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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Thaïlande
Mission: Siam
Rédacteur:Mgr Vey

CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDO-CHINE OCCIDENTALE

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I. — Siam

Population catholique 22.487
Baptêmes d’adultes 439
Conversions d’hérétiques 13
Baptêmes d’enfants de païens 730
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« C’est depuis le 9 septembre jusqu’à la fête de l’Immaculée-Conception, écrit Mgr Vey, qu’ont eu lieu, dans la mission, les exercices du Jubilé accordé par sa Sainteté Pie X. Nos chrétiens en ont bien profité. Il ne pouvait en être autrement, puisque ce Jubilé d’heureux avènement du Saint-Père était donné aussi pour honorer l’Immaculée Conception de la sainte Vierge, que les fidèles de Siam aiment tant à prier ! La dévotion à la sainte Vierge est leur principale dévotion. Nos devanciers dans l’apostolat ont inculqué profondément la confiance en la Mère de Notre-Seigneur ; nous les imitons et, dans chaque chrétienté, le missionnaire sait inspirer à ses néophytes le recours à notre première Protectrice parmi les Bienheureux du ciel.
« Pour préparer les chrétiens à gagner l’indulgence du Jubilé, les confrères voisins les uns des autres se sont concertés et entendus de leur mieux. Des instructions ont eu lieu successivement, dans chaque chrétienté, pendant quatre, cinq, six jours, selon qu’il était jugé utile.
« Qu’ils sont favorisés, les ouvriers apostoliques de certaines missions qui n’ont qu’une seule langue à apprendre ! Ici, il faut se demander qui prêchera en siamois ; qui, en annamite ; qui, en chinois akkha, ou en tel autre dialecte du Céleste-Empire. Dans les divers postes du vicariat, quand le prêtre s’assied au saint tribunal, souvent il doit entendre des confessions faites en différentes langues. Au tribunal de la pénitence, la chose n’est pas très difficile ; mais quand il s’agit de faire publiquement une série d’instructions pratiques bien comprises des auditeurs, une connaissance superficielle de la langue dans laquelle on prêche ne suffit pas. Il faut la bien parler, être sûr de la signification des termes employés ; sinon, on frappe les oreilles, sans dire beaucoup tant au cœur qu’à l’intelligence. Aussi, à chaque Jubilé, est-il indispensable que les missionnaires s’entendent, se partagent la besogne, selon qu’ils sont plus versés dans la connaissance de telle ou telle langue en usage à Siam.
« Encore une langue, jusqu’ici inutile, qu’il faut ajouter à notre répertoire ! Jusqu’à ces dernières années, en effet, un très petit nombre d’Indiens chrétiens étaient venus à Siam ; le courant d’émigration de l’Inde se tournait vers d’autres pays. Les quelques individus qui nous venaient, n’amenaient pas leurs familles ; ils étaient originaires de Madras ou de ses environs, et ils avaient une connaissance suffisante de l’anglais pour pouvoir remplir leurs devoirs religieux.
« Mais, peu à peu, des familles entières sont arrivées ; mères et enfants seraient délaissés, si quelqu’un d’entre nous ne pouvait les instruire et leur apprendre à se préparer, comme il convient, à la réception des sacrements. C’est un prêtre indigène qui apprend le tamoul sous la direction de M. Colombet. Il exercera le saint ministère auprès de la petite colonie d’Indiens qui est venue s’ajouter à notre troupeau.
« Une épidémie de petite vérole a sévi pendant les mois de février, mars, avril. Une vingtaine d’Européens furent atteints et vinrent se faire soigner à l’hôpital Saint-Louis. Le mal étant de ceux qu’on est convenu d’appeler contagieux, il fallut trouver un local pour séparer les varioleux des autres malades en traitement. Nous ne pouvions disposer que d’une construction en bois couverte en « atapes, » et que l’on désigne sous le nom de paillote. La paillote est fort bien aérée ; par conséquent, très salubre : mais d’aucuns disaient : « Ce n’est pas un local convenable pour des malades européens. »
« Quand l’épidémie, suivant son cours, eut cessé, les principales maisons de commerce, jugeant qu’il serait prudent de se pourvoir pour l’avenir, nous firent des avances dans le but de bâtir un nouveau pavillon, destiné aux maladies contagieuses. La charité, qui doit s’exercer envers tout le monde sans distinction de religion, voulait que nous nous prêtions à ce louable projet. M. Romieu s’est mis à l’œuvre pour en assurer la prompte exécution.
« Quatre malades de la petite vérole ont succombé, malgré la science et le dévouement sans bornes de notre excellent médecin, le docteur Poix ; malgré les soins des religieuses de Saint-Paul de Chartres, dont la conduite a été fort louée par les protestants et les païens, témoins de leur assiduité, de leur abnégation, auprès de ces malades que les hommes du monde tiennent tant à éloigner d’eux.
« Parmi les quatre victimes de l’épidémie, nous avons eu la douleur de compter le Frère Adalbert. Sa mort est une grande perte pour nos chers Frères de Saint-Gabriel, qui dirigent le collège de l’Assomption. Le regretté Frère jouissait d’une bonne santé ; il s’était bien acclimaté. Ardent au travail, intelligent et dévoué, il semblait être appelé à partager le labeur de ses collègues et rendre de grands services, pendant de longues années, à notre jeunesse siamoise. A l’annonce de sa mort, ses élèves n’ont pu retenir leurs larmes, et ceux d’entre eux qui sont chrétiens, ont joint leurs prières aux nôtres pour le repos de son âme.

« Je dois ajouter ici quelques mots sur les progrès déjà accomplis ou en voie de s’accomplir à Siam. C’est notre retraite annuelle qui me suggère la pensée d’en parler. Il y a bien peu d’années encore, nos confrères, pour se rendre à la retraite, comme pour tout autre déplacement, devaient voyager en barque : il fallait donc avoir barque, rameurs et approvisionnements pour la route.
« Arrivés à Bangkok pour la retraite, les confrères devaient nécessairement y passer un certain nombre de jours, et chacun d’eux avait à se préoccuper tout spécialement de ses rameurs. A Siam comme partout, les jeunes gens aiment les amusements, les escapades ; et dire si Bangkok leur en fournit des occasions ! Il arrivait que le séjour dans la capitale détraquait, de loin en loin, un des rameurs. Si j’ai bon souvenir, cette année, tous les confrères ont pu venir seuls, débarrassés de l’attirail ennuyeux d’autrefois : une valise composait tout leur bagage. Ils s’en sont retournés par les voies qui les avaient amenés : qui, en bateau à vapeur ; qui, en chemin de fer ; l’administration de Sa Majesté ChulaLongkorn ayant déjà doté le pays de ces moyens rapides de locomotion.
« Outre les lignes ferrées déjà construites ou en voie de construction, Sa Majesté fait creuser des canaux, qui s’en vont porter la fécondité dans des plaines jusqu’à présent arides et incultes, à cause du manque d’eau à la saison sèche. Ces travaux d’irrigation développent grandement la culture des champs et facilitent les communications de toute sorte, en reliant les unes aux autres les rivières qui arrosent la grande plaine du bas Siam.
« C’est surtout Bangkok, la capitale, que le roi s’est appliqué à faire améliorer. Pendant plus de la moitié de son règne, voulions-nous aller d’une église à l’autre, c’était toujours à la sempiternelle barque et aux rameurs qu’il fallait avoir recours. Aujourd’hui, de bonnes routes pour les voitures et des lignes de tramways sillonnent la ville ; le va-et-vient y est devenu aussi facile, aussi commode que dans nos grandes villes d’Europe.
« Cependant, toute médaille a son revers. Des travaux si considérables ont nécessité de grandes dépenses, que les impôts perçus autrefois ne pouvaient parvenir à combler ; il a donc fallu les augmenter et en créer de nouveaux. Parmi ces impôts, ou surtaxes, nouvellement établis, les plus onéreux pour le peuple, et conséquemment pour le plus grand nombre de nos chrétiens, sont ceux qui pèsent sur la culture des terres, sur les instruments de pêche dans les eaux libres, sur les droits de pêche dans certaines eaux, canaux et étangs, où la pêche est sévèrement prohibée. Le surcroît de charge est inévitable ; si l’on veut progresser, il en faut prendre les moyens. On tient à marcher sur les traces du Japon, dont les succès ont montré que nos Orientaux pourront faire bientôt ce que fait l’Européen. Puisqu’ils ont recours à la science de l’Européen pour réaliser les progrès matériels, puissent-ils, un jour aussi, avoir recours à sa religion pour trouver le chemin qui mène au ciel !

« Dans les différents postes qui leur sont confiés, nos confrères ont, comme par le passé, fait de leur mieux ; le tableau des résultats de leur ministère l’atteste. Il est vrai que les baptêmes de païens ( je ne parle pas des baptêmes d’enfants à l’article de la mort ) ne sont pas bien nombreux : cependant 439 âmes, arrachées ainsi au paganisme chaque année, feront une couronne particulièrement belle aux missionnaires qui auront tout quitté pour venir les sauver.
« Nos chers Frères de Saint-Gabriel ont eu, en décembre, une fort belle distribution de prix. La salle où elle avait lieu, quoique très grande, était remplie par les parents des élèves et les personnages munis d’une carte d’entrée. Il aurait fallu toute une vaste cour pour donner place à tous ceux qui désiraient assister à la fête, entendre la musique, voir les deux petites pièces jouées, l’une en français, l’autre en anglais. Le succès des jeunes acteurs a dépassé toute prévision ; les chauds applaudissements, à maintes reprises, exprimaient combien les assistants étaient satisfaits. Qu’il a donc fallu de patience à nos chers Frères pour arriver à ce résultat ! Mais leur vie est toute de dévouement ; ils étaient heureux de donner cette fête à l’approche des vacances, afin d’encourager, par des prix bien mérités, élèves et parents.
« Dans le courant de l’année, les Religieuses de Saint-Paul de Chartres qui dirigent l’hôpital Saint-Louis depuis huit ans déjà, ont fondé un second établissement près de l’église de l’Assomption.
« De concert avec les Religieuses de Saint-Maur, établies assez loin de toute église, elles se consacreront à la formation des jeunes filles indigènes, européennes ou eurasiennes. Ces dernières deviennent de jour en jour plus nombreuses ; à part celles qui sont légitimes, elles ont toutes des mères païennes, et nous voudrions en sauver du paganisme autant qu’il est en notre pouvoir.

« Nous avons eu la douleur de perdre deux de nos confrères, MM. Schmitt et Gennevoise, dont la notice mortuaire a déjà paru dans le compte rendu de l’année dernière. Ils ont passé en faisant le bien. Dieu nous les a enlevés : que sa divine volonté soit faite ! »


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