| Année: |
1873 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine occidentale |
| Rédacteur: | Mgr Miche |
Mission de la Cochinchine occidentale.
1873
L’année 1872 a été , pour les missionnaires de la Cochinchine occidentale, une année de rudes épreuves qui ont entravé et paralysé le zèle des ouvriers apostoliques dans un grand nombre de localités.
Les maladies qui règnent à Saïgon ont atteint un grand nombre de missionnaires, et privé la Mission des fruits de salut qu’elle attendait de leur ministère. Puis, un autre fléau, une insurrection formidable, a semé l’épouvante dans les inspections de Ben-trê, Vinh-Long, Mô-cây, et Tra-Vinh. Plus de 200 infidèles se disposaient à recevoir l’instruction religieuse dans le district de Ben-trê, quand eut lieu l’insurrection ; et comme, dans ces circonstances, les premiers coups des rebelles tombent toujours sur les chrétiens, les belles espérances que l’on pouvait concevoir d’assez nombreuses conversions se sont subitement évanouies.
Le mal ne se borna pas là. Les petites chrétientés qui se trouvaient sur le passage des bandes de rebelles furent pillées, dévastées, et leurs églises réduites en cendres. Celles de Cai-Dau, Mang-tra et Bà-vac ont subi ce triste sort. Il n’en fut pas de même dans les grandes chrétientés ; la vue du danger donna aux chrétiens du courage et de l’énergie. Leur attitude fit reculer les rebelles et les préserva du pillage, des massacres et de la destruction.
Ces révoltes réitérées paralysent toutes les œuvres, découragent les catéchumènes, et font pedre aux païens bien disposés le désir d’embrasser la foi. Quand une insurrection éclate, les catéchumènes disparaissent, chacun cherche à pourvoir à sa sûreté personnelle, et il arrive que des centaines d’infidèles, qui étaient sur le point de recevoir le baptême, reculent devant le danger qui les menace, hésitant à embrasser la religion au moment où ceux qui la pratiquent sont, de tous, les plus exposés aux coups des rebelles.
A ces misères, il faut ajouter encore le désastre causé par un cyclone épouvantable qui a couvert de ruines toute la partie sud de la mission. Déjà, en décembre 1871, un typhon avait promené ses ravages dans cette même partie de la colonie. Il avait rasé au niveau de terre la belle église de Bâi-xan, qui venait à peine d’être achevée, et, en même temps, avait abattu toutes celles du district de M. Moreau.
Le 24 octobre 1872, un ouragan plus furieux encore a semé la désolation et la ruine au milieu de nombreuses chrétientés. « A Cai-bong, nous écrivait Mgr Miche le 12 février 1873, « le P. Tuyet, tristement assis à terre, et adossé à un gros manguier dont les branches « craquaient au-dessus de sa tête, contemplait son église couchée par terre et sa maison « emportée comme les plus petites cases, par les rafales d’un vent impétueux… A Bai-xan, « résidence de M. Thincelin, cet infortuné confrère qui, l’année précédente, avait vu crouler « son église toute neuve, a eu la douleur de voir tomber sa nouvelle église, et après son église, « sa maison dont les ruines ensevelirent et détruisirent si bien tout son mobilier, qu’il en fut « réduit à n’avoir plus même les objets nécessaires pour célébrer le saint sacrifice de la « messe… Un peu plus au sud, M. Leprince a vu crouler sa maison et celles de ses néophytes ; « M. Moreau a éprouvé le même désastre. Sa maison et toutes les églises de son district ont « été renversées pour la seconde fois… à Mac-bac, MM. Montmayeur et Briand ont vu « crouler leur presbytère, et ont perdu avec lui tout ce qu’ils possédaient… Pour les « missionnaires dont les districts ont été ainsi ravagés, il faut voir autre chose que des pertes « matérielles. Ce sont précisément les quatre derniers mois de l’année qui donnent le plus de « baptêmes d’adultes. Alors, les travaux de la campagne sont terminés, les cultivateurs sont « libres et peuvent être rassemblés pour se préparer au baptême. La fin de 1872 n’a donc pas « pu être aussi féconde en fruits de salut que de coutume, car, du jour de l’ouragan jusqu’à « présent, chrétiens et païens n’ont été occupés qu’à recueillir les tristes épaves de leurs cases « désolées, pour se refaire des abris et se procurer les choses nécessaires à la vie. Ce désastre « physique doit donc être considéré comme une des causes principales de l’abaissement du « chiffre de nos baptêmes. »
Mgr Miche nous écrivait ces lignes, au mois de février 1873 ; quelques mois plus tard, le 1er décembre, il allait recevoir, dans un monde meilleur, la récompense de ses 36 ans d’apostolat et des souffrances que les ennemis de la religion lui firent subir pendant une captivité de onze mois.
Parti de France pour le Cambodge, en 1836, Mgr Miche exerça d’abord le ministère apostolique à Battambong, puis en Cochinchine. Il se trouvait dans la mission des sauvages, quand il fut arrêté en 1842, et conduit dans les prisons de Hué, où il porta la cangue et la chaîne et fut condamné à mort. Délivré par le commandant de l’Héroïne, Mgr Miche rentra secrètement en Cochinchine et fut nommé, en 1848, Évêque de Dansara et coadjuteur de Mgr Lefebvre. En 1852, le Cambodge ayant été séparé par le Saint-Siége de la Mission de Cochinchine, Mgr Miche en fut nommé Vicaire apostolique et y fonda les premiers établissements nécessaires à une Mission nouvelle. Enfin en 1864, Mgr Lefebvre chargé d’ans et d’infirmités étant rentré en France, Mgr Miche fut transféré à Saïgon, où il gouverna, jusqu’à son dernier soupir, la Mission de Cochinchine occidentale. La mort ne le surprit point. Depuis longtemps il la prévoyait et s’y préparait avec la confiance d’un vieux serviteur qui a longtemps et courageusement travaillé pour son maître. Aujourd’hui les restes mortels du regretté prélat reposent à l’ombre du tombeau de Mgr d’Adran, le plus illustre de ses prédécesseurs, et celui avec lequel Mgr Miche eut le plus de ressemblance par la durée de son apostolat, et par les œuvres qu’il laisse après lui.
Les tableaux d’administration donnent les résultats suivants pour l’année 1872.
Baptêmes d'adultes 1,035
Baptêmes d'enfants de chrétiens 1,493
Baptêmes d'enfants de païens 3,304
Confirmations 194
Mariages 460
Saints Viatiques 473
Extrêmes-Onctions 666
La Mission de Cochinchine occidentale compte 37,312 chrétiens. Le nombre des districts ou paroisses est de 35, celui des chrétientés de 185 et celui des chapelles ou des églises de 175. L’établissement qui sert de grand et de petit séminaire a 125 élèves ; 4 orphelinats abritent 300 enfants. Enfin le personnel de la Mission compte : 1 Évêque Vicaire apostolique, 39 missionnaires européens , 18 prêtres indigènes, 35 catéchistes et 6 communautés de femmes qui ont environ une centaine de religieuses.
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