchisation.
Universalisme (proclamé). Ethnocentrisme assez marqué.
Détient la Vérité ultime. Toutes les religions se valent
Dans le tableau ci-dessus les rapprochements et les contrastes sont sans doute forcés, mais ils nous permettent de comprendre certains phénomènes.
1. La différence de statut social entre le catholicisme en pays de chrétienté et les religions à Taïwan. La religion est ici une affaire beaucoup plus privée.
2. Les conflits latents entre les Églises chrétiennes et les écoles. La plupart des enseignants catholiques ne manifestent pas beaucoup de zèle évangélique, sauf chez les Bunums.
3. Les influences extérieures déteignent sur la vie même de l’Église. Certains chrétiens feraient volontiers appel au prêtre pour les morts. Les évêques, dans leur rapport au synode, demandent que l’autorité soit plus affirmée dans l’Église. En milieu chinois ou taïwanais, il est difficile de regrouper les chrétiens en une vraie communauté.
Taïwan vit un isolement diplomatique de plus en plus marqué. Si le commerce n’en souffre guère, cela reste une blessure pour la population, comme le montre l’importance accordée aux performances sportives des athlètes de Taïwan dans les rencontres internationales. L’isolement diplomatique engendre un durcissement, une affirmation renforcée de l’identité chinoise, et dans ce contexte, la conversion apparaîtrait comme une infidélité.
On a parlé à la légère de « désarroi culturel » provoqué par la modernisation accélérée. Il faudrait y regarder de plus près. Certes, la criminalité pose problème comme dans toutes les sociétés industrialisées. Cependant les grands principes confucéens de bienveillance, politesse, piété filiale, fidélité n’ont pas forcément perdu leur influence.
Le pays reste fortement conscient de ces idéaux politiques, culturels et éthiques. La distinction faite entre la morale et la religion permet une grande souplesse d’adaptation. En général, la jeunesse semble optimiste et heureuse de vivre. Il ne paraît donc pas à propos, ni théologiquement très sain, de tabler sur un désarroi pour faire avancer l’évangélisation.
III. LE DIOCÈSE DE HUALIEN
Le diocèse de Hualien présente beaucoup de particularités, vu que 90 à 95 % des catholiques sont aborigènes, et, en même temps, il suit la même évolution et est affronté aux mêmes difficultés que l’ensemble de l’Église à Taïwan : les gens regardent la même télévision, les enfants fréquentent les mêmes écoles, la migration des jeunes travailleurs atteint autant, sinon plus encore, nos communautés, la zone à industrialiser de la ville de Hualien restant désespérément vide.
A ce qu’il nous semble, beaucoup de jeunes aborigènes, surtout mis en contact avec la masse taïwanaise, se sentent mal dans leur peau, vivent leur appartenance tribale plus ou moins comme une malédiction, ce qui peut expliquer que tant de jeunes filles cherchent à épouser des Taïwanais. Aussi certains considèrent que l’adhésion de leurs parents à l’Église catholique (car c’est plus l’adhésion à une Église, qu’à la personne du Christ) est une fausse solution. Ils veulent s’intégrer, effacer au maximum les différences. Certains oublient leur langue ; d’autres, qui la connaissent, refusent de la parler et de l’enseigner à leurs enfants. Dans de telles conditions, si les parents n’ont pas une foi personnelle, comment les jeunes les suivraient-ils dans une démarche qui les met encore plus à part du reste de la société ?
Le souci essentiel des confrères est donc l’avenir de la jeunesse. La plupart des enfants des catholiques sont baptisés. La proportion semble toutefois faiblir dans le Nord, près de Hualien. Cependant l’éducation ordinaire laisse déjà à désirer, les enfants étant souvent confiés aux grands-parents, les parents eux-mêmes travaillant en usine. L’éducation religieuse est encore moins réussie
— les parents s’en désintéressent,
— il est difficile de trouver des catéchistes,
— les religieuses de Sainte-Marthe, sur lesquelles beaucoup comptent, n’ont pas toujours les aptitudes (voire le zèle) que l’on espérait.
Le problème s’aggrave pour les jeunes qui entrent dans les collèges. Les étudiants sont enclins à se désintéresser de la religion.
Les jeunes émigrant pour la plupart vers les centres industriels, les paroisses et les activités tournent avec un noyau d’adultes âgés, auquel se raccroche une partie seulement des quelques foyers plus jeunes qui sont restés sur place.
Par ailleurs, si plus de la moitié de la chrétienté aborigène du diocèse est de la tribu Amis, cette même tribu ne compte qu’un seul prêtre sur les 15 prêtres aborigènes, alors qu’il y a de nombreuses religieuses (une quarantaine) ; ceci est sans doute dû aux structures matriarcales de l’ethnie.
Les confrères MEP poursuivent dans le diocèse le même genre d’apostolat que par le passé, la plupart au même endroit. Depuis la dernière Assemblée générale, 3 seulement sur 19 ont changé de poste et, comme ce sont les plus jeunes, on aurait tendance à penser qu’ils n’avaient pas encore trouvé le poste idéal. Plusieurs se félicitent d’une certaine amélioration de la situation financière de leur paroisse, les communautés locales contribuant, mieux que par le passé, à l’entretien des églises et se montrant plus généreuses lors des quêtes.
Par ailleurs, un gros effort a été fourni pour la formation de « leaders » — animateurs paroissiaux bénévoles —. Onze sessions de trois jours réunirent une cinquantaine de participants, de mars 1983 à mars 1985. Les cours, au contenu fort divers, étaient donnés en langue amis. Le dévouement de ces leaders est assez remarquable mais ils sont relativement âgés (âge moyen : 50 ans) et leur formation intellectuelle est insuffisante.
Il va falloir mettre en place une formation permanente. L’utilisation de ces « leaders » suppose aussi une redistribution et une coordination du travail dans les paroisses. Parmi les autres fruits non négligeables de ces sessions, relevons que le Père Bareigts a publié un magistral cours d’histoire de l’Église, en langue amis, et que le Père Pourrias a pu expéri-menter son futur Rituel qui devrait accompagner nos gens du berceau à la tombe, et au-delà.
Le diocèse s’est lancé sur le tard dans l’apostolat en milieu taïwanais, à un moment où le mouvement de conversion des aborigènes, était déjà bien ralenti. Aussi les confrères qui travaillent auprès des Taïwanais n’ont que des communautés réduites. Par souci d’économie, semble-t-il, les catéchistes taïwanais ont tous été congédiés, ce qui est un choix discutable quand on considère les sommes d’argent investies dans les constructions. De toute façon, l’apostolat en milieu taïwanais reste ingrat et suppose patience et longanimité.
En milieu Bunun, le Père Gagelin poursuit, lui aussi, la formation de « leaders » par des journées de formation pour lesquelles il fait en général venir un conférencier (participation moyenne de 50 personnes).
En plus de leurs activités paroissiales, beaucoup de Pères ont des activités touchant de près ou de loin à la pastorale et qui favorisent leur équilibre de vie. Ainsi les Pères Lespade, Bouhey et Rollin sont très présents au monde du sport, les Pères Louis-Tisserand et Poinsot au monde des arboriculteurs, le Père Bareigts poursuit ses recherches ethnologiques, le Père Duris prépare des chants en langue bunun, le Père Fays inaugure dans le diocèse des sessions de deux jours pour couples (marriage encounter) : leur but est de susciter une vie de foi plus intense dans le foyer. Le Père Lespade visite aussi les prisons et participe à une permanence téléphonique (« life line »). Le Père André Cuerq donne de son temps sans compter au centre des handicapés qu’il dirige ; il y accueille chaque jour une douzaine d’enfants débiles-profonds que les écoles ne prennent pas. Les Pères Lespade et Cuerq tiennent à donner ainsi au milieu taïwanais dont ils sont spécialement chargés l’exemple d’une charité active.
L’ensemble des confrères est fidèle aux réunions mensuelles et assez fidèle à la réunion (libre) dite de formation permanente qui permet, sinon de mettre nos connaissances à jour, du moins de rapprocher nos points de vue et attitudes pastorales.
IV. LE CENTRE PASTORAL DE TAIPEI
Le but de centre, fondé en 1970, est d’abord d’aider les chrétiens (en priorité les aborigènes) qui ont émigré dans les grandes villes, à s’intégrer dans les paroisses urbaines et la société industrielle. C’est aussi de faire de ces catholiques des missionnaires dans le nouveau milieu où ils vivent.
En 1983, les Pères Redoutey et G. Cuerq ont visité environ 8.000 ouvriers ou familles, dans le secteur Keelung-Taichung qui s’étend sur près de 250 kilomètres.
En 1984, après le départ du Père Redoutey, grâce à l’aide spontanée des jeunes et de quelques foyers, le centre a pu visiter et rester en contact avec environ le même nombre d’ouvriers.
En 1985, le Père Cuerq partant en congé, le centre a dû s’adjoindre deux secrétaires pour maintenir une permanence et pouvoir continuer les visites. Davantage de jeunes et de foyers ont, eux aussi, fait effort pour rencontrer « nos gars ».
Combien de gens dépendent-ils du centre ? Il est bien difficile de le dire. Si nous sommes en contact régulier avec environ 8.000 catholiques, il faut avouer que les distances et l’extrême mobilité des jeunes ouvriers rendent la tâche difficile. Il faut ajouter que bien peu de curés du diocèse de Hualien nous aident à cette recherche, car les jeunes qui partent tiennent souvent à garder une certaine indépendance vis-à-vis de leur famille et de l’Église, même si les parents savent très bien où se trouvent leurs rejetons. Cependant, selon une estimation approximative, tous les catholiques émigrés pourraient être environ 18.000.
Nos gens sont-ils fervents ? Environ 10 % vont à la messe dominicale régulièrement ; pour les autres, les raisons d’une moindre ferveur sont diverses. Disons que nous avons affaire à une communauté fraîchement convertie et qui n’a pas reçu une formation religieuse très poussée, surtout les jeunes migrants actuels. Arrivant dans le milieu du travail, pour lequel ils n’ont pas été préparés, dans un monde chinois paganisé, loin des cadres de la tribu, avec des horaires de travail qui, parfois, ne leur laissent que deux dimanches de repos mensuel, il est compréhensible qu’ils se sentent perdus. Depuis 1983, nous avons lancé une journée mensuelle de formation, d’abord pour les jeunes, et, depuis l’an dernier, pour tous les volontaires.
50 personnes en moyenne acceptent de sacrifier une de leurs rares journées de repos pour approfondir leur foi. Dans plusieurs secteurs, ils dirigent eux-mêmes la prière communautaire, visitent les familles et les ouvriers en usine. Grâce à eux, beaucoup retrouvent le chemin de l’Église ou désirent se convertir. Cependant ils agissent exclusivement dans leur milieu aborigène et ont peu d’influence sur les Chinois. Le problème le plus urgent à résoudre est celui de la formation humaine et chrétienne des enfants et des jeunes adolescents, qui sont rarement pris en charge par les paroisses. Ils sont pourtant l’avenir de notre jeune Eglise.
Notre effort actuel continue à porter sur les jeunes ouvriers. Nous avons, chaque année, avec eux des activités qui les rassemblent soit pour les loisirs, soit pour leur formation.
Environ 300 d’entre eux viennent régulièrement à ces rencontres et prennent en charge leurs compagnons de travail, y compris des Chinois. Ce sont eux qui, cette année, ont pourvu au fonctionnement du centre et ils y ont fait du très bon travail. Pour l’Assomption, rencontre annuelle de tous « nos » migrants, ils ont réussi à regrouper au moins 6.000 personnes.
Dépendant à la fois des paroisses locales et du centre, nos gens ne comprennent pas toujours que notre but est de les aider à s’intégrer dans leur milieu de travail et dans leur paroisse locale. Sur le plan financier, nous les poussons à aider cette paroisse, au détriment du centre qui s’efforce de vivre d’aides extérieures et sans subsides du diocèse.
Pessimiste, on l’est parfois, quand on connaît le nombre des jeunes migrants qui, chaque année, arrivent dans le secteur, mais dont nous n’avons ni les noms ni les adresses. Beaucoup de prêtres ou de paroisses des diocèses d’où viennent ces jeunes ne collaborent pas avec le centre. Que faire ?
Les enfants et les adolescents des familles ouvrières, qui, à l’école, se mêlent facilement à leurs camarades chinois, ne sont que rarement pris en charge par l’Église locale. Ils suivent facilement les jeunes non chrétiens dans la recherche de la facilité, de l’argent et des plaisirs. Ils abandonnent parfois toute pratique religieuse.
Il faut être optimiste, car malgré les difficultés et les erreurs, il est certain que le centre a aidé au moins la moitié des migrants dont il a la responsabilité. De plus en plus, des laïcs prennent l’apostolat en main. Les jeunes viennent facilement au centre pour discuter de leurs problèmes ou réfléchir ensemble à leur vie de foi et aux moyens d’aider les autres ouvriers. L’évêque apprécie notre travail, ainsi que les prêtres locaux qui sont heureux de voir les aborigènes venir dans leurs églises.
Le centre a été fondé il y a quinze ans. Peut-être faudrait-il maintenant changer le responsable ; son âge et sa qualité d’étranger ne lui permettent pas toujours de s’adapter à l’évolution de la société, à l’allure qu’il faudrait. Si des jeunes prêtres, possédant la formation convenable et acceptant d’être des serviteurs de Dieu et des autres, sont volontaires, il y a de l’embauche.
Au cours des siècles, dans des situations géopolitiques très variées, l’Église a pris elle-même des visages multiples. On peut certes déplorer l’imperfection humaine qui ne lui permet pas une parfaite réalisation de son mystère. Mais nous ne devons pas craindre la diversité ni rêver, avec nostalgie, d’un modèle unique qui n’a jamais existé.
Sachons au contraire nous émerveiller de cette diversité qui dévoile les différentes facettes du mystère même de Dieu. C’est pourquoi il nous faut poursuivre notre action et notre réflexion et faire apparaître un nouveau visage de l’Église pour que les Chinois puissent dire, à la suite de Saint Jean : « Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru ».
Missionnaires MEP à Taïwan
(décembre 1985)
Nom Âge Résidence Ethnie
Duris Antoine 76 ans Fuyan Amis-Bunun
Poupon Jean 59 ans Futien Amis
Gagelin Claude 58 ans Chohsi Bunun
Maillot Michel :
Supérieur régional 58 ans Juisui Amis
Lespade Auguste:
Vicaire général 56 ans Hwalien Taïwanais
Roy Claude 55 ans Chi-an Amis
Olry Claude 55 ans Shoufeng Amis
Pourrias Louis 55 ans Chunjih Amis
Bareigts André 55 ans Fengpin Amis
Brunet François :
Économe régional 54 ans Hwalien
Poinsot Maurice 53 ans Tungfeng Amis
Cuerq André 51 ans Puli Taïwanais
Rollin Jacques-Antoine 51 ans Hwalien Taiwanais et Amis
Cuerq Gérard 48 ans Taipeh Centre chrétiens-migrants
Redoutey Jean-Marie 46 ans
Moal Yves 44 ans
Bouhey Louis 40 ans Fenglin Amis et divers
Louis-Tisserand Claude 39 ans Yüli Amis et divers
Fays Bernard 37 ans Hwalien Amis et divers
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