| Année: |
1905 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Caspar |
III. — Cochinchine septentrionale
Population catholique 59.145
Baptêmes d’adultes 678
Baptêmes d’enfants de païens 2.341
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« Il a plu à la divine Providence, écrit Mgr Caspar, de faire passer cette année par de terribles épreuves la Cochinchine septentrionale. M. Dangelzer, provicaire de la mission depuis près de quarante ans, a péri victime de l’horrible typhon du 11 septembre 1904. L’autorité que son grand âge et ses longs travaux apostoliques lui avaient acquise, sa science théologique, la prudence de ses conseils, et l’aménité de son caractère, la régularité indéfectible de sa vie ; tout, jusqu’à la catastrophe finale, a contribué à nimber sa belle figure d’une auréole devant laquelle chacun s’est incliné avec respect.
« A la suite de mon vénéré provicaire sont entrés, le même jour, dans l’éternité, une centaine de chrétiens, victimes du typhon comme lui. Quant aux païens qui sont morts, écrasés ou noyés, on n’en saura jamais le nombre.
« Nous apprenions, bientôt après, que le Quang-tri, et surtout le Quanh-binh-sud, venaient d’être ravagés par la plus forte inondation qu’on eût jamais vue, de mémoire d’homme. Trois jours durant, presque sans interruption, les cataractes du ciel avaient jeté des torrents d’eau et transformé l’immense plaine de rizières de la sous-préfecture de Lé-thuy en une véritable mer. Sur la grande route qui longe cette plaine, il y avait 4 mètres d’eau. Maisons, bestiaux, meubles, provisions de riz, etc., tout était emporté par le courant dévastateur.
« Telle est la double épreuve que la Providence nous a ménagée. J’ai dû, contrairement à mes habitudes, faire appel à la charité de la France. Ma voix n’a pas eu, au delà des mers, l’écho que j’espérais. Je remercie avec d’autant plus d’effusion les cœurs généreux, amis ou inconnus, qui ont été sensibles à notre détresse et sont venus à notre secours. Je dois une reconnaissance toute spéciale à Mgr Grangeon, vicaire apostolique de la Cochinchine orientale, à ses missionnaires et à ses chrétiens, qui m’ont fourni si généreusement les subsides nécessaires pour pourvoir aux besoins les plus pressants. Que Dieu daigne les récompenser de leur charité !
« Ce devoir de reconnaissance étant rempli, j’en viens à mon compte rendu.
« Pour procéder avec ordre, disons tout d’abord que la mission de la Cochinchine septentrionale est divisée en quatre districts : Quang-binh, au nord ; Dat-do et Dinh-cat, au centre (province de Quang-tri) ; et Thua-thien, au sud.
« A la tête de chacun de ces districts est un missionnaire dont l’expérience doit servir de guide et de soutien, tant aux missionnaires qu’aux prêtres indigènes. Nous allons parcourir la mission du nord au sud pour voir dans quelle mesure l’œuvre de Dieu s’y est développée en 1904-1905.
Quang-binh. — « Le chef-lieu de ce district est Tam-toa, chrétienté fondée par M. Bonin, et aujourd’hui très prospère. Le titulaire du district est, depuis quelques mois. M. Chabanon, qui ne demande qu’à se dévouer, comme son prédécesseur, pour le bien des âmes dont il a la charge.
« La vie chrétienne, dans cette paroisse, se maintient à un niveau on ne peut plus satisfaisant. Baptêmes : 2 adultes, 349 enfants de païens.
« A l’extrémité nord du district, les PP. Phâm et Chùc exercent leur zèle, le premier dans un poste très difficile, Cu-lac ; le second, plus favorisé, au milieu des vieux chrétiens de Bo-khê. Baptêmes à Cu-lac, 5 adultes.
« A Ké-hac, M. Lavabre se débat au milieu de difficultés pour ainsi dire inextricables ; mais son robuste bon sens et sa ténacité, unis à un grand esprit de foi, finiront par surmonter tous les obstacles. Baptêmes 33 enfants de païens.
« A trois heures de distance de Ké-hac, en allant vers le sud à travers la brousse, on rencontre les paroisses de Ké-sen et de Ké-bang. Elles servaient autrefois de lieu de refuge à l’évêque et aux missionnaires. Mgr Sohier avait une prédilection marquée pour ce coin de la mission, car il avait souvent éprouvé l’héroïque dévouement des chrétiens du Ké-sen, aux allures et au langage un peu rudes peut-être, mais à la foi inébranlable. Aussi Dieu a-t-il permis que le vénéré prélat rendit sa belle âme à Dieu dans cette oasis chrétienne, et confiât sa dépouille mortelle à la garde de ceux qui le protégèrent si souvent au péril de leur vie. C’est dans l’église de Ké-sen, en effet, que le héros des grandes luttes dort son dernier sommeil, et c’est sur sa tombe que missionnaires et chrétiens viennent pieusement s’agenouiller et écouter cette voix, qui dit à tous : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la « foi. » M. Godet, qui dirige la paroisse de Ké-sen, est un missionnaire dont il ne faudrait pas mesurer le zèle à la petite taille : on se tromperait du tout au tout. L’heure n’a pas encore sonné pour lui, et Dieu sait s’il l’attend avec impatience, de jeter ses filets sur les villages païens qui l’entourent ; mais n’est-ce rien que de nourrir les âmes d’instructions solides et d’augmenter en elles la vie chrétienne ? C’est à ce travail que M. Godet se donne de tout cœur, et, pour y mieux réussir, il vient de fonder une école tenue par 4 religieuses du couvent de Ké-bang. L’école compte actuellement 70 élèves.
« A Ké-bang, chrétienté nombreuse, l’une des meilleures de la mission, M. Bouhours et son confessionnal ne font qu’un. Ce cher confrère passe des journées entières à entendre les confessions, prenant tout juste le temps de dire son office et d’expédier à la hâte un repas sommaire. Cette assiduité, très louable, lui a valu d’être atteint de la gravelle. Je lui ai donné un jeune prêtre annamite, le P. Thoi, pour le seconder.
« Le couvent des religieuses annamites et les chrétientés annexes ne laissent rien à désirer. Baptêmes : 3 adultes, 32 enfants de païens.
« Le bon vieux prêtre annamite Quan (soixante-quinze ans), qui dessert la paroisse de Da-mai, est bien cassé. Ses forces physiques trahissant sa bonne volonté, je lui ai accordé une retraite bien gagnée et je lui cherche un successeur. Baptêmes : 8 adultes.
« Rentrons à Tam-toa, car nous avons terminé notre excursion à travers le Quang-binh nord.
« Au point de vue géographique et ethnographique, il y a une différence bien marquée entre le nord et le sud de la province de Quang-binh : tandis que le nord est pauvre en rizières, le sud passe pour un des greniers de l’Annam. Mais hélas ! ces richesses agricoles appartiennent à quelques exploiteurs ; et les serfs de la glèbe sont peut-être plus malheureux là que partout ailleurs.
« Le premier poste qu’on rencontre, en quittant Tam-toa, est Mi-huong, patrie du B. Antoine Quinh-nam. Cette paroisse est confiée à un prêtre encore jeune, intelligent et dévoué : c’est notre dernier élève de Pinang, et il fait honneur à ses maîtres. Ce jeune prêtre a sous sa juridiction la chrétienté de Trung-quan, où naquit le B. Thien. L’énergique figure du B. Jaccard, l’invincible athlète, avait besoin du contraste de l’aimable figure d’enfant du B. Thien pour se présenter à nous dans toute sa beauté. Dieu les a unis dans le combat et la gloire. — L’esprit de la paroisse de Mi-huong est bon ; on souhaiterait néanmoins une fréquentation plus assidue des sacrements et plus de zèle pour la conversion des païens. Baptêmes : 49 enfants de païens.
Mi-dinh, poste voisin de Mi-huong, mérite des éloges pour la fréquentation des sacrements. Cinq confessions en moyenne par personne, c’est un bien consolant résultat. M. Rault, chargé de cette paroisse, vient d’être remplacé, pour cause de maladie, par M. Hilaire, qui saura maintenir le bon esprit et les habitudes chrétiennes à Mi-dinh.
« Ho-Cuoi, alias Mi-duyêt, est depuis longtemps le fief de M. Neyer. De sa maison, on a sur les montagnes une vue splendide. Il ne faut rien moins que ce beau spectacle, l’air pur du pays et l’accueil toujours aimable du curé de Mi-duyêt, pour nous faire oublier les fatigues d’une route longue au milieu des sables mouvants.
« Une école nouvellement fondée donnera à M. Neyer plus d’action sur les âmes. Il a baptisé 4 catéchumènes et 4 enfants de païens.
« Non loin de Ho-cuoi, M. Antoine Maillebuau donne ses soins les plus assidus à des brebis qui ne sont pas toujours très dociles. Taillé en hercule, le curé de Mi-phuoc a pour ses paroissiens une tendresse de mère ; mais il ne ferme pas les yeux sur leurs défauts, et son jugement, très sûr, a tôt fait de les mettre à nu. Il a doté la paroisse d’une petite église, vrai bijou qui fait l’éloge de son zèle et de son goût.
« Dat-do (Terre-Rouge). — Qui est-ce qui a dit que le district de la Terre-Rouge était le plus beau de la mission ? Ne serait-ce pas M. Barthélemy, qui le dirige depuis dix-sept ans, avec la prudence d’un vieillard et l’ardeur enthousiaste d’un aspirant missionnaire ? Faisons donc nos adieux au Quang-binh, en lui souhaitant une abondante moisson d’âmes pour l’an prochain, et, après avoir piétiné dans le sable mouvant et brûlant, arrivons au premier poste du district de Dât-do, Ba-ngoat. Ce qui distingue cette paroisse confiée à un prêtre annamite très méritant, le P. Cuu, c’est l’intensité de vie chrétienne dont les confessions et communions sont la preuve : 1.900 confessions, pour 340 personnes en âge de se confesser, c’est un beau chiffre. Souhaitons à ces braves gens le feu sacré du prosélytisme, et ils seront bien près de la perfection.
« Le poste de Phan-xa, entièrement formé de nouveaux chrétiens, ne donne point les mêmes consolations au prêtre annamite qui le dessert. Je souhaite au P. Nong, encore jeune et nouvellement chargé de cette paroisse, de la transformer par son zèle. Baptêmes : 6 adultes et 2 enfants de païens.
« Quelle est cette belle église qui coupe l’horizon de sa blanche silhouette ? C’est celle de M. Barthélemy. Commencée depuis dix-sept ans, elle n’est pas encore terminée, et cependant elle a coûté tant de soucis à notre confrère ! L’architecte n’a jamais perdu confiance dans le succès final de son œuvre : telle il l’avait conçue, telle il l’a réalisée. J’ai eu le bonheur de bénir solennellement cette église et de la dédier au Sacré-Cœur, à l’issue de la retraite, en présence de tous les confrères.
« La paroisse de Di-loan laisse un peu à désirer sous le rapport du bon esprit : c’est une épine au cœur de M. Barthélemy, et la prospérité de son couvent annamite, qui compte plus de 80 religieuses, ne cicatrise qu’imparfaitement cette plaie douloureuse. Baptêmes : 4 adultes et 116 enfants de païens.
« Un de nos meilleurs prêtres annamites, le P. Mô, ancien et très brillant élève de Pinang, exerce depuis vingt-cinq ans un ministère très fructueux auprès des chrétiens d’An-ninh.
« M. Binder vient de bâtir, à An-do, une jolie petite église qui n’est pas encore bénite. A An-lé, M. Henrion dépense ses forces sans compter, malgré la fièvre qui le mine.
« Le P. Van et le P. Duong, l’un à Lai-an, et l’autre à Ha-loi, occupent deux postes où les consolations sont loin d’être abondantes. Espérons qu’après avoir semé longtemps dans les larmes, ils récolteront enfin dans l’allégresse.
« La paroisse de Van-thien ne compte qu’un petit nombre de confessions répétées ; et celle de Nam-tày, pas davantage. Pourtant on ne saurait dire que M. Maximilien de Pirey et son voisin, le P. Luân, manquent de zèle. Disons plutôt que la famine et la maladie ne prédisposent guère les âmes aux salutaires influences de la grâce. M. de Pirey se proposait d’établir une école à Van-thien ; la maladie l’en a empêché et l’a forcé à faire un voyage en France.
« M. Montagnon, plus heureux que M. de Pirey, a pu fonder une école à An-hoa et, depuis qu’il administre cette paroisse de 800 âmes, il y a parmi les fidèles un renouveau d’esprit chrétien, qui fait contraste avec le marasme dans lequel sont tombées les paroisses voisines, pourtant plus peuplées.
« La paroisse du P. Cân paraît se réveiller, elle aussi, de sa torpeur. Ce prêtre, ancien élève de Pinang, a tenu courageusement son poste, malgré la fièvre qui, plusieurs fois déjà, a mis ses jours en danger.
« Dans tout le Bai-troi, on n’a pu glaner que 16 baptêmes d’adultes et 7 d’enfants de païens.
Dinh-cat. — « Il m’en a coûté beaucoup de donner à M. Bonin une demi-retraite, en le déchargeant, sur ses instances réitérées, de la direction du district de Dinh-cat.
« M. Cadière, sans faire oublier son prédécesseur qui restera son guide, a tout ce qu’il faut pour le remplacer. Ses travaux historiques, scientifiques et ethnographiques, qui lui ont valu les palmes vertes, ne lui ont jamais fait oublier qu’il est venu en Annam pour sauver des âmes ; 129 baptêmes d’adultes et 1.059 baptêmes d’enfants de païens prouvent que, sous sa direction, les confrères et prêtres indigènes du Dinh-cat rivalisent de zèle pour étendre les conquêtes de notre sainte religion. Voyons-les à l’œuvre chacun dans sa paroisse.
« A tout seigneur, tout honneur. La chrétienté de Dá-han est le petit nid que M. Bonin s’est choisi pour abriter ses vieux jours. Mais si l’on pense qu’il y reste inactif, on se trompe grandement. Sans parler de l’administration de ses chrétiens qui ne laisse rien à désirer, M. Bonin a fondé et dirige lui-même une école de français. Professeur de grammaire, d’arithmétique, de lecture, d’écriture, etc., etc., il forme des maîtres et obtient des résultats considérables. Un moment, ses forces ont trahi son zèle, et il a dû quitter ses élèves pour aller à Hong-kong. A peine de retour, il a repris le joug et le porte sans fléchir.
« A Cô-vúu, chef-lieu du district, M. Cadière et son jeune vicaire le P. Canh desservent une paroisse, où la chicane ne perd jamais ses droits, sans toutefois causer trop de préjudice aux âmes. A Cô-vúu, on se croirait en Normandie. Baptêmes : 12 adultes, 827 enfants de païens.
« Nhu-ly, patrie du B. Simon Hoâ, est une petite chrétienté qui doit, sans doute, à son puissant protecteur d’avoir toujours conservé intact le dépôt de la foi et d’être une pépinière de vocations sacerdotales et religieuses. M. Guichard, qui a établi là son centre d’opération, a baptisé 26 adultes et 5 enfants de païens.
« Le P. Sy, toujours gai et plein d’ardeur malgré ses soixante-dix ans, a ouvert le ciel à 69 enfants de païens.
« Nous voici maintenant à An-long, où M. Roux vient de remplacer M. Hilaire. Nous avons là une école dirigée par des religieuses indigènes du couvent de Cô-vúu. Baptêmes : 30 enfants de païens. Il en a coûté beaucoup à M. Roux de quitter le séminaire de la mission ; mais ce cher confrère avait besoin du ministère actif qu’il exerce maintenant et dont sa santé s’accommode fort bien.
« An-dôn est tout près de Quang-tri. Le titulaire de ce poste a sous sa juridiction deux petites chrétientés d’un accès difficile, et où la fièvre, bénigne aux habitants, n’épargne guère ceux qui n’y font que passer. Quoique septuagénaire, le P. Hué s’occupe avec grand soin de ses ouailles dispersées.
« Les PP. Ba, Hoc et Tu, tous les trois dans la force de l’âge et très zélés, continuent dans le sud du district, au milieu de difficultés sans cesse renaissantes, à faire l’œuvre de Dieu. Malgré les tracasseries de toute sorte qui ne leur ont pas été épargnées, le P. Ba a baptisé 26 adultes : le P. Tu, 5 ; le P. Hoc, 1. En outre, ils ont ouvert le ciel à 26 enfants de païens.
« Au milieu d’une vaste plaine sablonneuse véritable grenier à riz, MM. Boillot, Gontier et Gilbert rivalisent d’ardeur pour étendre le royaume de Jésus-Christ et sanctifier leurs chrétiens. Toujours sur la brèche, toujours en quête de nouvelles industries pour exciter la ferveur, ces trois confrères ont obtenu des résultats que bon nombre de curés de France, même dans les meilleurs diocèses, trouveraient merveilleux. Il n’est pas jusqu’à la paroisse de Nhut-tay, dont la réputation laissait beaucoup à désirer, qui ne sorte de sa torpeur sous l’action vivifiante de M. Boillot. Baptêmes : 8 adultes et 2 enfants de païens.
« M. Gontier, en deux ou trois ans, avec des ressources restreintes, a fait surgir de terre une église d’un style un peu mêlé, mais de fort bel aspect, dont la paroisse de Thanh-huong a le droit d’être fière. La bénédiction du nouveau monument eut lieu le 31 juillet et réunit autour de moi un grand nombre de missionnaires et de prêtres indigènes. M. Cadière, chef du district, chanta la messe qui fut suivie du salut du Saint-Sacrement. Il ne manquait là que le cher M. Grosjean. Mais si l’ancien curé de Thanh-huong, actuellement assistant du Supérieur à Paris, n’était pas présent de corps, il l’était d’esprit et de cœur ; heureux de constater que son héritage est tombé en bonnes mains.
« M. Gontier a baptisé 25 adultes, 62 enfants de païens : il a entendu 4.810 confessions ; soit en moyenne 7 confessions par personne. Est-il possible de désirer mieux ?
« M. Gilbert a entendu un peu moins de confessions que M. Gontier, mais il a enregistré 29 baptêmes d’adultes. Il fait le plus bel éloge du zèle intelligent, de la piété et du caractère aimable de son jeune vicaire, le P. Cân.
Thua-thiên. — « Le district de Thua-thiên est le plus grand et le plus peuplé de la mission. Formé des deux anciens districts de Ben-bô et de Ben-thuy, il comprend aujourd’hui toute la province de la capitale, sauf Thanh-huong, et est placé sous la direction de M. Allys ; 18.500 chrétiens et 25 postes de missionnaires ou de prêtres indigènes sont une très lourde charge, surtout à l’heure actuelle, pour celui qui doit faire converger les efforts individuels vers un but commun, éclairer la marche, empêcher les faux pas, exciter ou contenir le zèle, et remplir ces multiples devoirs in scientia, in longanimitate, in suavitate, in charitate. Je remercie la Providence d’avoir mis sous ma main un missionnaire qui réunit ces qualités.
« Passons sommairement en revue les divers postes.
« Son-qua et Thanh-tan, à 5 lieues nord-ouest de Hué, près des montagnes, viennent d’être placés sous la houlette de M. Chaiget, que le P. Tué, prêtre de la dernière ordination, aide à titre de vicaire. A la paroisse de Thanh-tan est annexé un orphelinat agricole, plus connu sous le nom de ferme-école, dont je dirai un mot en parlant de la Sainte-Enfance.
« De Thanh-tan, en trois heures de marche on arrive à Duong-son, paroisse de M. Guillot.
« Duong-son est tout rempli du souvenir du B. Jaccard. C’est là que cet apôtre au cœur de flamme, qui devait porter si haut la gloire du nom chréntien, donna la mesure de son zèle et l’exemple des plus sublimes vertus. La paroisse est formée d’excellents chrétiens, très simples, très fermes dans la foi. Un couvent de 81 religieuses donne à M. Guillot beaucoup de travail, mais aussi beaucoup de consolation.
« La paroisse très étendue de Nhu-lam, récemment détachée de Duong-son, ne compte que 402 chrétiens ; mais il y a là un champ vaste et fertile ouvert au zèle entreprenant de M. Chapuis, qui a eu la joie de baptiser 70 adultes et de ramener dans la bonne voie quelques brebis errantes.
« Nous quittons à regret ce cher confrère pour aller, de l’autre côté de la grande lagune du nord, surprendre M. Darbon, Marseillais et fils de la Bonne Mère, que nous trouverons occupé à gâcher du mortier ou à escalader un échafaudage, car il travaille à reconstruire sa résidence de Linh-thuy, renversée par le typhon, et à bâtir une église. Il n’a que des néophytes dans sa paroisse. Si quelque bonne âme, de Marseille ou d’ailleurs, veut faire une œuvre très méritoire, je crois qu’elle trouvera rarement l’occasion de placer mieux son argent qu’à Linh-thuy ; à moins que ce ne soit à An-thanh, où le P. Lù ferait merveille s’il avait, plus de ressources. Ce prêtre annamite et son voisin, le P. Nhon, occupent dans la banlieue de Hué, au confluent des deux principales branches du beau et large fleuve qui baigne la capitale, deux postes de nouveaux chrétiens, dispersés dans un grand nombre de villages. C’est dans cette région que le typhon a fait le plus de mal. Le P. Lù a baptisé 19 catéchumènes, et le P. Nhon, 2.
Aux portes de Hué, à quelque trois cents mètres du camp retranché, dont il n’est séparé que par le fleuve. M. Allo, aumônier volontaire de la garnison, occupe le poste de sentinelle avancée en face de l’endroit où fut étranglé le B. Gagelin. De sa maison, il embrasse d’un coup d’œil la vieille capitale aux sanglants souvenirs. Hélas ! Hué est une reine déchue, et les colifichets dont l’affublent ses nouveaux maîtres, loin de lui rendre sa beauté, accusent davantage le contraste avec un passé qui ne fut pas sans grandeur. Si Minh-Mang et Tu-Duc reparaissaient aujourd’hui sur la scène du monde, ils feraient de bien amères réflexions.
« M. Allo a pris possession de la citadelle, en construisant sur un terrain royal une jolie petite église en maçonnerie. Cette chapelle est ouverte aux soldats de la garnison de Hué et aux employés des divers services installés dans la citadelle.
« M. Allo a baptisé 14 catéchumènes et 2 enfants de païens.
« M. Philippe Petit, voisin de M. Allo, a passé la majeure partie de l’année au sanatorium de Nilgiris. Parti l’avant-veille du typhon qui a renversé ses deux églises, il est rentré dans la mission au mois de juin, sans être guéri. Que Dieu lui rende la santé, ou du moins adoucisse ses peines !
« La petite paroisse de Doc-so, située au nord de la citadelle, sur la route du Tonkin, avait besoin d’une main ferme. Dieu l’a servie à souhait, en m’inspirant d’y placer M. Bonnand, qui tient déjà tous les cœurs dans sa main.
« Kim-long est le centre de la mission. C’est là que réside l’évêque ; là aussi que se trouve le grand séminaire. Cette paroisse est administrée par M. Laffitte. La moyenne des confessions a été de 6 à 7 par personne, avec un chiffre à peu près égal de communions ; 3 baptêmes d’adultes, 12 baptêmes d’enfants de païens.
« A An-van, Ngoc-ho et Da-han, trois postes situés au pied des montagnes, les PP. Loi et Tuyen ont maintenu l’esprit chrétien de leurs ouailles à un très bon niveau.
« La paroisse d’An-van est une vraie pépinière de vocations religieuses et sacerdotales. Celle de Da-han a fourni 44 baptêmes d’adultes. Les confessions et communions y sont également très nombreuses.
« Tho-duc est une chrétienté très ancienne, un peu déchue de son antique splendeur, mais l’esprit chrétien y reste toujours très robuste. M. Patinier tient à honneur de garder les traditions du bon vieux temps. La paroisse qu’il dirige peut être citée comme modèle : 15 baptêmes d’adultes, 8 d’enfants de païens et plus de 1.600 confessions, pour 277 personnes en âge de se confesser, n’est-ce pas tout ce qu’on peut désirer dans un poste ?
Phu-cam. « J’ai déjà parlé de M. Allys, qui dirige cette paroisse depuis vingt ans. Par les industries de son zèle, il l’a rendue très prospère et l’a dotée d’une église, qui le cède peut-être à celle de Di-loan pour la pureté du style, mais l’emporte sur elle par ses dimensions
« M. Léculier seconde M. Allys dans sa lourde tâche. Il s’occupe spécialement de l’hôpital indigène et de l’école des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Baptêmes : 75 d’adultes ; 103 d’enfants de païens. Ajoutez à ces beaux résultats plus de 8.000 confessions entendues, et vous conviendrez avec moi que la paroisse de Phu-cam, avec sa vaste église, son couvent de 80 religieuses annamites, sa population de 2.000 âmes, est le joyau de la mission.
« Chuon et Su-lo, en plein pays de rizières, sont confiés aux PP. Doan et Linh. Le P. Doan travaille avec l’ardeur la plus louable, malgré les glaces de l’âge : il a ouvert le ciel à 52 petits anges. Le typhon a fait, dans cette région, les plus terribles ravages. Chuon compte une quinzaine de victimes, et Su-lô, guère moins. Pour comble d’infortune, au typhon a succédé le fléau de la sécheresse. Le pays est ruiné. Actuellement, c’est la misère noire, dans quelque temps, ce sera la famine.
« J’allais oublier de dire un mot de la paroisse du P. Long, Nam-phô. Il y a là de bons chrétiens ; il y en a qui sont moins bons ; mais tous sont chers au jeune prêtre annamite qui leur donne ses soins les plus vigilants (9 baptêmes d’adultes, 12 d’enfants de païens).
« De Nam-phô, à travers champs et lagunes, on arrive en trois heures à Trai, chrétienté perchée sur une haute dune, à 100 mètres de la mer. N’étaient la mobilité et la réverbération du sable, Trai serait un séjour délicieux. Bains de mer à volonté, brise toujours fraîche, air pur qui aiguise l’appétit et chasse les maladies, que faut-il de plus pour se bien porter ? Aussi, malgré leur mépris absolu de toute précaution hygiénique, les Annamites de ce pays ont-ils un air de santé qui fait plaisir à voir.
« Le typhon n’a pas épargné le curé de Trai. Sa maison a été enfouie, je ne sais pas de mot plus exact, dans le sable. Une de ses deux églises a eu le même sort ; l’autre a été sérieusement endommagée. Mais M. Piéters ne se laisse pas facilement décourager. Églises et maison sont déjà rebâties ou réparées.
« Les paroisses de Diem-tu, Ha-uc, Ha-vinh, Nuoc-man, Nuoc-ngot et Tuan, qui occupent une vaste étendue de territoire des deux côtés de la lagune du sud et dans les riantes vallées de Chaû-moi et de Tuan, doivent à M. Stœffler, non leur existence, mais leur développement si consolant. Quand il est arrivé à Diem-tu en 1890, il y avait, dans toute la région, 756 chrétiens ; or, il y en a aujourd’hui 5.051, répartis en six postes confiés à des missionnaires ou à des prêtres indigènes.
« En face de Diem-tu, de l’autre côté de la lagune, M. Maillebuau aîné dirige avec beaucoup de succès une chrétienté de 1.500 néophytes. Il a baptisé 32 catéchumènes et 3 enfants de païens.
« A Ha-vinh, le P. Thanh a baptisé 2 adultes et 2 enfants de païens.
« La paroisse du P. Chanh, Nuoc-ngot, dans la vallée de Chaû-moi, ne compte pas moins de 1.100 chrétiens. Quand ce prêtre zélé quitta M. Stœffler, en 1893, pour s’installer à Nuoc-ngot, cette paroisse qui s’étendait depuis Cau-hai jusqu’au col des nuages, sur une longueur de 40 kilomètres, n’avait que 458 chrétiens. Or, nous avons aujourd’hui, dans les mêmes limites, trois postes et 2.069 chrétiens, dont plus de 1.200 ont été baptisés par le P. Chanh, de 1893 à 1899.
« Par son habileté, son esprit conciliant, ses manières aimables et insinuantes, M. Morineau, qui réside à Nuoc-man depuis 1901, a su gagner les bonnes grâces de l’administration française et si bien établir son influence dans ce pays, qu’aujourd’hui chrétiens et païens ne jurent que par lui. Il a obtenu une concession de terrain, sur laquelle il a installé de nombreuses familles de chrétiens et de catéchumènes. Il a bâti une église qui fut inaugurée l’année dernière, et qui est un vrai bijou. Baptêmes : 20 adultes.
M. Mendiboure gouverne la paroisse la plus reculée de la mission, mais non la meilleure. Il se plaint de n’avoir réussi à baptiser que 9 adultes. Ses autres catéchumènes ne font pas de progrès dans la foi, et il en souffre beaucoup, sans se décourager.
« Nous avons achevé notre course, la paroisse deM. Mendiboure ayant, au sud, les mêmes limites que la mission. Il me reste maintenant à vous parler de l’œuvre du clergé indigène, de l’œuvre de la Sainte-Enfance et de quelques œuvres accessoires.
Séminaires. — « Les deux séminaires de la mission sont en pleine prospérité. L’œuvre de la formation du clergé indigène n’a jamais été reléguée au second plan en Cochinchine septentrionale. Elle fut le souci constant de mes prédécesseurs d’heureuse mémoire, elle a été et sera aussi le mien. Je n’ai pas de plus grande consolation que d’imposer les mains aux jeunes clercs, espoir de la mission. Je ne dis pas que nos séminaristes soient parfaits ; mais les maîtres à qui je les ai confiés obtiennent des résultats que certaines missions, mieux partagées que la nôtre sous d’autres rapports, nous envient.
Au petit séminaire d’An-ninh, c’est M. Girard qui exerce depuis vingt-trois ans les fonctions de supérieur. L’établissement qu’il dirige a une histoire longue de plus d’un siècle (il fut fondé en 1775), et remplie de glorieux souvenirs. Je n’ai pas l’intention de la retracer ici, même à grands traits ; cela m’entraînerait trop loin. Je me contenterai de saluer en passant le plus illustre des élèves du petit séminaire d’An-ninh, le B. Thomas Tien, et le supérieur de la maison, M. Girard, qui est un supérieur modèle. Ce mot dit tout, mais ne dit pas trop ; car je ne saurais oublier qu’une quarantaine de nos prêtres indigènes et les 35 élèves de notre grand séminaire doivent à M. Girard leur première formation.
« Les trois professeurs, MM. Lefèvre, Maunier et Denis, ne faisant qu’un cœur et qu’une âme avec le supérieur, le petit séminaire est véritablement une famille.
« Au grand séminaire, mon cher provicaire, M. Izarn, qui donne ses soins à 9 diacres, 3 sous-diacres et 19 laïques, est admirablement secondé par MM. Lemasle et Delvaux. La dernière ordination nous a fourni 3 nouveaux prêtres.
Sainte-Enfance. — « Je dois dire quelques mots de nos grands orphelinats de Hué et de Thanh-tan.
« L’orphelinat de Hué est dirigé par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Presque entièrement rasé par le typhon, il a été rebâti sur un plan plus régulier et avec des améliorations considérables, dues à l’initiative de la Sœur supérieure. Après le typhon, l’établissement n’était plus qu’un monceau de ruines et, sous ces ruines, quatre orphelines avaient trouvé la mort. Le spectacle était désolant ; mais la Sœur Isaac, aussi courageuse qu’intelligente, ne s’est pas laissé abattre. Elle a eu recours à toutes les industries du zèle, frappé à toutes les portes pour ses chers enfants, et ses appels ont été entendus. Aujourd’hui, les orphelins bien logés, bien nourris, bien vêtus, font plaisir à voir. Ils sont au nombre de 109.
C’est M. Etchebarne, procureur de la mission, qui remplit les fonctions d’aumônier à l’orphelinat. Il trouve, dans ce consolant et fructueux ministère, un dérivatif aux occupations arides et absorbantes de la procure. Mais si l’aumônier fait goûter au procureur les joies du ministère, j’ai hâte d’ajouter que l’un ne nuit pas à l’autre. L’équilibre est parfaitement établi entre les deux fonctions, remplies, l’une et l’autre, avec un égal dévouement.
« L’œuvre de l’orphelinat agricole de Thanh-tan, heureusement reprise depuis huit ans, a déjà donné de très beaux résultats. Le travail pénible auquel sont soumis les orphelins est pour eux la plus sûre garantie de santé et de moralité. Depuis sa restauration, l’orphelinat a déjà fondé 27 ménages, desquels sont nés 21 enfants ; 115 orphelins y reçoivent en ce moment l’éducation pratique qui les fera vivre plus tard. Ils sont placés sous la surveillance parternelle, mais très vigilante et très ferme, de M. Chaiget, qui l’exerce avec cet air de gravité douce qui impose et supprime les neuf dixièmes des punitions.
« J’ai parlé d’une petite école, ouverte par les Religieuses de Saint-Paul de Chartres pour les petites filles françaises et métisses. Elle ne compte pas beaucoup d’élèves : 10 à 15 environ ; mais elle est très appréciée et fait beaucoup de bien. La colonie française lui est très sympathique.
« Les Frères des Écoles chrétiennes ont fondé aussi à Hué un collège pour les jeunes gens français, métis et annamites. Ces incomparables éducateurs de l’enfance, que la mère-patrie traite, à l’heure actuelle, avec tant d’ingratitude, réussissent partout où ils vont. Leur école compte déjà 70 élèves. Je souhaite aux chers Frères, dont le concours nous est si précieux, de voir le nombre de leurs élèves se multiplier jusqu’à rendre trop petit l’établissement qu’ils possèdent maintenant dans le plus beau site de la ville. Ils ont dû d’abord, lutter longtemps pour acquérir le terrain sur lequel le collège est bâti ; ils ont été durement éprouvés par le typhon et par le feu ; mais rien n’a découragé et rien ne découragera les dignes fils de saint Jean-Baptiste de la Salle.
« Une œuvre nouvelle qui mérite toutes nos sympathies vient d’être annexée à l’orphelinat de Hué. Six à huit lépreux, logés dans un petit hôpital très proprement tenu, reçoivent les soins dévoués des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Deux ou trois baptêmes d’adultes ont déjà récompensé l’héroïque charité de ces admirables servantes des pauvres. Les louer me paraît superflu... Je les admire, et, au nom de la mission je leur dis : Merci ! »
« La mort de M. Héry, décédé à Montbeton le 14 août, nous a moins surpris qu’attristés. Depuis que la maladie avait frappé ce cher confrère et l’avait forcé de rentrer en France, nous avions pour ainsi dire perdu l’espoir de le revoir ici-bas ; mais nous gardions pieusement son souvenir. »
Requiescat in pace.
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