| Année: |
1886 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Siam |
| Rédacteur: | Mgr Vey |
I. - Siam.
Population catholique……………14,930
Baptêmes de païens……………… 1,332
Baptêmes d'enfants de païens…… 1,320
La santé de Mgr Vey, assez gravement compromise, l'a forcé de venir chercher en France un repos et des soins que les médecins jugeaient indispensables. Depuis son arrivée au milieu de nous, Sa Grandeur se porte beaucoup mieux, et nous avons l'espoir fondé qu'Elle aura bientôt la joie de retourner au milieu de ses enfants. C'est de notre sanatorium de Monbeton, où il se trouve actuellement, que Mgr de Géraza nous adresse le compte rendu de sa mission.
« L'an dernier, écrit Sa Grandeur, la divine Providence avait enlevé à l'affection de tous les missionnaires le vénérable Père Ranfaing, doyen de la mission de Siam depuis plus de vingt ans. Cette année, deux de nos anciens sont allés aussi recevoir la récompense de leur vie tout apostolique. Le P. Martin, provicaire de la mission, succombait le Jeudi-Saint à une attaque de choléra, et le 10 novembre, le P. Gibarta s'endormait dans le Seigneur, terminant, après une maladie de plus d'un an, sa carrière de 38 ans d'apostolat.
« La santé de plusieurs autres missionnaires n'a pas toujours répondu à leur courage, néanmoins l'œuvre de Dieu s'est faite dans chaque district avec zèle et constance. Partout les missionnaires se sont prodigués, partout aussi les chrétiens se sont montrés dociles à leur parole. Si le jubilé accordé par sa Sainteté Léon XIII a imposé aux pasteurs un surcroît de travail, ils ont été bien dédommagés de leurs peines par les consolations qu'apportent au cœur du prêtre, la ferveur et l'empressement des fidèles à profiter des bienfaits accordés par le Saint-Père.
Dans le courant de l'année, nous avons eu le bonheur de bénir solennellement trois nouvelles églises. L'une dans la province de Nakhon-Xaisi, l'autre à Vai-Niau, province de Ratburi, la troisième dans la province de Nakhon-Na-jok. Ces églises sont, il est vrai, de bien modestes sanctuaires; mais elles ne laissent pas de nous paraître belles, eu égard aux moyens dont nous disposons. MM. Grand, Perbet et le prêtre indigène André remercient la divine Providence qui leur a permis de mener leur œuvre à bonne fin. Les chrétiens de ces postes sont ravis de voir ces églises, qu'ils trouvent belles, remplacer de pauvres abris faits de bambous.
« Nous devons rendre grâces à Dieu, non-seulement pour la tranquillité dont nous n'avons cessé de jouir cette année, pour les consolants résultats du saint ministère parmi les chrétiens, mais encore pour la réussite, qu'il a daigné accorder aux ouvriers évangéliques parmi les païens. Chaque district a fourni son contingent de baptêmes d'adultes; cependant, c'est la vallée du Me-Khong, partie de la mission appelée Laos, qui a contribué aux succès pour la plus large part. »
Au mois de novembre 1885, le P. Dabin, arrivé de Ubon à Bang-Kok, y apportait les plus consolantes nouvelles Les Laotiens s'ébranlaient, les catéchumènes affluaient par centaines aux quatre centres principaux. A Lakhon, sur les rives du Me-Khong, à Sakhon, distant du premier poste de quatre jours de marche dans la direction ouest, à Amnat, la moisson était abondante. A Ubon, la maison, servant tout à la fois d'habitation et de chapelle, était insuffisante à contenir la foule des néophytes.
« Outre les nombreux catéchumènes dont l'instruction prend tout notre temps, écrivait le P. Prodhomme, dix villages des environs d'Ubon me demandent instamment à se faire chrétiens. Nous manquons de personnel enseignant, nous manquons d'argent. Hélas ! qu'il est pénible de ne pas faire le bien, faute de ces moyens. Les dix villages dont je viens de parler, n'ayant pu obtenir des catéchistes, m'ont demandé à copier les prières chrétiennes qu'ils récitent chaque jour, sans en bien comprendre. le sens. »
Le Vicaire Apostolique ne put répondre, au gré de ses désirs, à ces demandes si légitimes de ses missionnaires. Le P. Dabin dut regagner son poste n'emportant que des ressources fort restreintes et avec un seul nouvel ouvrier, le P. Sallio. Leur arrivée pourtant excita la joie de tous, missionnaires, catéchistes et chrétiens.
« Cependant, continue Mgr Vey, quelques mandarins de province, voyant augmenter rapidement les conversions au christianisme, se demandèrent si les succès de ces étrangers, prédicateurs de la nouvelle religion dans leur contrée, avaient l'agrément de Sa Majesté le roi de Siam. S'enhardissant les uns les autres, malgré les lettres favorables qui leur avaient été présentées, ils suscitèrent à nos confrères des embarras qui menaçaient d'enrayer bientôt toute notre action au Laos. Mais, Sa Majesté informée dé tout ce qui se passait, daigna écrire des lettres fort bienveillantes, par l'entremise du mandarin suprême de qui relèvent toutes les provinces laotiennes riveraines du fleuve Me-Khong. Les lettres royales, données en double exemplaire, pour être publiées dans les provinces, ordonnaient à tous les gouverneurs et à leurs subordonnés de traiter les missionnaires comme des amis du royaume, de leur prêter, en cas de besoin, aide et assistance, de ne faire aucune opposition aux sujets laotiens-siamois qui désireraient embrasser la religion catholique. »
Bien des difficultés ont été aplanies aussi par une démarche que le P. Prodhomme, supérieur de cette partie de la mission, a su faire en temps opportun. Il est allé à Nong-Khai, et a obtenu, pour traiter les affaires qui avaient surgi, une audience du prince commandant en chef des troupes siamoises au Laos.
Cette année encore, les écoles ont été, dans la mission de Siam, l'objet d'une attention particulière. « Les résultats, dit Mgr de Géraza, continuent de répondre à notre attente. Trois séminaristes, anciens élèves de notre Petit-Séminaire du Sacré-Cœur, ont reçu les ordres mineurs, un autre a été tonsuré. Les trois premiers seraient déjà ordonnés sous-diacres, si la maladie ne m'avait temporairement éloigné de Siam.
« Bien que leur installation à Bang-Kok soit récente encore, les Sœurs du Saint-Enfant Jésus ont déjà la sympathie de toute la communauté européenne. Nos bonnes religieuses sont appelées à faire beaucoup de bien, même parmi les protestants. Ces derniers nous ont souvent exprimé leur satisfaction d'avoir maintenant à leur portée un établissement, pour faire élever et instruire leurs enfants.
« Le 23 décembre 1885 a été le jour de .la distribution des prix au collège de l'Assomption. Le prince, ministre de l'instruction publique, le gouverneur de Macao, présent à BangKok, où il remplissait une mission diplomatique, le corps consulaire, un grand nombre de potabilités siamoises ont bien voulu montrer parleur présence tout l'intérêt qu'ils portent à cet établissement, déjà important dès les premiers jours de son existence. Il n'y aveu qu'une voix pour féliciter le P. Colombet, chargé de la haute direction du collège, ainsi que les professeurs. Les résultats obtenus en une seule année avaient dépassé toutes les prévisions. De quatre-vingts qu'ils étaient à la fin de l'année, le nombre des élèves montait, lors de la rentrée, au chiffre de cent trente. »
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