| Année: |
1908 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin méridional |
| Rédacteur: | Mgr Pineau |
II. Tonkin méridional
Population catholique 139.276
Baptêmes d’adultes 634
Baptêmes d’enfants de païens 1.284
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Mgr Pineau constate avec peine que le résultat des travaux apostoliques dans sa mission, durant cet exercice, est inférieur à celui des années précédentes. Les missionnaires cependant et les prêtres indigènes ont fait preuve, comme par le passé, d’un saint empressement et d’un grand zèle pour l’extension du royaume de Dieu. Il faut chercher les motifs de cette diminution de baptêmes dans des causes bien indépendantes de la volonté des ouvriers apostoliques. La mort et la maladie ont paralysé l’action évangélique dans plusieurs postes. Trois missionnaires ont dû quitter la mission pour aller ailleurs chercher le rétablissement de leur santé fortement atteinte. Deux autres, tout en restant dans le vicariat, se sont vus forcés d’abandonner momentanément leurs postes, pour prendre un peu de repos et quelques soins contre les fièvres et l’anémie.
Trois prêtres indigènes viennent de mourir d’épuisement à la fleur de l’âge. Six ou sept autres, vieux ou infirmes, ne sont plus en état de remplir leur saint ministère.
« Les années dernières, écrit Mgr Pineau, la misère, la famine, nous avaient amené un certain nombre de malheureux, attirés dans un premier mouvement pour obtenir de nous quelques secours matériels : la reconnaissance aidant, ils étudiaient ensuite notre sainte religion et recevaient le baptême. Aujourd’hui, ce moyen d’appeler les âmes à nous n’existe plus, du moins au même degré. La famine a diminué. Aussi nos pauvres païens, plongés dans la matière, vivent dans la sensualité sans se préoccuper de la mort ni de son au-delà. Le présent les absorbe.
« Les mauvais journaux sont une autre source d’obstacles à la conversion des âmes. Des misérables les colportent jusque dans les campagnes. Ces feuilles impies vilipendent la religion et ses ministres, et sèment partout le mépris de Dieu et de sa sainte Église.
« Mais il nous faut laisser de côté ce triste sujet pour parcourir quelques-uns des quatorze districts dont se compose la mission du Tonkin méridional.
« Le district du sud, le Binh-chinh, compte 17 paroisses, dont chacune est gouvernée par un prêtre indigène, sous la surveillance de M. Abgrall, qui écrit à son évêque :
« Pendant cet exercice, on a restauré l’église de Huong-phuong, commencé les « constructions de celle de Phu-kinh, et mené à bonne fin celles des chrétientés de Giap-tam, « Tho-don et Yên-giang, qui n’en avaient pas eu jusqu’à présent. C’était une grande difficulté « toutes les fois que nous avions à y faire l’administration des chrétiens.
« Vous vous le rappelez, Monseigneur, la petite chrétienté de Ron, située sur les bords de « la mer, voyait ses terres de plus en plus rongées par les flots. Quelques années encore et son « emplacement aura complètement disparu. Depuis longtemps déjà, les fidèles cherchaient à « obtenir un terrain plus élevé et plus éloigné de la mer, sans réussir dans leurs démarches. « Enfin cette année, l’acquisition tant désirée s’est faite sans trop de difficultés. Les chrétiens « transportent déjà sur le nouvel emplacement du futur village leurs maisons et leur petite « église. »
Malgré tous ces travaux de construction et de réparation très absorbants en eux-mêmes, M. Abgrall a augmenté son troupeau de 50 néophytes durant le présent exercice.
A l’autre extrémité de la mission, se trouve le district de Quinh-luu, placé sous la direction de M. Cudrey. Il comprend deux paroisses, l’une de 600 et l’autre de 8.000 chrétiens. Cette année 12 adultes et 133 enfants de païens y ont reçu le sacrement de la régénération. La petite paroisse est administrée par un prêtre indigène. Il y a construit deux belles églises, l’une au centre, et l’autre dans une annexe, distante d’environ 8 kilomètres. Cette chrétienté a presque doublé depuis sept ou huit années.
« Le groupement de fidèles le plus important de ce district est à Thuân-ngai, résidence du missionnaire, et lieu d’origine du Bienheureux Khoa, martyrisé le même jour que Mgr Borie. Cette chrétienté, composée de 1.300 âmes, jette en ce moment les fondations d’une église qui sera la plus vaste de la contrée. Les compatriotes de bienheureux Khoa veulent que la maison de Dieu soit belle et grande. Elle abritera les restes glorieux de leur martyr et, chaque dimanche, elle devra recevoir plusieurs milliers de fidèles, qui viendront de tous les pays d’alentour pour y entendre la sainte Messe. Mais, s’ils ne reçoivent pas de secours d’Europe, ils devront s’imposer des sacrifices au-dessus de leurs forces pour l’achever. Car, à une année d’intervalle, deux incendies leur ont réduit en cendres près de quatre cents maisons. Ils sont donc loin de leur aisance des temps passés.
« Quand on s’éloigne du district de Quinh-luu pour revenir vers l’évêché, à Xa-doai, on rencontre d’abord sur la route le district de Dông-thanh. De toute la mission, c’est le coin de terre où l’action de la grâce se fait le plus merveilleusement sentir. Le mouvement des conversions s’y continue d’une façon bien consolante pour nous, et plus particulièrement pour M. Denis, son missionnaire. Ailleurs, les conversions se font par des unités isolées. A Dông-thanh, c’est une moitié ou tout un village même qui demande à embrasser notre sainte religion. En peu de temps, c’est toute une chrétienté qui se fonde, vit et fonctionne avec son autonomie, chose des plus importantes pour la persévérance des nouveaux fidèles.
« Cependant, les tracasseries suscitées par l’esprit infernal n’ont pas manqué aux nouveaux convertis. Ainsi, à Phuong-lich, grand village tout païen, un groupe de catéchumènes avait commencé à étudier la doctrine. Les païens aussitôt leur déclarent la guerre et ils mettent le feu à la maison où ils se réunissaient pour s’instruire et prier. Le chef de poste français de la région et le mandarin le constatent : cet incendie est une vengeance de la population païenne, voulant à tout prix mettre obstacle à l’établissement de notre sainte religion dans le village. Malgré l’évidence du fait, le mandarin, ennemi acharné du nom chrétien, fait arrêter et jeter en prison les plus influents parmi les catéchumènes. Une plainte est en vain portée au chef-lieu de la province.
« Plusieurs mois se passent ; un des malheureux, détenu contre toute justice, vient à mourir à la suite des mauvais traitements reçus dans la prison. Le mandarin prend peur et c’est alors seulement qu’il consent à relâcher nos jeunes catéchumènes. Mais leurs souffrances, endurées pour le nom de Jésus-Christ, ont porté leurs fruits. Dès qu’ils sont de retour, vingt autres familles se convertissent aussi et viennent accroître le nombre des adorateurs du vrai Dieu.
« La tournée de confirmation s’est faite cette année dans le district où se trouve le chef-lieu de la province de Vinh. Il est formé de cinq paroisses, comprenant trente-sept chrétientés. Quatre de ces paroisses sont de fondation toute récente. Deux seulement possèdent des églises fort convenables et où l’on peut conserver le Saint-Sacrement. L’une a été bénite cette année. L’autre n’est pas encore achevée. M. Blanc, chargé de ce district, a pu faire l’administration sans obstacle dans tous ces postes. Il a régénéré 47 enfants de païens à l’article de la mort et 21 adultes.
« M. Monnier, en résidence à Vinh et chargé de la paroisse française, écrit : « J’ai « administré cette année le baptême à 4 enfants de Français, entendu 122 confessions, donné « 228 communions, et une extrême-onction. Grâce au Sacré-Cœur et aux prières spéciales qui « sont adressées à Dieu chaque jour dans plusieurs communautés très ferventes en France et « sur la terre d’exil, un mieux sensible s’est fait sentir, depuis un an, dans notre petite paroisse « française de Vinh. La plupart de nos compatriotes ont moins peur de venir à l’église. « Puissent les supplications et les bons exemples de quelques ferventes chrétiennes attirer « auprès des autels les nombreux indifférents que nous comptons encore autour de nous ! »
Mgr Pineau, depuis longtemps, nourrissait le projet d’établir des religieuses françaises au chef-lieu de la province de Vinh, pour instruire les enfants des Européens et tenir l’établissement de la Sainte-Enfance. Des dames de Vinh, lors de sa tournée pastorale, avaient fait des instances auprès de leur évêque, le priant d’exécuter son dessein de plus tôt possible. Il allait se rendre à leur pieux désir, quand le Résident de France à Vinh lui envoya l’ordre de faire la déclaration la plus minutieuse de tous les biens meubles et immeubles de la mission pour pouvoir fixer l’impôt du 4% sur le revenu.
Dans ces circonstances, Mgr Pineau jugea prudent de remettre à plus tard la fondation de cet établissement.
« Les retraites annuelles ont eu lieu comme d’habitude, celle des missionnaires au mois de janvier, celle des prêtres indigènes en février et celle des catéchistes au mois de juillet. La rentrée des deux séminaires s’est effectuée dans des conditions normales, le grand avec 64 et le petit avec 214 élèves. »
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