| Année: |
1938 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Bangkok |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDOCHINE OCCIDENTALE
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I. — Bangkok.
(Siam)
Population catholique 34.729
Baptêmes d’adultes 535
Baptêmes d’enfants de païens 1.008
Conversions d’hérétiques 7
S. Exc. Mgr Perros estime que les résultats obtenus pendant cet exercice ne sont guère brillants. — « Nous semons dans un terrain particulièrement ingrat, écrit-il, et si nous semons toujours, le grain ne germe pas comme nous le voudrions ; et, celui qui lève est souvent étouffé par les ronces, ou bien il meurt après être sorti de terre ! Les préoccupations matérielles, la recherche surtout du bien-être, annihilent parfois les résolutions qui paraissent solides et la foi des néophytes qui semblaient d’une ferveur éprouvée ; l’inconstance, qui est le trait principal du tempérament de nos Siamois, fait qu’ils se fatiguent vite de la soumission aux préceptes évangéliques et de la fidélité aux devoirs du chrétien. Heureusement, nous avons pu gagner à Dieu un certain nombre d’âmes par des baptêmes in articuto mortis qui nous procurent des intercesseurs auprès du Divin Maître.
« Cette année nous déplorons la mort de deux missionnaires : MM. Martin et Gastal ; le premier arrivé en Mission en 1930, et décédé le 26 décembre 1937 à l’âge de 33 ans ; le second venu en 1910 et mort il y a deux jours seulement. M. Gastal a travaillé avec zèle et persévérance pendant de longues années. Leur départ pour un monde meilleur laisse deux vides profonds dans la Mission. En outre, un prêtre indigène atteint depuis plusieurs années de nombreuses infirmités vient de mourir.
« M. Perroudon, Provicaire et curé de la cathédrale, se réjouit de l’heureux développement de nos écoles : « Cette année encore, écrit-il, je me suis occupé tout spécialement des écoles « paroissiales : elles sont bien installées et j’ai à dire un merci tout spécial à la Mère « Supérieure du Couvent de l’Assomption, ainsi qu’à plusieurs membres de l’Action « Catholique pour leur dévouement à cette œuvre si importante. Actuellement je m’applique à « mettre au point les diverses organisations et installations de ces dernières années. Parmi nos « chrétiens on trouve d’excellentes familles, mais on rencontre également des misères qui « s’expliquent par l’ambiance païenne dans laquelle sont noyés nos fidèles. Quelques jeunes « tout preuve d’une réelle bonne volonté : puissent-ils devenir le ferment qui soulèvera la pâte « et nous permettra plus tard d’enregistrer de beaux succès. » — M. Richard, qui indépendamment de ses fonctions d’aumônier des religieuses indigènes, administre le poste de Nong-hin, m’écrit : « A Nonghin même, je n’ai rien de bien important à signaler. « Toutefois, c’est une grande joie, pour moi de constater une augmentation de plusieurs « centaines sur le nombre des communions de dévotion. Malheureusement l’instruction « religieuse des enfants des écoles a été négligée par suite de mes absences plus ou moins « prolongées. Il est regrettable qu’un prêtre ne reste pas à demeure dans ce poste où les « chrétiens déjà nombreux continuent d’augmenter. A Nakhonpathom, j’ai eu le bonheur de « voir une famille chinoise embrasser la religion catholique. Le père et deux enfants sont « baptisés, il reste encore la mère et une enfant, mais l’instruction de la maman est plus « difficile parce qu’elle ne connaît pas les caractères chinois.
« De Xiengmai, M. Carton succédant à M. Meunier nommé au séminaire s’excuse de ne pas pouvoir donner un rapport complet sur son nouveau poste. — « N’étant à Xiengmai que « depuis le mois de mai, dit-il, il me serait difficile de faire le compte rendu exact des travaux « accomplis dans ce vaste district pendant l’exercice 1937-38. Je n’ai pu prendre contact « qu’avec quelques postes secondaires ; toutefois, ma première impression est un sentiment « d’admiration pour le travail fourni par mes prédécesseurs. Ils sont allés de l’avant, « s’efforçant de propager la religion chrétienne partout où la chose a été possible. « Malheureusement le mouvement des conversions s’est sensiblement ralenti. Il s’agit « maintenant d’organiser ce qui a été conquis ; pour cela, il faut installer et fortifier les « endroits appelés naturellement à devenir des centres chrétiens. Parmi ces derniers, le poste « de Xiengmai avec sa succursale de Mërim vient en tête. Bien que le nombre des catholiques « soit encore faible, il convient d’admettre cependant que Xiengmai a toutes les possibilités de « se développer. Les écoles paroissiales fonctionnent depuis plusieurs années et donnent « satisfaction. Le Collège Montfort, dirigé par les Frères de Saint-Gabriel, compte 180 « élèves ; l’Institut Regina Cœli, tenu par les Religieuses Ursulines, en a 240. Sans doute, tous « ces enfants ne sont pas chrétiens, pourtant il y a lieu d’espérer que l’éducation qu’ils « reçoivent de maîtres chrétiens laissera des traces dans leurs âmes. Quant aux néophytes, ils « ont besoin de soins spéciaux et prolongés. Venus pour la plupart du protestantisme, ils ont « gardé l’habitude de s’en remettre au missionnaire pour assurer leur vie matérielle peut-être « plus que leur vie spirituelle. Quoi qu’il en soit, le poste de Xiengmai est considéré comme « définitivement installé. Le 7 février dernier, il a eu l’honneur de recevoir la visite de S. Exc. « Mgr Drapier, Délégué Apostolique en Indochine.
« Un autre point central est Lampang. Nous y possédons un terrain avec une maison-« chapelle solidement construite. Hélas, les chrétiens y sont peu nombreux et la plupart ne « sont pas en règle avec les lois de l’Eglise. Malgré cet inconvénient, Lampang semble « promettre pour l’avenir autant que Xiengmai ; cette première ville est un centre de « communications plus important et le commerce y est plus florissant. Pour développer la « chrétienté et en faire un centre très prospère, il serait nécessaire d’y fonder des « établissements d’instruction comme à Xiengmai. Mais où trouver les ressources pour cela ? « — De Lampang, je comptais me rendre à Xiengrai (231 km.) ; le voyage est facilité par « plusieurs services d’automobiles par jour. Sur la route, j’ai traversé deux agglomérations « assez importantes : Mu’âng-Ngao et Phayao ; dans cette dernière j’ai rencontré deux « chrétiens chinois dont la situation n’est pas régulière. A Mu’âng-Phan (180 km de « Lampang) résidence de M. Athanase, j’ai trouvé un groupe d’environ 80 chrétiens, tous « néophytes, qui m’ont fait bonne impression. Par malheur, le lendemain de mon arrivée une « pluie torrentielle est tombée pendant 24 heures, rendant impossible le voyage de Xiengrai « par suite de la rupture d’un pont. J’ai bien regretté ce contre-temps, mais ce n’est que partie « remise. On me dit qu’il y a là, en dehors d’un groupement protestant avec chapelle et école, « plusieurs catholiques parfaitement en règle. Xiengrai pourrait donc devenir avec Xiengmai « et Lampang un 3e contre dans la partie nord du Siam. Mittai Dominus operarios in messem « suam. »
« M. François Tsinguen, poursuit Mgr Perros, travaille actuellement à Viengpapao, entre Mu’âng-Phan et Xiengdao. Cette chrétienté qui a toujours un prêtre résidant donne des résultats satisfaisants : son école compte 142 élèves, chrétiens et païens. Ce qui deviendra urgent, après l’installation de Lampang et de Xiengrai, c’est l’évangélisation des païens ; quand nous aurons de nombreux chrétiens dans ces deux localités elles formeront deux centres importants. Hélas ! où trouver des auxiliaires et des ressources pour la réalisation de ce programme ? Les premiers catéchistes employés depuis la fondation de la mission de Xiengmai étaient presque tous des convertis du protestantisme. Ils ont rendu des services appréciables, certes, mais n’ont jamais complètement abandonné leurs anciennes habitudes, particulièrement celle de travailler en vue d’un salaire matériel. A la moindre contrariété ils se retirent ; quelques-uns sont même retournés temporairement au protestantisme ; mais ils nous sont revenus plus tard, toutefois, ils n’ont plus l’autorité nécessaire pour enseigner. Actuellement, il ne reste plus que deux anciens catéchistes. Il y a là une œuvre à créer : la formation de vrais catéchistes, comprenant leur fonction autrement que comme un moyen de gagner de l’argent. Ces futurs auxiliaires devraient être choisis autant que possible parmi les anciens chrétiens de la partie sud du Vicariat et dont la fidélité et la science religieuse ne laisseraient aucun doute. Peu à peu on pourrait leur adjoindre des catholiques du nord bien instruits et d’une foi éprouvée.
« De l’extrême-nord de la Mission passons à l’est. M. Nicolas, qui est chargé actuellement de Khôrat, ajoute à son compte rendu les réflexions suivantes : « Les chrétiens sont pauvres « pour la plupart, et à cause de cela vivent dispersés en différentes directions pour gagner leur « subsistance. Quand ils sont loin de l’église, ils n’ont ni la facilité de recevoir fréquemment « les sacrements, ni d’entendre les prédications, ni d’étudier le catéchisme ; fatalement ils « deviennent tièdes. Des jeunes filles ne trouvant pas à se marier avec des jeunes gens « chrétiens se laissent enlever par des païens ; honteuses, elles n’osent plus revenir à l’église « pour y prier et pour assister à la sainte messe ; leurs enfants ne reçoivent pas le baptême et « sont élevés comme des païens. La conversion de ces gens vivant dans le désordre est « extrêmement difficile, parce que la partie païenne ne consent pas à étudier la religion, « parfois même c’est la partie chrétienne qui y met obstacle. J’ai plusieurs catéchumènes qui « étudient depuis assez longtemps, je n’ai pas encore osé les baptiser parce que je ne suis pas « suffisamment assuré de leur persévérance. »
« Toujours dans la partie est de la Mission, à Pëtriou, M. Carrié m’écrit : « Le district « progresse peu à peu grâce surtout à l’enseignement chrétien donné dans nos écoles. Les « enfants nous sont confiés sans trop de difficultés, quelques-uns dès l’âge de 6 ans, ce qui « nous permet de leur donner une instruction religieuse solide, qui, jointe à un enseignement « scolaire sérieux, leur permettra de faire bonne figure dans la vie. Le Collège Saint-Paul, « dirigé par les Frères de Saint-Gabriel, nons est d’un précieux secours. Aux derniers examens « qui ont eu lieu en mars au chef-lieu de la province, un orphelin est sorti premier. Pendant « ces 8 dernières années le collège a fourni 5 élèves au séminaire. Le couvent confié aux « Sœurs de Saint-Paul de Chartres donne aussi d’heureux résultats. Avec l’instruction « religieuse et profane, les jeunes filles sont formées à la couture, à la broderie, à la cuisine, « en un mot à tout ce qu’il est utile à une future mère de savoir. Depuis 4 ans, cinq parmi elles « sont entrées au noviciat de Saint-Paul à Bangkok, une sixième est au Carmel ; d’autres « encore se préparent à la vie religieuse. En plus de l’école, les Sœurs s’occupent de la « pouponnière et de l’orphelinat qui comprend 42 garçons et 65 filles. Tout ce petit monde va « en classe jusqu’à l’âge de 14 ans. Si quelques orphelines sont mieux douées, elles « poursuivent leurs études pour devenir institutrices ; les autres travaillent à l’entretien de la « maison en attendant un parti convenable. Quant aux garçons, le plus grand nombre « continuent d’étudier pour obtenir un diplôme ; d’autres moins favorisés au point de vue « intellectuel s’exercent à la menuiserie, vont à la pêche, font du jardinage, etc. Pour atteindre « tous les chrétiens, surtout ceux qui négligent leurs devoirs religieux, et aussi dans la mesure « du possible pour instruire les païens, un petit bulletin paroissial, mensuel, vient de « paraître. »
« Au nord de Bangkok, M. Tapie chargé de la paroisse de Samsen me communique que « dans une des deux succursales de ce poste quelques familles chinoises se plaignant d’être « trop à l’étroit, sont allées chercher fortune ailleurs, ne laissant sur les lieux que les objets « sans valeur qu’elles n’avaient pu emporter. Par ailleurs, les travaux du canal touchent à leur « fin ; lorsque les écluses et les divers autres ouvrages projetés seront exécutés, on verra si la « petite station de Bangbuathong est destinée à devenir un centre important comme on l’a « toujours espéré. Dautre part, une question délicate pour nous est celle des baptêmes « d’adultes au Collège Saint-Gabriel et au Couvent Saint-François-Xavier ; un certain nombre « d’enfants récemment baptisés se trouvent dans des conditions de lieu et de famille qui ne « leur permettent guère la pratique de la religion. Aussi, ne pouvons-nous que leur donner « l’instruction religieuse, attendant que l’âge ou des circonstances favorables leur permettent « d’opter librement et en toute connaissance de cause pour le baptême. »
« Notre Carmel continue de faire du bien dans le silence et le recueillement. Non seulement les fidèles, mais des païens viennent y demander des prières pour obtenir ce qu’ils désirent. L’exemple de ces missionnaires cloîtrées produit des effets salutaires dans les âmes : plusieurs jeunes filles à qui leur position sociale ou leurs succès dans leurs études auraient pu procurer une belle situation dans le monde, viennent se consacrer à Dieu pour la vie. Aussi le Carmel a-t-il pu cette année répondre à la demande de Mgr Devals et essaimer à Singapore pour y fonder le Carmel du Christ-Roi. Depuis lors, plusieurs nouvelles recrues sont venues combler les vides causés par le départ de quelques religieuses, et d’autres attendent leur admission. Chez les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, une jeune personne de haute famille, dont le père est bouddhiste fervent, a prononcé ses premiers vœux à Chartres au mois d’août de cette année. Elle était autrefois élève au Couvent Saint-Joseph à Bangkok où elle passa plusieurs années et apprit la doctrine chrétienne, mais sans pouvoir se convertir, parce que sa famille ne le lui permettait pas. Plus tard elle fut envoyée à Saïgon chez les Sœurs de Saint-Paul pour se perfectionner en français ; là, ayant atteint sa majorité, elle put enfin recevoir le saint baptême, suivre l’attrait de son âme et se consacrer au service du Divin Maître. Une autre jeune fille, de famille chrétienne, après avoir fait son noviciat à Beaugency, a prononcé ses premiers vœux dans l’Ordre de Sainte-Ursule. C’est la troisième Ursuline originaire du Siam. L’une d’elles continue ses études supérieures à l’Université Chulalongkorn. Une autre conversion sensationnelle est l’entrée en religion d’un jeune homme, fils de famille distinguée. Son père, général retraité, était obstinément opposé à la conversion de ses enfants au christianisme ; il n’avait pas compté avec la puissance de la grâce divine ; actuellement trois de ses enfants sont devenus chrétiens : l’un est marié à une très bonne chrétienne et a déjà deux enfants ; un autre occupe une bonne situation ; le troisième, baptisé depuis plusieurs années, vient de recevoir l’habit religieux dans l’Ordre de Saint-François à Amiens. Ces trois frères, anciens élèves au Collège Saint-Gabriel, font honneur aux maîtres qui les ont instruits.
« D’autre part, nous avons eu l’honneur de recevoir la visite de Mgr Drapier, Délégué Apostolique en Indochine. Son Excellence a bien voulu, malgré la longueur du voyage, aller porter ses encouragements aux pionniers de Xiengmai. Il a ensuite visité le séminaire à Siraxa, et a passé quelques jours à Bangkok pour donner à tous et à chacun l’occasion de le rencontrer et de recevoir de bons conseils. Le travail dans les écoles continue avec entrain : Frères de Saint-Gabriel, Sœurs de Saint-Paul de Chartres, Ursulines, toutes ces vaillantes congrégations s’appliquent à maintenir nos établissements au rang distingué auquel elles les ont élevés. Nous leur en sommes profondément reconnaissants. Nos remerciements vont aussi aussi à tous nos bienfaiteurs : Œuvres Pontificales de la Propagation de la Foi, de Saint-Pierre Apôtre et de la Sainte-Enfance, Associés de l’Œuvre Apostolique, que tous veuillent bien trouver ici l’expression de notre très profonde gratitude, avec l’assurance de nos prières à toutes leurs intentions. Confiants, malgré tout, en notre Divin Maître et Modèle, nous semons, comptant sur la divine Providence pour faire lever la semence et mûrir la moisson à l’heure qu’il Lui plaira. »
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