Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1985
Pays: Thaïlande
Mission: THAÏLANDE
Rédacteur:Mgr GUILLEMIN

RÉGION DE THAÏLANDE


I. L’ÉVOLUTION POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE


VUE D’ENSEMBLE RAPIDE DES SIX DERNIÈRES ANNÉES

— Tendance vers une plus grande stabilité intérieure.
— Extinction de la guérilla communiste. (Mais est-ce fini vraiment ?)
— Importance plus grande du pays sur la scène internationale.
— Membre du Conseil de Sécurité de l’ONU depuis le 1er janvier 1985.
— Économie en croissance : 6 % de moyenne pour la période.
— Inflation en régression : de 20 % en 1980 à 3,7 % en 1985.
— Revenu moyen par habitant : entre 820 et 850 dollars US (1984).


MONARCHIE

On observe une confiance populaire encore accrue dans la monarchie : le roi, dont la stature politique s’affirme de plus en plus, est vraiment considéré comme le recours suprême ayant réponse aux problèmes nationaux, au-dessus du gouvernement. Une telle remarque ne signifie cependant pas qu’il n’y a pas de problème monarchique. D’une part, certains membres de la famille royale sont, plus facilement qu’avant, l’objet de critiques dans la population, laissant envisager une crise possible en cas de mort subite du roi mais il faut cependant tenir compte du fait qu’en Thaïlande la succession héréditaire n’est pas automatique. La Charte de Succession prévoit que l’approbation par les hautes instances du pays est nécessaire pour nommer le nouveau roi parmi les membres de la famille royale. D’autre part les deux derniers essais de coup d’État (1981 et 1985) ont fait apparaître que la question monarchique n’est pas étrangère aux changements politiques envisagés, et qu’elle semble gagner du terrain dans le milieu de la nouvelle classe moyenne de Bangkok. La province, par contre, est résolument monarchiste et reste très attachée au principe monarchique et à la personne du roi.
Né le 5 décembre 1927, le roi Poumipone (Rama IX) aura 60 ans d’âge au terme de l’année 1987, et 38 ans de règne. De la dynastie, seul le roi Chulalongkhon (Rama V) a jusqu’à présent régné plus longtemps (42 ans), mais il n’avait vécu que 57 ans et 33 jours. Selon la coutume thaïe, la date exacte, 6 janvier 1985, où le roi actuel a dépassé l’âge de son ancêtre, a donné lieu à des fêtes particulières de louange et de purification. Quant aux fêtes qui marqueront, en 1987, l’anniversaire des 60 ans (les 5 cycles de la tradition asiatique), elles sont déjà en préparation. Les deux ans qui restent avant l’événement permettront de donner à l’institution monarchique toute l’importance qui lui convient.
Le fait que le roi ait quasi officiellement reçu, le titre de « Maharatcha » (Poumipone « Le Grand »), à l’occasion de son anniversaire en cette année 1985, peut être considéré comme le premier acte de cette préparation.


GOUVERNEMENT ET RÉGIME INTÉRIEUR

La situation politique actuelle est toujours en dépendance des deux événements violents d’octobre 1973 — fin des régimes des maréchaux et début de la politisation des officiers de l’armée de terre — et d’octobre 1976 — élimination par l’armée de la force politique des étudiants, avec montée progressive de l’influence des « Jeunes Turcs » et des « Soldats démocratiques » au sein de l’armée.
Les étapes qui ont conduit à la normalisation actuelle sont les suivantes et forment un tout

— 6 octobre 1976 : élimination de la force étudiante. Coup d’État et gouvernement provisoire du civil Thanin Kraïvitchien sous la pression des « Jeunes Turcs » de l’armée de terre
— octobre 1977 : les « Jeunes Turcs » déposent Thanin et imposent, comme nouveau premier ministre provisoire, leur poulain du jour, le général Kriengsak Chomanan. Kriengsak met au point la nouvelle Constitution définitive (celle-ci entre en vigueur en janvier 1978, mais prévoit cependant une période transitoire de 4 ans). Kriengsak est d’abord choisi et nommé par l’Assemblée pour être le premier ministre de cette nouvelle ère constitutionnelle. Pour peu de temps cependant, car les « Jeunes Turcs » portent désormais leur attention sur un nouveau venu, le général Prem Tinsulanond. Le 29 février 1980, Kriengsak est alors obligé de démissionner ;
— avril 1980 : Prem est nommé Premier ministre, selon le nouveau processus constitutionnel qui a fonctionné sans accroc ;
— en avril 1983 ont lieu les élections générales prévues par la Constitution pour mettre fin au régime transitoire ;
— et finalement, le 7 mai 1983, Prem (renommé Premier ministre) présente devant le nouveau Parlement son équipe gouvernementale qui ne comprend pratiquement que des civils, choisis parmi les quatre partis de la coalition majoritaire.

Prem Tinsulanond, né en 1920, est général en retraite depuis 1980. En cette fin d’année 1985, il est Premier ministre depuis cinq ans et neuf mois. C’est un record absolu pour un Premier ministre de régime constitutionnel. Son gouvernement est principalement composé de civils : aucun ministre n’est un militaire en activité. Seuls, un des quatre vice-premiers ministres et le vice-ministre de la Défense sont des généraux en activité. Il est pourtant impossible de nier que pour pouvoir durer, son gouvernement (et celui de n’importe qui par la suite) a besoin du soutien actif des hommes influents de l’armée. Cette force de pression des militaires est considérée par beaucoup comme un élément de stabilité. On peut cependant en douter, étant donné les rivalités de clans qui divisent l’armée. D’autre part, la supériorité traditionnelle des militaires, dans le rapport des forces qui les opposent aux civils sur le plan politique, est en passe de disparaître, si ce n’est déjà fait. L’armée a perdu tous les combats politiques qu’elle a soutenus ces trois dernières années : amendement constitutionnel, vote du Parlement ou élections partielles.
Trois noms sont à retenir dans cette armée : le général Athit Kamlang Ek accompagné de son groupe d’admirateurs (mais la retraite très prochaine le guette), et les deux généraux montants, Pitchit et Tchawalit, rivaux ambitieux, qui seront là jusqu’en 1992. Prem profite de ces dissensions qui empêchent une action concertée des militaires pour mettre fin à son gouvernement. C’est pourtant ce que souhaitent certains d’entre eux.
Parlant de Constitution et d’élections, il est intéressant de noter que le but recherché par les législateurs thaïs, en 1978, était d’implanter la démocratie par le système des partis politiques. Ainsi la loi électorale de 1978 prévoyait-elle l’obligation d’appartenir à un parti de stature nationale (ayant un certain nombre de membres et répartis dans toutes les provinces) pour pouvoir être candidat député. Le scrutin était prévu à un tour, départemental (provincial), à la proportionnelle, sur listes de parti. Ceci était une innovation. En fait, cette disposition de la Constitution fut amendée dès 1984-85 par un vote du Parlement, avant même d’avoir été essayée. Jusqu’à présent, la Thaïlande avait pratiquement toujours voté avec un scrutin nominal majoritaire à un tour dans le cadre du district, favorisant l’élection de députés connus de leur circonscription. Plutôt que de se lancer dans l’inconnu, les partis politiques, grands et petits, préfèrent une mixture des deux systèmes : scrutin majoritaire de district à un tour sur liste de parti : presque le système que la France vient d’abandonner, en parcourant le chemin inverse.
La Thaïlande moderne a beaucoup voté : treize fois depuis sa révolution de 1932, soit exactement la moyenne d’une élection tous les quatre ans. Par ailleurs, la Constitution définitive actuelle porte aussi le numéro 13 : un peu moins que le nombre de coups de force qui ont tenté de renverser le gouvernement durant cette même période de 53 ans : 16 au total, soit une moyenne confortable d’un essai tous les 3,3 ans. Mais cela n’a. tout de même pas réussi à chaque fois. Sur les 16, il n’y en a eu que 9 qui ont réussi, accédant de ce fait au titre de coups d’Etat ; les 7 qui ont échoué n’ayant droit qu’à l’appellation de rébellion.
Le Premier ministre Prem, dans cet ordre d’idée, remporte un autre record, lui qui, en cinq ans et demi, a vu son gouvernement survivre à deux « rébellions », en 1981 et en 1985.
Le coup d’Etat du 9 septembre 1985 est donc le deuxième qui échoue, après celui du 1er avril 1981. Et ceci est considéré comme une évolution de bonne augure, dans la mesure où l’État institutionnel résiste maintenant à ce genre de tentative.
Mais ces deux derniers coups d’État méritent plus d’attention que beaucoup de ceux qui les ont précédés, car leur nature est autre : on a le sentiment que ces « Jeunes Turcs » visent plus un changement de régime qu’un changement de dirigeants, comme auparavant. Et les questions des journalistes aux jeunes officiers, vainqueurs d’un matin, concernant à chaque fois la monarchie, en donnent peut-être une indication..
Pourtant, il faut bien reconnaître qu’un mystère subsiste en ce qui concerne le dernier coup d’État. Ce qui était d’abord apparu comme la tentative désespérée d’un petit groupe de soldats conduits par un colonel rayé des cadres, s’est révélé être un complot bien plus complexe. On s’en est aperçu quand furent arrêtés l’ancien Premier ministre Kriengsak, d’anciens officiers généraux, des chefs syndicalistes et des dirigeants étudiants : en tout 40 inculpés, ce qui ne s’était jamais vu dans aucun coup d’Etat précédent. Certes la mort tragique de deux journalistes étrangers de renom, au cours de ces événements, y est peut-être pour quelque chose. Mais ce n’est pas suffisant.
Un mandat d’arrêt a aussi été lancé contre un ancien directeur de trafic financier, M. Ekkayuth Anchanbutr. Il était avec les rebelles, le 9 septembre. Ces trafics d’argent (tontines) avaient pris, au cours des dernières années, une importance énorme, de l’ordre de 5 milliards de bahts (1 baht = 0,3 F environ), sommes qui échappaient à tout contrôle fiscal ou bancaire. Or les militaires étaient les plus gros « actionnaires » de ces tontines qui offraient des taux d’intérêt allant jusqu’à 750 % par an (750 % n’est pas une erreur).
L’affaire de tontine la plus célèbre était celle qu’animait Mme Chamoy Thipso. Elle se croyait à l’abri de toute enquête, parce qu’elle était protégée par le commandant en chef de l’Armée, le tout-puissant général Athit Kamlang Ek. Pourtant Mme Chamoy est aujourd’hui en prison. Son procès est en cours, mais les audiences se déroulent désormais à huis clos, l’un des témoins ayant expliqué que sa déposition allait mettre en cause des personnalités d’importance nationale.
Certains estiment que la perspective du procès de Mme Chamoy et les révélations gênantes dont il risque d’être l’occasion, avaient été l’une des causes de la tentative de coup d’État, certains militaires (ou personnalités d’importance nationale) voulant, à tout prix, éviter des révélations sur leurs trafics financiers.


ÉLECTION DU MAIRE DE BANGKOK

Le maire de Bangkok est soit nommé, soit élu, selon l’atmosphère politique du moment. Depuis les événements d’octobre 1976, il était nommé. En 1985, le Parlement a voté pour le retour à son élection par la population. Or celui que la population a élu, à la très forte majorité des deux tiers, loin d’être un des candidats de poids des partis Démocrate ou d’Action sociale comme on le prévoyait, fut un « outsider » de dernière heure : Tiamlong Srimuang. Bouddhiste militant et mystique actif, cet homme hors du commun est un ancien colonel. Il s’est d’abord illustré, en 1981, en démissionnant de son poste gouvernemental de secrétaire d’Etat, pour marquer son opposition au projet de loi sur l’avortement qui devait bientôt passer au Sénat (où il fut finalement repoussé par 147 voix contre 1). Par la suite, il démissionna aussi de l’armée pour fonder un monastère de ressourcement, auquel il consacre depuis lors le plus clair de son temps.
C’est peut-être parce que son message électoral a été perçu comme plus religieux que politique qu’il a finalement été élu. C’est en tout cas la leçon que les médias ont unanimement voulu adresser aux politiciens, en commentant l’élection de cet homme religieux à la mairie de Bangkok.


POPULATION

La Thaïlande dépassera les 52 millions d’habitants dans les premiers mois de 1986. Les moins de 15 ans ne représentent plus que 36 % de la population, et les moins de 20 ans : 48,25 %.
Pour l’évolution du taux des naissances, deux années serviront de points de comparaison sur vingt ans :
1963 : 28,5 millions d’habitants, 1.152.000 naissances, taux : 4 % ;
1983 : 49,5 millions d’habitants, 1.063.000 naissances, taux : 2,1 %.
En vingt ans, le taux de natalité a diminué de moitié, ce qui est considérable. Cela est dû à la propagande et aux forts moyens de pression des programmes de planning familial, financés par l’Amérique et l’Europe. Le recours aux stérilisations masculines aussi bien que féminines est une pratique habituelle. De toute façon, les nouvelles générations préfèrent être riches avec deux enfants que pauvres (ne cesse-t-on de leur répéter) à cause de nombreux enfants.
Le taux de mortalité est très faible ; 1963 : 1 % , 1983 : 0,5 %.
Ceci est dû bien sûr au fait que les gens âgés sont peu nombreux en proportion : il n’y avait que 8 millions d’habitants en 1910. Les plus de 60 ans ne représentent que 5,4 % de la population en 1983.


ÉDUCATION (chiffres officiels 1982)

Total théorique scolarisable : 15,8 millions d’enfants.

Primaire (cycle obligatoire : 6 ans)
7,4 millions sur 7,8 potentiels.

Secondaire (1er cycle : 3 ans)
1,2 million sur 3,6.

Secondaire (2e cycle : 4 ans)
0,95 million sur 4,4.

Les élèves des écoles privées représentent 8,6 % du total de la population scolaire.
On peut aussi ajouter que 400.000 enfants vont dans des écoles maternelles ; mais 4.200.000 enfants pourraient y aller.

Universités : les différents niveaux d’études donnent un nombre d’étudiants de 300.600 pour un total de 5,8 millions dans cette tranche d’âge. Mais les diplômés n’obtiennent du travail qu’en nombre restreint (de l’ordre de 20 % à 40 % selon les branches). Et le nombre d’enfants diminuant, il y a aussi trop de professeurs : les diplômes exigés des professeurs par les directions d’écoles sont de plus en plus élevés, laissant sans travail ceux ou celles de moindre niveau.


ÉCONOMIE

Le cinquième plan quinquennal se termine en 1986. Le bilan du quatrième plan quinquennal, clos en 1981, montre que le revenu national a été multiplié par quatorze depuis 1961, date du démarrage des plans quinquennaux. Etant donné l’accroissement de la population au cours de cette période, le revenu moyen par habitant n’a pas augmenté dans la même proportion. Il est quand même de huit fois supérieur à celui de 1961.
Ces résultats assez impressionnants sont à mettre au compte des exportations qui ont été multipliées par seize durant cette période. Cet accroissement des ventes de la Thaïlande (et aussi des autres pays d’Asie), qui n’a cessé de se consolider pendant le cinquième plan actuellement en cours, a eu l’impact que l’on sait sur les marchés d’Europe et d’Amérique.
Qu’il s’agisse de textiles, de produits alimentaires, de minerais d’étain, de fluorite ou de wolfram, tout est délibérément orienté vers l’exportation. Pour l’encourager, des mesures fiscales, administratives, et des facilités de crédit, ont été mises en place, avec aussi la création d’un fonds pour le développement des exportations. C’est dans cette perspective de promotion des exportations qu’a été formé le grand projet de complexe industriel de la côte Est, entre Rayong et Chonburi. Tout le projet tourne autour de la construction de deux ports en eau profonde, prévus pour exporter les produits finis et importer les matières premières à transformer, avec aménagement de toute une série de zones de petite et moyenne industrie devant être desservies par une nouvelle voie ferrée et une autoroute. Cet immense projet est évalué à 5 milliards de dollars.
L’amélioration certaine des conditions de vie et de confort de la population, surtout dans les campagnes, ne signifie pas l’aisance, car elle s’accompagne dans la plupart des cas de difficultés accrues pour subsister. L’introduction des biens de consommation sur les marchés des villages, tels que téléviseurs (et même vidéo), frigidaires, machines à laver et fers à repasser, suivant de près (et souvent dépassant) l’installation des nouvelles lignes électriques, a créé de nouveaux besoins : outre l’achat, il y a aussi les frais d’entretien et d’utilisation. De plus, l’écart entre la pauvreté de la campagne et la richesse des villes s’est accru. Si bien que l’impact de la réelle amélioration du niveau de vie durant les trente dernières années disparaît devant l’augmentation de la pauvreté relative.
La réalité, c’est que le monde paysan participe peu à l’industrialisation progressive et voulue du pays. Ce qui semble plus grave, c’est qu’au moment où l’agriculture voit diminuer sa part dans l’ensemble du revenu national, le monde paysan ne diminue pas en nombre. Ce qui ne cesse de diminuer, ce sont les prix de la production agricole. La caractéristique de l’industrialisation du pays est d’être trop rapide et trop moderne. Au contraire de ce que croit l’Occident, si les prix de production sont faibles, ce n’est pas uniquement parce que les salaires sont bas, c’est aussi parce que les machines emploient peu de main-d’œuvre. La promotion sociale appartient à la classe moyenne de Bangkok, qui se sent de plus en plus étrangère, par sa façon de vivre et ses connaissances, au peuple de la campagne. Cette classe moyenne qui a grandi considérablement en nombre depuis trente ans (de 1 à 10, ou de 1 à 20, cela est difficile à dire), c’est elle qui industrialise et modernise le pays, grâce à ses connaissances acquises le plus souvent à l’étranger.
C’est cette classe sociale, moteur du pays, qui (sans en avoir encore pris conscience d’ailleurs) est en train de prendre le pouvoir des mains des militaires, car ceux-ci n’ont plus les connaissances requises par le monde moderne. Et s’ils ont échoué ces trois dernières années dans leurs efforts politiques pour conserver le pouvoir pour eux tout seuls, la raison semble devoir être trouvée là.


PERSPECTIVES

Il n’est pas possible de développer le thème. Mais on peut prévoir que le phénomène « Jeunes Turcs » n’a pas fini de grandir. Politiquement, un tournant est en gestation, depuis 1973, et il ne cesse de s’amplifier avec la montée aux postes de commandement des officiers de cette tendance. La Thaïlande devient un grand pays et se modernise. La classe moyenne vit dans le présent et l’avenir, et n’a que faire du passé, qu’on le regrette ou non. Or, les idées politiques des « Jeunes Turcs » (voir comptes rendus précédents) et celles de la nouvelle classe moyenne se rejoignent : une Thaïlande démocratique (voire républicaine), nationaliste et d’économie socialiste, mais fortement anti-communiste.


Pierre-André DUPONT



II. QUELQUES ASPECTS DE LA VIE DE L’ÉGLISE

1. LE CLERGÉ

Ce qui frappe le plus lorsqu’on regarde aujourd’hui la vie de l’Église en Thaïlande, c’est le nombre important des vocations sacerdotales et aussi des vocations religieuses. Il y a quelques années ceci était surtout vrai dans les diocèses les plus anciens, où le nombre des chrétiens est plus important. Aujourd’hui cela devient vrai aussi dans les autres diocèses. Chaque diocèse ou presque a son petit séminaire où il faut faire plus de sélection à l’entrée que d’efforts pour trouver des candidats. Chaque congrégation religieuse a sa maison de formation également bien remplie. Le grand séminaire national s’agrandit. Tout ceci manifeste bien une grande vitalité de l’Église et des communautés chrétiennes.
Une montée aussi rapide des vocations amène sans doute un certain nombre de difficultés auxquelles il faut faire face. Le grand nombre des séminaristes ne simplifie pas nécessairement la tâche des formateurs, et le choix même de ceux à qui on confie la formation des futurs prêtres n’est pas toujours chose facile. On n’a pas obligatoirement sous la main les personnes compétentes et suffisamment bien préparées à une telle fonction. D’autre part, les programmes de formation ne sont pas toujours faciles à établir, spécialement au grand séminaire qui est en même temps université reconnue officiellement par le gouvernement thaï. Si cela apporte des avantages certains, tant pour le statut officiel du séminaire que pour les séminaristes eux-mêmes, leur offrant la possibilité d’obtenir des diplômes universitaires, cela entraîne l’obligation d’enseigner certaines matières imposées par le ministère de l’Éducation. C’est un alourdissement du programme, au détriment parfois du temps consacré à la formation proprement théologique et spirituelle.
L’afflux d’un grand nombre de jeunes prêtres, chaque année, peut aussi poser des problèmes aux évêques pour les nominations. Il serait souhaitable que chaque jeune prêtre puisse trouver, au début de son ministère, un confrère plus âgé et expérimenté pour le guider dans son travail pastoral. Avec l’accroissement rapide du nombre des ordinations, cela n’est plus possible pour tous les nouveaux ordonnés. Si l’on ajoute à cela que, dans un contexte bouddhique, comme celui de la Thaïlande, il est très difficile de créer de nouvelles implantations, on constate que ces jeunes prêtres ne sont pas tous employés à la mesure de leurs capacités.
Ces problèmes bien sûr, n’échappent pas à l’attention des évêques et de bien des prêtres, et des efforts réels sont faits pour aider les prêtres à se retrouver et à se soutenir les uns les autres. En plus de la rencontre mensuelle de tous les prêtres, devenue traditionnelle dans chaque diocèse, les jeunes prêtres se retrouvent parfois entre eux pour prier et partager leur expérience. Chaque année, une session d’une semaine rassemble tous les prêtres du pays pour un temps de réflexion sur l’un ou l’autre aspect de leur ministère ou de leur vie. Les évêques ont aussi à cœur de favoriser l’approfondissement de la vie spirituelle et évangélique des prêtres, en leur offrant la possibilité de bénéficier du dynamisme de certains courants de renouveau spirituel, comme par exemple celui des Focolari. Il faut encore ajouter à cela un nombre non négligeable de jeunes prêtres qui sont envoyés dans d’autres pays pour y recevoir un complément de formation ou une spécialisation. Malgré les difficultés présentes, on peut donc raisonnablement espérer que l’Église de Thaïlande pourra bientôt trouver, parmi ses prêtres, des formateurs compétents et des animateurs de communautés chrétiennes capables de communiquer un vrai souffle apostolique.

2. APOSTOLAT

La Thaïlande n’est pas un pays où les pasteurs sont submergés par un grand nombre de catéchumènes. Les conversions restent rares. Pourtant les communautés chrétiennes ne manquent pas de dynamisme, dans bien des domaines. Si la Légion de Marie n’est plus aussi florissante qu’elle l’a été et n’attire plus beaucoup les jeunes, elle continue, avec les adultes, un travail apostolique et pastoral de visite aux familles, aux malades et aux personnes âgées. Et on voit naître un nouveau dynamisme chez les jeunes et adolescents, grâce à divers mouvements et particulièrement le Mouvement Eucharistique des Jeunes.
Dans le domaine du développement social et humain, les « Credits Unions »et les diverses coopératives s’efforcent d’insuffler un esprit chrétien dans les domaines du travail, de l’économie et des rapports sociaux et propagent des germes de solidarité au-delà des milieux strictement chrétiens. L’exemple porte du fruit et est repris parfois hors des communautés chrétiennes. Il faut aussi noter la place des laïcs dans cette Église et spécialement des catéchistes. Bénéficiant d’une formation sérieuse, ils sont des collaborateurs très précieux pour les prêtres, surtout dans le Nord-Est ou parmi les peuples montagnards du Nord, ne limitant pas seulement leur activité à l’enseignement du catéchisme, mais jouant véritablement un rôle d’auxiliaires de la pastorale. Et, petit à petit, les laïcs prennent aussi leurs responsabilités dans la vie des communautés à travers les conseils paroissiaux qui se mettent graduellement en place.
Il reste évidemment quelques ombres au tableau de ce vaste champ de l’apostolat. En Thaïlande, comme en bien des pays d’Asie, existe un sens très profond de la hiérarchie qui peut parfois paralyser les laïcs. Pour beaucoup, le prêtre reste le chef à qui revient la décision, et face à lui, on reste souvent trop timide, se contentant de lui obéir, sans bien prendre conscience qu’il serait bon de faire preuve d’initiative. Certains prêtres peuvent également ne pas se rendre compte qu’ils devraient partager leurs responsabilités avec des laïcs. Il arrive parfois qu’en vertu du même principe qu’un supérieur n’a pas à se déplacer, certains prêtres attendent les gens dans leur presbytère plutôt que d’aller vers eux. Si l’Évangile doit pénétrer une culture, nous savons bien que cela ne se fait pas en un jour.
L’Église de Thaïlande, tout en faisant preuve d’une certaine vitalité et en ayant une réelle influence sur les non-chrétiens, demeure une bien petite minorité, avec seulement 0,4 % de catholiques. Face à la société toujours très fortement imprégnée par le bouddhisme, les essais d’inculturation restent timides et ne concernent la plupart du temps que des aspects secondaires comme, par exemple, des attitudes ou des gestes liturgiques. Beaucoup de choses restent à faire dans ce domaine. L’expérience du Père Pasek qui s’est joint à une communauté de bonzes pour découvrir le bouddhisme de l’intérieur reste encore trop isolée. Il faudra encore beaucoup de temps et vraisemblablement d’autres expériences de ce type pour que les chrétiens de Thaïlande puissent en récolter tous les fruits. Il n’en demeure pas moins que les chrétiens, si peu nombreux soient-ils, ont une place reconnue dans la société thaïe et y portent un certain témoignage. Les bouddhistes thaïs reconnaissent en tout cas qu’un chrétien est un homme honnête et qu’il reste fidèle à l’engagement du mariage. Ce n’est pas un mince témoignage lorsqu’on sait un peu ce qu’est la société thaïe dans le domaine des affaires et sur le plan de la vie matrimoniale.

3. LES ÉVÉNEMENTS

Deux événements ont marqué la vie de l’Église et révélé sa vitalité au cours des trois dernières années. Le premier en date est l’élévation de Mgr Michai Kitbunchu, archevêque de Bangkok, au cardinalat, au début de l’année 1984. Par ce geste, le Saint-Père a montré l’importance qu’il attachait à la Thaïlande et à son Église. La chrétienté thaïe a une importance réelle au niveau du pays, aussi bien qu’au niveau international. Cette nomination a été reçue comme un honneur par les chrétiens bien sûr, mais aussi par tout le pays. La célébration du Consistoire à Rome, lors de l’installation du nouveau cardinal, a été entièrement retransmise en direct à la télévision. Et le gouvernement a tenu à honorer particulièrement Mgr Michai, à son retour de Rome, où plusieurs dizaines de fidèles l’avaient accompagné.

Le second événement a suivi le premier très rapidement. Le pape Jean-Paul II est venu rendre visite à la Thaïlande, les 10 et 11 mai 1984. Le roi lui-même l’avait invité et tout le pays s’en est réjoui et s’en est trouvé particulièrement honoré. La présence et les paroles du Saint-Père ont donné comme une nouvelle raison de vivre et d’agir à tous les chrétiens. Il a notamment encouragé très fortement les prêtres, religieux et religieuses à vivre la charité pastorale du Christ et à intensifier leur témoignage missionnaire. Il a renouvelé cette exhortation à faire preuve d’un authentique esprit missionnaire en conférant l’ordination au ministère presbytéral à 23 diacres, les invitant « à répondre volontiers à l’appel qui peut leur être fait d’aller exercer leur ministère dans les diocèses dépourvus de vocations ».

Après l’élévation de Mgr Michai au cardinalat, cette visite du Pape n’a pas manqué d’avoir un gros impact sur toute la société thaïe et pas seulement sur les chrétiens. La famille royale et le gouvernement ont tour à tour exprimé l’importance de cet événement pour le peuple thaï dans son ensemble. Cependant un petit groupe de bouddhistes intégristes, qui s’était déjà manifesté précédemment par une campagne de dénigrement, dure et violente, contre l’Église, a réagi négativement à ces deux événements, sans toutefois réussir à entamer l’attitude d’ouverture et d’accueil de la population et du gouvernement. Ce groupe s’attaque principalement aux tentatives d’inculturation de l’Église en Thaïlande, lui reprochant de vouloir infiltrer sournoisement le bouddhisme et de ne pas reconnaître son identité, en ne le présentant que comme une préparation au Christ et à l’Évangile. Dans ce contexte, les paroles de l’homélie prononcée par Jean-Paul II, lors de la messe au stade national de Bangkok, devant une grande foule composée de chrétiens et de non-chrétiens, ont dû aller droit au cœur de bien des auditeurs. Elles sont, en effet, tout à la fois un éloge discret mais authentique du bouddhisme et de son rôle dans la culture thaïe, et un appel aux chrétiens pour qu’ils respectent les valeurs de cette culture et s’efforcent de ne pas les renier. « Vous vivez, a-t-il dit, dans un monde où la majorité de vos concitoyens professent le bouddhisme, cet ensemble de croyances religieuses et d’idées philosophiques qui est enraciné dans l’histoire, la culture et la psychologie thaïes et qui marque profondément votre identité en tant que nation. Jusqu’à un certain point on peut dire que, comme peuple de Thaïlande, vous êtes les héritiers de la sagesse antique et vénérable qui s’y trouve contenue... Votre héritage culturel, en tant que peuple thaï, est intimement lié à la culture bouddhique locale qui offre une terre fertile où la semence de la Parole de Dieu, proclamée par Jésus-Christ, peut prendre racine et se développer ». Puissent ces paroles du Pape aider l’Église de Thaïlande à grandir, à affirmer sa personnalité et à s’engager résolument dans la voie du dialogue avec les bouddhistes et de l’inculturation.
Il ne fait pas de doute que ces deux événements importants ont été une source d’encouragement pour les chrétiens thaïs. A travers les difficultés inhérentes à sa situation très minoritaire, la communauté chrétienne grandit vers une plus grande maturité, et se prend davantage en charge. Missionnaires étrangers dans cette Église, nous restons à son service tant qu’elle le jugera utile. Sûrs des liens qui nous unissent les uns aux autres, nous nous efforçons, à la mesure de nos moyens, de lui apporter nos services et notre expérience et de lui communiquer l’esprit missionnaire qui nous anime.



III. LES GROUPES MISSIONNAIRES MEP
DE LA RÉGION


Les missionnaires MEP actuellement présents en Thaïlande sont au nombre de cinquante-trois, répartis en trois groupes missionnaires. Durant les trois dernières années, un confrère, du groupe de Nakhon Sawan, Jean MOTTIN, est décédé, et un autre, du groupe d’Ubon, Maurice THÉLIER est rentré définitivement en France. Parmi les confrères présents, huit ont pris leur retraite, deux travaillent au service des réfugiés du Cambodge ou du Laos et un confrère, le Père Francesco ANDRÉONI est rattaché à la Diaspora. Le doyen a 85 ans, et le plus jeune en a 44.

1. GROUPE DE BANGKOK

a) ARCHIDIOCÈSE DE BANG KOK

Victor LARQUÉ : actuellement à la retraite, il loge à l’hôpital Saint-Louis, à
(74 ans) Bangkok.
Jean-Marie BACON : actuellement à la retraite, dans la paroisse Saint-Joseph,
(80 ans) Trokchan, Bangkok.
Maurice JOLY : aumônier de l’hôpital Saint-Louis, à Bangkok.
(76 ans)
Edmond VERDIÈRE : Abbé fondateur du monastère de Phra Khristaram, à Nongri.
(65 ans) Éditeur de la revue « Chawan ».
Paul JUBIN : actuellement à la retraite dans son ancienne paroisse, Ban
(69 ans) Nakhok.
René BRISSON : vicaire à la paroisse Saint-François-Xavier de Sam Sen, à
(63 ans) Bangkok. Responsable de groupe et vice-supérieur régional.
Gabriel VERNIER : directeur de l’imprimerie de l’Assomption, à Bangkok.
(62 ans)
Jean-Paul LENFANT : professeur et directeur spirituel au petit séminaire de
(57 ans) Samphran.
Marcel PERRAY : vicaire à la paroisse du Rosaire, à Bangkok.
(62 ans)

b) DIOCÈSE DE NAKHON RATCHASIMA

Mgr Alain VAN GAVER : ancien évêque de Nakhon Ratchasima, actuellement curé
(64 ans) de Kaeng Khro.

Louis NICOLAS : curé de Nong Prasat.
(68 ans)
Marius BRAY : curé de Pak Chong.
(66 ans)
René LAMOUREUX : économe régional, résidant à Bangkok.
(60 ans)
Robert MALSERT : curé de Ban Han.
(56 ans)
Pierre-André DUPONT : professeur à l’école française de Bangkok.
(54 ans)
Christian MICHEL : professeur au petit séminaire de Tharae.
(48 ans)
Maurice CHEVALIER : curé de Nong Phluang.
(44 ans)

c) SERVICE DES RÉFUGIÉS

Mgr Pierre BACH : ancien vicaire apostolique de Savannakhet (Laos) actuellement
(53 ans) au service des réfugiés du Laos.
Robert VENET : ancien missionnaire de Battambang (Cambodge) actuellement
(68 ans) au service des réfugiés du Cambodge.


2. GROUPE DE NAKHON SAWAN

Mgr Michel LANGER : ancien évêque de Nakhon Sawan, actuellement responsable du
(65 ans) district de Saraburi.
René MEUNIER : retiré à Nakhon Sawan
(78 ans)
Antoine DESCHAMPS : retiré à Saraburi.
(72 ans)
Isidore GARREL : retiré à Saraburi.
(71 ans)
Joseph GLORIOD : retiré à Saraburi.
(70 ans)
Étienne GRANGE : à Kamphaeng Phet.
(64 ans)
Pierre LABORIE : à Phichit.
(60 ans)
Michel BROUX : curé à Tak.
(56 ans)
Robert BILLOT : curé de Lopburi.
(51 ans)
Joseph GUILLOU : à Mae Sod, district de Pouphraita.
(52 ans)
Michel COUTAND : curé de Takhli.
(53 ans)
Joseph QUINTARD : à Mae Sod, district de Mae Vé.
(52 ans)
Gabriel TYGREAT: à Mae Sod, district de Chong Khep.
(53 ans)


3. GROUPE D’UBON

Mgr Claudius BAYET : ancien évêque d’Ubon, actuellement retiré à l’évêché d’Ubon.
(86 ans)
Mgr Germain BERTHOLD : ancien évêque d’Ubon, actuellement aumônier du couvent des
(62 ans) Servantes de Marie, à Ubon.
Jean-Joseph GOURNAY : à Sithan.
(65 ans)
Jean JACQUÉMIN : supérieur régional, résidant à Bangkok.
(64 ans)
Roger RAGAZZI : à Ban Buatha.
(68 ans)
André FRANCHINEAU : professeur dans une école commerciale à Mahasarakham.
(62 ans)
Henri BRILLANT : à Ban Uet.
(61 ans)
Maurice BRISSON : à Thapthai.
(60 ans)
Louis LÉON : à Ban Lao.
(63 ans)
Bernard GUILLEMIN : à Sisaket - responsable de la pastorale familiale.
(56 ans)
Robert COSTET : à Nakham, chargé de l’éducation de la foi.
(57 ans)
Bronislas PASEK : en stage d’étude dans une pagode bouddhique, à Suen Mok,
(55 ans) diocèse de Suratthani (Sud).
André VAN NEDERVELDE : à Nong Rung.
(61 ans)
Yves LE BÉZU : à Nong Din Dam.
(54 ans)
Jean DROVAL : aide-procureur, chargé de la maison de Société à Ubon.
(55 ans)
Georges ABALLAIN : à Sesong.
(53 ans)
Marcel LAOUÉNAN : professeur au Collège de l’Assomption avec les Frères de Saint-
(52 ans) Gabriel, chargé des séminaristes.
Georges MANSUY : procureur de la Mission.
(51 ans)
Joseph TRÉBAOL : curé de la cathédrale, à Ubon, et responsable du groupe.
(46 ans)

Auguste TENAUD : à Bungmai.
(47 ans)

Lors de l’Assemblée de 1980, la Région était composée de quatre groupes, correspondant aux quatre diocèses où travaillaient les confrères : Bangkok, Nakhon Sawan, Nakhon Ratchasima et Ubon. Les circonstances ont amené à réunir dans un même groupe, le groupe de Bangkok, les confrères de Bangkok et de Nakhon Ratchasima, réduisant ainsi la Région à trois groupes. Par contre, en raison du travail et des demandes de l’apostolat, certains confrères ont dû s’éloigner de leur groupe. C’est le cas du Père Christian MICHEL, du groupe de Bangkok, qui est parti enseigner au petit séminaire de Tharae, dans le Nord-Est. De même, le Père Bronislas PASEK, du groupe d’Ubon, est parti dans le Sud pour continuer son expérience en milieu bouddhique : il réside actuellement dans la pagode de Suen Mok, située dans le diocèse de Suratthani.
La moyenne d’âge du groupe MEP augmente inéluctablement, et il y a maintenant davantage de missionnaires qui ont pris leur retraite en Thaïlande. Ceci a eu des conséquences matérielles très concrètes pour la Région. Ainsi, dans le diocèse de Nakhon Sawan, la Société a passé un accord avec l’évêque, Mgr BANCHONG, pour construire à Saraburi, sur le terrain de l’église, un pavillon capable d’accueillir quelques anciens du diocèse qui se sont retirés. Mgr LANGER, curé de Saraburi, en est le responsable et il a actuellement accueilli trois prêtres.
D’autres aménagements ont aussi été réalisés à la Maison régionale de Bangkok, où les personnes de passage sont de plus en plus nombreuses. La maison de Société, à Ubon, a fait également l’objet de travaux de restauration, nécessités par le vieillissement de la maison et par le désir de la rendre plus accueillante.



1. LE GROUPE MISSIONNAIRE DE BANGKOK


Nous étions dix-neuf il y a trois ans, et nous sommes encore dix-neuf à ce jour. Pas de départ, pas d’arrivée. Le P. Bacon reste notre doyen et le P. Maurice Chevalier, notre benjamin. Mais la moyenne d’âge de notre groupe atteint 62 ans et demi. Géographiquement, il s’étend aussi sur de grands espaces : treize confrères travaillent dans l’archidiocèse de Bangkok, cinq dans le diocèse de Khorat et un dans l’archidiocèse de Tharae, à 680 km de Bangkok. Huit d’entre nous sont en paroisse (cinq sont curés et trois vicaires), trois sont en retraite avec quelques activités, trois sont professeurs, deux s’occupent des réfugiés khmers et lao, un est moine, un autre imprimeur, et le dernier, mais non le moindre, est économe régional.
Notre aîné, le P. Jean-Marie Bacon, a 80 ans. Après avoir sillonné la Thaïlande à la recherche de points d’eau — sa réputation de sourcier n’est plus à faire ! — notre doyen se remet doucement d’un accident grave : une fracture du col du fémur. D’autres se seraient découragés... Pas lui ! Après une opération, il entreprend de rééduquer ses facultés motrices. Il lui arrive parfois de n’avoir rien à dire, mais le plus souvent, il sait entretenir ses nombreux visiteurs et sa verve est célèbre.
Le P. Maurice Joly (76 ans) vient de célébrer son jubilé d’ordination sacerdotale. Arrivé en Thaïlande en 1936, il a passé de longues années au service des religieuses, principalement pendant onze ans comme aumônier du couvent des Amantes de la Croix, à Bangkok. C’est là que tout naturellement il a célébré son jubilé d’or, en présence du cardinal Michai, de l’ancien archevêque de Bangkok, du Nonce apostolique, de six autres évêques et de nombreux prêtres, religieuses et fidèles. Il est actuellement aumônier de l’hôpital Saint-Louis. Après avoir autrefois fondé en Thaïlande les conférences de Saint-Vincent de Paul, il garde le souci des pauvres ; et les malades sont des pauvres ; alors il offre son sourire et réconforte les malades avec tout son cœur.
Le P. Victor Larqué a 74 ans. Il habite dans un bâtiment de l’hôpital Saint-Louis. Retiré là pour mener à bien son œuvre d’historien, il fait des recherches et finit par mettre à jour l’histoire de toutes les églises ou postes de l’archidiocèse de Bangkok et d’ailleurs. Les documents anciens qu’il découvre obligent parfois à rectifier les opinions reçues. Il se prétend un peu dur d’oreille, mais sa vue est excellente ; et puisque souvent les correspondants ne répondent pas, il ne craint pas de prendre le volant pour aller chercher ou contrôler sur place les documents de première main, quel que soit le nombre de kilomètres ou l’état des routes.
Le P. Paul Jubin (69 ans) est en retraite à Nakhok, dans la dernière paroisse où il fut curé. Sa santé lui a fait bien des misères, mais il garde toujours sa bonne humeur désarmante. Le cardinal Michai a toujours été plein d’égards et d’attentions pour le P. Jubin ; après avoir fait construire l’église et le presbytère, il a aussi fait agrandir le presbytère pour que notre confrère puisse prendre sa retraite sur place. Ainsi il n’est pas dérangé dans ses habitudes et les paroissiens, tellement habitués à lui, ne sont pas dépaysés.
Le P. Edmond Verdière (65 ans), dans son monastère de Nong Ri, essaie, avec une patience de bénédictin, de fonder une vie religieuse conventuelle masculine en Thaïlande. Il semble rencontrer toutes les difficultés que connaissent les grandes causes : un acte de foi permanent, un témoignage dans le silence, et peut-être, pour notre confrère, la pire des épreuves : l’indifférence. Il lui faudra sans doute aller jusqu’au bout avec courage ; la semence enfouie en terre finira bien par lever. De plus, sa santé n’est pas brillante. Son organisme est usé par toutes ses activités passées : c’est un fondateur et il n’a jamais choisi la facilité.
Le P. René Brisson (63 ans) est le responsable du groupe. Vicaire dans une grosse paroisse de Bangkok (Samsen), il vit en compagnie de quatre prêtres thaïs et d’un prêtre PIME, italien, professeur de philosophie au grand séminaire. Avec tous ses confrères de la paroisse, le P. Brisson s’intéresse beaucoup au mouvement néo-catéchuménal. Homme à tout faire, il est à la disposition des confrères et des fidèles de la paroisse. Les curés changent, mais lui, il reste en place.
Le P. Marcel Perray (62 ans) est vicaire, depuis des années, à la paroisse du Rosaire de Bangkok. Il est de la race de ces hommes qu’on ne remarque guère mais qui font un travail extraordinaire. Bien à l’aise dans cette paroisse où les chrétiens sont d’origine chinoise, il est le serviteur toujours disponible : les pénitents savent qu’on peut facilement le trouver au confessionnal, et les pauvres du quartier connaissent très bien sa porte. Il tient à jour le « status animarum » de la paroisse et tient à ce que chaque famille ait son livret de famille. C’est tout un art, car il faut savoir manier les différents computs, lunaire, chinois, thaï, retrouver des noms inscrits parfois en chinois, parfois en thaï, parfois selon des règles de phonétique qui varient d’un curé à l’autre.
Le P. Gabriel Vernier (62 ans) est en charge de l’imprimerie de la mission, à Bangkok. Chez lui, c’est un peu une nouvelle tour de Babel : on y imprime en toutes les langues. Toujours affairé, il accorde un très bon accueil à quiconque se présente à lui. Sa santé lui donne quelques soucis et il vient de repartir pour se faire soigner en France.
Le P. René Lamoureux (60 ans), économe régional, assure l’accueil à la maison régionale du Silom. Le verbe haut, la chanson facile, la blague prête à fuser, il accueille souvent le visiteur de façon inattendue. La maison pourrait être appelée l’hôtel des quatre vents, et il faut un bon tempérament pour répondre à toutes les demandes, à toutes les visites, et même accueillir ceux qui abusent. En partie grâce à notre procureur, la maison est agréable, l’atmosphère y est fraternelle et les gens en manque de communication n’y sont pas frustrés.
Le P. Jean-Paul Lenfant (57 ans) enseigne le français aux classes terminales du petit séminaire de Bangkok, et il essaie d’inculquer aux élèves les premiers éléments d’une spiritualité d’adultes basée sur des convictions personnelles. D’une humeur toujours égale, il sait régaler les confrères de son langage fleuri. Il se fait toujours une joie de rendre service à qui le lui demande.
Le P. Pierre-André Dupont (54 ans) réside à la maison régionale. Depuis de longues années, il enseigne à la petite école française, latin, grec ou philosophie. Passionné d’informatique, il en a fait profiter les élèves de l’école, en commençant un cours d’initiation. Il suit très bien ses élèves et son influence, tant auprès des parents qu’auprès des enfants, ne peut être sous-estimée. Il assure également avec régularité une célébration du dimanche pour les malades de l’hôpital Saint-Louis.
A la maison régionale, il y a aussi ceux qui, depuis 1975, s’occupent des réfugiés. Le P. Robert Venet (68 ans), arrivé du Cambodge en 1975, n’a plus la vie trépidante qu’il a connue pendant quelques années. Il continue à visiter les réfugiés khmers dans les camps et sur la frontière. Il y rencontre toujours autant de cas difficiles et souvent insolubles. Alors qu’au-trefois, ces situations douloureuses pouvaient trouver une solution, grâce à un départ pour un autre pays, moyennant un énorme travail de préparation de papiers officiels, aujourd’hui il n’y a plus guère de solution possible. Et là où des gens pouvaient autrefois nourrir une espérance, il n’y a plus maintenant que la perspective de rester dans les camps.
Mgr Pierre Bach (53 ans), ancien vicaire apostolique au Laos, est arrivé en Thaïlande, en 1977, et fait le même travail pour les réfugiés laotiens. Nos deux confrères se dévouent aussi à l’œuvre de réinsertion des réfugiés dans les communautés chrétiennes du monde entier, spécialement en Australie, aux États-Unis, en France et au Canada. C’est un dur travail, toujours à recommencer, auquel ils se donnent avec beaucoup d’espérance.
Quittant maintenant Bangkok, nous faisons un saut jusqu’à Tharae où se trouve le P. Christian Michel (48 ans). Le petit séminaire de Tharae est resté cher au cœur de nombreux Pères de la mission d’Ubon. Construit par eux, en 1954, et dirigés par eux jusqu’en 1970, ils ont laissé la place aux prêtres thaïs du diocèse, et le dernier Père MEP a quitté le séminaire, en 1973. En 1981, l’archevêque de Tharae adressait une demande au supérieur régional, le priant de bien vouloir envoyer un Père au séminaire. Le P. Michel était alors disponible et il y fut envoyé. Il enseigne le français, est devenu économe du séminaire, en 1984, et s’occupe plus particulièrement des trois grandes classes.
Revenons, après cette excursion à l’extrême Nord-Est, au diocèse de Khorat où travaillent cinq de nos confrères. Le P. Louis Nicolas (68 ans), après avoir été curé de Nong Kéo, curé fondateur de Pakchong, puis curé fondateur de Nong Phluang, est maintenant curé à Nong Prasat, dans la province de Buriram. C’est un « fonceur ». Il a failli perdre la vie quand il s’est fait attaquer, autrefois, par des bandits. Il a, semble-t-il, toujours une idée d’avance sur tout le monde, et le handicap de sa mauvaise vue ne le gêne pas trop dans sa tâche apostolique.
Il a divisé sa paroisse en groupes de quartiers ; il enseigne le catéchisme et invite ses chrétiens à des partages d’Évangile.
Le P. Marius Bray (66 ans) est en poste à Pakchong. Il a une allure d’ascète, car il suit un régime sévère pour éviter les attaques d’un vieux diabète. La paroisse dont il est curé a son centre dans l’enceinte d’une école. Il édite aussi une revue mariale bimestrielle : « Notre-Dame des temps nouveaux ».
Mgr Alain Van Gaver (64 ans), ancien et premier évêque de ce diocèse, travaille maintenant dans la province de Chaiyaphum et réside à Kaeng Khro. Dans ce district, de petites communautés sont en train de naître, et il a fort à faire pour visiter et enseigner tout ce monde. Quelques dizaines de baptêmes chaque année, tant d’adultes que d’enfants, sont un des fruits de tous ses déplacements et des sessions de catéchèse. Sa santé lui présente parfois la note de tout son passé : dernièrement il a dû se confier aux chirurgiens pour l’ablation d’un calcul. Après seulement quelques jours de repos, il est reparti dans son district très étendu, où les conditions de vie sont bien dures.
Le P. Robert Malsert (56 ans) est à nouveau à Ban Han, la plus ancienne communauté chrétienne du diocèse. Il vient de construire une nouvelle église, capable de rassembler 350 fidèles ; mais il n’y a guère qu’une centaine d’adultes sur place. La communauté s’étiole, car, comme chez Mgr Van Gaver, son voisin, le caprice et le déficit des pluies, plusieurs années de suite, obligent beaucoup de chefs de famille et d’adolescents à quitter le village pour chercher du travail, soit à Bangkok, soit dans les pays arabes du Golfe. Heureusement les enfants restent et le P. Malsert peut se féliciter du bon renom de son école.
Enfin, le P. Maurice Chevalier (44 ans), le benjamin du groupe, est chargé d’un secteur ouvert autrefois par le P. Nicolas, au nord de la province de Khorat et il réside à Nong Phluang. Voilà un missionnaire heureux qui voit grandir son petit troupeau. La petite église en bois vient d’être démolie pour faire place à une belle église en dur. Le P. Chevalier accueille une trentaine de nouveaux baptisés chaque année, ce qui n’est pas rien en Thaïlande. Il est doué pour le contact et son langage pittoresque fait merveille parmi les gens du secteur. Il sait aussi faire profiter les confrères de sa joie de vivre.
En terminant ce tour d’horizon, nous pouvons signaler que si nos forces physiques vont en déclinant, vu l’âge moyen de notre groupe, chacun garde pourtant son enthousiasme et continue à mettre beaucoup de cœur à l’ouvrage. Nous avons de plus en plus à travailler comme auxiliaires des prêtres locaux, ce qui demande une souplesse et une disponibilité plus grande que dans le passé. Les membres du groupe ne se laissent pas gagner par le pessimisme : les ordinations sacerdotales sont en augmentation à Bangkok et l’évêque de Khorat vient d’ordonner les deux premiers prêtres originaires du diocèse, avec l’espoir que d’autres suivront prochainement. L’un de ces jeunes prêtres avait été envoyé au séminaire par le P. Roger Clément, aujourd’hui décédé et toujours regretté, et l’autre, par le P. René Lamoureux. Ils avaient commencé leurs études secondaires, lors de l’ouverture du petit séminaire dont la responsabilité avait été confiée au P. Jean Péault par Mgr A. Van Gaver, alors jeune évêque.
S’adressant à des religieux, lors de son voyage en Hollande, le Saint-Père disait : « L’Eglise a moins besoin aujourd’hui de vos travaux que de votre présence ». C’est peut-être ce conseil que nous devons retenir pour continuer notre tâche dans cette Église qui est en Thaïlande et que nous voulons servir.



2. LE GROUPE MISSIONNAIRE DE NAKHONSAWAN


Le diocèse de Nakhonsawan entre dans sa vingtième année. C’est en effet au début de l’année 1967 que le diocèse fut créé par division de l’archidiocèse de Bangkok. Les treize provinces du nord, les moins évangélisées, lui furent attribuées. Mgr Michel Langer en fut le premier évêque jusqu’en 1976. Mgr Joseph Banchong du diocèse de Chantaburi, supérieur du grand séminaire de Thaïlande, prit la succession cette même année. Du point de vue géographique, le diocèse n’a pas connu de changement. Il n’en est pas de même du personnel. Au début, nous n’étions qu’une demi-douzaine de MEP répartis du nord au sud et d’est en ouest sur cet immense territoire.

LE PERSONNEL

La première constatation qui s’impose aujourd’hui est l’augmentation du personnel, augmentation due, d’une part, à l’arrivée des confrères venus de Bangkok ou expulsés de Birmanie voisine, sans aucune affectation de nouveaux Pères et, d’autre part, à l’afflux de jeunes prêtres locaux.
La situation se présente ainsi : treize prêtres MEP et treize prêtres thaïs et un diacre permanent. La moyenne d’âge des confrères est de 61 ans. Soyons optimistes : ce chiffre comprend tous les MEP du diocèse dont quatre sont officiellement à la retraite. La moyenne d’âge des confrères effectivement au travail se ramène à cinquante-six ans. En face de ce vieillissement relatif, la moyenne d’âge des prêtres thaïs se situe à peine au-dessus de trente ans. Deux seulement des prêtres thaïs sont originaires du diocèse. Les autres viennent principalement de Bangkok ou de Chantaburi et, parmi eux, trois seulement sont incardinés au diocèse. Les non-incardinés sont « prêtés » « ad tempus ».
Le groupe MEP et le groupe des prêtres locaux s’équilibrent numériquement, mais le rapport des forces n’est pas égal. D’un côté, le vieillissement inéluctable, sans espoir de renouvellement, et de l’autre, la jeunesse, avec un apport continuel de sang nouveau. Le groupe MEP sans être marginalisé n’a pas l’influence proportionnelle à son nombre au sein du presbyterium. Au cours des dernières années, nous avons cédé la procure, poste peu important d’ailleurs, car Mgr Banchong en assure lui-même le fonctionnement. Nous avons cédé aussi les postes pourvus d’une école, sauf un, Tak, fondé par le Père Étienne Grange, et où le Père Broux exerce ses talents d’administrateur. Provisoirement, le Vicaire général est encore un MEP, Joseph Quintard, assisté d’un seul autre confrère aux délibérations du Conseil épiscopal. Leurs interventions sont toujours écoutées avec bienveillance, de même que celles des confrères lors des réunions du presbyterium.

LE MILIEU

Les confrères en activité continuent leur apostolat toujours avec le même zèle et à peu près dans les mêmes conditions que par le passé.
La disparition du regretté Père Jean Mottin a marqué un net ralentissement de l’apostolat en milieu Hmong. Le prêtre thaï qui lui a succédé à Khaeknoi a été appelé à d’autres fonctions et, après un vide de quelques mois, un autre prêtre thaï, d’origine chinoise, a pris la relève. Il ne jouit malheureusement pas d’une santé à toute épreuve, et l’adaptation à un milieu inconnu pose quelques problèmes au début. Son choix délibéré permet d’espérer qu’il surmontera courageusement les premières difficultés.

LES KARIANS

Au début des années soixante, le Père Edmond Verdière ouvrait le poste de Maesod, sur la frontière birmano-thaïe, en prévision d’une base de départ pour l’apostolat chez les Karians de la région. En novembre 1963, le Père Joseph Quintard jeune missionnaire, ayant opté pour l’évangélisation des montagnards, arrive à son tour à Maesod. Il reste le témoin unique de l’évolution du centre même de Maesod, confié désormais au clergé local, témoin surtout du développement positif de la Mission kariane. Le Père Verdière, pour sa part, a donné une autre orientation à son apostolat en fondant le premier monastère pour hommes, à Nongri, à une centaine de kilomètres au nord-est de Bangkok.
L’expulsion des confrères de Birmanie, à la fin des années soixante, nous valut un apport considérable et particulièrement précieux de missionnaires pour l’apostolat dans cette région. Les Pères Guillou et Tygreat, apôtres des Karians en Birmanie, se retrouvèrent tout naturellement en milieu connu. Malgré le changement du pays d’accueil, il n’y eut pas de crise de dépaysement.
Avant l’arrivée des Pères Verdière et Quintard, les Karians relevant alors de la Mission de Bangkok n’avaient été l’objet d’aucune tentative d’apostolat. Joseph Quintard souligne les difficultés inhérentes à toute fondation nouvelle en milieu inconnu. Il fut pendant dix ans « missionnaire itinérant » avant de devenir responsable du poste central de Maesod pendant neuf ans et de redevenir « missionnaire itinérant », depuis quatre ans.
L’apostolat auprès des montagnards, si bien commencé, prit un sérieux essor avec l’arrivée du renfort de Birmanie. Le nombre des missionnaires passa de un à quatre, grâce à l’option d’un prêtre thaï, Benedict Manat, qui réside au centre. Un autre jeune prêtre thaï, Prachuebchok mérite de figurer sur cette liste de pionniers. Après une initiation à l’apostolat avec nos confrères en milieu karian, il tente une pénétration chez les Ykos, autre minorité montagnarde non encore contactée, du moins dans notre diocèse.
Entre autres activités dont il sera question plus loin, Joseph Quintard a conservé l’administration de trois petites communautés et l’animation de trois petits groupes de catéchumènes, tous dispersés sur près de deux cents kilomètres.
Le Père Joseph Guillou arrivé dans le village perdu de la montagne, Pouphraita, en mars 1975, avait la joie de baptiser ses dix premiers catéchumènes dès le mois de novembre. Loin de lui la pensée de rester sur place à caresser la brebis fidèle. Il accompagne ce groupe de néophytes en vivant le plus près possible des villageois et en participant à leurs diverses activités, quitte à éveiller en passant la susceptibilité de quelques fonctionnaires jaloux de son influence. La prospection des villages dispersés sur la montagne environnante commence. Le succès n’est pas immédiat, mais la bonne graine est semée et lève peu à peu. Aujourd’hui, dix-huit villages ont répondu, dans lesquels sont dispersés deux cent dix baptisés et autant de catéchumènes. Début 1985, quatre nouveaux villages ont demandé l’entrée en catéchuménat.
Le problème actuel est la formation chrétienne des néophytes et plus spécialement la formation des chefs de communautés. Les visites des villages ont pour but précis, comme partout ailleurs, le soin des diverses communautés chrétiennes. Assurer une catéchèse cohérente à des gens dispersés et inégalement formés est un véritable casse-tête. Dans les premiers mois, les visites sont plus régulières et plus fréquentes, car les néophytes ont besoin de relations suivies avec le Père ou le catéchiste. Malgré tout, ces visites restent passagères et l’enseignement limité, d’où la nécessité de sessions de formation pour les chefs de communauté. Deux sessions de formation à base d’Écriture Sainte ont eu lieu : la première, de trois jours, en octobre 1984, et la deuxième, de cinq jours, durant la semaine sainte, en 1985. Cette expérience est trop récente pour savoir quel est son impact, au niveau des villages.
Les chefs de communauté, entre autres activités, sont chargés de l’animation des assemblées de prière dominicale sans prêtre. Ils disposent à cet effet de commentaires d’Évangiles très appréciés de ceux qui savent lire. Depuis mars, un nouveau catéchiste à plein temps et un autre à mi-temps sont venus s’ajouter à ceux déjà existants. Il faut, bien sûr, prévoir et organiser leur travail, mais l’un ou l’autre est capable d’initiatives. L’analphabétisme, assez rare chez les chefs de communauté, plus courant au niveau de la base, constitue un handicap sérieux, mais non absolu. Le livre, s’il existe, n’offre qu’un avantage limité, compte tenu de la culture kariane basée sur la tradition orale. Parmi les personnes d’un certain âge, il existe une sorte de méfiance vis-à-vis du livre, tandis que les plus jeunes comprennent que l’analphabétisme est une des causes du retard dans de nombreux domaines. Ils le ressentent douloureusement sur le plan de l’état civil et de l’insertion inévitable des Karians dans la communauté thaïe. Par ailleurs, s’en tenir à des méthodes archaïques les met à la merci de la convoitise d’étrangers plus avertis et plus entreprenants.

L’ÉDUCATION

L’avenir est aux jeunes, dit-on souvent. Deux petites écoles de base ont été ouvertes sur la montagne, dans les villages de Sam Meun Thung et Daikleklai, avec un total de cinquante enfants pour trois enseignants. Beaucoup d’autres endroits sont sans école, mais il est permis d’hésiter à investir en personnel enseignant, là où les unités villageoises sont trop petites. Outre le manque de routes, c’est aussi une des raisons pour lesquelles le gouvernement n’a pas jugé à propos d’ouvrir des écoles dans ces endroits reculés.
Dans son rapport d’activités, le Père Gabriel Tygreat, travaillant dans le même milieu karian, éprouve les mêmes consolations et se heurte aux mêmes difficultés. Difficultés identiques d’ailleurs, du moins en partie, à celles que rencontrent nos confrères voués à l’apostolat en milieu d’origine laotienne. Sur le plan des conversions, une heureuse surprise attendait notre confrère à son retour de congé, fin 1984. Pendant son congé, un jeune prêtre thaï a assuré la continuité, tant spirituelle que matérielle du centre de Chongkhep. La proposition dans les villages dispersés, mise en veilleuse pendant la saison des pluies, reprenait avec son retour. Il y avait bien quelque espoir autrefois, dans tel ou tel village, mais dans tel autre, vraiment aucun. Et « divine surprise », d’un seul coup, de ce dernier village, une bonne vingtaine de familles demandent à étudier la doctrine. Vraiment le Saint-Esprit a de l’humour ! En ce moment, les paysans sont pris par les travaux des champs. L’avenir dira sans doute les motivations de cet intérêt soudain pour la religion.
Ici, à Chongkhep, l’effort principal porte sur l’éducation de l’enfance et de la jeunesse. L’impossibilité pour les petits Karians de recevoir une instruction de base, en raison du manque d’écoles signalé plus haut, en raison de la dispersion des villages et de la pénurie des moyens de communication, a été à l’origine de l’ouverture d’une école avec internat. Cette école, très modeste à ses débuts, ne recevait que les enfants du village. Elle a pris une telle extension qu’elle n’est pas sans poser de sérieux problèmes. Les jeunes éprouvent le besoin de s’élever dans l’échelle sociale et si possible d’égaler sinon surpasser les Thaïs. Ils veulent d’abord se libérer du complexe d’infériorité accentué par le manque d’éducation et la proximité de la ville de Maesod. Il en résulte une surabondance de demandes d’entrées à l’école.
S’il s’agissait, comme au début, de recevoir seulement les enfants du village ou des environs pour quelques heures journalières, le problème serait assez simple, mais les livres qui nourrissent l’esprit ne remplissent pas l’estomac et c’est plus de quatre-vingts enfants qu’il faut nourrir chaque jour et à l’occasion vêtir. Un grand grenier à riz existe bien depuis le début de l’année. Il attend la récolte prochaine. Pour le confort des enfants, une maison d’habitation avec réfectoire, dortoir et logement des gens de passage, est en voie d’achèvement.

DÉVELOPPEMENT

Le secteur de Maesod a maintenant la chance d’avoir une équipe de spécialistes engagée dans le développement. Tel ou tel confrère se sent peut-être moins concerné directement par ce problème, surtout s’il s’agit de réalisations spectaculaires d’une utilité contestable. Compte tenu des résultats positifs acquis dans le passé, et des exigences de la formation des néophytes, cette question tout en n’ayant rien perdu de son urgence n’est plus prioritaire. Un responsable laïc de cette équipe n’hésitait pas à affirmer dernièrement que : « le besoin le plus urgent des Karians, en ce qui concerne le développement, est d’ordre spirituel ».
« Des pauvres vous en aurez toujours avec vous ». L’effort principal du travail de développement consiste à soulager ces pauvres. Il est bien rare, en arrivant à Maesod, de ne pas s’entendre dire : « le Père ? vous le trouverez à l’hôpital, il a amené un montagnard pour des soins ». Pour soulager les misères sur place, le Père Joseph Quintard a mis sur pied une petite équipe médicale volante qui parcourt les villages. Les docteurs, infirmières et dentistes sont tous bénévoles. Seule une infirmière kariane permanente et à plein temps est rémunérée. En contact avec ces sommités, J. Quintard pratique aussi la médecine à l’occasion. Il donne des prescriptions avec une telle assurance que le malade est vraiment incurable s’il n’est pas soulagé avant d’avoir pris la potion magique. Ce travail se fait avec la bénédiction épiscopale, à tel point que la médaille de la reconnaissance diocésaine a été créée spécialement à cette occasion. Elle brille sur la poitrine de trois docteurs qui donnent leurs week-ends gratuitement.
Pour être apprécié, le développement ne doit pas être apporté « tout cuit sur un plateau ». Il n’est estimé à sa juste valeur que dans la mesure où il a demandé un effort et justifie la légitime fierté des bénéficiaires. C’est ainsi que des « plans d’eau potable » ont été aménagés dans les villages avec la participation des gens. L’état sanitaire s’en est trouvé amélioré, avec la disparition des diarrhées, dysenteries et autres infections intestinales. La dernière grande réalisation en date, et qui a fourni du travail pendant trois mois à soixante-dix Karians, a été la construction d’une route. La juste rémunération de leur travail a tiré de la misère, sinon sauvé de la famine, un grand nombre de familles. Cette route longue de plus de treize kilomètres a sorti le village de Maevé de son isolement et facilité l’exportation des rares produits locaux. Accessible autrefois uniquement à dos d’éléphant ou à pied après une marche épuisante, Maevé l’est devenu facilement en voiture à la saison sèche, et même théoriquement en toute saison par un as du volant. Cette route carrossable fut construite entièrement « à la main », c’est-à-dire à la pioche, à la pelle et avec des petits paniers, sous la haute surveillance de M. Tia-Tia, vrai diacre quoique non ordonné. Pour cette réalisation, les secours n’ont pas manqué au Père Quintard, venus de la Délégation apostolique, de la communauté d’expression française de Bangkok, de la Région, de la chrétienté de Maesod et d’un ancien du secteur, le Père Louis Sahuc.

LA PLAINE CENTRALE

La plaine centrale où travaillent nos confrères est essentiellement constituée par le cours supérieur de la Chaophraya qui aboutit à Bangkok et une demi-douzaine de ses affluents.
Si l’apostolat auprès des Karians apporte de réelles consolations, malgré de nombreuses difficultés, l’apostolat dans la plaine s’exerce au milieu d’une indifférence assez généralisée. L’augmentation du nombre des chrétiens n’est pas proportionnelle aux efforts déployés et à une persévérance à toute épreuve. Une petite exception cependant : le milieu laotien, dans les secteurs de Phetchabun et Phichit. Ces succès relatifs quant à la quantité sont compensés en partie par la qualité, grâce à une formation très poussée.
Nous retrouvons ici Mgr Michel Langer à Saraburi, les Pères Michel Broux, à Tak, Étienne Grange, à Kamphaengphet, Michel Coutand, à Takhli, Robert Billot, à Lopburi, Pierre Laborie, à Phichit, tous dans des centres importants : préfectures ou sous-préfectures. Le Père René Meunier, doyen de la mission, reste titulaire du poste de Huadong, dans la banlieue lointaine de Nakhonsawan. Les Pères Antoine Deschamps (72 ans), Isidore Garrel (71 ans) et Joseph Gloriod (70 ans) sont à la retraite. Pour être complet, signalons Lomsak, Santisuk et Phetchabun, dans la vallée du même nom ou de la Pasak. Ces trois postes sont confiés à des prêtres locaux.
Tous ces centres récents sont dus à l’initiative des MEP et six ont en commun d’avoir été fondés dès les débuts de la mission de Nakhonsawan, au milieu des années soixante : Saraburi, Lopburi, Takhli, Santisuk, Lomsak et Phetchabun. Deux sont de fondation plus récente : Kamphaengphet et Phichit. Chacune de ces villes est au centre d’un district dont dépendent des chrétientés dispersées régulièrement administrées, sans compter quelques groupes de chrétiens éparpillés dans la nature. Six dessertes dépendent de Phichit, trois de Lopburi, trois de Takhli, deux de Saraburi et une de Kamphaengphet.
L’administration du poste central, dont le nombre de baptisés n’atteint en aucun cas la centaine, n’accapare pas l’activité du titulaire sept jours sur sept. Par ailleurs, la dispersion de groupuscules chrétiens sur des dizaines de kilomètres pose un sérieux problème pour une pastorale suivie. Un rassemblement au centre a lieu généralement plusieurs fois par an, à l’occasion des fêtes les plus populaires : Pâques, l’Assomption, Noël et, éventuellement, la fête patronale. Certains chrétiens plus fervents n’hésitent même pas à faire plusieurs kilomètres, presque chaque dimanche, pour bénéficier de la messe. Le temps fort reste néanmoins une période de formation intensive, pendant les vacances scolaires de la saison chaude, à l’époque des célébrations pascales. Tous les enfants irrégulièrement catéchisés pendant l’année y sont conviés sur un programme de trois ans. Le nombre des participants augmente chaque année. Certains qui se croyaient quelques unités noyées dans la masse des bouddhistes s’étonnent de se retrouver si nombreux. Ils n’en sont pas peu fiers et de retour dans leur milieu, ils sont moins timides pour s’afficher comme chrétiens. Ils se présentent comme tels sur les marchés, dans les administrations et dans leurs relations. Il y a là une évolution très nette qui mérite d’être signalée.
Il a été reproché parfois aux chrétiens de vivre en ghetto. Les événements de la dernière guerre mondiale ont semblé parfois donner une apparence de vraisemblance à cette assertion. Ce temps est révolu. Les chrétiens dans l’ensemble tiennent une place honorable dans la société. Les écoles catholiques, d’autres œuvres sociales, ont eu une heureuse influence pour permettre aux chrétiens de sortir de leur ghetto.

ÉDUCATION ET DÉVELOPPEMENT

Les Thaïs ont tendance à juger de la valeur intellectuelle d’un homme sur sa capacité à s’exprimer en langues. S’il en est ainsi les Pères Billot et Coutand élèvent singulièrement le niveau intellectuel du pays. Depuis près de vingt ans, ils enseignent gratuitement le français et l’anglais dans trois lycées souvent éloignés du lieu de résidence. Leur enseignement est particulièrement apprécié à en juger par l’abondance de la demande. Leur but est cependant moins de former de futurs interprètes que de nouer des contacts et établir des relations de confiance réciproques tant avec les élèves qu’avec les autres enseignants. Mis à part un certain sectarisme dans l’un ou l’autre milieu bouddhiste intégriste, les Thaïs reconnaissent qu’on peut être bon citoyen tout en pratiquant une religion différente. Toutefois, une présence discrète s’impose dans le domaine de l’éducation en raison de l’entourage plus susceptible que tout autre. Les bienfaits de cet enseignement ont été signalés dans le rapport préparatoire à l’Assemblée générale de 1980. Il n’est cependant pas superflu d’insister sur le témoignage rare de la gratuité et la simplicité des rapports qui aboutit parfois à des confidences surprenantes.
Le centre de couture du Père Coutand, à Takhli, fonctionne depuis 1972, toujours avec le même succès. A ce jour, plus de sept cents femmes ou jeunes filles y ont suivi les cours. Un confrère faisait remarquer que de nombreux ménages se disloquaient en raison de l’incapacité de la femme à tenir une maison. Gageons que le centre de Takhli contribue à la stabilité des foyers.
C’est dans ce même sens d’éducation de base et de développement et, en conséquence, d’apostolat indirect que le Père Grange, à Khamphaengphet, a créé une ferme modèle dont la production laitière le met en contact chaque jour avec la population et que le Père Meunier, à Huadong, a ouvert un atelier artisanal où les villageoises peuvent s’initier au tricotage et à la couture. Les papillons et autres bestioles chassées par les enfants sont pour lui l’occasion d’ouvrir les yeux de l’entourage sur « les splendeurs et les mystères du monde où nous nous débattons et du monde futur qui nous attend ».

LES INSTITUTS RELIGIEUX

Le diocèse de Nakhonsawan n’a ni séminaire ni couvent sur son propre territoire. Le pays en est, par ailleurs, fort bien pourvu avec une variété digne des pays de vieille chrétienté.
Lors de la fondation de la Mission, quatre congrégations religieuses œuvraient dans le diocèse : une d’hommes, les Frères de Saint-Jean-Baptiste de La Salle, et trois de femmes : les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, du Sacré-Cœur de Bangkok et les Servantes de Marie d’Ubon. Au titre de la congrégation, les Frères dirigeaient une école à Nakhonsawan et les Sœurs de Saint-Paul également. Au même titre, les Sœurs du Sacré-Cœur avaient ouvert une école à Sawankhalok, près de Sukhothai, au nord-est de la Mission. Toutes ces écoles existent encore et sont prospères. Les Sœurs de Saint-Paul ont même ouvert une nouvelle école très appréciée à Phetchabun, ces dernières années. Le Père Joseph Gloriod, à la retraite, y est accueilli gracieusement comme aumônier. D’autres Sœurs du Sacré-Cœur enseignent dans une école paroissiale ou se dévouent comme « aides aux prêtres ». Quant aux « Servantes de Marie », prêtées pour un temps à l’école de Santisuk, pour des raisons d’affinité, elles ont rejoint leur mission d’origine. Il n’est pas inutile de préciser que le village de Santisuk, dans la province de Phetchabun a été fondé, il y a un quart de siècle, par des paysans d’origine laotienne, venus du nord-est de la Thaïlande à la recherche de terres à cultiver. Les religieuses de même souche faisaient très bon ménage avec la population, et les enfants, accueillis à l’école paroissiale dans leur dialecte, passaient sans complexe au pur langage thaï, supposé plus évolué. Leur départ est regretté. Difficile adaptation.
Après le retrait des religieuses d’Ubon, l’école de Santisuk a continué de fonctionner pendant une dizaine d’années sous la direction éprouvée des Sœurs de Saint-Paul. Malheureusement, pour des raisons difficiles à déterminer, elles viennent d’abandonner à leur tour. La compétence et le dévouement sont une chose, l’adaptation au milieu ambiant en est une autre.
Le problème de l’« inculturation »reste parfois difficile pour des religieuses ou des prêtres venus d’autres régions du pays. Il se pose avec d’autant plus d’acuité que l’arrivée de l’institut est plus récente dans la mission. C’est le cas particulier des religieuses de Chantaburi accueillies depuis peu par Mgr Banchong. Savoir la langue de son voisin n’est pas tout. Quand on n’a que les mots d’une langue on ne sait rien. L’important est de comprendre comment l’autre pense, vit, aime... bref sa culture.
Chaque congrégation a son style propre et toutes font un effort d’adaptation méritoire et digne d’éloge. Les éléments les plus jeunes ne portent pas qu’un intérêt théorique à la catéchèse, elles s’adonnent volontiers à l’apostolat sous la direction d’un prêtre zélé.

LES AIDES AUX PRÊTRES

Ces douloureux problèmes d’adaptation ne se posent pas pour une certaine catégorie de personnes appelées en France « Aides aux prêtres ». Avant la multiplication des centres, il était de tradition, dans les vieilles chrétientés, de trouver, comme collaboratrices du Père, deux ou trois religieuses : institutrices paroissiales, catéchistes et maîtresses de maison. Une orientation différente a été donnée à certains instituts et, à ce jour, aucune religieuse ne se trouve chez aucun confrère des MEP. Il a bien fallu trouver d’autres personnes. Ainsi est né le « mouvement des Aides aux prêtres ». Ces personnes dévouées, discrètes, accueillantes, tiennent le rôle des religieuses d’autrefois dans tous les domaines : catéchistes, sacristines, maîtresses de maison, animatrices à l’occasion des Assemblées sans prêtre. Elles n’hésitent pas à mettre la main à la pâte pour des besognes matérielles peu à l’honneur en milieu non chrétien. Plus qu’acceptées, elles sont très appréciées par la communauté chrétienne et les non-chrétiens les tiennent en grande estime. Un confrère tient à leur rendre hommage en ces termes : « Saluons bien bas ces “Aides aux prêtres”, religieuses ou non, qui, dans ce pays bouddhique, nous permettent de réaliser beaucoup du peu que nous faisons ».

PROBLÈMES

De cet exposé d’ensemble, sans doute incomplet afin d’éviter des répétitions, il se dégage peut-être une impression teintée de pessimisme. Le bilan des dernières années est cependant loin d’être négatif, grâce à l’apport des conversions en milieu karian d’abord, puis laotien et chinois, et surtout par la prise de conscience des chrétiens de leur valeur humaine. Ils ne se sentent plus marginalisés. Les résultats d’une formation longue, patiente, persévérante, finissent par apparaître.
Un des principaux problèmes est celui de l’instabilité des populations. Ce phénomène se présente sous deux aspects, suivant qu’il touche les gens des campagnes ou ceux des petites villes : le manque de terre à exploiter pousse les premiers à partir vers les centres pour chercher un travail aléatoire et souvent mal rémunéré. Quant aux seconds : petits commerçants, employés, travailleurs manuels, enseignants, fonctionnaires, ils s’en vont ailleurs dans l’espoir fallacieux de trouver de meilleures conditions de vie, ou sont soumis à des mutations régulières. De cette situation, il résulte que la population chrétienne des campagnes se maintient péniblement et que la population chrétienne des villes est changeante, et plutôt en diminution par le départ de familles entières, spécialement pour Bangkok. Le cas de la ville de Lopburi et de sa campagne, cité par le Père Billot, reflète exactement la situation : en quinze ans, quatre-vingt-cinq baptêmes pour quatorze enterrements, et pourtant le nombre des fidèles n’a pas augmenté. Le Père Coutand, pour Takhli, signale un bilan encore plus défectueux.
Ces migrations incessantes sont inquiétantes et dangereuses pour la foi. Les campagnards se font rarement connaître en ville, quitte à se remettre à la pratique religieuse à chaque retour au village. Quant aux autres, l’expérience démontre qu’ils sont souvent découverts par hasard, parfois après un long séjour. Mgr Langer signale le cas d’un artisan rencontré fortuitement à Saraburi, après plusieurs années de présence.
Par contre, l’élément stable des villes, en très grande majorité d’origine chinoise, a pris son engagement chrétien au sérieux. Connus comme tels, ils sont les piliers de la communauté.

PERSPECTIVES D’AVENIR

Depuis 1976, année de la prise en charge du diocèse par un évêque thaï, le nombre des prêtres locaux a régulièrement augmenté, tandis que celui des missionnaires MEP tend à diminuer. Plusieurs d’entre nous ont atteint l’âge de la retraite et ont dû se retirer du ministère actif. D’autres jeunes prêtres thaïs viendront encore se joindre à nous dans les années qui viennent. Or, à part quelques nouveaux postes ouverts par des missionnaires, le diocèse n’a pas pris l’initiative de nouvelles fondations. Pourtant le développement de la communauté chrétienne et les espoirs de conversions sont liés à ces nouvelles fondations, comme le montrent le travail réalisé en milieu karian et l’expérience du Père Laborie à Phichit, avec une vingtaine de catéchumènes en un an.
Jusqu’ici les prêtres thaïs assurent principalement l’animation pastorale des chrétientés plus anciennes du diocèse, avec leurs écoles et autres œuvres paroissiales. Ils rencontrent là un certain nombre de difficultés telles que les jeux, l’alcoolisme, les concubinages et les mésententes entre familles. Mais ils ont aussi avec eux des communautés bien enracinées dans des habitudes de vie chrétienne : pratique régulière de la messe et de la vie sacramentelle, enseignement du catéchisme et développement des dévotions mariales à Notre-Dame de Lourdes ou à Notre-Dame de Fatima. Il est certainement bien plus difficile et plus exigeant de mettre sur pied et de faire vivre de nouvelles fondations. Le contexte culturel bouddhique ne facilite pas l’implantation d’un prêtre dans un milieu où il n’y a pratiquement pas de chrétiens. Et la formation des catéchumènes et des néophytes demande autre chose que l’entretien de communautés déjà bien ancrées dans des traditions chrétiennes. Et, dans le cas de centres tout nouveaux, il faut certainement faire preuve d’imagination pour trouver une situation ou une activité qui justifie la présence d’un prêtre et puissent remplir ses journées.

Mais nous gardons espoir pour l’avenir du diocèse. Parmi les nouvelles générations de prêtres, il ne manquera pas de pasteurs animés de l’esprit missionnaire pour s’orienter vers les non-chrétiens et prévoit l’étude de l’évangile de Saint plus le Règne de Dieu par l’annonce de l’Évangile.



3. LE GROUPE MISSIONNAIRE D’UBON

A. Catéchèse et pastorale au diocèse d’Ubon Ratchathani
(1983-1985)


1. LA CATÉCHÈSE

Le travail de catéchèse dans le diocèse d’Ubon s’inscrit dans une longue tradition qui a commencé avec l’ouverture de l’école des catéchistes par le Père Prodhomme, à Don Don, en 1891, dix ans après l’arrivée des premiers missionnaires à Ubon. En 1954, Mgr Bayet inaugure les réunions annuelles des catéchistes. Mais c’est surtout sous l’épiscopat de Mgr Berthold (1970-1976), et l’impulsion du Père Jacquemin, que le nombre des catéchistes va se multiplier. A la lumière de l’Esprit et grâce aussi à l’expérience de leurs devanciers, les responsables actuels de la catéchèse dans le diocèse cherchent les moyens les plus adaptés à notre époque pour faire entendre la Parole de Dieu. Nous ne retenons ici que quelques points plus importants d’un apostolat par ailleurs assez classique.
Nous avons réduit à deux le nombre des catéchistes dits à plein temps. Peu d’entre eux, en effet, enseignaient toute la journée. Il est par ailleurs préférable qu’ils exercent une activité professionnelle : d’une part, ils peuvent montrer l’exemple et rester proches des gens ; d’autre part, le diocèse n’est guère assuré de pouvoir leur donner un salaire convenable pour nourrir leur famille.
Nous commençons d’utiliser une équipe mobile de catéchistes pour démarrer la catéchèse dans un village où il n’y avait pas d’enseignement régulier : séjours d’une semaine, une ou deux fois par mois, selon les saisons, en attendant qu’une catéchèse régulière puisse s’y organiser.
En 1985, le diocèse d’Ubon compte 158 catéchistes dont 48 religieuses ; celles-ci enseignent le catéchisme aux enfants des cinq écoles paroissiales où elles sont institutrices, ou bien, dans les autres villages, aux enfants qui vont dans les écoles du gouvernement. Parmi les 110 catéchistes laïcs, il y a 58 femmes et 52 hommes ; 47 d’entre eux sont mariés. Ces laïcs exercent tous une profession : la plupart sont paysans. Ils enseignent les enfants le matin avant l’école. L’enseignement des adultes dépend beaucoup de leur temps libre. En général, l’instruction se fait le soir, après le travail. Souvent aussi, les curés assurent eux-mêmes, en tout ou en partie, Cet enseignement des adultes. Le travail des catéchistes est contrôlé par les curés dont ils dépendent : ils reçoivent un cahier, fourni par le Centre, sur le modèle du cahier des instituteurs, pour y noter la préparation des leçons. Ils disposent pour leurs cours d’un manuel national en six livrets, un pour chaque classe du primaire. Le catéchisme pour le secondaire est en préparation. Le Centre catéchétique diocésain a réalisé un manuel provisoire, plus facile d’emploi, pour les groupes d’enfants qui étudient en dehors du cadre scolaire.

2. LA FORMATION DES CATÉCHISTES

Le problème le plus important n’est d’ailleurs pas celui des manuels, mais celui de la formation des catéchistes eux-mêmes. Enseignant dans leurs propres villages, choisis par leurs curés après consultation des paroissiens, ces catéchistes, mariés ou encore célibataires, n’ont pas reçu de formation religieuse spéciale et n’ont guère le temps de faire de longs stages dans une école catéchétique. Le Centre organise donc des sessions de formation accélérée : trois semaines par an, en deux ou trois périodes, aux époques creuses de l’année où le travail des champs n’urge pas. Les stagiaires y étudient l’Écriture Sainte, le Dogme, la Morale, la Liturgie, sans oublier la pédagogie et les méthodes catéchétiques. Pour ces sessions, le Centre fait appel à tous les prêtres du diocèse qui ont un peu de temps libre, surtout les jeunes prêtres thaïs. En dépit du peu de temps disponible, il semble que les résultats sont assez satisfaisants. Chaque année, nous avons deux ou trois jours de récollection où tous les catéchistes se retrouvent. De plus, le Centre s’efforce d’envoyer des religieuses et des catéchistes laïcs au Centre National de Catéchèse pour des cours qui durent maintenant deux ans. Des cours d’été sont ouverts, depuis un an, aux catéchistes qui n’ont pas fait d’études secondaires. L’année dernière, le Centre a envoyé cinq catéchistes à ces cours. Tout cela coûte cher à une mission qui n’est pas riche. Dieu merci ! L’organisme romain pour la Catéchèse et la Société des Missions Étrangères nous ont régulièrement soutenus jusqu’à ce jour.

3. ACCUEIL DES CATÉCHUMÈNES

Chaque année, dans le diocèse, ce sont, en moyenne, 200 catéchumènes qui reçoivent le baptême. Leurs motivations sont pratiquement identiques : soit en vue de mariage avec des catholiques, soit cas de « possession diabolique », selon les croyances populaires de la région (phipob). Ici, il n’y a pas de mouvement de conversion, et les conversions pour des motifs uniquement spirituels sont fort rares. Le baptême par étapes s’est instauré peu à peu : le nouveau rituel du baptême des adultes est un précieux moyen de formation. Cependant, les nouveaux catéchumènes, reçus individuellement dans les petites communautés, n’ont pas le sentiment d’entrer dans une grande famille religieuse. Ils auraient même plutôt tendance à croire que leur démarche est un geste isolé, voire secret. C’est pourquoi est né le désir que ces catéchumènes fassent ensemble les premières étapes du baptême et soient reçus par l’évêque en personne. La première cérémonie de ce genre a été organisée, le 23 mars 1985, à la cathédrale d’Ubon, avec le concours du Père Joseph Trébaol, curé de la paroisse. Ce jour-là, 90 catéchumènes ont fait leurs premiers pas en Église. Ils étaient accompagnés de leurs curés, catéchistes, parrains et marraines. La cérémonie se termina par un repas pris en commun. Ce genre de cérémonie semble avoir profondément impressionné et rassuré nos futurs chrétiens. Tout le monde est d’accord pour continuer cette expérience.

4. PROBLÈMES DES CHRÉTIENS DISPERSÉS ET DE L’EXODE RURAL

Le diocèse commence à prendre conscience que les chrétiens qui quittent l’Église sur la pointe des pieds sont peut-être plus nombreux que les catéchumènes que nous recevons chaque année.
C’est tout d’abord le problème des familles chrétiennes qui quittent le village chrétien pour s’installer ailleurs, loin de toute église et souvent en milieu bouddhiste. L’expérience prouve que pour les gens du Nord-Est, il est bien difficile de vivre sa foi chrétienne dans un milieu qui n’est pas porteur. La mentalité du pays veut que toutes les familles participent à la vie religieuse du village. Dans un village bouddhiste, cela signifie donner la nourriture aux bonzes, participer aux fêtes de la pagode, acquérir des mérites avec les autres. Les enfants qui grandissent dans une telle ambiance et loin de toute tradition chrétienne vont, à l’âge du mariage, choisir un conjoint bouddhiste et ce sera la fin de toute vie chrétienne. Si la famille est vraiment chrétienne et confie ses enfants à une école catholique, le problème sera moindre, mais c’est loin d’être le cas général. Certaines familles quittent le village sans même prévenir leur curé.
Pour aider la vie chrétienne des enfants catholiques ainsi dispersés en villages non chrétiens, le Centre catéchétique organise, à l’époque des vacances scolaires, des sessions de formation chrétienne dans un ou plusieurs centres, en général une par secteur. Ces sessions, inaugurées au temps où le Père Trébaol était responsable du Centre, sont très utiles, mais bien trop courtes et nous n’atteignons pas toutes les familles.
Cette année, les prêtres du diocèse ont tenté de recenser les chrétiens dispersés et d’en obtenir les adresses, afin de pouvoir les contacter plus facilement et d’essayer de les suivre. Ces adresses sont communiquées à tous les prêtres pour qu’ils puissent connaître et visiter les familles les plus proches de chez eux. On pense aussi pouvoir communiquer avec ces familles par le moyen de lettres circulaires : cela leur permettrait de rester en lien avec la chrétienté. Enfin, un projet d’apostolat en milieu non chrétien par l’intermédiaire de ces familles est à l’étude.
Beaucoup de jeunes catholiques s’en vont à Bangkok, ou dans le Sud, à la recherche d’un travail hypothétique ou, plus simplement, pour voir du pays. Autrefois, les Pères Louis Léon, puis Christian Michel, ont essayé de s’occuper de ces jeunes attirés par la grande ville et de les suivre. Pour bien des raisons, ils n’ont malheureusement pas pu continuer cet apostolat. Actuellement le Mouvement de la Jeunesse Catholique du diocèse essaie de résoudre le problème par l’autre bout, c’est-à-dire en tentant de retenir les jeunes au village. Pour cela, on les aide à trouver sur place un travail qui soit rentable après les travaux des champs. La campagne d’année invitait donc les jeunes à cultiver des légumes. Pendant un an, les réunions de jeunes comprenaient un cours d’agronomie avec l’aide d’un spécialiste. On ne peut dire que cet effort, si louable qu’il ait été, ait obtenu beaucoup de succès. Ce fut cependant l’occasion de sensibiliser les jeunes aux problèmes que pose l’exode rural.

5. LE CONSEIL PASTORAL DIOCÉSAIN

Ce Conseil a été créé, en décembre 1981, à l’occasion du centenaire de la mission, de par la volonté expresse de l’évêque. Ses 37 membres, délégués du clergé, des religieux et des laïcs, représentent tous les secteurs de la vie diocésaine. Le Conseil a manifesté sa capacité à jouer son rôle de conseiller pastoral de l’évêque. Il a déjà attiré son attention sur les problèmes urgents de la famille, de la jeunesse, de l’apostolat, et suggéré des propositions concrètes, reprises en discussion dans les réunions sacerdotales.

6. FORMATION BIBLIQUE

La Parole de Dieu est la base de la liturgie et de la catéchèse. Les chrétiens thaïlandais ont, depuis des années, la possibilité de lire la Bible dans une traduction protestante très valable. Les catholiques se sont contentés de traduire les livres deutéro-canoniques. C’est maintenant que se fait sentir le besoin d’une formation biblique chez certains groupes, comme les religieuses et les instituteurs catholiques. Le Centre catéchétique s’efforce de répondre à cette attente par des sessions consacrées à l’étude de la Bible.

7. ÉTUDIANTS CATHOLIQUES

Notre communauté catholique n’a pas encore beaucoup d’ouverture sur la société thaïe. Certains secteurs de la vie sociale, tels que le milieu enseignant des écoles techniques, des écoles normales, les milieux hospitalier, militaire, administratif sont peu touchés par notre présence. Le jeune prêtre thaï, responsable des grands élèves catholiques, s’efforce de réunir ceux de la ville d’Ubon et organise des camps dans les villages pour mettre les jeunes étudiants citadins en contact avec les jeunes paysans et les faire travailler ensemble à des projets de développement au niveau du village. Malgré ces efforts, il faut bien avouer que notre jeunesse étudiante ne manifeste pas toujours un grand esprit apostolique et reste encore très étrangère aux préoccupations d’ordre social ou politique ou, plus encore, philosophique.

8. LES MOUVEMENTS D’ACTION CATHOLIQUE

La Légion de Marie, le plus ancien mouvement d’apostolat implanté dans le diocèse, a encore des « praesidia » dans plusieurs paroisses. Mais ce mouvement n’attire guère les jeunes. Les légionnaires, dont certains font partie du mouvement depuis sa fondation, essaient de reprendre un second souffle. Ils éprouvent le besoin d’une formation religieuse plus profonde pour pouvoir participer à la catéchèse de leur paroisse.
Deux conférences de Saint-Vincent de Paul ont des difficultés à survivre. Par contre, la Croisade eucharistique se répand dans les villages, sous la direction d’une religieuse. Le programme d’année prévoit l’étude de l’évangile de Saint Marc. Ce mouvement contribue à développer la ferveur des enfants envers l’Eucharistie. Dans les villages où existe un groupe de Croisade, le curé constate une plus grande assiduité au catéchisme.
Quelques mouvements plus nouveaux ont fait leur apparition dans le diocèse. Signalons « Pour un Monde meilleur » qu’une équipe nationale a fait connaître aux gens de Nong Tham, en 1983. Le vicaire de l’époque, devenu curé, a pris ce travail à cœur et continue sur la lancée. Quelques groupes de « Focolare » ou assimilés, commencent timidement à s’implanter. Le groupe le plus ancien est également à Nong Tham ; un autre se développe à Sri Than. Leurs membres ont assisté à plusieurs « Mariapolis » et reçoivent la lettre mensuelle de Chiara Lubich. Ils se réunissent pour prier ou s’adonner à quelques petites activités.
Presque toutes les communautés catholiques ont leur groupe de jeunes où parfois se mêlent des bouddhistes. Un jeune prêtre thaï, aidé à plein temps par une religieuse, se dépense beaucoup à visiter tous ces groupes. A l’occasion de l’Année Internationale de la Jeunesse, des manifestations religieuses ont réuni ces jeunes par secteurs. De plus, des sessions d’animateurs sont organisées régulièrement ; un grand effort est déployé pour la formation religieuse de cette jeunesse. Quant à nous, Européens, déjà plus très jeunes, nous nous sentons un peu en dehors de la course et nous laissons bien volontiers le jeune clergé thaï s’occuper de ce secteur de l’apostolat.
Il faudrait aussi faire mention des pasteurs des nombreuses communautés chrétiennes, la presque totalité d’entre nous, curés de paroisses importantes, accaparés par le travail paroissial auprès des chrétiens pour les rendre plus missionnaires, ou responsables de nombreux petits îlots chrétiens disséminés à travers tout un département. On ne parle guère de leur travail dans les rapports. Pourtant, sans ce travail paroissial, que deviendrait le diocèse avec ses belles structures ?
Les lecteurs de ce rapport trouveront le diocèse d’Ubon somme toute très classique. C’est vrai qu’il n’a rien pour attirer l’attention de gens épris d’inédit. Et pourtant, nous avons aussi nos expériences moins classiques. Et parmi celles-ci, on ne peut pas ne pas mentionner l’expérience du Père Bronislas Pasek qui, depuis plus d’un an maintenant, a obtenu la permission de vivre dans un monastère bouddhique du sud de la Thaïlande, auprès du Révérend Phutthathat, un maître reconnu. Les confrères d’Ubon, pris par les affaires de ce monde, sont pressés de voir le Père Pasek revenir parmi eux pour leur faire part de son expérience et inaugurer de nouvelles formes d’apostolat. Quant à lui, il pense que son expérience est encore insuffisante. Si parfois ses idées et ses options n’entraînent pas notre adhésion inconditionnelle, nous respectons et admirons la vie ascétique de notre confrère. Il ne trompe pas les gens ; il fait ce qu’il dit. Ce que nous apprécions chez lui est l’intuition très juste de vouloir rencontrer les bouddhistes chez eux, dans les pagodes, le cœur même du bouddhisme, et de s’efforcer de connaître cette religion de l’intérieur, afin d’arriver à un utile dialogue. Jusqu’ici, force est de reconnaître que nous avons trop vécu en marge de cette religion alors que 96 % des Thaïs sont des fidèles du Bouddha et que la mentalité du peuple a été façonnée par plus de mille ans de vie selon la règle édictée par lui.


Robert COSTET



B. Pastorale de la famille


Dans le compte rendu 1980-1982, j’avais déjà donné un bref aperçu de la situation de la famille et de l’orientation pastorale en ce domaine. Les faits et l’expérience de trois années supplémentaires ne contredisent pas les tendances qui étaient alors signalées. Ils les accentueraient plutôt.

LA DÉMOGRAPHIE

La Thaïlande compte aujourd’hui plus de 51 millions d’habitants (50.391.000, ESCAP, 1984). Cette population a pratiquement doublé en 25 ans (26.257.916 en 1960) et elle avait plus que triplé au cours des 50 ans précédents : 8 millions en 1911. Si on prend ce dernier chiffre pour base, on remarque une progression relativement lente entre les deux guerres mondiales : il lui a fallu 36 ans pour doubler une première fois (17.442.689, en 1947) et seulement 23 ans après la 2e guerre mondiale pour doubler à nouveau (34.397.374 en 1970). La différence du taux de croissance entre ces deux périodes est due en grande partie aux progrès de l’hygiène infantile et du contrôle des épidémies. En 1920, le taux de mortalité s’élevait à 31,3 pour 1.000 habitants. Il était encore de 21,4 en 1947, et il est aujourd’hui de 7 seulement, selon le ministère de la Santé (6 d’après l’ESCAP, ce qui est à comparer au taux de mortalité des populations vieillies d’Europe : moyenne 11/1000, France 10/1000. — World Population Data Sheet, 1984, Population Reference Bureau).
Entre la guerre et 1970, on est en situation presque optima pour le développement de la population : hygiène tendant vers des standards bien améliorés et fécondité naturelle pas encore contrôlée. Aujourd’hui le ralentissement du taux de croissance de la population en Thaïlande est devenu un exemple mondial, au point que les spécialistes de la démographie étudient attentivement ce phénomène pour en appliquer le dynamisme à l’ensemble des pays en voie de développement. Le tableau suivant est significatif :


1970-1975 1975-1980 1980-1985 1985-1990
Taux de naissances
pour 100
35,2
31,5
27,5
22,2
(26 en 1983)
Taux de mortalité 9.3 8,4 7,6 7,1
Taux d’accroissement
%
2,6
2,3
2,0
1,5
(1,9 en 1983)

(Sources : Thailand Population Monograph. Mahidol University and Ministry of Public Health.
1983.)

Le schéma du 6e Plan National de Développement Économique et Social (1986-1991) fixe comme objectif un taux d’accroissement de 1,1 % pour 1991. Qu’en sera-t-il, en fait ? Ce tassement paraît bien ambitieux et pourtant la courbe est régulière dans sa descente et sans doute même encore plus accentuée que ne le prévoient les spécialistes. Si on compare en effet des projections, utilisant des données de même source (National Statistical Office), publiées par deux organismes différents, l’ESCAP et le ministère de la Santé, on obtient le tableau suivant :


Projections pour les années (en milliers)
Date de l’étude 1980 1985 1990 1995 2000
1971 (1) 47.056 52.711 58.657 64.685 70.574
1978 (2) 45.100 65.413
1983 (3) 46.455 51.301 55.345 59.580 63.772

Sources : 1. Population of Thailand. ESCAP 1976, p. 107. — Demographic Estimates.
Population Division. ESCAP 1978. — Thailand Population Monograph. Mahidol
University and Ministry of Public Health, 1983, p. 51 ss

Il devient évident que, au fur et à mesure des années qui passent, la tendance à la baisse du taux de croissance s’accentue plus que ne le prévoyaient les projections les plus optimistes en ce sens (des deux études, j’ai choisi la suite des chiffres correspondant au taux de fertilité le plus bas), et la réalité d’aujourd’hui est sensiblement en-dessous des projections au taux le plus bas.
Les observateurs internationaux peuvent donc parler d’« exemple particulièrement intéressant », de « remarquable déclin de fertilité dans toute la Thaïlande, qu’on peut caractériser à juste titre de révolution dans le domaine de la reproduction (reproductive revolution) » (Allan Rosenfield, Thailand’s Family Planning Program : An Asian Success Story, in International Family Planning Perspectives. Juin 1982, p. 43) — « Compte tenu de l’expérience de la Thaïlande, les observations suivantes (suivent 5 recommandations) s’imposent aux responsables de programmes dans les autres pays » (Population Research Leads. Nº 17. Urbanization in Thailand. ESCAP, 1984, p. 20).

QUELQUES RAISONS DE CETTE ÉVOLUTION

Les raisons de cette évolution sont principalement liées au développement des méthodes contraceptives. Quelques modifications de comportement (âge du mariage très légèrement plus élevé, allaitement prolongé) ne peuvent avoir pour l’instant qu’une influence minime. Quant aux différences de structures d’âge de la population (45 % de moins de 15 ans en 1970, 40 % en 1980, et 37 % en 1983), elles devraient au contraire tendre à faire augmenter le taux d’accroissement, puisque le pourcentage des habitants en âge d’être mariés devient plus élevé.
Un facteur qui est certainement décisif, c’est le taux d’urbanisation, pour deux raisons : 1. La famille rurale accepte, et souvent requiert, de nombreux enfants, pour des raisons économiques et pratiques (la main-d’œuvre assurée), alors que la famille urbaine doit faire face à des nécessités de logement, de scolarisation, de frais d’alimentation, aux aléas de l’emploi. 2. En s’installant en ville, la famille se rapproche aussi des centres actifs de contraception (hôpitaux, dispensaires, cliniques privées, et tous les organismes, gouvernementaux ou non, spécialement institués en vue d’une politique de contraception). Le taux d’urbanisation est en montée régulière depuis vingt ans. En 1960, on comptait 8,9 % de la population vivant dans des villes de 25.000 habitants et plus. En 1979, cette population atteint 15 %.

LA CONTRACEPTION

Donc le facteur le plus important de l’affaiblissement du taux de croissance de la population est bien la contraception. Actuellement, les données courantes estiment que 64,6 % des femmes âgées de 15 à 44 ans pratiquent une méthode ou une autre de contraception, et que le nombre des nouvelles utilisatrices, toutes méthodes, est d’environ 1.066.000 femmes par an, alors que ce dernier chiffre était seulement de 225.000, en 1970.
L’effort de propagation est intense. Non seulement la totalité du personnel médical est mobilisée dans ce programme, chacun étant gratifié d’augmentations de salaire en proportion de son zèle et de son efficience, mais surtout les structures de diffusion et de propagande se sont diversifiées et spécialisées pour atteindre le plus grand nombre de clients possible. Tous les préservatifs externes sont à la disposition de tous, évidemment. La pilule est inten-tionnellement en vente libre, sans le moindre contrôle médical, et surtout sans réserve par rapport à l’âge des clientes mineures. Un grand nombre d’infirmières d’hôpitaux et de dispensaires ruraux ont été formées à la pose du stérilet et disposent de la piqûre Depo-Provera. Des équipes mobiles vont proposer la stérilisation masculine partout où les routes conduisent (une étude d’experts thaïs remarque que l’infléchissement du taux de fertilité est nettement plus accentué sur le trajet des grands axes de circulation) et attirent les clients à grand renfort de tombolas (T.V. couleur) et même de prêts d’argent. A noter que la méthode de stérilisation féminine dite « Minilaparotomie », actuellement répandue dans le monde entier, aurait été mise au point par les gynécologues de l’hôpital Ramathibodi de Bangkok (A. Rosenfield, op. cit., p. 45).
Ce qui est plus grave, c’est que cette propagande s’en prend à la dignité des gens. La pauvre femme qui vient d’accoucher dans un hôpital de son deuxième enfant et qui refuse la stérilisation est une héroïne, qui a pu résister aux objurgations, au mépris et aux insultes continues du personnel médical. On lui accordera une légère circonstance atténuante, si ses deux enfants sont du même sexe. Le bon citoyen n’a que deux enfants. Il est socialement culpabilisé au troisième, anormal au quatrième, monstre et cas psychologique au cinquième. L’impact sur le moral des gens est effectif. Il y a trois ans, le Conseil Pastoral du diocèse d’Ubon (comprenant une moitié de laïcs) avait demandé à l’évêque de créer une maternité catholique pour assurer un espace de dignité et de liberté aux familles. Vous devinez ce qu’il en fut : pot de fer contre pot de grès !

L’AVORTEMENT

On avance le chiffre de 300.000 avortements clandestins par an, comme une estimation minimale, étant donné la difficulté de réaliser une enquête précise. La législation n’autorisant l’avortement que dans quelques cas (santé de la mère, viol, maladie ou infirmité du fœtus), il est théoriquement entendu qu’on ne pratique pas. d’avortement en hôpital. Mais une note du ministère de la Santé couvre la responsabilité des médecins qui procéderaient à un avortement, en cas d’échec de la contraception. Par ailleurs, les médecins fonctionnaires ont aussi leur clinique privée, et, pour un certain nombre, l’appât du gain n’est pas sans attrait : 1.000 Bahts par mois de grossesse ; trois mois de grossesse = 3 à 5.000 Bahts, soit 1.000 à 1.550 F, ou un mois de salaire au-dessus de la moyenne, en Thaïlande. Il arrive cependant que de temps à autre un médecin soit très sévèrement sanctionné. Les critères (santé de la mère, échec de la contraception) sont des portes plus que largement entrebaîllées ! Et pourtant, même pratiqué par un vrai médecin, l’avortement n’est pas une intervention inoffensive. Les trois quarts des femmes, dont je suis sûr qu’elles ont eu recours à l’avortement, ont de très sérieux ennuis de santé : grossesse ectopique, infection et ablation d’une des trompes, la seconde souvent définitivement obstruée. Bien souvent, la cohésion du couple est très profondément ébranlée, soit parce que l’avortement à lui seul est déjà le signe et le fruit d’une relation affective défectueuse, soit parce que la stérilité est définitive ou appréhendée comme telle. Cependant une publication anonyme imprime, comme allant de soi, des phrases du genre « l’avortement est un progrès, mais ce n’est pas l’idéal ». — « Le programme de planification familiale, y compris les facilités d’avortement, devrait être orienté vers les pauvres et les catégories de gens sans instruction, car ils sont les moins capables de se tirer d’affaire eux-mêmes. » (Population Research Leads. Nº 17. Urbanisation in Thailand. ESCAP, Bangkok, 1984, pp. 17 et couverture 2). Philosophie édifiante et imprégnée d’un sens aigu de la dignité humaine
Je laisse de côté pour cette chronique les contre-effets de la contraception (pilule, piqûre, stérilet ou stérilisation) dont, en réalité, très peu de femmes sont indemnes. La vérité est que, dans l’ambiance actuelle, elles préfèrent ces risques — ou se les voilent ; et plus d’un médecin les oriente dans ce sens — à l’observation des méthodes naturelles, objectivement plus sûres que les moyens contraceptifs, mais soumises aux fluctuations de la volonté humaine.


COHABITATION JUVÉNILE

Il n’est pas possible de passer sous silence le fait massif de la cohabitation juvénile ou du mariage à l’essai. Dans une population chrétienne d’environ 500 membres, non homogène, il est vrai, 26 mariages ont été célébrés en 8 ans. 18 de ces célébrations survenaient après des mois ou des années de cohabitation pure et simple. Parmi les 8 autres, deux étaient de toute évidence des Pâques avant les Rameaux, et pour deux autres encore il n’est pas gravement imprudent de se permettre des soupçons. A la dernière session pour « fiancés et jeunes mariés », sur 16 couples, 3 étaient régulièrement mariés, dont 1 après cohabitation ; un seul méritait la qualification de fiancés ; 12 vivaient ensemble depuis un certain temps, plusieurs avec un ou deux enfants.
Le mouvement est nettement plus accentué dans les villes que dans les villages chrétiens. Cependant les migrations saisonnières sont assez fréquemment, pour les jeunes de la campagne, l’occasion de contracter des unions en dehors de tout rite familial, légal ou religieux.
Dans plusieurs cas, en fait, les jeunes s’aiment et entendent bien vivre ensemble toute leur vie. Ils souhaiteraient que leur union soit officiellement authentifiée par le sacrement. Mais, pour de sordides raisons d’argent ou de fierté sociale, la famille oppose un veto farouche : si la famille du garçon refuse de le pourvoir de la dot à remettre à la famille de la fille, si la famille de la fille fixe le montant de cette dot à un niveau exorbitant, il s’ensuit que l’élément essentiel du cérémonial traditionnel du mariage faisant défaut, les jeunes se dispensent de toute formalité, le sacrement n’en étant qu’une parmi d’autres à leurs yeux. Trop souvent d’ailleurs, les curés ne sont avertis d’un mariage en préparation qu’après la conclusion des pourparlers entre familles. Si ces pourparlers échouent, le curé constatera la cohabitation sans avoir eu l’occasion de soupçonner un projet de mariage. Ce genre d’unions revêt malgré tout un caractère précaire : privés du soutien de leur entourage, les jeunes se sentent trop livrés à leur humeur. Conséquence immédiate : le refus d’un enfant, jusqu’à ce que leur situation se soit stabilisée d’une façon ou d’une autre ; ce qui signifie contraception, parfois avortement ; ce qui implique troubles physiques et psychologiques pour la jeune femme dès le début de la vie commune, et, au bout de cette réaction en chaîne, une entente conjugale fort compromise dès son origine.

L’APOSTOLAT DE LA FAMILLE

L’aiguille d’une boussole serait affolée à la recherche du bon sens, tant les champs magnétiques classiques semblent s’être évanouis. Et pourtant, en observant de plus près les oscillations, on remarque dans ce tourne-en-rond un léger retard de l’aiguille dans les zones du nord traditionnel. La fête annuelle de la Famille suscite beaucoup d’intérêt. Quand les jeunes au cours d’une session de préparation au mariage sont éveillés au sens personnel, responsable, spirituel de l’amour, leur cœur profond retrouve son orientation originelle et aspire visiblement à la paix et à la plénitude sur lesquelles s’ouvrent les visions qui leur sont proposées. Les couples qui ont une expérience de vie conjugale de plusieurs années déjà, sont comme émerveillés de découvrir subitement, dans un week-end de ressourcement, ce qu’ils cherchaient obscurément depuis le début de leur mariage. Ils sont unanimes à déclarer leur joie, leur satisfaction, leur vif désir de modifier la qualité de leur relation. Un couple disait : « Nous considérons comme temps perdu pour notre amour, avec regret, toutes les années déjà vécues ensemble ! ».
Ce sont ces aspirations profondes et vraies que s’efforce de rencontrer et d’affermir notre Apostolat familial. Il faut aussi parfois les susciter avec un certain courage. Il est loin d’être évident, pour tous ceux qui en devraient être responsables, que l’apostolat familial soit une des priorités de l’évangélisation aujourd’hui. La lenteur des résultats, ou même l’inefficacité apparente des initiatives et des efforts en ce domaine, font baisser les bras à plus d’un. C’est vraiment dur d’être engagé dans un mouvement qui est à contre-courant non seulement de l’opinion publique actuelle, mais même de ce que le grand nombre des baptisés et une proportion non négligeable de leurs pasteurs estiment être « la sagesse », qu’il faudrait « avoir le courage de reconnaître ». L’étoile a disparu et c’est pourtant vers elle qu’il faut marcher ! « L’annonce joyeuse de la Bonne Nouvelle » (Paul VI) doit parvenir au cœur de tous les époux par la voie même de leur amour. Il est urgent de restituer à cet amour tout l’éclat originel de l’image de Dieu. La Foi, ici, c’est, plus que jamais, voir l’invisible, et l’Espérance, la force de vivre des convictions que ni la science, ni l’opinion, ni la pente des cœurs blessés ne peuvent soutenir.

MOYENS MIS EN ŒUVRE

Nous travaillons en ce sens au cours des « Sessions-retraites pour fiancés et jeunes foyers », d’une durée de trois jours et demi. Nous en organisons deux par an. L’expérience nous apprend peu à peu que, malgré l’horizon souvent assez bas d’où proviennent la plupart de ces couples, c’est la prière et la révélation du plan de Dieu, où sont intégrés le sexe, l’amour et la communion conjugale, qui ont l’impact le plus remarquable dans les cœurs. C’est du moins ce que signalent les participants dans leurs conversations avec nous et dans l’évaluation écrite qu’ils nous laissent à la fin de chaque session, particulièrement de la dernière, au mois d’octobre. Ces sessions, conformément au plan proposé par le Synode sur la Famille et « Familiaris Consortio », comportent aussi une large part d’éveil psychologique à la relation mari-épouse, une initiation à la physiologie du sexe, en vue d’une introduction à la pratique des méthodes d’auto-observation, des conseils donnés par un médecin et une infirmière sur les maladies les plus courantes dans une famille et sur l’emploi des différents remèdes, théorie et pratique d’une hygiène alimentaire convenable et quelques idées de base sur l’organisation d’un budget familial.
Les week-ends de « ressourcement conjugal » ont une autre allure. Mis au point par le P. Ulliana, SDB, de Rajaburi, et une équipe dynamique de foyers de ce même diocèse, le programme très chargé, mais basé sur une suite d’exercices pratiques, vise avant tout une connaissance approfondie de soi, du conjoint et de tous les ressorts qui existent dans le cœur d’un homme ou d’une femme, et attendent leur mise en œuvre. Le tout toujours imprégné de la Présence de Dieu. Chacun est invité à faire constamment part de son expérience précédente et de ses réactions actuelles. Les couples qui ont participé à ces week-ends sont réellement transformés, heureux et fermement décidés à faire partager leur expérience à de nouveaux couples. Ils doivent chercher — et trouvent — les candidats à la session suivante. Nous commençons à Ubon : la première session a eu lieu début octobre, et, fin novembre 1985, nous organisons la seconde.
Au plan national, la Commission catholique d’Action Familiale oriente son activité en deux sens : une insistance très prononcée vers l’aspect spirituel et apostolique de l’action familiale, et aussi une organisation plus méthodique de l’aspect technique (connaissance, pratique et, follow-up) des méthodes d’auto-observation, essentiellement la méthode dite Billings. Au mois d’octobre, une cinquantaine d’éducateurs volontaires participèrent à une session de formation permanente approfondie, dirigée par le Dr Hanna Klaus, religieuse américaine, le Dr Kervin Hume, collaborateur du Dr Billings, et par le Dr Maria Mascarhenas, de Bangalore, membre du Conseil Pontifical pour la Famille. A la suite, les mêmes conférenciers se sont adressés à plus de soixante gynécologues et obstétriciens, aux neuf dixièmes non catholiques, convoqués par l’Institut scientifique national de recherche médicale. Les déclarations en public et les conversations en privé ont montré combien ce monde médical spécialisé était heureux de la « nouveauté » qu’il découvrait. Le directeur de l’Institut avouait entre autres que, jusque-là, il ne croyait qu’à la stérilisation féminine, mais qu’il se rendait compte maintenant que les méthodes naturelles méritaient une considération attentive. Le doyen d’une Faculté de médecine (Chulalongkhorn) s’associait à cette opinion, tout en faisant remarquer que, pour sa part, il ne pouvait être question d’abandonner totalement les méthodes contraceptives courantes, vu l’urgence d’atteindre le taux de 1,1 % fixé par le Gouvernement dans le 6e Plan. En privé, presque tous les médecins admettaient les accidents de la contraception et la plaie de l’avortement.
Au niveau des publications sont à signaler :
— une revue mensuelle, d’allure modeste, publiée par le Secrétariat national catholique de la Famille, qui voit croître rapidement le nombre de ses abonnés et qui produit de bons articles, simples, sur tous les aspects de la vie familiale
— la traduction laborieuse de « Familiaris Consortio » et sa publication à 6.000 exemplaires, entièrement ventilés
— la parution d’un « Manuel de la vie familiale », demandé depuis quatre ans par la Conférence Episcopale, réalisé par de nombreux collaborateurs, prêtres, médecins, professeurs, et pères et mères de famille. Tiré à 10.000 exemplaires fin août 1985, ce manuel est très demandé et on parle de préparer une deuxième édition.

*
* *

Cette relation, trop longue et pourtant fort limitée, n’a pu envisager la situation de la famille sous tous les aspects qui la caractérisent en Thaïlande, en 1985. « Ombres et Lumières » y font un tableau fort contrasté, où cependant le présent donne déjà de solides espérances pour que la famille catholique thaïe puisse accomplir la Mission que lui confie l’Église de « garder, de révéler et de communiquer l’amour ». (Familiaris Consortio, 17.)


Bernard GUILLEMIN




~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam